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oks5 décembre 2011
Présentation par Jean-Paul Baquiast

Le temps des riches

Le théorèmed uu jardin

Le temps des riches
Anatomie d'une sécession

Thierry Pech

Seuil
2011


 

Thierry PechThierry Pech est directeur de la rédaction d'Alternatives Economiques, qui serait le second mensuel économique français. Normalien, éditeur au Seuil, il a été secrétaire général de la République des Idées, conseiller à la CFDT et secrétaire général adjoint de l’Institut des Hautes Etudes sur la Justice.


Pour en savoir plus sur l'auteur,
voir http://www.lesinfluences.fr/L-alternative-Thierry-Pech.html

 

De plus en plus de voix dénoncent le système de domination mondiale qui, selon l'expression mise à l'actualité par les manifestants des mouvements Occupy aux Etats-Unis, assujettit 99% des populations à 1% d'oligarchies. Ces oligarchies, comme l'a rappelé Hervé Kempf(1), s'organisent autour de trois pouvoirs, celui des entreprises transnationales, celui des gouvernements à leur service et celui des médias au service des deux premiers. On a pu dire aussi, au plan sociologique, que l'infime minorité des riches et ultra-riches, gravitant dans la sphère d'influence de ces trois pôles, représente aujourd'hui la face visible des pouvoirs cachés qui dominent le monde.

On pourrait donc s'étonner de voir Thierry Pech, qui a un pied dans le monde de l'entreprise et l'autre dans celui des médias, consacrer un livre entier à mettre en cause les riches – tout au moins tels qu'il se présentent en France. Peut-être tient-il ce regard moralisateur de ses fréquentations syndicales et sociales. Mais peut-être faudrait-il chercher plus en profondeur la raison de cette apparente dénonciation. Nous allons y revenir.

Concernant le livre proprement dit, on reconnaitra que "Le temps des riches" rappelle légitimement un certain nombre de réalités françaises que les riches de ce pays n'aiment guère voir évoquer. Il est vrai qu'avec l'intensification de la crise, les inégalités sociales sont de plus en plus perçues et mal ressenties par l'opinion. Mais il n'est pas mauvais de les rappeler.

Thierry Pech évoque d'abord les faits. Depuis une trentaine d'années, les revenus et les patrimoines d’une infime minorité, environ 6 000 personnes (soit 0,01% de la population française) n'ont cessé de s'accroitre, alors que ceux du reste de la population stagnaient ou diminuaient. Une oligarchie, pour reprendre le mot, s'est imposée, composée de financiers, de patrons, de spéculateurs, auxquels on ajoutera des artistes et des sportifs. Ces gens sont, par leurs rémunérations hors normes, indique l'auteur, « devenus un problème » pour la justice sociale, l'efficacité économique et la démocratie.

Les riches ont largué les amarres : ils ont fait sécession du reste de la société". Leurs gains sont désormais sans commune mesure avec ceux de leurs contemporains et ils échappent toujours davantage aux contraintes de la solidarité. En 2007, les ultra-riches gagnaient environ soixante fois le revenu moyen français… contre vingt fois en 1995.

Thierry Pech donne quelques explications. Mais ce faisant, il ne fait guère de révélations, car ces facteurs ont été dénoncés depuis longtemps. La montée en puissance du capitalisme financier a supplanté le capitalisme managérial en vogue dans les années 1980, quand les dirigeants d’entreprise profitaient d’un actionnariat émietté pour affirmer leur pouvoir. Les actionnaires ont pu rependre en main les industries, provoquant d'ailleurs par leur course aux dividendes la disparition d'une grande partie de celles-ci. Récemment le boom de la finance a complété le pouvoir des chefs d'entreprises par celui des banquiers, traders et spéculateurs en bourse.

Thierry Pech indique également, suivant en cela l'économiste Thomas Piketty, que depuis trente ans, l'héritage s'impose de nouveau comme une forme dominante de l'enrichissement. Une tendance favorisée à la fois par une faible inflation et la récession de l'économie réelle. Plus généralement, tant au plan des revenus que de la fortune, au prétexte de ne pas faire fuir les hauts revenus et le capital, la fiscalité a été adaptée pour protéger la richesse installée aux dépends de l'investissement.

Mais pourquoi ce laxisme? Thierry Pech met en avant des causes idéologiques: la prétendue utilité sociale de l’égoïsme, le rôle moteur d'aventuriers tels Bernard Tapie.... Il faut ménager les riches, les protéger, pour le bien de l'économie. Les riches seraient les bienfaiteurs de l’humanité. C’est ainsi que la théorie du ruissellement, selon laquelle l’argent des nantis aide les pauvres en leur donnant du travail, s’est longtemps trouvée justifiée.

Mais les pauvres n'échappent pas à la critique de l'auteur. Ils seraient aussi, d'une certaine façon, coupables de l'ascension des riches. La population porte sur eux un regard ambivalent. Ils font rêver, comme le montre la presse dite people. Beaucoup de pauvres aspirent à s'enrichir, même au mépris de tout réalisme. Peu rappellent, comme le souligne avec justesse Thierry Pech, que les riches le sont devenus au détriments des réseaux de coopérations, qu'ils doivent à la société leur éducation, leur santé, leurs plaisirs. Cette « dette sociale » condamne d'office leur sécession.

Mon curé chez les riches

Est-il possible de sortir de cette situation croissante d'inégalité. Thierry Pech ne propose pas de solutions originales. En caricaturant, on pourrait dire qu'il demande aux riches de moins frauder le fisc et aux pauvres de moins admirer les riches, ce qui les légitime dans leur sentiment de supériorité. C'est en quelque sorte «Mon curé chez les riches». Aussi fondées que soient des observations relatives à la place devenue excessive des riches en France, il ne nous semble pas que ses analyses soient suffisantes.

Elles pèchent par trois points. D'abord, Thierry Pech n'insiste pas assez sur le caractère transnational pris désormais par ce qu'il faut bien appeler la classe des super-riches. Du nord au sud, de l'est à l'ouest du monde, on retrouve les mêmes façons d'imposer aux économies des prélèvements excessifs, de consommer et de gaspiller sans frein des biens de plus en plus rares, de corrompre les décideurs politiques et les médias pour s'en faire des serviteurs dociles. Dans le monde entier aussi on retrouve une immense armée de réserve de populations qui par peur d'aggraver encore leur situation, repousseront jusqu'au bout d'éventuels changements à l'ordre social. Plus généralement, par la mondialisation, l'internationale des riches s'est organisée pour qu'aucun gouvernement réformateur ne puisse remettre en cause ses privilèges. La circulation des personnes et des richesses rend les riches intouchables.

Ceci conduit à une deuxième remarque. Aussi insupportables que puisse paraître les inégalités dont bénéficient les riches, ces inégalités ne sont qu'un indice. A partir d'un certain niveau de richesse, c'est le pouvoir et non le luxe qui intéresse les hommes. Ceci depuis la plus haute antiquité. Aujourd'hui, les inégalités dans la possession des biens matériels cachent la radicale différence de pouvoir qui distingue la classe mondiale dominante de toutes les autres. La minorité des 1% dénoncée par les Indignés s'est en fait arrogée tous les droits de décider ce que doit être et ce que doit devenir le monde, dans la limite évidemment des capacités de l'action humaine. Ceci même lorsqu'il apparaît que les décisions en résultant pourraient conduire le monde à sa perte.

Ce ne sont plus alors les seuls riches qu'il faudrait dénoncer, mais tous ceux qui,participent aux pouvoirs corporatocratiques, selon l'expression d'origine américaine. Autrement dit, les hommes d'influence et de décision au sein des entreprises, des gouvernements, des administrations, de la société civile et, bien évidemment, des médias.

On peut considérer que ces hommes et les organisations qu'ils animent constituent un véritable réseau organisé pour assurer la direction du monde. Faut-il y voir les « nouveaux maîtres du monde » selon l'expression de ceux qui mettent en cause la Trilatérale, le Groupe Bildenberg ou, en France, le Cercle ?(2) Disons, sans tomber dans le conspirationnisme, que les membres de ces cercles s'efforcent sans doute de faire chaque fois que possible des choix coordonnés, mais qu'ils ne sont pas capables de maîtriser tous les facteurs qui déterminent aujourd'hui l'évolution des civilisations humaines, notamment l'impact des technologies, la démographie ou l'évolution climatique, par exemple. Néanmoins ils ont infiniment plus de pouvoirs que les populations de la base. Il n'y a aucune raison de penser qu'ils accepteront de les partager.

Nous voudrions soulever un troisième point, que Thierry Pech ne met pas assez en relief. La richesse aujourd'hui n'est pas seulement celle de l'argent, des biens matériels et des relations sociales. Elle est aussi celle de la culture et de l'accès aux sources du savoir. Beaucoup de personnes au mode de vie austère s'estiment à juste titre favorisées parce qu'elles peuvent participer à la diffusion ou à la création des connaissances. Le cerveau, comme l'ont montré les scientifiques, trouve autant de plaisir à résoudre des problèmes intellectuels qu'à enregistrer le taux de satiété du système digestif. Or, malgré la diffusion des technologies de l'information, la participation active à la culture reste évidemment interdite à l'immense majorité des humains. Ceux-ci seront toute leur vie enfermés dans les préjugés religieux et sociaux hérités du passé, ou bien dans les mots d'ordre de la publicité commerciale. Ils n'en souffrent pas nécessairement de façon explicite, mais leur possibilités d'action sur le monde sont réduites d'autant.

Que faire?

Nous avons indiqué que les solutions proposées par Thierry Pech dans son livre paraissent soit superficielles, soit inapplicables. Les riches resteront les riches, conclura le lecteur avec bon sens. N'est-ce pas au fond une telle conclusion que voudrait suggérer l'auteur? Il est indéniablement homme du Système et n'en sortira pas, à moins de se saborder.

Mais nous-mêmes, que pourrions-nous proposer pour lutter contre la domination des riches et plus généralement des oligarchies? Nous avons souvent discuté ce point avec des confrères sur divers supports. Des changements de majorité politique ne seraient pas inutiles, mais le Système ou ce que l'on désigne par ce mot s'en accommoderait finalement très bien. C'est une des raisons pour lesquelles les mouvements Occupy ne veulent pas encore à ce jour suggérer de solutions. Ils savent très bien qu'elles seraient récupérées par l'ordre dominant. Ils se bornent à manifester un refus global, en espérant que de ce refus, poursuivi assez longtemps, pourraient surgir des perspectives aujourd'hui encore inattendues.

Qu'ils ne soient pas trop confiants cependant. Les riches, pour parler comme Thierry Pech, commencent à s'inquiéter et à mobiliser leurs forces. Leur passage à l'acte pourrait devenir sanglant.

Notes
(1) Hervé Kempf "L'oligarchie c'est fini", 2011. Voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=679&r_id=

(2) On pourra consulter l'organigramme des Maîtres du monde établi par le site syti.net. Le coté un peu "illuminé" des responsables de ce site ne retire rien à la pertinence de beaucoup de leurs analyses http://www.syti.net/Organisations.html

Voir aussi notre article: De nouvelles armes dans la lutte contre le Système http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/122/zurich.htm


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