Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Les
révélations concernant le poids pris dorénavant
par les oligarchies de pouvoir dans les vieilles démocraties
politiques se font progressivement mieux entendre aujourd'hui. Elles
restent cependant marginales et ne semblent pas influencer le débat
politique. Le silence sur cette question est particulièrement
anormal en France, où pourtant la collusion entre puissances
économiques et financières, administrations d'Etat,
entreprises médiatiques et pouvoir politique suprême
conditionne étroitement le fonctionnement des institutions.
Aux Etats-Unis, le phénomène a depuis longtemps été
dénoncé sous le terme de complexe politico-militaro-industriel.
Mais le terme plus récent de corporatocratie va plus loin,
puisqu'il désigne les alliances antre le pouvoir économico-financier
(corporate power) et le pouvoir politico-administratif. Ces alliances,
dont l'essentiel demeure caché des citoyens, ont commencé
à susciter des révoltes prenant la forme des mouvements
dits "Occupy" (Occupons). Il s'agit de refuser le Système
dans son ensemble, y compris les candidats politiques qui prétendraient
le réformer mais qui se borneront à le pérenniser
sous d'autres formes. Mais rien n'indique que ces mouvements puissent
obtenir des changements en profondeur.
En France, les
dénonciations du Système des oligarchies ne manquent
pas. La plus cohérente, que nous avions signalé en
son temps, est le livre de Hervé Kempf, "L'oligarchie,
ça suffit, vive la démocratie" janvier
2011 Mais qui en parle encore, un an après sa parution, et
à la veille d'échéances électorales
importants ?
On peut craindre
que le même sort ne frappe le dernier livre de Sophie Coignard
"L'oligarchie des incapables". Celle-ci, avec les
partenaires qui s'associent à ses enquêtes, est un
des rares journalistes d'investigations existant en France. On pourrait
la soupçonner, de par son appartenance au Point, de n'être
pas totalement libre dans ses mises en cause. Mais rejetons ce soupçon
pour le moment, et lisons ses livres.
L'oligarchie des incapables fait actuellement un certain
bruit médiatique, mais dans quelques semaines, qu'en sera-t-il
? La chape de silence retombera sans doute sur lui, comme sur "Le
pacte immoral", précédent rapport de Sophie Coignard,
qui s'en prend au Système de l'Education nationale, ou les
autres livres de la même auteur, "L' Omerta française"
notamment.
Nous avons
beau tendre l'oreille, nous n'entendons pas François Hollande,
par exemple, faire des propositions concrètes crédibles
permettant d'établir en France une séparation durable
et une compétition véritable entre les pouvoirs politiques,
économiques, administrativo-judiciaires et médiatiques,
sans lesquelles il n'y a pas de démocratie possible.
On dira que
le même problème se pose dans les autres Etats européens
et au niveau des institutions européennes sans mentionner
les autres puissances mondiales, où le concept de séparation
des pouvoirs n'est même pas imaginable. Mais nous sommes en
France. Fonctionnaires et magistrats y ont été élevés,
pour les plus anciens d'entre eux tout au moins, depuis les formations
à l'Ecole nationale d'administration ou à l'Ecole
nationale de la magistrature jusqu'à l'organisation des carrières,
dans l'idéal de l'impartialité de l'Etat. Qu'en reste-t-il?
Pas grand chose. Les rapports de forces et les valeurs ont changé.
Avec la prise en mains très récente des institutions
par l'actuel président de la République et les oligarchies
qui le soutiennent, les choses se sont aggravées. Répétons-le,
rien n'indique qu'un changement de majorité aurait un effet
autre que cosmétique sur ce lamentable état de choses.
Pour citer Jacques
Julliard à propos des élites françaises, le
Système français est particulièrement étouffant
et solide. "Quiconque
a vécu aux Etats-Unis sait quy coexistent des lieux
de pouvoir autonomes, au sein de la politique, de la finance, des
médias, de luniversité. Certes, ces milieux
ne signorent pas entre eux. Mais ils ne fusionnent pas non
plus. Il en va différemment en France. Le Tout-Paris, expression
vieillie pour une réalité toujours vivante, désigne
un firmament de la célébrité où la politique,
la banque, laristocratie, la spiritualité, lart,
la littérature, les affaires, la chanson, les médias, le
grand banditisme, luniversité, le sport se rencontrent,
échangent des impressions, des politesses, des idées,
des adresses, des services, des femmes, des informations, des positions
sociales. ( ) Ainsi se constitue un réseau continu de
connivences, reliant entre eux les sommets des pyramides contiguës
de hiérarchies professionnelles distinctes."
Les enfants héritent bien entendu des inégalités
dont bénéficient les parents.
Il n'y a qu'un
petit point sur lequel nous nous différencierons de Sophie
Coignard, celui selon lequel l'oligarchie française actuelle
organiserait, en plus d'autres vices, la promotion des Incapables.
Disons qu'elle n'est pas seule à le faire. Quand on voit
comment les responsables américains de la guerre en Irak
ont provoqué, sans être vraiment être sanctionnés,
le début de collapse de la super-puissance, on ne peut que
se rassurer.
Pour en revenir à la question du poids grandissant des oligarchies
de pouvoir, ceux qui étudient l'évolution des institutions
sous l'effet de la compétition entre ce que nous nommons
ici les systèmes anthropotechniques ne s'en étonneront
pas. Les déterminismes sont trop forts. Il faudrait une catastrophe
pour que les rapports de forces s'inversent, et encore...Faut-il
pour autant en France s'y résigner ? On peut craindre que
la réponse soit déjà donnée par des
citoyens convaincus de leur impuissance.