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19 juillet 2011 Présentation
par Jean-Paul Baquiast
Les écosystèmes
de l'innovation
Les
écosystèmes de l'innovation
par Eunika
Mercier Laurent
préface : Edtih Cresson
Hermès
Lavoisier
2011
L'ouvrage
est en vente dans toutes les librairies spécialisées
au prix de 55 euros. On peut aussi se le procurer directement auprès
des Editions Lavoisier (www.Lavoisier.fr).
Elle dirige une entreprise internationale dédiée
au management des connaissances et de l'innovation et préside
Innovation3D. Adresse web : http://emlconseil.fr
et http://innovation3D.fr,
Elle est expert sur ces sujets auprès de diverses institutions
européennes et internationales.
C'est
un lieu commun de dire que, sans innovation, aucune espèce
biologique ne peut survivre. Si les ressources sont abondantes et
si le milieu n'exerce pas une forte pression de sélection,
les espèces peuvent se maintenir sans changements pendant
de longues périodes. L'innovation leur est inutile. Des mutations
innovantes peuvent se produire, mais les nouveaux individus en résultant
ne sont pas favorisés par rapport à ceux de l'espèce
en place et ils disparaissent. Il en résulte une incapacité
à se diversifier et se complexifier, qui peut se révéler
mortelle dès que diminuent les ressources ou qu'apparaissent
de nouveaux concurrents.
Chez
les organismes biologiques soumis à la compétition
darwinienne, l'innovation se produit par les voies complexes de
la mutation aléatoire affectant telles ou telles parties
du génome reproductif. Les changements en résultant
ne sont pas nécessairement favorables à de meilleurs
conditions de survie. La plupart au contraire peuvent être
mortels. Dans de très rares cas cependant apparaissent des
formes d'organismes mieux adaptés que les parents aux nouvelles
conditions du milieu. Ces nouveaux organismes, s'ils peuvent former
de nouvelles lignées, présentent alors par définition
des caractères différents de ceux des prédécesseurs.
On pourra dire qu'il s'agit d'innovations, en ce sens qu'il s'agit
de caractères nouveaux n'existant pas auparavant. Mais ces
innovations n'ont pas d'intérêt en elles-mêmes,
elles n'ont d'intérêt que si elles favorisent la survie
et le succès compétitif de l'espèce bénéficiaire.
Si
l'on considère les organismes sociaux comme des organismes
biologiques en lutte pour la survie, on voit que de la même
façon l'innovation leur est indispensable pour s'adapter
à des milieux changeants et à l'apparition de compétiteurs.
Chaque organisme social se transforme et mute, donnant naissance
à de nouvelles formes. Dans les sociétés dites
froides, où ne règnent pas de fortes pressions compétitives,
les innovations sont très lentes et souvent peu visibles.
La tendance à conserver les anciennes formes l'emporte sur
celle visant à les rajeunir et les adapter. Dans les sociétés
dites « chaudes », où les organismes
et les groupes sont soumis à des changements de milieux importants,
les processus traditionnels perdent vite leur intérêt.
Ceux qui en restent prisonniers disparaissent à plus ou moins
court terme. Il s'établit donc un environnement favorable
à l'apparition de formes ou de processus innovants.
Ainsi
que dans le monde biologique, les mutations innovantes apparaissent
d'abord sous une forme aléatoire: tel individu perçoit
brutalement, sans même l'avoir voulu, l'intérêt
d'un nouveau procédé. Si son idée est reçue
par l'entreprise et se révèle favorable, elle sera
honorée du terme d'invention. Mais comme les organismes sociaux
sont composés de primates évolués dont le cerveau
présente une certaine capacité à s'abstraire
des tâches courantes pour réfléchir à
leur amélioration, la nécessité d'encourager
systématiquement les mutations adaptatives est vite apparue
vitale. Ceci au détriment de ceux qui pour diverses raisons
ne souhaitent pas changer leurs modes de vie et de production.
On
a donc vu se généraliser dans les entreprises, dans
les branches ou au niveau du milieu social tout entier des spécialistes
dont le métier consiste à encourager les innovations.
Mais l'innovation réussie ne se commande pas à l'avance.
Il faut donc admettre le recours au plus grand nombre possible de
processus innovants, en espérant que de cet ensemble naîtra
le plus grand nombre possible de changements bénéficiant
à la survie de l'organisme.
La
mission de ces spécialistes consiste donc d'abord à
constituer de véritables encyclopédies des techniques
d'innovation et de leurs modes d'emploi, auxquelles chacun pourra
se référer pour s'en inspirer et si possible faire
mieux. Au delà de ces encyclopédies, l'organisme ou
le milieu social le plus apte à innover mettra en place,
délibérément mais aussi parfois sans toujours
s'en rendre compte, ce qu'Eunika Mercier Laurent appelle un écosystème
de l'innovation. Il s'agira de créer un climat permanent
d'évaluation et de critique des processus existants, afin
de faire apparaître les modifications ou innovations permettant
de rendre plus efficace l'organisme entier.
On
parlera d'écosystème ou mieux, selon le terme de l'auteur,
de système d'é-co-innovation, pour marquer qu'il s'agira
alors de généraliser par la mutualisation et l'échange,
une tension adaptative impliquant tous les acteurs de l'organisme
ou de la branche. Nous pourrions même, dans certains cas,
de façon un peu caricaturale, employer le terme de e-é-co-innovation
pour marquer le fait que les outils et technologies de l'information
sont dorénavant indispensables à la mise en place
de cet écosystème.
Le
terme d'écosystème signifiera que l'innovation, idéalement,
devrait s'imposer à tous les acteurs de ce système
sans qu'ils aient à en faire une démarche particulière.
De la même façon, dans la forêt tropicale, les
différentes espèces mutent spontanément à
un rythme accéléré compte tenu de la richesse
et des variations du milieu.
Une
présentation exhaustive
Eunika
Mercier Laurent, dont cela a toujours été le métier,
notamment au sein de l'Association
française pour l'intelligence artificielle, donne
dans le livre référencé ici une présentation
exhaustive mais parfaitement ordonnée des différents
types et modes d'innovation existant. Elle fait précéder
cet inventaire de ce que l'on pourrait appeler une géopolitique
de l'innovation, montrant comment les différentes forces
économiques mondiales aujourd'hui en compétition font
appel à l'innovation pour se différencier de leurs
concurrentes. Elle a enrichi son texte de nombreux exemples et illustrations,
rendant la lecture très attrayante.
Nous
ne ferons pas ici l'analyse du livre, compte tenu de son caractère
professionnel qui n'appelle pas de commentaires particuliers de
notre part. Le lecteur intéressé par le sujet devra
impérativement se reporter au livre pour en saisir tout la
portée. Bornons-nous seulement à souligner le caractère
extrêmement approfondi de l'étude, pratiquement toutes
les facettes de l'innovation s'y trouvant abordées. Il s'agit
d'un travail considérable. Les scientifiques mais aussi les
artistes et finalement les philosophes pourront également
méditer le livre, puisque pour eux aussi innover pour survivre
est devenu en général indispensable.
Rappelons
cependant pour conclure qu'un tel climat d'innovation systématique
multipliant les remises en cause, autocritiques et changements de
régime n'est pas favorable aux caractères faibles.
Il s'agit d'une lutte pour l'adaptation et l'anticipation
nécessitant un tempérament robuste. Lorsque les directions
se saisissent du thème pour faire peser sur les personnels,
au prétexte de maximiser les bénéfices (des
actionnaires) un climat permanent de suspicion, la saturation est
vite atteinte, avec les dégâts humains que l'on connait
malheureusement de plus en plus.