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novembre2010 Présentation
par Jean-Paul Baquiast
et Christophe Jacquemin
L'animal est
l'avenir de l'homme
L'animal
est l'avenir de l'homme
par
Dominique Lestel
Fayard
2010
Dominique
Lestel est un philosophe et éthologue français,
maître de conférences au département d'études
cognitives de l'Ecole Normale Supérieure et membre
d'une équipe de recherche en éco-anthropologie
et ethnologie du Museum d'histoire naturelle. Il est également
membre des Archives Husserl à l'ENS, et directeur de
l'équipe "Etho-écologie et Ethologie Cognitive"
au sein du Laboratoire d'Eco-anthropologie et Ethnobiologie
du MNHN/CNRS).
Il
a publié de nombreux ouvrages.
Dès la parution de ce qui est sans doute encore son
uvre maîtresse "Les origines animales
de la culture" (Flammarion 2001), nous avions pour
notre part signalé l'importance de l'apport de ses
études sur l'animal à l'ensemble des autres
sciences, y compris à celles qui sont loin du biologique.
Depuis est paru :
"Les amis de mes amis", Seuil, 2007 ;
"Les animaux sont-ils intelligents ?" Editions
Le Pommier, 2006 ;
"L'Animal singulier", Seuil, 2004.
Dans
un essai qu'il présente comme étant de philosophie
pratique, Dominique Lestel veut donner aujourd'hui des arguments
faciles à comprendre et à utiliser destinés
à tous ceux qui militent pour la cause animale.
Mais, sous cette simplicité, ce petit livre va beaucoup plus
loin : il remet en cause la «rationalité» censée
inspirer l'approche scientifique du vivant, y compris de l'humain.
Si cette rationalité convient parfaitement, selon lui, aux
sciences physiques, elle méconnaît le fait que depuis
des millénaires, les humains et les animaux ont appris à
se connaître réciproquement sur le mode de la connaissance
empirique. Pour comprendre cette connaissance, il faut momentanément
oublier les impératifs de la mathématisation, de la
modélisation, de l'arficialisation et se remettre dans une
posture de communication intuitive avec la nature qui était
celle des anciennes civilisations.
Celle-ci était professée depuis la nuit des temps
par les chamans et c'est grâce à elle que l'homme a
progressivement acquis de l'animal les innombrables compétences
qui lui ont permis d'étendre son emprise au-delà des
forêts originaires. Elle ne se transmettait pas uniquement
par des langages verbalisés mais aussi par d'autres formes
de communication, d'ailleurs en partie empruntées à
l'animal :danses, jeux, comportements de découverte et de
chasse notamment.
Il
est triste cependant de constater qu'une nouvelle extinction massive
est en cours. Au moment précis ou des philosophes comme Dominique
Lestel, précédés ou accompagnés par
un tout petit groupe de chercheurs occidentaux de terrain, veulent
rendre aux animaux ce que nous leur devons, il est plus que probable
que cette extinction fera disparaître irrévocablement
la grande majorité des espèces supérieures,
sur terre, dans les airs et dans les océans.
Rien ne paraît capable d'arrêter cette extinction. Au
mieux ne seront conservés que quelques spécimens de
zoo souffrant des graves amputations physiques et psychiques dénoncées
par Dominique Lestel.
Présentation
sommaire
Le
livre comprend quatre chapitres.
Nous n'examinerons pas les deux derniers, pour des raisons précisées
in fine.
Le premier chapitre, après avoir montré l'inanité
des lieux communs par lesquels nombre de personnes se disant sérieuses
critiquent ceux qui s'intéressent aux animaux, rappelle que
l'animal n'est pas une machine. S'appuyant sur le concept de l'animal-machine,
par laquelle Descartes et Malebranche n'accordaient à l'animal
ni sensibilité ni affects ni pensées ni conscience,
la presque totalité des chercheurs des temps modernes expérimentant
sur l'animal n'ont eu aucune considération sur le «sujet»
au sens plein du terme auquel ils s'attaquaient. Ni Claude Bernard,
père de la vivisection, ni Pavlov, le créateur du
trop fameux chien, prototype de l'idiot conditionné auquel
beaucoup aujourd'hui encore comparent les victimes de la publicité,
ni Watson inventeur du behaviorisme, ni les éthologues modernes
faisant de l'animal le produit de ses instincts ou se ses gènes,
n'ont jamais songé un instant voir en lui une individualité
finalement très proche de l'humain qu'ils étaient
eux-mêmes, et non une machine.
Le
deuxième chapitre entreprend de démonter, preuves
à l'appui, pourquoi l'animal n'est pas une machine.
L'auteur montre que les animaux souffrent, éprouvent du plaisir,
des émotions y compris des émotions négatives
ou des émotions sociales, disposent de systèmes de
communication comparables dans une certaine mesure aux langages
humains, ont un rapport à la mort, innovent, manifestent
des capacités esthétiques et finalement sont capables
d'interagir avec l'homme en lui apportant certains de leurs capabilités
(mot inventé par Dominique Lestel, très approprié)
et en lui empruntant en retour certaines des siennes.
Une
critique de grande portée épistémologique
Dans
ce deuxième chapitre, Dominique Lestel formule des remarques
épistémologiques d'une très grande portée.
Leur importance est d'autant plus grande qu'elles ne s'appliquent
pas selon nous aux seules sciences de l'animal, mais aux sciences
de la nature en général et peut-être même
à toutes les sciences. L'auteur défend l'anthropomorphisme,
réflexe quasi inné par lequel l'enfant et souvent
aussi l'adulte expliquent les phénomènes du monde
extérieur en leur prêtant les qualités et les
comportements qui sont les leurs. Faire preuve d'anthropomorphisme
constitue la pire des fautes de méthode, aux yeux des chercheurs
imbus de la nécessité de produire des modèles
du monde éliminant toute référence à
l'observateur, autrement dit toute subjectivité. Prêter
à l'animal des comportements ou affects proches de ceux de
l'humain serait à cet égard pécher par anthropomorphisme,
d'une façon qui disqualifierait celui qui tomberait dans
ce péché contre la méthode.
Pourtant,
indique Dominique Lestel, l'anthropomorphisme ne fait que traduire
des millénaires au cours desquels les hominiens essayaient
de comprendre - par essais et erreurs - les phénomènes
et les êtres du monde. Comment faire des hypothèses
dans un domaine inconnu sans se prendre soi-même en référence
? L'anthropomorphisme cesse d'être scientifique lorsqu'il
cherche à maintenir ses hypothèses à l'encontre
de nouvelles expériences obligeant à prendre en considérations
d'autres lois que celles inspirées par l'idée intuitive
que l'on s'en faisait.
Ainsi aujourd'hui on ne pourrait maintenir l'hypothèse selon
laquelle le soleil se coucherait le soir pour laisser les humains
dormir. L'astronomie a montré ce qu'il en était exactement.
Dans le domaine des relations entre les hommes et les animaux, au
contraire, l'anthropomorphisme ne fait qu'exprimer une vérité
profonde, déniée par les tenants de ce que Jean Marie
Schaeffer [voir notre article «Le
rôle des croyances dans les sciences»] a
dénoncé de son côté comme la thèse
de l'exception humaine : hommes et animaux sont issus de lignées
communes et ont par ailleurs partagé des millénaires
de cohabitation. Une connaissance intuitive réciproque s'est
donc établie, à l'insu d'ailleurs en grande partie
des humains impliqués.
Toute
personne ayant fréquenté des animaux, sauvages ou
de compagnie, le sentent d'ailleurs sans se l'expliquer : très
souvent l'homme et l'animal se comprennent de façon profonde,
un peu comme la mère et le nouveau-né se comprennent.
Parfois aussi des malentendus et incompréhensions sévères
peuvent s'établir, mais dans l'ensemble l'intercompréhension
domine. Ce n'est pas le cas, écrit Dominique Lestel, quand
il s'agit des relations entre humains et végétaux.
Sans doute, encore que là encore, certaines fusions s'établissent
peut-être sans que nous humains ne nous en rendions compte.
Plus exactement, ces fusions qui étaient sans doute à
la racine de l'équilibre entre les peuples primitifs et la
nature, se sont pour l'essentiel perdues avec l'urbanisation.
Dominique
Lestel signale une autre des critiques formulées par les
adeptes d'une méthodologie scientifique rigoureuse inspirée
des sciences physiques, à l'égard de ceux qui observent
et tentent d'étudier l'animal. Ces études s'appuient
sur des observations de cas isolés, ce qu'il nomme le recours
à l'anecdote, plutôt que sur des observations répétées
et renouvelables autant que de besoin. Autrement dit, ce n'est pas
parce que l'on aurait observé un chien qui aurait traversé
toute la France pour retrouver son maître qu'il faudrait en
déduire que ce chien en particulier ou l'espèce des
canidés en général disposeraient de capacités
extraordinaires de géolocalisation. Mais dans le domaine
du vivant, où les individus diffèrent profondément
entre eux et où les circonstances ne sont jamais semblables,
comment procéder autrement qu'en collationnant des évènements
non nécessairement répétitifs ? A défaut,
il faudrait - ce dont ne se privent d'ailleurs pas les éthologues
de laboratoire - enfermer l'animal dans un zoo afin de le soumettre
à des séries de tests qui, en général,
le privent de l'essentiel des capacités dont il dispose quand
il est libre. Travailler à partir de l'anecdote n'interdit
pas d'adopter une démarche scientifique. Il suffit d'utiliser
des méthodes permettant de mettre de côté les
observations aberrantes, si elles ne se renouvellent pas.
Par
ailleurs, dans l'étude de l'animal, souligne Dominique Lestel,
le chercheur scientifique non obnubilé par une impossible
quête de l'objectivité, ce qui correspond dans l'ensemble
à ce qu'il nomme le positivisme, ne refusera pas bien au
contraire de laisser parler sa subjectivité, ou plus exactement
ses émotions.
Comment comprendre un être ou des sociétés
qui nous sont si proches en éliminant les affects
que nous pouvons avoir en commun avec eux ? Ces affects seraient
nuisibles dans l'étude des particules atomiques, ils sont
indispensables, comme vecteur d'empathie en vue de communiquer avec
les animaux, et donc de les comprendre. Considérer les animaux
comme des machines, incapables d'approcher la complexité
de la prétendue nature humaine, la richesse infinie de ses
affects, constitue la meilleure façon de démontrer
qu'il n'y a rien à en attendre sauf à servir
de cobayes dans les laboratoire ou de bêtes de boucherie.
Il faut au contraire prêter infiniment à l'animal,
selon la jolie formule de Dominique Lestel, pour commencer à
élargir la vision que l'on a, et de l'animal, et de soi,
et du monde.
Nous
pourrions aller peut-être un peu plus loin que Dominique Lestel,
en suggérant que l'étude (non réductrice) de
la connaissance que nous prenons de l'animal, et réciproquement
de la connaissance que l'animal prend de nous, pourrait conduire
aux sources même des processus de connaissance ayant «émergé»
au cours de l'évolution chez un grand nombre d'espèces.
Il s'agirait de bâtir une paléontologie des processus
de connaissances, ou processus cognitifs, fondée sur ce qui
s'exprime toujours avec force en nous, non seulement dans nos échanges
interactifs avec les animaux mais dans nos échanges avec
les autres humains lorsqu'ils s'établissent sur le mode de
la communication inter-animale ce qui est le plus souvent
le cas.
La
découverte et la compréhension de l'autre qui en découlent,
héritées des processus régnant dans le monde
animal, font appel à des messages et à des canaux
échappant au rationnel et au formalisé. Cependant,
au regard du poids qu'elle pèse dans nos vies, l'acquisition
de connaissances et de pratiques en résultant joue un rôle
bien plus déterminant que nos prises de conscience rationnelles.
Elle détermine une grande partie de nos amours, amitiés,
sympathies diverses y compris nos adhésions à des
«leaders» sociaux. Mais comme ces messages et ces canaux
sont encore inconscients de ceux mêmes qui en font usage,
ils n'ont pas encore fait l'objet d'études scientifiques
sérieuses. Dominique Lestel s'en réjouira peut-être.
Peut-être nous dirait-il que si l'on introduisait du rationnel,
de la mathématique et des statistiques dans tout ce domaine,
il n'en resterait rien... Mais ce serait précisément
une science plus douce et plus compréhensive qu'il faudrait
alors inventer, s'inspirant éventuellement de certaines formes
de pensée asiatiques.
A
partir de l'animal, mieux comprendre l'abjection humaine
La
paléontologie de la connaissance que nous envisageons serait
une oeuvre diverse et de longue haleine. Dans l'immédiat,
une science de l'animal plus rustique devrait se donner comme objectif
d'étudier tout autant l'homme dans ses relations avec l'animal
que l'animal seul. Dans l'essai "Le paradoxe du sapiens",
nous avons voulu montrer que l'on ne comprendrait pas l'évolution
de l'espèce humaine si l'on se bornait à étudier
les humains indépendamment des relations étroites,
souvent génétiquement implantées, qu'ils entretiennent
avec des outils et des machines. Nous avons parlé de systèmes
anthropotechniques. Mais nous avions signalé qu'il serait
tout aussi intéressant d'étudier les multiples entités
formées entre les anthopos et les diverses espèces
animales avec lesquelles ils se sont unis au cours de l'évolution.
Il ne faudrait pas alors se limiter aux relations que l'on pourrait
qualifier de symbioses heureuses ou d'amour. Il faudrait parler
de celles par lesquelles l'humain exprime les plus asociales, les
plus prédatrices de ses composantes.
Au-delà
de la chasse au sein des sociétés primitives, qui
relevait de ce que l'on pourrait appeler le droit commun de l'évolution
traditionnelle, il faudrait évidemment remettre en question
la chasse d'aujourd'hui, dont le moins que l'on puisse dire est
qu'elle associe un anthropos et un outil (l'arme de chasse) avec
un animal servant au premier de défouloir. Le parc national
d'Exmoor en Grande Bretagne, est aujourd'hui bouleversé par
le fait qu'un chasseur inepte a tué le plus grand cerf vivant
dans les Iles Britannique, qui avait été nommé
l'empereur d'Exmoor et protégé comme tel (photo ci-dessus).
Mais ce chasseur n'est pas très différent de ses millions
d'homologues ineptes qui chaque saison tuent des bêtes vivant
en liberté, contribuant ainsi à leur extinction programmée.
La science n'a jamais clairement expliqué ce qui pousse ces
individus, pas plus d'ailleurs qu'elle n'explique pourquoi par exemple
la plupart des hommes en Afghanistan continuent à massacrer
leurs femmes et filles (voir New York Timeshttp://nyti.ms/cPXri8).
Dans
ce cadre de réflexion, nous transcrirons ici les termes magnifiques
d'une lettre que Marc Fabre, auteur des Mythes tauromachiques »
(Nouvelles Presses du Languedoc, 2009) vient d'écrire au
Monde Magazine (6 novembre 2010, p. 7) à propos du
fait que la Catalogne, qui avait suspendu les corridas pour des
raisons électoralistes, était en voie de les réautoriser.
«J affirme que la tauromachie
est un condensé des mécanismes et mythes fascistes.
A savoir le culte de l'héroïsme et du dépassement
de soi, l'éthique de la domination, la morale de la force,
le modèle en réduction de la guerre et de la victoire,
la purification par le sang, l'esthétique de la mort et du
sacrifice, la glorification des martyrs, la nécessité
du parcours initiatique, le détournement du sens commun des
mots (respect, amour, loyauté), le bric-à-brac de
l'inexplicable, l'exaltation de l'Antiquité et de la tradition,
la vénération de la hiérarchie, la mise en
scène de l'émotion de masse, la magnificence du rituel
et du décorum, le phallocentrisme et le retour du refoulé
homosexuel, le recours aux sentiments identitaires...».
On peut vraiment se demander pourquoi les humains, au lieu de s'arranger
entre eux pour développer ces vices et ces qualités
à leurs dépens, ont besoin de tuer des animaux innocents
pour les affirmer.
A
propos des sciences de l'artificiel
Malgré
l'accord profond que nous ressentons avec les positions de Dominique
Leste, signalons un point sur lequel nous ne pouvons le suivre complètement.
Il s'agit de ses appréciations concernant le tort que font
l'intelligence artificielle et la robotique quand elles essayent
de mettre au point des systèmes robotiques prétendant
simuler la vie biologique et la vie animale. Il y voit une nouvelle
forme du réductionnisme cartésien s'exprimant par
le concept d'animal-machine évoqué ci-dessus. Certes,
poussé à l'extrême, le réductionnisme
est dangereux du fait qu'il empêche de voir la complexité
du monde que l'on observe, réduit aux traits que l'on a cru
pouvoir identifier et reproduire. Les roboticiens n'y échappent
pas.
Mais
la longue expérience que nous avons des sciences et technologies
de l'artificiel nous a montré que c'est en voulant reproduire
certains phénomènes et certaines entités de
la vie naturelle que l'on a découvert leur complexité
et la nécessité de les étudier davantage. L'exemple
souvent cité concerne la bionique. Ce ne fut qu'avec l'invention
des sonars et radars pendant la seconde guerre mondiale, utilisant
des propriétés du monde physique a priori éloignées
du monde vivant, que l'on a découvert par la suite que différents
animaux disposaient de systèmes analogues, sinon plus performant,
acquis au long de millions d'années d'évolution.
Il
en est de même pour la conscience animale. Notre ami Alain
Cardon, qui a passé une partie de sa vie de chercheur à
construire des systèmes dits de conscience artificielle,
a fait beaucoup plus tôt que des cogniticiens animaliers la
supposition (en cours de confirmation expérimentale depuis
lors) que de très nombreux animaux disposaient de bases neurales
susceptibles de produire des états de conscience. Rien n'exclut
pour l'avenir que des systèmes d' IA appliqués
à l'interaction avec les formes de communication animale
nous révèlent le mystère des formes de conscience
sous-jacentes à ces communication. Nous sommes donc là
loin du réductionnisme... à moins de faire à
l'IA et à la robotique évolutionnaire, quand il s'agit
de l'animal, le même reproche stupide de réductionnisme
formulé contre elles quand elles essayent de simuler voire
d'augmenter la conscience humaine. Nous retrouvons là un
interdit inspiré de l'Académie pontificale des sciences
et transposé à une conception religieuse de l'humanité
: "il s'agit de sujet dont par principe la recherche scientifique
ne doit pas s'occuper".
Pessimisme
Nous
n'examinerons pas dans cette présentation les troisième
et quatrième chapitres du livre, qui traitent de thèmes
sur lesquels nous ne pouvons qu'être d'accord : inutilité
et perversions de la vivisection et de l'expérimentation
pharmacologique sur l'animal, nécessité de réguler
très sérieusement l'élevage industriel des
animaux terrestres et marins destinés à alimenter
des hommes qui pourraient se nourrir d'autre chose ou à fournir
des matières premières pour des applications commerciales
qui pourraient très bien s'en passer.
La
seule réserve que nos pouvons faire s'inspire de la conception
philosophique exprimée souvent dans nos écrits. Les
systèmes anthropotechniques qui sont en concurrence pour
se partager les ressources déclinantes de la Terre sont par
définition incapables de s'auto-réguler afin d'éviter
l'anéantissement de ces ressources. Ils ne disposent pas
des cerveaux répartis globaux leur permettant de se représenter
les effets destructeurs de leurs actes et de les modifier en conséquence.
Nous
avons pour notre part tout lieu de supposer que la génération
des lecteurs qui lisent cet article après avoir lu le livre
de Dominique Lestel sera la dernière où presque à
s'interroger sur l'animal.
Ne restera en face de leurs descendants, pour représenter
l'animal, que des bactéries et des méduses...
Dominique
Lestel nous écrit, après réception de cet article
:
Mon rapport à l'I.A. est en effet
très complexe et vraiment central dans ma pensée.
J'ai fait ma thèse de doctorat (soutenue en 1986) au sein
du Laboratoire d'Intelligence Artificiellle de Bull (où j'ai
été le premier (et sans doute seul!) philosophe embauché
comme ingénieur de recherche) et j'ai été Visiting
Scientist au MIT Media Lab, invité par Seymour Papert aux
débuts des années 90.
Si je ne crois pas une minute que les animaux sont des machines,
je suis au contraire convaincu que les artefacts animalisés
ont le vent en poupe et constituent une vraie menace pour le animaux
naturels, parce ces artefacts ressemblent plus à ce que nous
imaginons être des animaux que les vrais animaux (J'ai fait
une communication sur ce sujet à un récent colloque
sur la perte de la biodiversité organisé par Gilles
Boeuf au MNHN il y a quelques jours).
Une anecdote intéressante à ce sujet est relatée
par la sociologue Sherry Turkle qui raconte que sa fille adolescente
a trouvé les tortues artificielles de Disneyworld plus convaincantes
que les tortues naturelles du zoo d'Orlando!
09/11/2010
LEspace
Pierre Mendès France (Poitiers) vous propose de participer
à la web-conférence (webinaire) «LHomme
est-il un singe comme les autres ?» délivrée
par Georges Chapouthier, Directeur de Recherche au CNRS, le18 Novembre
à 17 h (Horaire France Métropolitaine).
Partant
des relations homme-animal à travers les civilisations, Georges
Chapouthier pose plusieurs questions centrales à propos de
lêtre humain (Philosophe ou Chimpanzé ?...).