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15 septembre 2011 Présentation
par Jean-Paul Baquiast
L'échéance
L'échéance
par François de Closets
et Irène Inchauspé.
Fayard
2011
Des
munitions pour les Indignés
François de Closets agace beaucoup des lecteurs qui partagent
ses idées par les affirmations de son ego, par les mimiques
avec lesquelles il accompagne ses passages à la télévision
et aussi par l'impression que les plus virulentes de ses imprécations
s'en prennent davantage à l'idéologie de la gauche
qu'à celle de la droite.
Cependant,
son dernier livre, L'échéance, mérite
nous semble-t-il une attention particulière, à une
époque où face à ce que l'on nomme encore la
crise, s'annoncent des événements électoraux
qui exigeront des candidats un discours clair capable de désigner
les adversaires contre lesquels se battre. Irène Inchauspé,
sur ce plan, apporte au livre son expérience irremplaçable
de chroniqueuse financière au journal Challenges en
dénonçant explicitement l'ennemi, le capitalisme financier
(les "banksters") qui depuis quelques années, avec
la complicité de gouvernements et de médias sous influence,
a mis le monde en coupe réglée.
Le
nombre des ouvrages qui analysent ce que l'on a nommé "le
capitalisme devenu fou" est désormais très nombreux.
De même ceux qui, comme le film Inside
Job de l'américain Charles Ferguson, montrent
comment le pouvoir de la banque a perverti les institutions des
démocraties. Mais le livre L'échéance"
présente l'avantage de la clarté tout autant que celui
de l'actualité. On en jugera par la description de ce que
l'on nomme le Trading Haute fréquence, c'est-à-dire
la mise en oeuvre d'algorithmes
co-activés au sein des réseaux financiers et boursiers,
grâce auxquels les établissements qui peuvent se les
payer encaissent en quelques fractions de seconde des profits spéculatifs
ne correspondant à aucune valeur ajoutée dans l'économie
réelle.
Plus
généralement, le livre ne cache ni les noms ni les
faits quand il s'agit d'illustrer les abus qu'il signale. Ceux des
électeurs, Indignés ou non, qui cherchent des munitions
pour les prochaines tribunes électorales ou pour des manifestations
de refus du Système pourront - comme nous l'avons dit - mieux
comprendre contre quoi se battre. Il est intéressant de constater
que les auteurs ont ainsi résolument choisi leur camp politique
: celui du refus. On a pu constater lors de l'audition des candidats
à la primaire socialiste le 15 septembre que non seulement
Arnaud Montebourg mais les autres impétrants reprenaient
à leur programme la nécessité de contrôler
sinon casser le pouvoir des banques, non seulement dans l'abstrait
mais en France-même.
Ceci
ne veut pas dire que le livre fasse de cadeau aux idées reçues
à gauche, qui ont toujours fait échouer les politiques
sociales démocrates depuis les années 1980. Fidèle
à se roborative habitude, François de Closets reprend
en les mettant à jour des thèmes ayant fait le succès
de ses précédents ouvrages, notamment "Toujours
plus" (1982). Il rappelle ainsi avec plus d'énergie
que jamais la nécessité d'une rigueur tous azimuts.
Face à la crise devenant systémique, se doublant de
la crise des ressources naturelles qu'il a volontairement exclue
de son analyse, la France ne s'en tirera qu'en adoptant une véritable
économie de guerre, avec un partage égalitaire des
charges. Du sang, de la sueur et des larmes sont donc à prévoir.
D'autres pays européens semblent l'avoir compris mais pas
la France. Cependant, non sans raisons, l'auteur doute que des mouvements
politiques à la recherche d'électeurs adoptent un
tel langage. Il faudra sans doute attendre une catastrophe de grande
ampleur pour que la nécessité s'en fasse enfin sentir
si du moins sont demeurées des institutions capables
de reprendre la barre d'un navire en perdition.
Mais
là encore nous devons le féliciter de n'avoir pas
craint de remettre à l'ordre du jour les solutions de type
réglementaire régalien (gaulliste ?) que continue
à refuser le discours ultra-néolibéral qui
continue à régner aux Etats-Unis et en Europe, sous
l'influence plus forte que jamais de Wall Street et de la City.
Il préconise notamment, à l'échelle européenne
voire nationale, le retour à un protectionnisme tempéré
et au patriotisme industriel, qui ne figurent pas encore dans les
programmes politiques des droites européennes. Nous avons
cent fois publié de telles analyses sur ce site, voire pensons
nous des analyses plus approfondies. Mais il ne faut pas s'illusionner,
la voix de François de Closets porte un peu plus loin que
la nôtre.
Répétons-le
donc : à quelques affirmations discutables près, ce
livre et ses propositions mériterait au minimum de figurer
parmi les ouvrages à mettre en discussion par les candidats
de la gauche aux prochaines élections.