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Accueil > Collection Automates-Intelligents
 

Catalogue de la collection Automates Intelligents
Collection dirigée par Christophe Jacquemin


Europe Paneuropéenne Superpuissance  

Jean-Paul Baquiast
Europe paneuropéenne superpuissance
Essai suivi de Indépendance de l'Europe et
technologies de souveraineté,
par Jean-Claude Empereur
Editions Automates Intelligents, avril 2003
156 pages

prix : 15 euros Acheter ce livre



Présentation
(texte de 4ème de couverture)
Table des matières
Avant-propos

Catalogue général de la collection


Présentation
Texte de 4ème de couverture

Aujourd'hui, les Européens s'interrogent. Face à la guerre en Irak et à ses suites, déclenchées par la décision de l'administration républicaine au pouvoir outre-atlantique, qu'adviendra-t-il de l'ONU, de l'Otan, de l'Union européenne elle-même ? Ces institutions qui incarnent la volonté de faire prévaloir le multilatéralisme et la négociation résisteront-elles aux efforts que feront sans doute les Etats-Unis pour les amoindrir ?
Concernant l'Union européenne, les pessimistes prévoient déjà un clivage entre au moins deux blocs peu compatibles : les atlantistes fidèles suiveurs de l'Amérique et ceux - sûrement bien moins nombreux - qui défendent l'idée d'une Europe-puissance se donnant les moyens économiques, scientifiques et militaires de l'autonomie.

Avec cet ouvrage, Jean-Paul Baquiast et Jean-Claude Empereur souhaitent montrer que ce n'est pas en restant sur la défensive que la construction européenne avancera. Si l'Europe des 15, bientôt des 25, est trop faible encore face aux Etats-Unis, c'est parce qu'elle vise trop court. Les Européens ont oublié que l'Europe n'aura de sens qu'en se ralliant les grands Etats voisins, notamment la Russie, et en entretenant une coopération renforcée avec le Maghreb d'abord, puis avec bien d'autres Etats dans le monde qui attendent de la voir se constituer en pôle de rassemblement.

Une Europe paneuropéenne, regroupant sous des configurations à la carte près de 40 nations, est-elle possible ? Pourrait-elle devenir à son tour une super-puissance équilibrant l'hyper-puissance américaine ? Quelle serait son rôle ? Ce livre, sous les feux de l'actualité, propose de discuter de ces questions avec ceux qui ne refusent pas pour autant d'abandonner leur identité de "Vieux Européens".


Table des matières

Europe paneuropéenne superpuissance
par Jean-Paul Baquiast

Avant-propos p.7
Introduction p.17

Chapitre 1 : Etre une superpuissance p. 23
- Qu'est-ce qu'une superpuissance p.23
- La superpuissance de la misère et celle du crime organisé p.29
- L'Union européenne est-elle une superpuissance ? p32
- L'Europe peut-elle survivre sans être une superpuissance ? p.38

Chapitre 2 : Devenir une superpuissance p.41
- Agir sur les paramètres physiques p.42
- Agir sur les paramètres économiques p.49
- Agir sur les paramètres politiques p. 60

Chapitre 3 : Processus de mise en cohérence p. 65
- Questions institutionnelles p. 66
- Questions diplomatiques, économiques et culturelles p. 73
- Les espaces paneuropéens communs p. 83

Chapitre 4 : Une superpuissance différente p. 95
- L'Europe, une superpuissance parmi les autres p. 95
- L'europe, une superpuissance à vocation médiatrice p. 98

Chapitre 5 : Construire une conscience paneuropéenne p. 107
- Le modèle d'organisation proposé par l'Union européenne est-il contagieux ? p. 108
- Qu'est-ce qu'un organisme socio-géo-politique tel l'Union europénne ? p. 113
- Provoquer artificiellement l'émergence d'une conscience collective p 120

Conclusion p. 125
Annexe :
Accord Général sur le Commerce des Services p. 127
Bibliographie
p. 131
Fiche auteur
p. 133

Indépendance de l'Europe et technologies de souveraineté
par Jean-Claude Empereur

Introduction p.135
Chapitre 1 : Une conception européenne de la puissance p.139
Chapitre 2 : Technologie de puissance et indépendance européenne p.141
Chapitre 3 : Technologie de puissance et géopolitique p.147
Conclusion p. 153
Fiche auteur p. 155


Avant-propos

Les fondateurs de la collection Automates-Intelligents, où cet essai est édité, visent à faire connaître et mettre en discussion les propositions de ce que l'on appelle généralement les sciences de la complexité. Les ouvrages publiés ne portent pas seulement sur des sujets scientifiques au sens propre du terme, mais aussi sur des
problèmes de société, dans la mesure où ceux-ci peuvent être éclairés par les apports de ces nouvelles sciences.

Dans cet esprit a notamment été écrit un livre en deux tomes sous un titre qui résume son objet : Sciences de la complexité et vie politique. Comprendre ; Agir [Jean-Paul Baquiast, Editions Automates-intelligents, 1 et 2, février 2003]. Les outils intellectuels qui paraissent utiles aujourd'hui pour comprendre le monde contemporain sont présentés dans le premier tome. Le second s'appuie sur ces outils pour proposer un certain nombre d'orientations générales intéressant l'activité politique.

Au-delà de ces généralités, il est intéressant de montrer comment, dans des cas concrets, le nouveau regard permis par les sciences de la complexité peut aider à rajeunir les pratiques sociales et les institutions. Le champ potentiel devient alors très vaste. Avec Alain Cardon, un des fondateurs de cette collection et père de ce que l'on peut appeler “l'approche constructible de la conscience artificielle” [Alain Cardon, Modéliser et concevoir une machine pensante, Editions Automates-Intelligents, mars 2003], nous avons proposé d'appliquer de tels systèmes à quatre problèmes différents, relevant typiquement de la sphère du politique dans un monde global : la gestion des risques, l'appropriation par les citoyens des technologies émergentes, l'aide à l'exploration spatiale et la simulation de l'écosystème. C'est l'objet de notre ouvrage commun Entre science et intuition, la conscience artificielle [Jean-Paul Baquiast/Alain Cardon, Edition Automates-Intelligents, avril 2003]. Dans le 5e et dernier chapitre du présent essai, nous proposerons un système multi-agents adaptatif de ce type (nous préciserons ce concept) reliant plusieurs milliers ou centaines de milliers d'Européens volontaires, susceptible de permettre une approche constructible pour la construction d'une conscience européenne. C'est intentionnellement que nous reprenons en l'adaptant le sous-titre du livre d'Alain Cardon [Cardon, 2003], Approche constructible de la conscience artificielle.

A plusieurs reprises, dans ces trois ouvrages, est évoquée la question du poids et de l'avenir de l'Europe. Après avoir subi pendant plusieurs années un net ralentissement, le processus de construction de l'Europe politique et économique semble reprendre actuellement, notamment à la suite de la décision d'élargir l'Union à dix nouveaux Etats. Le travail en cours sous l'égide de la Convention Européenne et de son président Valéry Giscard d'Estaing devrait permettre de préciser la question délicate des institutions européennes au regard notamment des compétences qui demeureront nationales. Mais la démarche paraît désespérément lente.

De nouveaux pas semblent pourtant s'esquisser en ce printemps de 2003, date de rédaction de cet essai. Ce fut d'abord l'intérêt qui accompagne, tant semble-t-il en France qu'en Allemagne, les projets de rapprochement franco-allemand présentés par les deux chefs d'Etat Jacques Chirac et Gerhard Schröder lors de la commémoration le 22 janvier du 40e anniversaire du Traité de l'Elysée marquant la réconciliation définitive entre les deux pays.
Les “petits pays” européens ainsi que le Royaume-Uni paraissent s'en inquiéter, mais c'est plutôt une bonne chose. La potion contre l'immobilisme ainsi administrée serait-elle efficace ? Certains esprits audacieux vont plus loin et recommandent des projets de gouvernement économique et politique étroitement coordonné intéressant les deux Etats Allemand et Français, dans le cadre d'institutions véritablement communes. C'est le cas du commissaire européen Pascal Lamy (dont on doit saluer les grandes qualités diplomatiques et politiques) dans un article écrit, conjointement avec son collègue allemand Günter Verheugen, dans le journal Libération de ce même 22 janvier 2003. Nous ne pouvons ici que soutenir de tels projets autour desquels se renforcera l'Union européenne dans son ensemble, laquelle manque encore d'ampleur. A nouveau, les “petits pays” et le Royaume-Uni réagiront sans doute défavorablement, pour des raisons différentes. Il ne faudra pas s'arrêter à cela. Plus un pôle franco-allemand (ou allemand-français) sera ambitieux, plus le reste des associés devra se montrer ambitieux à son tour pour ne pas rester en arrière.
En ce qui concerne la Grande-Bretagne, son histoire au service de la démocratie dans la vieille Europe et sa volonté de construire une force militaire commune qui lui manque encore en feront de toutes façons un partenaire incontournable.

Un deuxième événement majeur en cours de déroulement au moment où nous écrivons ces pages est la crise née à l'ONU, entre les Etats ayant refusé une guerre entre l'Irak et les Etats-Unis, eux-mêmes soutenus par certains gouvernements européens. Cette crise fait clairement apparaître aux yeux du monde entier l'hégémonie de la superpuissance américaine (de plus en plus dénommée hyper puissance, c'est-à-dire précisément puissance hégémonique s'imposant à toutes les autres) et l'impossibilité, y compris pour les pays européens, de s'y opposer. La guerre provoquera vraisemblablement - l'avenir proche le dira - la réaction des pays arabo-musulmans à qui elle apparaîtra comme une nouvelle agression insupportable de l'Occident réputé chrétien. Ses conséquences dramatiques seraient incalculables. Or, à cette occasion, l'Union européenne a montré son inexistence en temps que puissance, face aux Etats-Unis, mais plus généralement face à ceux qui peuvent la menacer.

Les Etats-Unis, au contraire, ont clairement fait savoir qu'ils n'entendaient absolument pas voir l'Europe sortir de son rôle de dépendance à leur égard, pour se comporter en puissance disposant ne fut-ce que d'un peu d'autonomie. Beaucoup de pays européens s'accommodent de cette situation de subordination. Dans certains de ceux-ci, on commence cependant à s'inquiéter de se voir obligé de suivre l'hyper puissance dans tous ses errements, y compris dans ceux pouvant mener le monde à une catastrophe.
Or, l'opposition qui s'esquisse actuellement entre les ambitions à diriger le monde affichées par les Etats-Unis et la volonté d'autonomie de certains européens, va beaucoup plus loin que les enjeux actuels du conflit. C'est une image du monde pour des décennies qui est en cause. L'éventuelle fracture entre les Etats-Unis et la France fait peur, en Europe et en France même. L'argument le plus répandu est que nous ne pouvons nous priver de la protection américaine dans un monde de plus en plus dangereux.

Croire cela consiste à contempler l'avenir dans son rétroviseur. De quoi la superpuissance américaine a-t-elle protégé le monde jusqu'à présent ? Des offensives d'une autre superpuissance désormais
disparue, l'URSS. C'est exact et merci à eux. Mais dorénavant, il n'apparaît pas de pays candidat à prendre le relais de l'URSS dans la conquête du monde, même pas la Chine. Donc, dans ce domaine des conflits majeurs entre Etats, le parapluie américain n'est plus utile.

Quels sont les nouveaux risques ? Ils résultent de l'affrontement entre les puissances occidentales et ce que l'on doit désormais appeler les superpuissances de la misère, affrontements culminants dans le terrorisme individuel, éventuellement appuyés par de petits Etats se dotant d'armes de destruction massive. Or face à ces risques, les Etats-Unis sont incapables de protéger l'Occident, non plus d'ailleurs que de protéger leurs propres ressortissants. Leur politique hégémonique dans tous les domaines (n'oublions pas leur refus de ratifier Kyoto) ne fait qu'aggraver les causes de conflit. S’y rallier ne peut en aucun cas nous protéger. Bien au contraire. Nous serons les premiers à ressentir les conséquences des guerres que les Américains souhaitent mener au nom du prétendu “Axe du mal”. S'y opposer ouvertement sur le plan diplomatique, au sein de l'ONU d'abord, marquera au contraire, auprès des opinions modérées du monde entier le fait qu'il convient de chercher dorénavant d'autres systèmes régulateurs. Si les Européens avaient deux sous de bon sens, ils verraient que le moment est venu, plus qu'il ne l'a jamais été, de faire émerger l'Union européenne parmi l'un des arbitres des conflits du monde. Il ne s'agirait pas d'intervenir par la force, sur le mode américain, mais par la négociation et l'ouverture aux autres. Ceci ne veut pas dire que l'Union européenne devrait prétendre se substituer aux Nations-Unis. Elle doit au contraire ambitionner d'en renforcer l'autorité, d'une façon bien visible par tous. Dans cette perspective, et pour l'immédiat, tous les gestes américains ayant pour résultat d'affaiblir l'ONU - comme ceux de ne pas tenir compte de ses résolutions - seront finalement une bonne chose. Dans le monde de demain et face aux risques, l'ONU comme l'Europe ne deviendront vraiment adultes qu'en acceptant de “tuer le père” (comme disent les freudiens) ou plutôt l'oncle, l'Oncle Sam. Tuer symboliquement s'entend.

Le moment paraît donc venu de relancer la construction européenne. Un processus est en cours, nous l'avons dit, sous l'égide de la Convention pour une constitution européenne. Mais ceux qui attendent beaucoup plus de l’Europe face à la superpuissance américaine peuvent légitimement se demander si la barre sera mise assez haut devant le saut indispensable à réaliser, y compris par le couple franco-allemand. Ils peuvent aussi s’inquiéter de savoir si le rythme de la course sera assez rapide.
Notre sésame intellectuel - les sciences de la complexité évoquées dans les ouvrages précités - nous conduisent à répondre par la négative : l'élève Europe pourrait beaucoup mieux faire en puisant plus courageusement dans ses talents innombrables. Pour cela, il lui faudrait viser à devenir elle-même une nouvelle superpuissance.

Ce jugement se trouve aujourd’hui confirmé par les premiers résultats de la guerre en Irak à la mi-avril 2003.

Etats-Unis, hyper-puissance ou hyper-dictature ? Un scénario noir

Le présent essai décrit ce qui pourrait être appelé un scénario rose concernant l'évolution du monde dans les prochaines décennies. Une Europe-puissance forte étendue à la Russie et à d'autres pays voisins se constitue en pôle d'équilibre face à l'hyper puissance américaine. Il ne s'agit pas d'affronter directement celle-ci, mais
d'éviter qu'elle n'impose sans discussion ses intérêts au reste du monde. Cette Europe-puissance, devenant avec un peu de persévérance une superpuissance, viserait à être un des pôles d'un monde en réseau comprenant, outre les Etats-Unis, les autres superpuissances émergentes, Chine, Inde et les représentants de ce que nous avons appelé la superpuissance de la misère et du sous-développement.

Mais il est un autre scénario, celui que la plupart des observateurs estiment être le plus probable : l'Amérique s'appuyant sur l'avance scientifique et technologique qu'elle s'est donnée, se montre de plus en plus décidée à rester seule maîtresse de l'avenir du monde. De ce fait, elle ne supporte plus la volonté d'indépendance des européens. Elle manœuvre pour faire éclater l'Europe en plusieurs morceaux à l’égard desquels elle alterne menace et séduction. Elle empêche la Russie de se rapprocher de l'Europe et tente de l'attirer dans son empire. Tous ceux qui ne sont pas avec elle, c'est-à-dire qui refusent d'être ses féaux, sont ses ennemis.
Ce scénario serait certainement affligeant pour l'avenir de la construction européenne, mais beaucoup d'américanophiles dans le monde s'en accommoderaient. L'Amérique n'est-elle pas un exemple de démocratie, de développement, de progrès dans tous les domaines ? Quel mal y aurait-il si elle apportait ses bienfaits à tous les peuples ?

Or, le risque est grand de voir un monde soumis à la “pax americana” tourner à la catastrophe. D'ores et déjà, les conditions sont réunies pour que l'hyper puissance se transforme rapidement en hyper dictature d'un nouveau genre, adaptée au présent siècle. Elle le fera pour deux principales raisons. Il y aura l'ivresse que donnera à ses dirigeants la certitude de bénéficier d'une avance irrattrapable dans le domaine des sciences et technologies appliquées, notamment, au domaine militaire. Mais il y aura aussi l'argument de devoir se défendre contre les réactions hostiles, réelles ou imaginaires, venant du reste d'un monde refusant l'unilatéralisme américain.
Quand on parle de dictature, on imagine Hitler, Staline ou Saddam Hussein, c'est-à-dire des formes de pouvoir adaptées au monde d'hier. L'hyper dictature américaine sera moins visible et infiniment plus sévère. Avec la mondialisation et les réseaux, elle visera à assujettir les consciences du monde entier, y compris chez ses propres citoyens. Elle sera sans doute irréversible. Mais elle sera aussi infiniment plus dangereuse. Manipulant de façon irresponsable le développement exponentiel des connaissances scientifiques, elle pourra provoquer une apocalypse où disparaîtrait l'ensemble de la biosphère.

C'est bien là d'ailleurs ce qui justifie le terme de scénario noir. Les affrontements politiques d'aujourd'hui concernent bien d’autres enjeux que l'accès aux sources traditionnelles de la puissance, territoires, sources d'énergies, matières premières, flux économiques et financiers. Ils se font autour de la maîtrise des sciences et technologies, c'est-à-dire de l'intelligence mondiale.

Les domaines en sont déjà bien identifiés par l'hyper puissance américaine : infotechnologies, biotechnologies, nanotechnologies et technologies de la connaissance. Ces sciences ne sont pas intrinsèquement dangereuses. Il ne faut pas les diaboliser mais il faudrait les développer sous un contrôle politique et citoyen permanent. Mais comme ceux qui les financent sont essentiellement des militaires, on ne peut attendre d'eux la transparence et la prudence nécessaire. Aux mains d'un Etat qui se comporterait à la fois en puissance prédatrice et en forteresse assiégée, les développements les plus aventureux peuvent d'être encouragés, sans que quiconque ne ne soit autorisé à s'interroger sur les risques concernant la biosphère et l'avenir même de l'humanité. On a déjà vécu cela avec le développement de l'arme nucléaire.

Or les scientifiques raisonnables appellent aujourd’hui à redoubler de prudence. Citons par exemple Martin Rees [M. Rees, Our Final Hour, Basic Books 2003 - voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/43/rees.htm] ou plus connu chez nous, Hubert Reeves [Hubert Reeves et Frédéric Lenoir, Mal de terre, Ed. du Seuil. 2003]. Un usage perverti ou maladroit de ces sciences, ce que Rees appelle le couple de l'erreur et de la terreur, risque à court terme d'accentuer les déséquilibres de l'environnement et à plus long terme, de provoquer une apocalypse générale. Non sans arguments, Martin Rees considère que les cinquante prochaines années seront les plus dangereuses jamais connues par la vie sur Terre depuis les origines.
Les risques d'erreur et de terreur seront infiniment accrus si les faucons du Pentagone, appuyés par les lobbies industriels et économiques qui veulent étendre leur pouvoir, mettent en place une dictature mondiale reposant sur la maîtrise des sciences et technologies émergentes.

Mais pourquoi supposer que l'hyper puissance américaine se transforme en hyper dictature ? Les forces démocratiques ne restent-elles pas suffisantes, aux Etats-Unis mêmes, pour empêcher cela ? De plus, l'Amérique est-elle si puissante que cela ? L’économiste Emmanuel Todd prédit la fin prochaine de l'Empire américain [E.Todd, Après l'Empire, 2002]. Oui, mais raisonner en ces termes s'inspire des conceptions des sciences administratives, juridiques et économiques traditionnelles. Cela ne tient pas compte du fait que l'évolution des grands systèmes sociaux n'est pas entièrement dirigée par des hommes, aussi puissants et informés qu'ils puissent être. Ces systèmes relèvent de l'analyse de Howard Bloom concernant les superorganismes. Placés en compétition darwinienne les uns avec les autres, les superorganismes évoluent sous l'influence d'agents encore mal connus, tels que les idées, les mèmes et les gènes, dont les hommes se bornent souvent à n'être que de simples vecteurs. Lorsqu'un superorganisme “émerge” par interaction avec ses compétiteurs et son milieu, il se dote automatiquement des têtes dirigeantes les plus aptes à le servir. Quand l'hyper puissance américaine renforcera, jusqu'à la dictature, son emprise sur le monde, elle sélectionnera d'elle-même les leaders les plus adéquats, auprès desquels les Bush, Rumsfeld et autres Perle apparaîtront comme de doux moutons.
Or l'état de la guerre en Irak, au 12 avril 2002 où nous écrivons ces lignes, montre jusqu'à l'évidence que les Etats-Unis ont actuellement tous les éléments matériels mais aussi tous les arguments “moraux” pour se transformer en hyper dictature à la mode du 21e siècle. Il manque encore un déclic pour que la mutation se produise. Mais le temps paraît proche.

Les Etats-Unis ont montré qu'ils disposaient d'une puissance inégalée et inégalable dans les armements proprement dits, abondamment servis par les nouvelles technologies : air, terre et mer. Mais ils ont appris aussi à utiliser enfin efficacement les réseaux satellitaires et d'écoute qui, assistés par des systèmes d'intelligence artificielle, leur ont permis de percer à jour les stratégies de leurs adversaires. Ils ont également appris à infiltrer ceux-ci par des “forces spéciales” ou des commandos pratiquant l'élimination ciblée et discrète, reléguant les historiques “opérations tordues” de la CIA au magasin de l'histoire. Bien plus grave, ils se sont persuadé eux-mêmes que seul leur intérêt comptait, leur permettant de mener par la force des entreprises néo-coloniales, quelles que soient les pertes chez les civils et l'indignation des jeunes du monde entier. Pourquoi s'arrêter là ?

Les pays arabes voisins, dont des alliés traditionnels de l'Europe comme l'Egypte, commencent à se demander : “après l'Irak, pourquoi pas nous ?”. Mais les puissances manifestant encore des velléités d'indépendance, comme l'Europe, la Russie et la Chine, devraient aussi se poser la question. On ne bombardera sans doute ni Paris ni Moscou, mais l'emprise de l’Amérique sur les consciences et sur les compétences de ces pays ne cessera de
s'accroître, les réduisant plus que jamais à l'impuissance.

Ces considérations nous permettront de reboucler sur ce que nous avons appelé le scénario rose. Si une Europe paneuropéenne ne se constitue pas rapidement en hyper puissance, cela en sera fini de ses rêves de différence. Elle deviendra un nouvel Etat au sein de la Fédération américaine, Etat un peu exotique, un peu turbulent, mais, Dieu merci, sous contrôle.


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