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Consciousness and the Brain

Our mathematical universe

Le monde jusqu'à hier

The wave function

19 juillet 2011
Présentation par Xavier Saint-Martin

Un modèle constructible de Système Psychique

Un modèle constructible de Système Psychique

Alain Cardon

Automates intelligents

2011


Ouvrage téléchargeable ici au format pdf.

Attention : cet ouvrage est placé sous licence Creative Commons
[obligation de citer le nom de l'auteur, utilisation commerciale interdite, modifications interdites].

Voir aussi notre interview d'Alain Cardon
Notre article
Notre éditorial : Automates Intelligents et la modélisation
du système psychique
Les problèmes de la conscience artificielles (conférence d'Alain Cardon au CNAM, juin 2001)


Xavier Saint Martin est l'auteur de "L'appareil psychique dans la théorie de Freud. Essai de psychanalyse cognitive".
Voir la présentation de l'ouvrage
Il a aussi publié sur ce site une critique de l'ouvrage de Michel Onfray :
"Le crépuscule d’une idole - l’affabulation freudienne"

L’objectif

Par cet ouvrage, Alain Cardon nous propose un modèle de système psychique. L’objectif d’un modèle est ambitieux : il tente de s’approcher au plus près de la structure et des lois de fonctionnement de l’objet qu’il tente de modéliser. Cela va donc plus loin qu’une simple simulation, laquelle se contente d’un système dont les productions sont conformes à ce qu’on en attend, sans se demander dans quelle mesure le système s’approche de l’objet réel simulé.

C’est, de plus, un modèle constructible. Ceci signifie qu’il est codable, au sens où un informaticien écrit un programme (code) informatique, qui, s’exécutant, fera fonctionner le modèle. Il est d’ailleurs constructible en un deuxième sens : le modèle est ainsi conçu que son devenir n’appartient pas à l’informaticien, qui ne pourra pas même le prévoir. Voilà un indice vraiment prometteur, puisque c’est le propre de l’appareil psychique humain.

Il y a peu d’années, j’avais appelé de mes vœux une coopération étroite entre psychanalyse, neurobiologie, intelligence artificielle et informatique, via un essai de psychanalyse cognitive s’appuyant sur une analyse détaillée de l’appareil psychique tel que Freud l’avait supposé, et décrit en conséquence. Cette coopération, la voilà. Alain Cardon, nous l’offre sous une forme particulièrement avancée et, à ma connaissance, sans équivalent dans son domaine. Il s’agit en effet d’une unification sans a priori ni rejet.
En somme, Alain Cardon, informaticien pourtant, parcourt enfin tout ce que l’intelligence artificielle a, depuis des décennies, résolument balayé d’un revers de main avec une outrecuidance qui ne l’a conduite qu’à l’échec qu’on sait.

La rupture épistémologique

En effet, contrairement à toutes les métaphores informatiques dont nous avons été abreuvés pendant ces décennies stériles, Alain Cardon a su ne pas s’arrêter à ce que la pensée n’est pas, pour nous proposer ce qu’elle pourrait être. Ne serait-ce qu’en cela, l’œuvre est remarquable.

Un seul exemple suffira pour illustrer cette rupture : l’importance de l’éprouvé. Il n’y a pas de pensée sans attribution d’une valeur – positive ou négative – à chaque étape du processus de cette pensée, et au désir que ce processus atteigne un résultat qui ait un sens pour le sujet pensant. On retrouve, chemin faisant, des thèses clairement freudiennes, énoncées il y a maintenant environ un siècle, dont Alain Cardon a su voir combien elles sont essentielles à toute modélisation d’un système psychique. Plus encore : il a estimé que les processus psychiques correspondants pouvaient être implémentés de façon informatique. Citons en particulier :

- la notion de "représentation", tout à fait conforme à la vision freudienne, y compris dans sa structure et sa fonctionnalité (réseau, frayage, investissement), et infiniment éloignée de l’hypothèse symboliste d’un stockage de données brutes ;

- L’option de considérer que la pensée n’est pas le langage ;

- La distinction épistémologique entre, disons, le substrat, et ce qui le maintient en mouvement (énergie et information), et qui structure le substrat de façon irréversible et intentionnelle, entre autres en ce qui concerne la mémoire. Le résultat, qui manquait, est la conscience, comme "sensation de penser" ;

- l’histoire du sujet, qui oriente et amende ses processus psychiques corrélativement à l’influence de l’éducation et de la socialité ;

- "il n’y a pas de conscience artificielle sans corporéité sensible et émotions"(je cite). Prise en compte donc du corps, via les pulsions ; elles participent à l’orientation des trajectoires du système générateur de pensées, que ces trajectoires soient inconscientes, préconscientes ou conscientes, trois termes freudiens qu’Alain Cardon fait siens sans les dénaturer, me semble-t-il ;

- "Se rappeler est toujours reconstruire"(je cite), en transformant les constructions organisationnelles antérieures : on ne peut jamais éprouver deux fois la même chose.

Comment ça marche ?

Avec ce modèle, on rompt enfin avec le paradigme de la machine de Turing, tout particulièrement dans le fait que le traitement modifie les données de façon continuelle, irréversible, et non prévisible. Plus profondément, on ne peut plus distinguer les données de leur traitement ; une telle indistinction avait déjà été proposée dans l’approche par réseaux de neurones, mais Alain Cardon l’applique de façon massive, via une structuration informationnelle par des générateurs de morphologies qui coactivent des "éléments de base". Ces éléments de base ne doivent pas être assimilés à des neurones individuels, mais plutôt à une granularité de niveau supérieur, peut-être ce que Freud appelait des "complexes", et qu’Alain Cardon appelle des "groupes de neurones coactifs et communicants".

C’est un processus constructif faisant donc intervenir un décours temporel, et qui est intentionnel, c’est-à-dire orienté vers un but de la pensée. Tout, dans ce modèle, évolue en permanence : les états, la structure, les générateurs de la pensée.

Il ne s’agit ni de génération au hasard, ni de déterminisme : il y a des contraintes qui ont pour objet d’écarter ce qui n’est pas recevable du point de vue du sens (corporéité et principe de réalité), ce qui cependant n’excluent ni la rêverie, ni l’imaginaire.

La construction du système se base sur :
- des agents aspectuels (les éléments de base) ;
- des agents structurants (qui structurent ces éléments de base), appelés également régulateurs ;
- des agents de morphologie, qui offrent une "scène", au sens que ce qui est produit peut être ressenti. Cette scène inclut le sujet en tant qu’acteur de sa pensée, en rapport étroit avec le principe de réalité et le corps.
- une "boucle systémique", qui exerce un contrôle intentionnel sur ces trois types d’agents. Elle n’est pas centralisée, mais distribuée dans le système. Etant intentionnelle, elle est contrôlée par le conscient. Elle couvre l’inconscient, le préconscient et le conscient.
- des "attracteurs organisationnels". ils sont inconscients, opposés aux agents structurants, et orientent l’organisation et donc la production de pensées. Ils ont un lien avec les pulsions.

Le conflit

Les attracteurs organisationnels altèrent le contrôle exercé non seulement par les agents structurants, mais ils altèrent également la boucle systémique. Ces principes organisationnels s’opposent et se complètent ; il y a donc un conflit intrinsèque au modèle.

On retrouve bien le conflit entre instances, avec pour effet que, par nature, le modèle proposé par Alain Cardon autorise l’éventualité de déviations fonctionnelles, conduisant in fine aux pathologies mentales, qui sont comprises comme l’action d’attracteurs qui inhibent les régulateurs et les contrôleurs. Les pathologies mentales deviennent ainsi inséparables, par nature, de la normalité : on n’atteindra pas le génie si on n’accepte pas le risque de la folie.

Alain Cardon introduit en plus un « régulateur d’intentionnalité » qui apparaît, au décours du temps (au sens de l’évolution du système), comme un facteur limitant les émergences nouvelles, et dont le rôle semble être de faire rempart aux productions idéelles pathologiques. On retrouve là la perte de plasticité psychique avec l’âge.

Mais en parallèle – ou en concurrence – l’attracteur onirique, composant effecteur des pulsions hors le contrôle du conscient, agit également sur la sphère idéelle par association et déplacement, pour des motifs émotionnels.

Il y a donc, globalement, un espace d’attracteurs mêlé à un espace de régulateurs dans un système de luttes et d’alliances. Ceci nous évoque la "division du sujet" chère à Jacques Lacan, ainsi que la thèse métapsychologique de Freud, basée sur le triptyque : topique, dynamique, économique.

Le génie d’Alain Cardon, c’est d’en avoir fait une approche codable.

Remarques

Face à la question de rendre compte de la cohérence de l’évolution du système, au sens de la pertinence des productions idéelles au regard du corps et du monde, il semble qu’Alain Cardon renvoie le problème à l’infini, en multipliant les modules de régulation, jusqu’au « régulateur d’intentionnalité » qui serait l’acteur du libre-arbitre. Et quand tout est défaillant, il ne reste plus qu’autrui – voilà enfin le thérapeute – pour recentrer le fonctionnement du système vers des productions idéelles pertinentes, ce qui ouvre à la clinique psychopathologique.

Une certaine confusion apparaît cependant : on découvre par exemple, au décours du texte, que le régulateur d’intentionnalité devient un attracteur. Si c’est le cas, on est en droit d’estimer qu’il s’agit d’une limitation de l’intention et la volonté, donc du libre-arbitre, puisqu’un attracteur est inconscient.

Quand à tout cet ensemble d’agents et de processus est ajouté l’attracteur onirique, on a vraiment l’impression de retrouver une dynamique non clairement explicitée, mais qui pourrait peut-être se clarifier sous la forme : régulateurs = processus secondaire ; attracteurs = processus primaire.

De même, attracteurs et régulateurs orientent les contrôleurs, lesquels déterminent l’organisation du système. Problème : les attracteurs et les régulateurs sont parfois qualifiés de contrôleurs (page 160).

Ainsi, on se demande si ces multiples instances de régulation et d’attraction n’auraient pas pu être toutes traitées soit comme des régulateurs, soit comme des attracteurs, simplifiant ainsi le modèle sans rien perdre de sa fonctionnalité, fût-elle conflictuelle. D’ailleurs, il ne s’agit peut-être que de distinctions topologiques : qu’est-ce qu’un régulateur, sinon un attracteur diffus dans le système ?

Reste que rien ne prouve que le système n’est pas entièrement déterministe, contrairement aux allégations d’Alain Cardon. Le débat ne mérite peut-être pas d’être tranché (d’ailleurs, le peut-il ?) puisqu’on sait que le devenir d’un chaos déterministe n’est pas prévisible. Avec pour résultat que la question du libre-arbitre n’est pas résolue (le peut-elle ?), quoique Alain Cardon postule l’existence de ce libre arbitre.

Fait ou à faire ?

En somme, il s’agit d’un programme… de programme informatique, mais on reste sur sa faim. Concrètement, qu’est-ce qui a été implémenté sous forme de programme informatique ? En langage de programmeur, est-ce que "ça tourne" ? Alain Cardon, dans ce texte et dans d’autres, a clairement énoncé qu’il donnait fin à ses travaux pour des raisons éthiques : quand on a la conviction – recevable – que le modèle proposé pourrait aboutir à la réalisation effective d’automates en réseau dépassant largement l’intelligence humaine, fût-elle collective, on imagine aisément quel usage pourraient en faire des organisations, voire des individus, malintentionnés.

Faute de rempart éthique ou démocratique, rendons donc hommage à Alain Cardon de ne pas avoir divulgué les éventuelles implémentations informatiques de son modèle. Pour autant, quoique l’argument de l’éthique soit fondé, il est impossible de juger de la pertinence opératoire du modèle, condition nécessaire mais non suffisante de sa validité.

En conclusion, qu’est-ce qui a été fait, et que reste-t-il à faire ? Est-ce totalement codé, et sinon, est-ce totalement codable ?

Réaction d'Alain Cardon

Je remercie Xavier Saint Martin de cette lecture. C'est la première critique de mon livre sur mon approche constructible du système psychique. C'est très bien, car elle vient d'un lecteur particulièrement averti et compétent.

Pour répondre aux questions, je dois préciser que les gens vraiment intéressés par le sujet et possédant les disciplines nécessaires ont déjà tout codé. J'en ai eu vent bien qu'ils ne s'en soient pas vantés auprès de moi.

Ce n'est finalement en effet qu'un "jeu de construction" dans le monde des processus informatiques réifiant de la connaissance très locale avec des envois de sockets entre des clients et des petits serveurs temporaires, ce que certains informaticiens, surtout outre-atlantique, maîtrisent parfaitement.

Pour comprendre l'originalité de la notion de régulateurs et d'attracteurs, qui sont et ne sont que des contrôleurs, il faut appréhender le système psychique comme étant uniquement un système fait de contrôles sur des contrôles opérant sur des émergences de réifications valant pour des objets reconnus ou des mots. C'est un monde de contrôles multiples opérant comme en topologie algébrique par recouvrement et investissement de domaines fonctionnels dynamiques, qui changent, d'un coup, de métrique.

Et la pathologie, le dysfonctionnement, y sont donc latents, naturels. Cela explique ce que Freud a magnifiquement montré, il y a bien longtemps, en précisant la relation entre l'état désastreux de la civilisation et la faiblesse naturelle du psychisme humain. Je n'utilise pas de notion d'infini, aucunement, mais des domaines complètement finis. Sur l'infini, tout a été dit :"Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue. Albert Einstein".

J'ai un petit manuscrit disponible sur l'emploi inévitable de la réalisation du système psychique méta qui se fera et qui sera opérationnelle dans très très peu de temps maintenant. Des applications sombres, car la société est ce qu'elle est, ni plus ni moins et elle a un développement orienté dans une direction figée qu'elle ne changera pas.

Je travaille aussi sur un livre compliqué résolvant l'autonomie des systèmes utilisant des composants électroniques et des processeurs pour contrôler des mécanismes quelconques. C'est assez complexe car je dois redéfinir les notions d'autonomie, de proactivité et de coactivité pour qu'elles soient scientifiquement exploitables, c'est-à-dire mesurables. Je définis le modèle jusqu'au codage.

Cela permettra de faire se relier tout ce qui dispose d'un processeur, pour générer automatiquement des systèmes de systèmes de niveau méta, sans aucune intervention humaine et qui gèrent évidemment les activités humaines. C'est donc la solution des systèmes d'armes autonomes avec intentions propres et intégration des systèmes de surveillance multi-domaines. Ça va dans le sens de l'évolution de cette civilisation qui s'est, depuis fort longtemps, fourvoyée dans la débauche, la destruction de son environnement et la fuite en avant à vitesse maximale ...


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