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The Believing
Brain
From Ghosts, Gods, and Aliens
to Conspiracies, Economics, and Politics
How the Brain Constructs Beliefs and Reinforces Them as Truths
The
Believing Brain
par Par
Michael Shermer
Macmillan
2011
Michael
Shermer est le fondateur et est le responsable bien connu
du magazine Skeptic et du site associé.
Michael
Shermer s'est dédié depuis bientôt trente
ans à une tâche bien utile : analyser et démonter
les illusions et croyances qui peuplent l'imaginaire collectif
et nourrissent souvent des antagonismes virulents entre personnes
et entre groupes. Ceci suppose évidemment la remise à
l'honneur d'une discipline malheureusement de plus en plus négligée,
la critique scientifique des "faits" d'observations
et des interprétations qui leur sont données, au
nom de ce qu'il faut bien encore appeler la rationalité.
Rappelons
que contrairement à ce qu'affirment les adversaires de la
démarche scientifique, celle-ci ne vise pas à produire
des croyances analogues aux autres. Elle suppose la confrontation
au plan universel d'expériences, d'hypothèses et de
théories dont n'émergent que celles bénéficiant
du consensus le plus large. Certes, cette démarche ne cherche
pas à produire des certitudes définitives, mais au
contraire des résultats toujours améliorables, en
principe et en fait. Ceux-ci cependant sont les seuls auxquels,
à un moment donné et dans un état donné
des connaissances scientifiques, les esprits rationnels doivent
se référer.
On ne rejettera pas pour autant les productions de l'imaginaire.
Elles sont comme tout ce qui concerne l'activité de l'esprit,
révélatrices de phénomènes et mécanismes
que la science se doit de prendre en compte. Mais elles doivent
être accueillies, pour reprendre le terme de Michael Schermer,
avec un scepticisme initial, au lieu d'être prises d'emblée
comme matière à certitude.
The belief engine
Au-delà
du rappel de ce qui précède, dont aucun esprit rationnel
ne devrait discuter, le livre de Michael Shermer s'efforce de rassembler
trente années d'étude des croyances en une hypothèse
globale intéressant les processus selon lesquels elles naissent,
se nourrissent, se renforcent, se modifient et finalement, pour
la plupart, disparaissent.
Pour cela, il aborde un thème qui est de plus en plus à
l'ordre du jour des neurosciences et aussi de la psychologie évolutionnaire
appliquée aux contenus de connaissance (contenus cognitifs)
: en quoi et pourquoi le cerveau se comporte-t-il en machine à
générer des croyances ?
La question a été étudiée à propos
du cerveau animal. Les animaux, au moins ceux dits supérieurs,
génèrent-ils des croyances, de quelles façons
celles-ci s'expriment-elles et en quoi ces processus sont-ils indispensables
à leur survie ce qui expliquerait leur maintien à
travers l'évolution ?
Michael Shermer, pour sa part, s'intéresse d'abord à
la façon dont se forment les croyances chez l'individu humain
des sociétés modernes. Selon lui, elles naissent de
diverses émotions subjectives ressenties dans l'environnement
familial, éducatif, professionnel, culturel. A partir de
celles-ci, le sujet éprouve inconsciemment le besoin de générer
divers contenus de croyance et surtout de défendre et rationaliser
ces contenus, comme ci ces derniers étaient désormais
indispensables à la construction de sa personnalité
et quasiment à sa survie sociale.
Dès
lors, le sujet fait appel, consciemment cette fois, à toutes
les raisons qu'il peut trouver, intellectuelles, rationnelles ou
inspirées de l'argumentaire scientifique, pour s'accrocher
mordicus à ce qu'il croit. Autrement dit, comme le
rappelle l'auteur, on croit d'abord, on s'explique et se justifie
ensuite.
C'est seulement après cette constatation de départ
que Michael Shermer en vient aux données fournies par les
neurosciences pour expliquer des comportements aussi répandus.
Il rappelle que le cerveau s'est construit à travers l'évolution
comme une « machine à croire » (a
belief engine). Ceci dès l'apparition des cerveaux primitifs.
Le
cerveau reçoit des organes sensoriels un flux ininterrompu
de données sur le monde extérieur, à partir
desquelles s'imposent des constantes. Autrement dit, par sa propre
logique de fonctionnement, le cerveau est obligé d'identifier
des modèles ou patterns. Ne sont conservés, au plan
de l'espèce comme par l'individu, que les patterns ayant
un sens ou signification pour la survie. C'est le cerveau qui construit
ce sens et l'associe ensuite aux patterns.
L'auteur
nomme "patternicité"» (patternicity)
l'aptitude à observer des constantes dans des flots de données
sensorielles, qu'elles soient significatives ou non. Il nomme "agenticité"
(agenticity) l'aptitude à conférer des significations
à certains patterns et les doter ce faisant d'intentions
et de la capacité de se comporter en agents proactifs. Observons
que le modèle de conscience artificielle présenté
par Alain Cardon retrouve le jeu de ces différents agents
aux différents stades d'élaboration d'une telle conscience.
4 heures par jour de cécité
Nous avons ici plusieurs fois signalé les hypothèses
faites par les neuroscientifiques évolutionnaires relativement
au fait que le cerveau construit en permanence des hypothèses
à partir des informations sensorielles qu'il reçoit,
et qu'il consacre une partie de son activité à les
vérifier. Ceci vient d'être confirmé par l'observation
fine du processus de fonctionnement de l'activité oculaire
(voir NewScientist, Graham
Lauton, The Grand Delusion). L'auteur de l'article relate
le fait que, pendant les saccades oculaires qui surviennent environ
3 fois par seconde et durent 200 millisecondes, le cerveau est effectivement
aveugle. Il reçoit des données mais ne les traite
pas. Ceci représente un temps total considérable puisque,
au rythme de 150.000 saccades par jour, le cerveau est déconnecté
du monde extérieur pendant 4 heures.
Pour se reconnecter après chaque saccade, tout se passe comme
s'il faisait une hypothèse sur ce que le monde était
devenu pendant ce temps de non-perception visuelle et qu'il la vérifiait,
dès reprise de la perception, notamment en focalisant sur
les points méritant l'attention les capacités de la
fovéa rétinienne, zone d'1mm2 environ rassemblant
les cellules photoréceptrices les plus sensibles de la rétine.
Ainsi le cerveau se donne-t-il une perception cinématographique
du monde, en continu. Il vérifie constamment que cette perception
est bien la bonne. Nous passons, selon le psychologue Ron Rensick
de l'Université de Colombie Britannique, notre temps à
créer puis vérifier les représentations du
monde que nous nous donnons, y compris dans les tâches les
plus élémentaires de la perception visuelle.
L'article de Graham Lauton précité, The Grand Delusion,
retrouve sans que nous en soyons surpris les propos de Michael Schermer.
Graham Lauton explique que dans l'attention que nous portons au
monde, y compris au niveau le plus élémentaire de
la perception par focalisation de la fovéa rétinienne,
nous sommes "biaisés" (biased). Autrement
dit, nous jugeons le monde (ou préjugeons) à partir
des différents modèles ou patterns que nous avons
élaborés au cours de notre interaction avec celui-ci,
particulièrement avec l'environnement social.
Mais au lieu d'admettre ce phénomène comme intrinsèquement
associé aux processus d'élaboration des connaissances,
nous sommes aveugles à reconnaître nos propres préjugés,
et très virulents au contraire à dénoncer ceux
des autres. Ceci parce que nos propres biais se sont formés
dès l'enfance au niveau inconscient et que nous ne sommes
pas spontanément organisés pour les identifier consciemment.
Faut-il s'en plaindre ? Que deviendrions nous si notre cerveau ne
pouvait pas s'accrocher à un minimum de "certitudes"
qu'il se serait donné et si la représentation du monde
qu'il nous proposait variait du tout au tout d'un instant à
l'autre ?
Il
est intéressant de constater que Graham Lauton et les chercheurs
qu'il cite rejoignent, sans d'ailleurs le mentionner, le livre de
Michael Shermer, The Believing Brain .Nous n'irons pas
plus loin ici dans notre présentation et nos commentaires,
renvoyant nos lecteurs à ces deux sources pour plus de détails.
Le
sujet est de première importance, car il nous oblige à
identifier les bases de nos convictions les plus profondes, et relativiser
leur pertinence. Reste à savoir cependant si, dans ce travail
d'autocritique imposé, notre cerveau ira assez loin...Certainement
pas, mais nous ne serons pas conscients des points sur lesquels,
que ce soit en termes de convictions scientifiques ou de croyances
mondaines, nous ne voudrons en aucun cas être détrompés.
Note.
Une étude bien plus approfondie de
ce qui distingue la connaissance scientifique des autres formes
de connaissance vient d'être présentée par le
physicien et épistémologue britannique David Deutsch.
Nous présenterons le travail en question "The beginning
of infinity", Allen Lane, dès que nous aurons lu et
assimilé ses 480 pages.