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2 mars 2011 Présentation
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
L'oligarchie
ça suffit,
vive la démocratie
L'oligarchie
ça suffit, vive la démocratie
par Hervé Kempf
Le Seuil,
janvier 2011
Hervé
Kempf est un militant reconnu de l'écologie politique,
celle pour laquelle la sauvegarde de la planète ne
se fera pas sans un engagement politique impliquant aussi
bien les citoyens que les institutions. Dans cet esprit, il
tient une chronique hebdomadaire dans le journal Le Monde.
Dans deux précédents ouvrages également
publiés au Seuil, Comment les riches détruisent
la planète (2007) et Pour sauver la planète,
sortir du capitalisme (2008)(1), il expliquait
que la course au profit résultant de la généralisation
du capitalisme et du libéralisme conduisait inexorablement
à l'aggravation rapide de la destruction de l'environnement
dont les populations pauvres seront les premières victimes.
Autrement dit, son combat écologique et pour la décroissance
des consommations gaspilleuses se situait d'emblée
dans la lutte politique contre le capitalisme.
Les crises récemment induites par le capitalisme financier
dit aussi néo-capitalisme, déjà pressenties
dans ces livres, n'ont pu depuis que renforcer sa position
militante anti-capitalisme(2).
Dans
son dernier ouvrage, L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie,
l'auteur va beaucoup plus loin dans la dénonciation du système
politique mondial responsable de l'aggravation de ce qui deviendra
rapidement, si rien n'est fait, un drame écosystémique
irréversible. Pour lui, le responsable de la crise écologique
et humaine qui menace n'est pas seulement le capitalisme, mais un
type d'organisation sociale transcendant les époques et les
sociétés. Il le nomme l'oligarchie. Ayant comme il
le rappelle en introduction vécu la grande déception
du sommet de Copenhague de 2009 où les Etats se sont mis
d'accord pour refuser toute mesures sérieuses permettant
de lutter contre la crise climatique, il a constaté qu'il
fallait chercher les responsables de cet aveuglement au-delà
du seul patronat décrit par la théorie marxiste traditionnelle.
Toutes les formes de pouvoir, dans tous les régimes politiques,
se sont mis d'accord pour ne rien changer. «Business as usual».
Comme
le montre la lecture de son précédent livre Comment
les riches détruisent la planète, Hervé
Kempf avait déjà soupçonné qu'une véritable
coalition mondiale des riches et des puissants unit désormais,
au-delà des différences de régimes politiques,
tous ceux qui détiennent les leviers de commande, qui les
utilisent à leur seul profit et qui font ce qu'il faut pour
en exclure les neuf dixièmes de l'humanité. Pour identifier
cette forme de pouvoir en faisant appel au langage de la science
politique, l'auteur propose de reprendre le vieux terme d'oligarchie,
que l'on peut traduire par «gouvernement des riches et des
puissants».
Beaucoup
d'analystes parlaient déjà d'oligarchie pour décrire
des situations politiques où les riches s'approprient les
instruments du pouvoir ou, à tout le moins, exercent une
influence disproportionnée par rapport à celles des
autres forces politiques. Mais pour Hervé Kempf, il conviendrait
de donner désormais à ce concept d'oligarchie une
valeur universelle. Il s'agirait selon lui - nous le suivrons volontiers
en cela - d'un outil conceptuel essentiel, sinon le seul outil efficace
- pour comprendre l'évolution du monde actuel et la nature
précise des risques qui menacent les civilisations telles
que les nôtres. Celles-ci se croit à l'abri des dictatures
grâce au régime démocratique ou gouvernement
du peuple par le peuple qu'elles pensent avoir instauré en
leur sein depuis des décennies. En fait elles sont aveuglées
par une définition bien trop formelle ou théorique
de la démocratie politique. Sous les apparences de celle-ci,
ce sont de véritables tyrannies douces qui exercent le pouvoir.
La
critique n'est pas nouvelle. Nous avons ici utilisé plusieurs
fois le terme de corporatocratie mis en circulation par l'américain
John Perkins pour désigner l'alliance de fait et souvent
de droit entre les pouvoirs économico-financiers et les pouvoirs
politiques. Les Etats-Unis depuis plus d'un siècle en sont
l'illustration éclatante. Mais le Vieux Continent n'en a
jamais été préservé. A ces deux catégories
de pouvoirs, on ajoute dorénavant celui des médias,
notamment presse et télévision. Ceux-ci exercent une
si grande influence sur les opinions publiques qu'ils ne peuvent
pas rester indépendants, sauf marginalement. Les gouvernements
et les entreprises s'en servent ou se les approprient d'un façon
systématique pour mettre en tutelle les citoyens dès
leur plus jeune âge, que ce soit par la propagande politique,
par la publicité commerciale ou par des formes moins visibles
de contrôle.
A
ce procès traditionnel, Hervé Kempf apporte des arguments
renouvelés et tirés d'une analyse, notamment de la
société française, qui n'a rien de réjouissant
pour ceux qui croyaient encore vivre libres dans un Etat de Droit.
Certes les Français et les Européens en général
jouissent du droit de vote, de la liberté d'expression et
d'un certain nombre de droits civiques qui sont uniques au monde.
Mais si ces acquis sont précieux, il serait naïf de
penser qu'ils suffisent à rendre les citoyens convenablement
responsables de leur destin. En Europe, aux Etats-Unis et a fortiori
dans des régimes comme la Chine où ces droits ne sont
pas assurés, ce sont d'autres forces, d'autres pouvoirs qui
décident en leur nom et à leur place. Ces forces,
ces pouvoirs ne sont pas inhérents à l'ordre naturel
et de ce fait non contrôlables, comme peut l'être la
dérive des continents. Ce sont des individus et des groupes
conscients et organisés qui les exercent, soit de façon
cachée, soit même ouvertement et sans le dissimuler.
Pour cela ils détournent à leur profit tous les mécanismes
institutionnels.
Le
lecteur prudent reprochera à Hervé Kempf de céder
à l'esprit conspirationniste, toujours commode pour expliquer
des phénomènes que l'on ne s'explique pas. Peut-on
raisonnablement faire l'hypothèse que quelques centaines
de personnages riches et puissants, provenant des trois mondes décrits
par le livre, ceux de l'entreprise et la banque, de l'administration
et des médias soient capables de s'entendre pour protéger
leurs intérêts corporatifs d'un bout de la planète
à l'autre. Peut-on par exemple imputer aux membres de la
Trilatérale, du groupe Bildenberg(1)
ou du Forum de Davos des décisions visant à imposer
leur influence à 5 milliards d'humains ?
Mais
Hervé Kempf est un journaliste parfaitement informé,
ayant beaucoup lu et rencontré beaucoup de monde. Son livre
est un (désolant) catalogue de toutes les procédures
et détournements de procédures permettant aux riches
et aux puissants de s'imposer au reste du monde. La fraude, la corruption,
le clientélisme, le partage d'intérêts, le trafic
d'influences, le mensonge, appuyés si nécessaire par
la force militaire ou des procédés empruntés
à la maffia, jouent en permanence. Le régime politique
français actuel, sous la présidence de Nicolas Sarkozy,
en donne des exemples affligeants. Le phénomène est
moins marqué, mais n'est pas très différent,
au niveau des institutions européennes. Quant aux Etats-Unis,
en Chine ou en Inde, pour ne pas citer la Russie, le régime
de l'oligarchie y est tout aussi puissant.
De
plus, sur des questions où les intérêts de toutes
ces oligarchies se recoupent, comme le refus de la lutte contre
le réchauffement climatique, des alliances de fait s'établissent
entre oligarchies de nature ou de domaines d'exercice éventuellement
différents, provenant de systèmes politiques, capitalistes
ou «socialistes» se disant différents. Le phénomène
oligarchique, tel que décrit par l'auteur, ne dépend
que très faiblement des choix exprimés par la voie
démocratique ordinaire, notamment les élections. Il
est probable par exemple qu'un changement de majorité en
France, même s'il entraînait la disparition d'un personnage
tel que l'actuel président de la République, quasi
universellement détesté, ne changerait grand chose
à la répartition et à l'exercice des pouvoirs
occultes déterminant notre destin, à travers par exemple
ce que l'on nomme l'atlantisme, dont le FMI est un représentant
actif.
Hervé
Kempf décrit l'oligarchie avec beaucoup de précision.
Mais il ne faut pas chercher dans son livre une réflexion
anthropologique ou biologique sur l'histoire et les causes du phénomène.
Il ignore notre thèse concernant ce que nous avons nommé
les systèmes anthropotechniques (voir Le
paradoxe du Sapiens). On pourrait en conclure que les
processus de domination et de segmentation étant inhérents
à l'organisation sociale des animaux de toutes espèces,
les oligarchies actuelles ne sont que les héritières,
adaptées aux évolutions économiques et technologiques
récentes, d'anciennes aristocraties, théocraties ou
monarchies.
Il
est certain qu'à travers les siècles, les peuples
de la base, si l'on peut dire, n'ont guère vu évoluer
leur situation de dépendance. L'auteur veut quand même
souligner, comme l'indique le titre du livre, que depuis quelques
années ou décennies, en Europe occidentale mais aussi
dans des pays moins libéraux une ambition de partage du pouvoir
s'est progressivement installée au sein notamment des classes
moyennes et populaires. Celles-ci se sont imaginées que la
démocratie politique leur apporterait un minimum de démocratie
économique et sociale. Or même si les niveaux de vie
moyens se sont élevés, la capacité de ces classes
à participer aux grands choix de société ne
s'est en rien accrue. L'élection de représentants
politiques appartenant aux oligarchies ou contrôlées
par elles ne leur permet pas, aujourd'hui plus qu'hier, de faire
entendre leurs différences, de conquérir leur auto-détermination.
Or
comme le souligne l'auteur, la crise mondiale grandissante imposera
aux sociétés développées de supporter
des sacrifices considérables, au profit des pays pauvres
ou pour la préservation de la planète. Seule alors
la démocratie permettra de faire admettre par tous et partager
la contribution aux sacrifices nécessaires. Bien entendu,
le scénario noir, selon lequel une internationale des oligarques
s'entendrait pour imposer aux peuples, par la terreur et la mort,
les sacrifices nécessaires, n'est pas du tout à exclure.
Si cependant un minimum de citoyens conscients et responsables voulaient
éviter cela, ils devraient faire en sorte de revivifier les
structures aujourd'hui creuses de la démocratie afin de les
rendre enfin vivantes.
Concrètement,
que faire ?
Sur ce point, qu'il n'aborde d'ailleurs qu'à la fin du livre,
l'auteur décevra beaucoup de ses lecteurs, car il n'offre
pas de solutions précises. Mais pour notre part, nous voulons
le louer de ne pas se présenter en gourou de la démocratie
dont les préconisations, au rythme avec lequel évolue
l'histoire, auraient toutes chances de se révéler
inadéquates. Cependant il explique sa réserve pour
une raison plus fondamentale. Le propre d'une société
démocratique serait selon lui de ne prendre de décisions
collectives qu'après de nombreuses délibérations,
échanges et contestations. Ceux qui refusent d'entrer dans
ces processus, au prétexte de l'urgence des questions à
résoudre, montrent qu'ils sont encore inspirés par
le point de vue technocratique caractérisant les oligarchies.
Il s'ensuit que l'avenir même proche, en démocratie,
ne peut être prévue. Tout peut arriver, au sens propre
du terme. Les démocraties peuvent très bien se tromper
massivement et sombrer dans des catastrophes. Elles pourraient à
l'inverse faire émerger des situations salvatrices, résultant
de combinaisons chaotiques (au sens systémique du terme)
qui surprendront tout le monde.
Nous
voudrions poursuivre la discussion du livre d'Hervé Kempf
en nous demandant si la démocratie active telle qu'il l'a
définie dans son livre n'est pas en train de faire apparaître
des solutions inattendues aux blocages oligarchiques, que ce soit
dans le monde arabe ou en Europe-même.
L'émergence
inattendue de démocraties de terrain. Rôle de l'Internet
L'influence
croissante de l'Internet (défini au sens large) dans la mobilisation
des victimes du néocapitalisme au sein des pays riches a
fait espérer qu'un nouveau moyen d'action s'offrait désormais
à ce que l'on pourrait appeler les cyber-militants ou cyber-activistes
au service d'une démocratie de terrain encore pour l'essentiel
à inventer. Nous en avons plusieurs fois discuté ici.
L'exemple des révolutions en cours dans les pays arabes a
paru confirmer ce diagnostic. Si l'Internet n'a pas été
le facteur déclenchant, il a vite permis aux opposants de
se coordonner et de se faire entendre bien au delà des premiers
foyers d'insurrection. Aujourd'hui, la question revient en écho
dans les pays européens: faut-il considérer l'Internet
comme un moyen efficace de lutter contre les oligarchies, dans quelques
parties du monde que ce soit ?
Pour prétendre ici répondre à cette question,
nous voudrions rappeler quelques points qu'il ne faudrait pas perdre
de vue, sauf à tomber dans la naïveté. Les considérations
résumées ci-dessous ne visent pas à retirer
de leur pertinence aux appels d'Hervé Kampf en faveur de
davantage de démocratie, mais à rappeler les difficultés
qu'il faudra surmonter.
1.
Internet ne peut suffire à déclencher des révoltes,
dès que celles-ci dépassent le stade de l'indignation
individuelle et se veulent politiquement efficace. Il faut, nous
l'avons dit, que préexistent des causes de fond et aussi
des causes circonstancielles. Les causes de fond, en Europe et aux
Etats-Unis, tiennent en particulier à la suppression, sous
prétexte de «réformes», des garanties
jusque là apportées par l'Etat providence et le droit
syndical aux populations les plus faibles. Dans les pays arabes,
elles ont sans doute tenu au renchérissement des prix des
produits agricoles, conjuguée avec l'envol des dépenses
de luxe émanant des clans dirigeants.
Comme
le prévoit à juste titre Hervé Kempf, ces causes
de fond ne vont pas disparaître à l'avenir, mais au
contraire devenir de plus en plus déterminantes. La généralisation
de la crise qui touchera tous les pays, y compris les plus développés,
suscitera des révoltes croissantes. Les inégalités
seront de moins en moins tolérées. On verra donc se
généraliser les réactions hostiles aux pouvoirs
et aux possédants, jugés à tort ou à
raison responsables de ces situations. Internet canalisera les mots
d'ordre et amplifiera probablement leurs effets. Ceci d'autant plus
qu'avec l'extension de la numérisation de la société,
les outils du réseau ne seront plus réservés
aux membres les plus éduqués supposés aussi
être, sinon les plus modérés, du moins les plus
conscients des limites à ne pas dépasser pour que
ne soient pas entièrement remis en cause les privilèges
dont ils jouissent eux-mêmes. On verra passer à l'action
des couches populaires qui, à proprement parler, n'auront
pas grand chose à perdre.
Les
causes circonstancielles servant de déclenchement aux révoltes,
par définition, ne peuvent pas être prévues
à l'avance. Dans certains contextes de pré-crise,
le feu peut prendre à partir d'évènements que
l'on pourrait juger relativement anodins ou faciles à circonscrire:
parole maladroite d'un responsable, répression trop brutale
d'une manifestation, diffusion fortuite d'images compromettantes.
Le «savoir-faire» des activistes du web reposera
dans leur capacité à repérer ces évènements
et leur donner la plus grande diffusion possible. Les «fuites»
de documents compromettants, sur le modèle de l'opération
WikiLeaks, provenant de complicités intérieures, constitueront
par ailleurs une menace permanente pour ceux ayant des informations
à cacher.
Plus
généralement, l'Internet sous ses diverses formes
encouragera la prise de conscience de l'exploitation des populations
par les oligarchies. L'écrivain d'obédience royaliste
Bertrand Renouvin en a donné récemment une excellente
description, dont nous reprenons ci-dessous en appendice quelques
éléments.
2. Les manifestations d'opposition, et a fortiori les révoltes
et révolutions, ne peuvent évidemment rester virtuelles,
c'est-à-dire se limiter à l'espace de la communication.
A un moment ou à un autre, elles doivent se traduire par
des passages à l'acte, dont les formes se répartiront
selon le degré de violence ou non-violence impliquée.
Aujourd'hui, les oligarchies savent parfaitement réprimer
la violence, même symbolique. Souvent même elles la
provoquent afin de la sur-réprimer. Il leur est plus difficile,
particulièrement lorsque le régime politique affecte
des formes démocratiques, de prévenir et réprimer
l'action non violente: défilés et sit-in résolument
pacifiques, exploitation de failles dans la réglementation...
L'octogénaire américain Gene Sharp(2)
s'est fait connaître par la rédaction d'un manuel de
la manifestation non violente, devenu aujourd'hui un must éditorial..
Amplifiées par le web et reproduites en de nombreux lieux
à la fois, de telles manifestations peuvent avoir un effet
d'entraînement considérable(3).
3.
Les oligarchies ne se laissent jamais dépouiller de leurs
pouvoirs sans opposer les plus vives résistances. L'histoire
des révoltes ouvrières réprimées dans
le sang et des révolutions avortées ou récupérées
en fournit d'innombrables exemples. Il en sera de même avec
l'Internet. Déjà, comme nous l'avons indiqué
dans des articles précédents, les autorités,
que ce soit dans les régimes autoritaires ou dans ceux réputés
démocratiques, ont appris à paralyser le web en temps
de crise, à le pervertir par de multiples intrusions, à
s'en servir à leur profit. Pour cela elles mobilisent des
ressources financières illimitées, par comparaison
avec les moyens réduits dont disposent les cyber-activistes
d'opposition(4). Mais ces moyens «pacifiques»
ne doivent pas faire illusion. Dès que des oppositions jugées
dangereuses pour les oligarchies prendront forme en utilisant Internet,
elles seront démantelées par des moyens légaux
ou illégaux. Comme en Iran ou Chine, les opposants seront
éliminés.
Plus généralement, il faut bien se rendre compte du
fait que progressivement se met en place, dans le monde entier,
un univers de contrôle et de mise en condition bien autrement
intrusif que ce qui existe déjà. .Le
web en sera un des moyens, mais aussi les outils de plus en plus
nombreux relevant de ce que l'on nomme l'Internet des objets(5).
Notes
(1) Rappelons que certains observateurs prétendent
que ces structures n'existent que dans l'imagination des conspirationnistes.
Mais Hervé Kempf a raison de rappeler que l'efficacité
de telles structures, comme jadis de certaines organisations secrètes
telles que l'Opus Dei, tient à leur discrétion.
(2) Sur Gene Sharp voir France Culture http://www.franceculture.com/emission-les-idees-claires-petit-manuel-de-la-revolution-non-violente-2011-03-01.html
ainsi que ses différents ouvrages (anglais) référencés
sur le site Albert Einstein
http://www.aeinstein.org/selfLiberation.html
(3) On suivra dans ce domaine les proportions
que prendra l'opération dite Uncut qui se développe
dans divers pays européens pour protester contre les excès
et fraudes des banques et de certaines sociétés. Voir
notre article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=676&r_id=
(4) Voir le site réputé de droite
(bien qu'il s'en défende, évidemment) qui vient d'être
créé en France sous le nom d'Atlantico. Il s'agit,
non seulement dans la perspective de l'élection présidentielle
mais dans celles d'éventuelles manifestations d'opposition
sur Internet plus structurées que celles existant actuellement,
de resserrer les rangs au sein des oligarchies américano-européennes
bien représentées en France comme dans le reste de
l'Europe. Les informations ayant circulé concernant les ressources
mises à la disposition de cet organe montrent l'importance
que la droite attache à la maîtrise du terrain virtuel
- comme si les versions en ligne des grands médias actuels
ne suffisaient pas. http://www.atlantico.fr/
(5) Voir notre article «Les
processus coactivés et la nouvelle maîtrise du monde»
LElysée
aurait tort destimer que les grandes foules sont désormais
domptées et démoralisées. Même si les
rues sont aujourdhui paisibles, une large fraction de la population
exprime de diverses manières son hostilité à
lultralibéralisme et le climat social reste dautant
plus orageux que de nouvelles catégories sociales sont entrées
en révolte. En France, la situation est prérévolutionnaire
en raison de la conjonction de plusieurs facteurs :
1/ Une prise de conscience générale du cynisme de
loligarchie : après avoir déclaré que
les caisses sont vides, la « gouvernance » sauve les
banques qui continuent daccumuler dénormes profits.
2/ Une grande lucidité les causes de la souffrance au travail,
en raison des articles, des reportages, des téléfilms
qui assurent la diffusion de situations intolérables et dexplications
pertinentes.
3/ Une volonté très répandue de sinformer
sur les mécanismes économiques et financiers, attestée
par le succès de livres et de blogs dabord difficile
et qui sont pourtant lus par des citoyens qui veulent acquérir
de solides connaissances. Les réseaux sociaux remplacent
les brochures et les tracts de la propagande du XXe siècle,
permettent la diffusion dune culture politique de masse et
favorisent les mobilisations. Bien entendu, Facebook et Twitter
ne font pas les révolutions : les idées révolutionnaires
circulent par ce biais, mais lessentiel de la partie se joue
dans la rue puis dans les urnes.
4/ Le durcissement des conflits sociaux localisés, faiblement
médiatisés mais qui sonnent comme autant davertissement
de la révolte des classes moyennes et populaires. Une multitude
de citoyens pauvres ou en voie dappauvrissement savent depuis
la bataille des retraites que loligarchie veut détruire
peu à peu lensemble du système de protection
sociale, donc les conquêtes du Front populaire et de la Libération.
Les innombrables lecteurs de Stéphane Hessel (« Indignez-vous
! ») font clairement ce lien entre lactualité
et les pages glorieuses de notre histoire politique et sociale.
5/ Les mouvements de grève dans la police nationale, la révolte
des magistrats, le malaise dans larmée, la colère
de la plupart des fonctionnaires confrontés à la RGPP,
le mouvement de contestation au Quai dOrsay montrent que tous
les éléments constitutifs de lEtat sont touchés
ou emportés par un mouvement de révolte ouverte ou
feutrée.
6/ La corruption des oligarques (affaire Woerth, affaire Alliot-Marie),
larrogance de la classe dirigeante, les profits des banquiers,
accroissent le sentiment de révolte.