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Le monde jusqu'à hier

The wave function

6 juillet 2014
Présentation par Jean-Paul Baquiast

Terra Nova : The new world after oil, cars and suburbs


Ouvrage : Terra nova, the new world after oil, cars ans suburbs

Terra Nova: The new world after oil, cars and suburbs

par Eric Sanderson

 

 



Aujourd'hui en Europe, et particulièrement en France, une vision écologique de l'avenir semble particulièrement hors de propos. Par vision écologique, entendons un avenir où les différentes mesures d'ores et déjà disponibles pour réduire la destruction actuelle des écosystèmes seraient décidées et mises en oeuvre à l'échelle du monde.
Le discours dominant vise au contraire la course à l'augmentation du Produit National mondial (PNB), y compris lorsque ce PNB comptabilise des mesures telles que la production d'énergies fossiles dont on sait pourtant qu'à terme elle aura des résultats catastrophiques. Ce discours se retrouve identique dans les pays développés (on parle alors de "business as usual") et dans les pays en développement, qui tous sans exceptions ambitionnent d'atteindre le niveau de vie des pays développés, qu'elles qu'en soient les conséquences. Au plan politique, cela se traduit par un recul des partis et mouvements dits écologistes, face aux partis productivistes – que ceux-ci se référent au capitalisme libéral ou à des économies plus ou moins dirigées.
Il reste que des scientifiques fort respectables continuent d'une part à prévoir des catastrophes majeures pour l'humanité si rien n'est fait et d'autre part à proposer une batteries de mesures tout à fait à la portée des gouvernements actuels, si une véritable volonté politique se faisait jour pour qu'elles soient prises en compte.

"Terra Nova : The new world after oil, cars and suburbs", l'ouvrage récent d'Eric Sanderson vise à le démontrer.
L'auteur est expert en la matière puisqu'il exerce les fonctions de Senior Conservation Ecologist à la Wildlife Conservation Society, ONG basée à Bronx, aux Etats-Unis.

Il rappelle d'abord que si les dernières années ont vu plus de deux milliards de personnes sortir de la pauvreté, ceci s'est fait au prix de destructions de l'environnement physique et biologique ayant dorénavant dans certains domaines atteint des points de non-retour. Il n'est pas utile d'en faire le détail ici, elles sont dans l'esprit de tous ceux qui considèrent la situation avec un oeil critique. On peut à juste titre craindre une 6e extinction massive des espèces, cette fois provoquée par l'extension de l'espèce humaine alors que les précédentes avaient résulté de phénomènes géophysiques.

Les remèdes théoriques seraient pourtant à portée. Selon Eric Sanderson, les 7 à 10 milliards d'humains attendus dans le siècle pourraient vivre d'une façon supportable par l'environnement. Mais quel prix faudrait-il payer pour cela ?
S'agirait-il de généraliser, y compris dans les pays riches, des restrictions de production et de consommation faisant rétrograder les sociétés vers les niveaux de vie régnant aux débuts de l'histoire, il y a deux mille ans? Si cela était faisable, il ne faut se faire aucune illusion. Jamais les responsables économiques et politiques du monde n'accepteraient cela volontairement. Une telle réduction ne pourrait se faire que si elle était imposée par des catastrophes majeures, entraînant la mort de centaines de millions de personnes. De plus elle ne résulterait pas de l'établissement d'un consensus, mais de guerres et révolutions en grand nombre.

Eric Sanderson est plus optimiste. Son livre dépeint une société telle qu'elle pourrait être dans 30 à 50 ans, si d'ici là s'étaient généralisées l'usage des énergies renouvelables, le recyclage des ressources, la mise en place de villes et de campagnes dites "smart", c'est-à-dire redéfinies radicalement pour ne pas consommer plus que l'écosystème ne permet de produire. Ceci n'a rien d'original au demeurant. Aujourd'hui les projets abondent, certains fantaisistes, d'autres plus sérieux, proposant par exemple des architecture urbaines généralisant les transports en commun écologiques, les immeubles zéro-énergie voire producteurs de produits agricoles dans les étages.

Le livre narre le voyage rêvé que pourrait faire l'auteur et sa femme vers 2028, dans une Amérique totalement transformée. Il aurait été intéressant qu'il décrive un tel voyage dans les régions les plus pauvres du monde, qui n'auraient certainement pas eu, même à cette époque, les moyens de se transformer d'une telle façon. Mais ce n'est pas pour autant que nous devrions rejeter les moyens qu'il propose pour sortir du cercle vicieux consommation-destruction. Il s'efforce de montrer que sa vision n'est pas utopique, mais qu'elle se généralise dans le monde entier, plus vite que les opinions publiques ne se le représentent. Une véritable explosion de technologies nouvelles "durables" se produit partout, principalement à l'initiative de collectivités locales et de juniors entreprises décidées à agir.

Le plus difficile

Sanderson ne cache pas cependant que le plus difficile reste à faire. Il faut convaincre les économistes, les hommes politiques et, au-delà d'eux, les populations elles-mêmes, que la généralisation de telles innovations est devenue une nécessité de survie. Rien que dans le domaine du calcul des PNB, il faudrait les convaincre de choisir des indicateurs de croissance reposant sur les productions et valeurs immatérielles, plutôt que ceux comptabilisant, par exemple, comme une contribution au produit national l'activité des services hospitaliers en charge des accidentés de la route. Or des modèles réalisés par des économistes convaincus de la nécessité du changement montrent que des sociétés reposant sur la généralisation de la taxe carbone, les programmes anti-pauvreté et la réduction des heures de travail obtiendraient des PNB supérieurs de 150% aux PNB actuels.

Les experts de l'Intergovernmental Panel on Climate Change ont montré par ailleurs, dans leur dernier rapport, que la généralisation de toutes les technologies et pratiques visant à lutter contre la production du CO2 pourrait maintenir le réchauffement climatique au-dessous du seuil critique de 20°C, tout en n'imposant qu'une réduction de la croissance ne dépassant pas 0,14% par an, ce qui est insignifiant.

Les propositions politiques et économiques pour en arriver là ne manquent pas, y compris dans le livre. Mais il ne s'agira pas de mesures anodines, comme celles auxquelles semble vouloir se limiter l'actuelle ministre française de l'environnement Ségolène Royal. Il faudra au plan du droit international multiplier les accords et les régulations, les impôts et les subventions, en soutien au développement des technologies nouvelles. Il faudra certainement faire plus encore: changer en profondeur les institutions de la banque et de la finance, le droit des entreprises, la propriété de la terre et des ressources, puis finalement les règles mêmes du gouvernement politique, rendu impuissant par un abus de la soi-disant démocratie représentative.

Commentaire

Là encore, est-il réaliste, en termes si l'on peut dire, de systémique sociale, d'espérer que de tels changements puissent se produire en dehors de désastres majeurs ?

L'humanité, même instruite et interconnectée à des niveaux jamais atteints dans l'histoire, pourrait-elle se transformer en milliards de têtes pensantes capables de décider en commun des mesures de survie. On peut en douter. Supposons qu'un tel discours ait été tenu aux premiers chasseurs-cueilleurs qui ont décimé les populations de mammouths, de grands herbivores et carnivores du début du quaternaire. Il n'aurait évidemment pas eu de suite. Chacun, poussé par la faim (ou parfois par le goût du sang) aurait continué à détruire les animaux qui assuraient la survie du groupe.

On ne voit pas en quoi les humains d'aujourd'hui, à d'autres échelles, pourraient être différents ? Eric Sanderson le croit. Nous pensons pour notre part que les sociétés forment ce que nous avons nommé des systèmes anthropotechniques, en compétition darwinienne les uns avec les autres. Dans de tels systèmes, la composante de l'ubris technologique et de l'ubris anthropologique ne conduira sans doute pas à ce que l'on pourrait appeler, vu de l'extérieur, des conduites rationnelles. Mais Eric Sanderson le croit. Il n'est donc pas inutile de lire son livre. Sait-on vraiment de quoi l'avenir sera fait ?

Pour en savoir plus

On lira l'article de l'environnementaliste Georges Monbiot, intitulé “The impossibility of growth”. Il ne pose pas seulement la question, éminemment systémique, de l'impossibilité de la croissance, Mais une autre, éminemment systémique elle aussi, celle cherchant à comprendre pourquoi, nous humains, qui ne pouvons pas ne pas savoir tout ceci, au moins intuitivement, ne pouvons et surtout ne voulons rien changer. Il semble qu'une sorte de fatalisme destructeur, cosmologique, analogue sous d'autres formes à celui qui avait provoqué la ruine de Vénus et de Mars en tant que planètes habitables, s'exerce implacablement sur la Terre, et sur nous tous.

Automates Intelligents © 2014

 




 

 

 

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