Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
30 octobre 2010 Présentation
par Jean-Paul Baquiast
et Christophe Jacquemin
Le secret des
femmes
Voyage au coeur du plaisir
et de la jouissance
Le
secret de femmes
Voyage au coeur du plaisir et de la jouissance Elysa Brune et Yves Ferroul
Odile
Jacob
Septembre 2010
Elisa
Brune est romancière et écrivain scientifique.
On verra, en consultant la page que lui consacre Wikipedia,
qu'elle s'intéresse à un large domaine de
connaissances, allant de l'astronomie à la psychologie
militante.
Yves
Ferroul est peut-être moins connu du grand public, mais
cela tient
en partie au phénomène que nous indiquons, l'ignorance
volontaire à l'égard de la sexologie. C'est
dommage car il a été vice-président du
Syndicat national des médecins sexologues et membre
du conseil d'administration de l'Association hospitalo-universitaire
de sexologie. Il a par ailleurs créé un site
web, http://www.sexodoc.fr/,
qui se présente comme une quasi-encyclopédie
personnelle sur la question de la sexualité, ses implications
scientifiques et sociales, ses relations avec l'histoire des
sociétés et des religions. Il y présente
également un certain nombre d'ouvrages récents
abordant de près ou de loin la question.
On notera un point intéressant. Le site lui a permis,
ainsi qu'à Elisa Brune, de consulter en ligne un nombre
respectables de femmes intéressées par la question
et acceptant d'en parler. Lorsque l'on sait les réserves
que suscitent des sondages même anonymes touchant à
ce point la partie intime des psychismes, on doit saluer l'exploit.
Concernant le site, nous voudrions mentionner un regret, son
architecture étrange qui le rend très peu maniable.
C'est dommage.
La
sexualité de la femme reste de nos jours en France un thème
si tabou qu'il paraît sulfureux d'en faire l'objet d'un livre
scientifique, voire simplement de le commenter. Lorsque l'on sait
cependant l'ignorance qui persiste sur le sujet, et les conséquences
sociales et politiques du maintien de cette ignorance, on ne peut
que féliciter les auteurs, Mme Elisa Brune et le Dr Yves
Ferroul, d'y avoir apporté les nombreux éléments
nouveaux contenus dans leur livre Le Secret des femmes.
Un
survol des 6 premiers chapitres
Le
livre se présente, comme il se doit chez un éditeur
aussi austère que Odile Jacob, sous la forme d'une véritable
petite thèse interdisciplinaire. Que ce terme ne fasse cependant
pas fuir les lecteurs. La forme et les contenus sont particulièrement
accessibles. Disons seulement que les différents chapitres
abordent des questions tellement riches d'implications scientifiques,
voire évoquent tant de problèmes non encore résolus,
qu'ils mériteraient d'être développés
sous forme d'ouvrages à eux seuls.
Le
livre comporte plus de 320 pages dont toutes justifient une lecture
attentive. Nous n'allons donc pas le résumer ici. Nous proposons
un bref commentaire des 5 premiers chapitres, suivi de quelques
réflexions plus générales ou portant sur des
points non abordés explicitement dans l'ouvrage mais qui
justifieraient pensons nous d'être traités ultérieurement.
Il
faut bien comprendre le thème du livre, afin de ne pas y
chercher ce qui ne s'y trouve pas. Il ne s'agit pas d'étudier
la sexualité en général ni même la sexualité
de la femme, mais comme le titre l'indique, le plaisir et la jouissance
chez la femme, autrement dit l'orgasme. Chez l'homme, l'orgasme
est communément éprouvé et connu. Chaque humain
de sexe masculin sait en principe ce dont il s'agit. L'orgasme masculin
est à peu près défini en termes sinon psychologiques
du moins physiologiques. Chez la femme, comme l'ouvrage le rappelle,
il a été longuement ignoré, nié ou instrumentalisé
par ce qu'il faut bien nommer le pouvoir mâle. Ceci parce
que l'orgasme féminin est nécessairement lié
non seulement à la conquête par la femme de son autonomie
sexuelle mais à la construction de son autonomie individuelle,
souvent loin des rôles imposés par les forces dominantes.
Nous allons y revenir. Les auteurs ont donc pleinement raison d'en
faire le thème pivot de leur démarche de redécouverte.
Comme
il se doit, un premier chapitre «L'orgasme
avant l'humanité» recherche les formes que
pourraient prendre l'orgasme chez les femelles des innombrables
espèces qui paraissent accorder au plaisir sexuel un intérêt
propre, pas nécessairement en accompagnement du rapport reproductif.
Le non biologiste sera étonné de voir le nombre des
manifestations qui accompagnent la recherche du plaisir, y compris
dans des activités d'auto-érotisme, chez de très
nombreuses femelles n'appartenant pas aux espèces dites supérieures.
Ceci par contre ne surprendra pas nos lecteurs. Ils sont habitués
à lire ici les compte-rendu de recherche montrant comment
les pratiques comportementales dont l'homo sapiens veut s'attribuer
le monopole sont communément répandues dans la nature.
Ce qui vaut pour la sexualité des mâles doit nécessairement
aussi valoir, mutatis mutandis, pour celle des femelles.
De
là on peut supposer que des formes plus ou moins paroxystiques
(ou acme) terminant par exemple une activité masturbatoire,
s'accompagnent d'un plaisir plus ou moins bref et fort de type orgasmique,
ressenti par les centres nerveux de la femelle. Lorsque l'imagerie
cérébrale sera devenue suffisamment accessible, on
verra ce qu'il en est dans les centres nerveux des petites femelles
animales, rattes ou lapines. Mais même sans IRM, on peut supposer
que le plaisir existe chez de nombreuses femelles de nombreuses
espèces, soit en tant que tel, soit en réponse au
plaisir masculin, soit pour le provoquer.
Malheureusement
nous ne disposons pas des langages animaux permettant de nous en
rendre compte. L'orgasme doit vraisemblablement s'accompagner de
manifestations provenant d'un langage du corps que nous sommes en
général incapables de comprendre, nous étant
coupés de nos racines animales. On renverra sur ce point
aux travaux de Dominique Lestel [voir ci-dessous, à la
rubrique Biblionet, la présentation de l'ouvrage de Dominique
Lestel "L'animal est l'avenir de l'homme"].
Le
second chapitre, «L'orgasme féminin
dans l'évolution humaine», fait très
logiquement la transition entre l'orgasme féminin supposé
chez l'animal et celui qu'auraient pu éprouver les femmes
de la préhistoire, à des époques où
vraisemblablement la tyrannie mâle n'avait pas encore pris
les formes excessives développées dans les époques
historiques. Il est difficile d'en traiter savamment, faute de preuves
très explicites. Cependant, les auteurs, en bons évolutionnistes,
considèrent qu'une propriété telle que l'aptitude
au plaisir et à l'orgasme, fut-elle fonctionnellement inutile
à la reproduction, n'aurait pas pu apparaître tout
de go chez les femmes modernes. Si elle préexistait chez
certains animaux proches de l'homme, elle existait déjà
nécessairement durant les 2 millions d'années où
certaines lignées d'hominiens ont évolué en
homo sapiens.
A
cet égard, les auteurs abordent la question du rôle
sélectif que pouvait avoir en ces temps anciens le potentiel
orgasmatique éventuel des femelles. Aucun rôle, répondent-ils.
Le trait se serait conservé y compris sous la forme de l'organisation
génétique et neurale qui le rend possible, simplement
parce qu'il était là. On reconnaît une hypothèse
de Stephen Jay Gould. Des caractères fonctionnellement inutiles
peuvent persister longtemps, tant qu'ils ne créent pas de
contraintes insupportables aux espèces qui en sont dotés.
Pour
notre part, nous préférons penser que, de même
que des formes plus ou moins invisibles à nos yeux de plaisir
féminin doivent exister chez les animaux, l'équivalent
devait se trouver chez les femelles préhistoriques. Ces processus
pouvaient au moins servir à renforcer la cohésion
sociale, ne fut-ce que dans des échanges de type masturbatoire
partagés entre les femmes. Ceci d'autant plus que, comme
le souligne les auteurs, le passage à la bipédie a
entraîné un remodelage progressif de l'architecture
des organes sexuels féminins, avec modification de la place
du clitoris. Si comme à juste titre, l'on fait de cet organe
un des acteurs de la construction de l'orgasme, on peut penser que
son existence, de plus en plus invisible aux yeux des mâles
adultes, restait connue et utilisée par les petites femelles,
ceci depuis leur plus tendre enfance.
Le
troisième chapitre, «Petite
ethnologie de l'orgasme», survole ce qui là
aussi pourrait faire l'objet d'un livre tout entier, sinon d'une
collection, la façon dont différentes sociétés
antiques ont reconnu ou nié le plaisir féminin. Le
coup d'oeil est étendu aux sociétés contemporaines
dites primitives, notamment celles des archipels Pacifique. D'une
façon générale, les auteurs rappellent une
évidence, qui aujourd'hui ne peut plus être affirmée
sans de multiples précautions oratoires: le fait que les
jeux sexuels entre enfants des deux sexes ou entre enfants et adultes
avaient un véritable rôle symbolique et pratique dans
la construction des identités sociales et individuelles.
Cependant, à partir d'une probable égalité
de départ relative entre les sexes, le rôle prédominant
du mâle s'est affirmé très tôt dans l'histoire
de l'antiquité grecque et romaine, au profit bien sûr
des individus socialement dominants.
La
sexualité et le plaisir de la femme n'ont cependant jamais
été niés sous l'Antiquité, jusqu'à
ce que survienne cette véritable catastrophe que fut à
cet égard le succès du Christianisme en Europe. La
question a été abondamment documentée et commentée.
Inutile d'y revenir. Ce fut le sexe tout entier, et pas seulement
la sexualité féminine, qui furent persécutées
et condamnés au silence. Un minimum de bon sens avait survécu
à cet égard dans les populations rurales, mais il
n'a pas résisté longtemps aux assauts des prédicateurs.
Sur
ce point, nous aurions aimé que les auteurs présentent
quelques hypothèses permettant de comprendre une telle apocalypse.
Pourquoi selon eux, dans l'Occident chrétien, des visions
aussi terrifiantes de la sexualité en général,
de la sexualité féminine en particulier, ont-elles
pu prendre l'importance qui est restée en grande partie la
leur. D'autres régions du monde, où ce sont aux mêmes
époques édifié les pouvoirs des princes ou
des dignitaires religieux, n'ont pas hébergé de telles
dérives. Même si la femme, en Chine ou en Inde, n'a
jamais été véritablement reconnue en tant que
personne dotée de droit, la haine féroce du sexe féminin,
de véritables démonisations, allant jusqu'à
la mise à mort par milliers de présumées sorcières,
ne semblent pas avoir ensanglanté à ces échelles
le reste du monde.
Il
est vrai qu'aujourd'hui la même question peut être posée
à l'égard de la haine de la femme manifestée
par l'islam radical. Superposée à une domination du
mâle présente depuis des siècles dans le bassin
méditerranéen et au Moyen-orient, elle commence désormais
à faire de sérieux ravages en Europe même. Peut-on
alors parler d'une véritable incompatibilité entre
les religions monothéistes et le féminisme, et si
oui pourquoi? Il serait temps d'examiner la question avec le sérieux
qu'elle mérite.
Le
chapitre 4, «L'orgasme et les médecins»,
est consacré non à l'étude de l'orgasme féminin
par les sciences modernes, présentée au chapitre suivant
(« Que dit la science ») mais aux efforts
laborieux des premiers anatomistes et thérapeutes pour traiter
le sujet. Certains de ceux-ci étaient d'honnêtes chercheurs
utilisant pour décrypter les mystères du plaisir féminin
les moyens de leur époque. Mais d'autres étaient les
représentants de ce que l'on nomme aujourd'hui le pouvoir
médical. Celui-ci se déployait aux détriments
des faibles, femmes, enfants et personnes au psychisme déficient.
Il imposait et impose encore parfois - la domination des
classes dominantes et des mâles détenteurs du pouvoir
économique et politique. Il en est résulté
le traitement asilaire de ce que l'on appelait l'hystérie.
Bien pire en un sens, il en est résulté ce que les
auteurs nomment la catastrophe freudienne.
Inutile
de reprendre ici le procès légitime fait à
Freud et à tous ceux qui ont repris et reprennent encore
ses idées sommaires sur la frigidité, l'orgasme féminin
(qui ne saurait selon le Maître être clitoridien), l'envie
de pénis et autres mythes. Michel Onfray a entrepris comme
l'on sait avec un certain succès de déboulonner l'idole.
Mais la encore reste posée la question du pourquoi? Pourquoi
sur des bases aussi arbitraires que celles proposées par
Freud, reprises depuis sans en changer une ligne par des milliers
de disciples, certaines femmes acceptent-elles encore de confier
ce qu'elles pensent être leurs troubles sexuels à des
psychanalystes freudiens ?
A
partir du chapitre 5, «Que dit la
science?», le lecteur trouvera l'essentiel des
apports du livre, comprenant de nombreux points originaux, non précisés
à ce jour par une littérature clinique restée
encore dans l'enfance. Ce chapitre fournit les informations correspondant
à l'état des connaissances actuelles sur des questions
généralement résolues en pratique par les personnes
ayant un minimum d'expérience sexuelle mais sur lesquelles
continue à flotter un brouillard théorique et idéologique
regrettable: le rôle essentiel du clitoris dans la construction
de l'orgasme (ainsi que l'anatomie de cet organe, dont beaucoup
de lecteurs découvriront avec surprise la place qu'il occupe
au sein de l'appareil génital féminin); le vagin et
son rôle dans le plaisir, moins important que ne le prétendait
Freud mais à ne pas négliger cependant; le point G;
les orgasmes multiples; le rôle du cerveau inconscient dans
la création de l'orgasme, tant chez l'animal que chez l'humain;
l'intérêt de l'orgasme pour la santé physique
et morale; l'importance des instruments simulant le partenaire sexuel
dans l'activité masturbatoire ou dans la relation bilatérale
(nous reviendrons sur ce point ci-dessous).
Nous
pourrions mentionner un phénomène accompagnant certains
orgasmes féminins dont beaucoup des femmes qui en bénéficient
ne se rendent pas nécessairement compte : les fortes contractions
vaginales se produisant au moment et juste après la jouissance.
Inutile de dire que pour le partenaire masculin elles sont particulièrement
les bienvenues.
La
conclusion de ce chapitre important est cependant nette: les sexologues
et à plus forte raison les individus ordinaires savent encore
très peu de choses sur l'anatomie, la sexualité et
l'orgasme chez la femme. Les recherches scientifiques sont récentes
et restent très mal financées, contrairement à
ce dont bénéficient les recherches équivalentes
portant sur l'homme. Le sujet en fait n'intéresse pas l'institution.
Nous avons dit pourquoi. Ceci est d'autant plus dommageable que,
contrairement aux hommes, les femmes doivent apprendre à
atteindre l'orgasme. Il ne se produit pas automatiquement. Or, à
défaut d'y arriver, beaucoup de femmes considèrent,
comme le montre la seconde partie du livre, qu'une part de leur
vie a été manquée.
Le
chapitre 6 enfin «Quand les femmes
en parlent», est sûrement le plus original,
car il rassemble et met en perspective les témoignages reçues
par les auteurs sur le site internet ouvert dans ce but. On ne peut
que se réjouir de voir pour la première fois en France
Internet servir à favoriser des paroles qui sans cette technique
ne pourraient se faire entendre publiquement. Les puristes ferons
sans doute remarquer que rien n'identifie réellement les
voix qui se font entendre. Cependant, dans l'ensemble, rien ne permet
de suspecter l'authenticité des propos. Nous ne pouvons évidemment
pas, mieux que ne le font les auteurs du livre, résumer les
conclusions pouvant être tirées de toutes ces contributions.
Nos lecteurs devront en prendre eux-mêmes connaissance.
Quelques
commentaires
Dans
le cadre du présent article, nous nous limiterons à
quelques remarques et questions revenant sur certains des points
abordés dans le résumé du livre auquel nous
venons de procéder.
1.
Pourquoi a-t-on si peu parlé du « Secret des femmes »
?
C'est
la première question qui vient à l'esprit. Elle met
en évidence le poids permanent de la censure volontaire ou
inconsciente pesant sur un tel sujet. Pourquoi un livre traitant
d'un thème aussi important et aussi mal connu que le plaisir
(et plus particulièrement l'orgasme), chez la femme, ait
été pratiquement passé sous silence? Certains
rares média ont mentionné l'ouvrage, mais le buzz,
comme l'on dit, mérité n'a pas eu lieu. La réponse
la plus simple venant à l'esprit est que, pour les pouvoirs
masculins qui, répétons-le, dominent la société
française, la femme ne doit pas avoir de personnalité
propre. Tout ce qui peut contribuer à lui donner de l'autonomie
face aux hommes doit être censuré. Elle ne doit pas
se convaincre qu'elle peut et doit se construire sa personnalité
sexuelle, comme elle devrait le faire de sa personnalité
professionnelle et sociale.
On
pourrait penser que la société française, réputée
pour son ouverture, après 50 ans de féminisme militant,
n'en serait plus au point de conservatisme caractérisant
en ce domaine d'autres pays européens, sans mentionner les
sociétés anglo-saxonnes ou musulmanes. Mais ce serait
une erreur. Plus grave, la France est aujourd'hui soumise à
un retour en force des religions et des cultures reposant sur l'assujettissement
de la femme. Elle régresse très vite par rapport aux
Trente Glorieuses. Les femmes qui ne se voilent pas la face (c'est
le cas de le dire) le constatent tous les jours. C'est là
que la sexologie, la science politique et les autres sciences humaines
ne doivent pas être séparées d'un regard véritablement
féministe.
2.
L'ignorance où l'on est, même lorsque l'on se croit
informé, du nombre infime des recherches sérieuses
sur la sexualité en général, sur la sexualité
de la femme en particulier.
Le
livre produit à cet égard l'effet d'une douche froide.
On y apprend que, pratiquement, depuis les travaux fondateurs d'Alfred
Kinsey et de Masters and Johnson, le sujet n'a pas fait l'objet
d'analyses approfondies. Qui plus est, on découvre que ces
chercheurs courageux, aussi prudents sinon traditionnels qu'ils
aient été dans leurs concepts et leurs propos, ont
subi un véritable rejet mondial. Cela les a conduits au silence
et à la misère. Naïvement, ceux qui ont beaucoup
appris tant du rapport Kinsey que du Deuxième Sexe de Simone
de Beauvoir pensaient que le premier bénéficiait de
la même reconnaissance sociale que la seconde. Il n'en était
rien.
Certes,
la bibliographie du Secret des femmes» mentionne un
petit nombre d'ouvrages et d'articles généralement
anglophones et non traduits sur la question. Mais quelles sont les
Françaises, jeunes ou moins jeunes, qui ont pu se les procurer
et y réfléchir? D'où le caractère bienvenu
de l'enquête et du livre de Brune et Ferroul, d'où
l'urgente nécessité qu'il y aurait à les faire
mieux connaître.
3.
A l'opposé, il faut rappeler l'omniprésence des rôles
et des images asservissantes imposés aux femmes par le pouvoir
masculin mondial.
Il
s'agit d'une constatation souvent faite, mais qui entraîne
la plus grande passivité aussi bien chez les femmes qui en
sont nécessairement les victimes que chez les rares hommes
voulant échapper à un enrégimentement dont
ils constatent parfois les effets néfastes dans leurs relations
sexuelles ou professionnelles avec les femmes.
Les
observateurs et observatrices lucides observent parfois avec regret
que la prétendue libéralisation des moeurs et des
contenus culturels dont se vante le monde dit occidental marque
en fait un maintien sinon un retour en force de l'aliénation
historique imposée à la femme. Mais que fait-on pour
faire perdre de l'argent, au sens propre du terme, à tous
ceux qui profitent de cette aliénation? Qui refuse d'acheter
les magazines, voir les films, consommer les produits vivant de
la marchandisation de la femme? Fort peu de gens.
Quant
aux hommes se prétendant féministes, renonceraient-ils
sauf par peur, de s'adresser à des prostituées importées
d'ailleurs s'ils en avaient l'occasion ? Certes, par rapport à
des pays où la nudité d'une femme, la vue de son simple
visage, provoquent des scènes d'hystérie religieuse,
l'Occident paraît un havre de tolérance et de mixité.
Mais les femmes mériteraient mieux, au siècle de l'hyper-science,
que d'avoir à choisir entre la peste et le choléra.
4.
Jouets sexuels et robots
Le
livre réhabilite, aux yeux de ceux qui n'osent pas s'en servir,
le rôle des médiateurs matériels ou artificiels
utilisés dans la masturbation ou dans les relations à
deux ou plusieurs partenaires. Il n'y a là rien pour étonner
les défenseurs de la thèse que nous avons pour notre
part nommé anthropotechnique. Des les premiers stades de
l'hominisation, des «outils» ont été employés
par les primates pour augmenter le champ d'action de leurs organes
corporels et de leurs représentations neuronales. Ils ont
ainsi tissé avec ces intermédiaires extérieurs
des liens sans doute génétiques mais en tous cas culturels
qui les ont progressivement conduits à construire un monde
jamais apparu jusqu'alors dans la nature.
En
fait, nous l'avons vu, les animaux ont compris comment utiliser
les objets du monde matériel en simulacre de partenaires
sexuels, mais ils n'en ont pas fait des outils individualisés
et transmissibles comme tels. Il reste évidemment peu de
traces des outils sexuels employés aux époques préhistoriques.
Mais des l'Antiquité les exemples abondent. Les femmes n'étaient
pas les dernières à en faire usage. D'où à
nouveau la question de savoir pourquoi le rayon des outils et jouets
sexuels reste aujourd'hui encore si mal vu par les sociétés
contemporaines ce qui fait évidemment l'affaire des
négociants qui profitent du monopole que leur confère
la censure officielle.
Ajoutons
pour notre part que les choses changeront sans doute très
vite du fait des progrès de la robotisation. Les spécialistes
savent que des robots anthropoïdes des deux sexes, robots de
plus en plus « humains », seront un jour prochain
disponibles à des prix abordables. Leur usage comme partenaires
sexuels obligera une nouvelle fois à s'interroger sur les
limites de l'humain «artificiellement augmenté»
(Voir à cet égard «Love and sex with robots»
de Daniel Levy et notre
article «la révolution du zootechnocène»).
5.
La question du rôle déclencheur des fantasmes dans
la production de l'orgasme.
Il
est dommage que «Le secret des femmes» n'aborde pas
cette question d'un très grand intérêt pratique
et théorique. Il est évident (la presse féminine
elle-même n'hésite pas à le dire) que pour la
plupart des femmes, des images ou représentations imaginaires
à fort potentiel érogène accompagnent généralement
l'orgasme. Beaucoup de femmes disent même que, sans de tels
fantasmes, elles ne pourraient pas accéder au plaisir final.
Plus ces images sont réprouvées par la morale et les
bonnes moeurs, plus leur effet érogène serait puissant.
Il s'agit donc bien là d'une revanche de la nature sur des
conventions sociales imposées sans discussions possibles.
Savoir
ce qu'il en est, explorer le champ immense des interdits et de leurs
franchissements symboliques présente donc un intérêt
pratique pour toutes celles et ceux qui veulent favoriser l'orgasme
féminin. Mais la question présente un intérêt
théorique encore plus grand, car elle touche au coeur même
des questions qui se posent aujourd'hui aux neurosciences. Le livre
a rappelé que la stimulation par voie d'électrodes
des centres nerveux dits pour simplifier du plaisir et de la récompense
provoque des orgasmes aussi consistants que ceux obtenus par les
processus naturels. Ceci aussi bien chez les animaux que chez les
humains. Ce mécanisme à lui seul mériterait
d'être étudié plus en détail. Que se
passe-t-il alors dans le cerveau? Quelles conséquences en
découlent-elles sur l'organisme ou sur le psychisme.
Au-delà
de la stimulation électrique ou chimique dont on peut plus
ou moins facilement comprendre l'effet sur les aires cérébrales,
se pose la question de la stimulation apportée par la vue
d'une image érotique (la couverture du livre « Le
secret des femmes » par exemple voir photo
ci-dessus) et, phénomène plus mystérieux encore,
par une stimulation encore plus « immatérielle »,
lorsqu'une femme à la recherche du déclenchement de
l'orgasme imagine par exemple être nue et contemplée
par tous lors d'un repas officiel.
Une
double question se pose alors :
1.
Comment agit exactement ce fantasme qui n'a bien évidemment
pas la consistance d'une stimulation électrique ? Réactive-t-il
des souvenirs enfouis acquis par le sujet ? Provoque-t-il une véritable
hallucination avec construction d'une scène encore plus réelle
pour le sujet qu'une scène réelle ?
2.
Le sujet peut-il comme il le croit évoquer consciemment et
volontairement ce fantasme de nudité dans le but d'accélérer
la venue de son propre orgasme ? Il faudrait en ce cas concilier
cette affirmation avec les thèses généralement
reconnues aujourd'hui selon lesquelles la volonté consciente
n'est jamais un mécanisme premier susceptible de déclencher
un comportement. Selon ces thèses, que nous avons plusieurs
fois défendues ici, la prétendue conscience volontaire
serait toujours seconde dans une chaîne de déterminismes.
D'où proviendrait alors le mécanisme de production
de fantasme primo-déclencheur de l'orgasme, s'il ne provenait
pas seulement des stimulations génitales physiques ?