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Futurologie :
Cellules auto-apprenantes dans la soupe informationnelle

Novembre 2000
La Chronique de Jean-Paul Baquiast

Peut-on rendre les collectivités publiques plus intelligentes
2. Pour une analyse critique radicale

La version complète de l'étude est disponible en anglais à l'adresse suivante
http://www.admiroutes.asso.fr/livre/automate/...

Voir notre introduction dans le n° 1 et les Généralités dans le n° 2
Comment rendre la vie politique plus intelligente et plus réfléchie ?
2. Pour une analyse critique radicale

1. Les sociétés modernes ont conservé des réflexes archaïques
2. Collaboration entre intelligence artificielle et sciences humaines
3. Sur quelles bases réorganiser la vie politique?
4. Quelques mesures à prendre

Avant de proposer des méthodes pratiques pour développer l'intelligence et la conscience dans la vie politique du 21e siècle, il n'est pas inutile de s'interroger sur le rôle souhaitable des gouvernements à l'égard des citoyens dans le futur. Nous avons vu les importants changements à prévoir, notamment avec les développements de la robotique, de la neurologie, de la génétique. Mais pour le moment le monde est sous l'influence de nombreuses initiatives anarchiques, qui n'obéissent plus aux régulations traditionnelles qu'inspiraient une certaine forme d'intelligence et de conscience adaptée aux exigences du passé. Nous posons ici en principe que les solutions résultant de l'initiative privée et de la recherche du profit à court terme ne suffiront pas à résoudre les défis de demain, notamment en matière d'équilibres écologiques, de développement durable, d'utilisation des nouvelles ressources scientifiques et techniques. Il est nécessaire de refaire la critique radicale du libéralisme, non pas en utilisant les vieilles analyses du marxisme et de l'interventionnisme keynésien, mais en s'appuyant sur des sciences humaines renouvelées par les approches de la cybernétique et de l'intelligence artificielle. Parallèlement, nous devrons tenter de redéfinir le rôle des gouvernements et des citoyens. Aujourd'hui, les méthodes gouvernementales sont archaïques et inefficaces. Les organisations publiques, quelle que soit leur taille, font davantage preuve de stupidité que d'intelligence. Si l'on veut aboutir à une meilleure gestion globale de la civilisation humaine sur la planète, il faut renouveler radicalement les méthodes et les politiques.

 

1 Les sociétés modernes ont conservé des réflexes archaïques

- dans les sociétés animales, nous pouvons constater une harmonie globale entre les individus au sein des espèces, et entre ces espèces elles-mêmes au sein d'un territoire donné. Certes, cette harmonie résulte d'une compétition darwinienne incessante, par essais et erreurs, extinctions et émergences. Un combat pour la vie se déroule en permanence, dans lequel il y a plus de perdants que de gagnants. La seule "intelligence" à l'œuvre pour promouvoir les équilibres d'ensemble résulte de l'interaction entre les organisations nerveuses et cérébrales des individus, sous le contrôle de gènes spécifiques sélectionnés durant l'évolution. Ces organisations sont complétées par des expériences acquises au cours de la vie des individus et des espèces, et transmises par imitation au sein de celles-ci. Or le point essentiel à prendre en considération est que beaucoup de ces acquis se retrouvent quasiment inchangés dans les sociétés humaines. Tant que les mécanismes correspondants n'ont pas été élucidés, la transformation volontaire des comportements humains prenant racine dans cet héritage génétique et comportemental restera pratiquement impossible

- dans les sociétés humaines anciennes, avec le développement des langages et des connaissances formalisées ou rationalisées, se superposent de nouvelles couches de régulation entre individus, leurs regroupements en collectivités territoriales plus ou moins étendues, et finalement leur appartenance à de plus grands groupes et institutions (régions, royaumes, nations, religions, etc..).

Les règles commandant le fonctionnement de telles organisations sont souvent plus faciles à observer, du fait précisément qu'elles ont été traduites dans des lois, constitutions résultant de processus d'élaboration se voulant aussi conscients et intelligents que possible. Mais, même à ce niveau, les régulations d'ensemble ont vieilli, ne paraissent pas pouvoir s'adapter facilement à de nouvelles contraintes. De plus, beaucoup de leurs ressorts profonds demeurent encore mystérieux, même avec les outils d'analyse des sciences sociales modernes.

La compétition darwinienne au sein des sociétés traditionnelles signifiait que de nombreux groupes étaient sacrifiés, lorsqu'ils n'étaient pas capables de résister aux contraintes d'environnements changeants. Ces périodes, en dépit des vues idylliques inspirées de Jean-Jacques Rousseau et des écologistes naïfs d'aujourd'hui, n'inspireraient à personne le désir d'y revenir. Cependant, beaucoup de façon de penser et d'agir directement importées de ces époques sont encore à l'œuvre dans les sociétés d'aujourd'hui.

- concernant les sociétés d'aujourd'hui et de demain, il devient évident que certains individus ou groupes acquièrent de grands pouvoirs aux dépends des pouvoirs antérieurs fonctionnant sur le mode du déterminisme inconscient. Avec la révolution technologique et scientifique, des initiatives privées, parfois anarchiques ou conflictuelles, deviennent possibles. Les institutions "officielles" perdent de leur influence. C'est souvent une bonne chose, au regard de la nécessaire flexibilité. Mais le rythme du changement est radicalement accéléré. Les modes d'adaptation traditionnels à l'innovation ne sont plus efficaces, compte-tenu de la nécessité de temps de réponse rapides. Les vieux mécanismes d'adaptation darwinienne, inconscients ou non, permettant d'ajuster les consommations aux ressources, sont mis en péril. Si les individus, groupes et gouvernements restent figés dans leurs comportements passés et conservent des réflexes purement égoïstes (aussi logique que cela soit à leurs yeux), si aucune régulation globale ne peut être réalisée, c'est l'"avenir même de notre planète qui est en danger. Le besoin de nouvelles formes de conscience et d'intelligence globales doit être réaffirmé. Mais sur quelles bases et avec quels moyens? Qui peut prendre une telle responsabilité: les entreprises, les religions, les gouvernements, ou certains individus isolés?

- le rôle des entreprises commerciales et industrielles est ambivalent. La recherche du profit est un extraordinaire levier pour le développement des sciences et des technologies. C'est un fait que personne ne peut ignorer. Le capitalisme et le libéralisme agissent de fait pour l'élargissement à l'échelle de la planète d'un certain nombre de comportements conscients et intelligents. Mais dans le même temps, ils tendent à favoriser les solutions égoïstes et de court terme, plutôt que les équilibres durables et le progrès à long terme. Ils obligent les individus, mis en condition pour se comporter en consommateurs passifs, à rechercher exclusivement leurs avantages immédiats. Dans certains cas, leurs projets peuvent comporter des risques considérables pour l'environnement terrestre et pour l'avenir de l'humanité lui-même. Les entreprises prétendent avait pesé tous les risques, pris toutes les précautions, en utilisant au mieux les connaissances scientifiques du moment. L'expérience montre que c'est rarement le cas, l'intérêt de court terme étant la seule référence retenue par elles.

- les philosophies et les religions ne sont guère non plus en état de contribuer à l'augmentation de l'intelligence et de la conscience globale dans le monde moderne. Elles connaissent mal les sciences et les technologies, le plus souvent même elles les méprisent et les rejettent, y voyant un pouvoir de sape de leur influence sur les populations. Souvent, elles dégénèrent en fanatismes, comportements sectaires sinon terroristes. Il faut se rappeler que sans doute plus de 80% de la population mondiale ignore ou rejette la science et le rationalisme, ne croient pas en un futur terrestre et n'offrent pas d'alternatives pratiques. Bien pire, dans de nombreuses régions de la terre, les religions ne sont qu'une couverture pour mener des activités criminelles à grande échelle, menaçant des centaines de millions de personnes.

- les citoyens sont souvent considérés, en occident, comme les derniers bastions contre les lois inadéquates et les pouvoirs tyranniques. Mais ils n'exercent pas directement le pouvoir politique En démocratie, ils élisent des représentants dont les intérêts et les motivations ne sont pas toujours celles de leurs électeurs. Cependant on peut espérer qu'avec le rapide développement de l'information citoyenne et le regroupement des militants sur des réseaux, de plus en plus d'individus et de petits groupes vont pouvoir faire connaître leurs opinions, et se battre pour les faire triompher. Avec le soutien des nouvelles technologies de communications, et la mise en place d'institutions plus participatives, l'on peut espérer qu'ils pourront intervenir de plus en plus activement dans le jeu politique. Tout n'est pas recommandable dans les initiatives citoyennes, évidemment, mais la diversité des opinions, et la liberté de leur expression, est quoiqu'en pensent les rigoristes de la pensée unique et du politiquement correct, un gage de démocratie.

 

2. Collaboration entre intelligence artificielle et sciences sociales

Les sciences sociales, utilisant ce que nous appelons ici d'un terme général, l'intelligence artificielle (notamment l'analyse et la simulation sur ordinateurs) peuvent aider à comprendre les sociétés actuelles, puis présenter des solutions d'amélioration. Les méthodes de la neurologie, de la robotique, de la génétique, sont maintenant disponibles pour contribuer à des analyses en profondeur portant sur le fonctionnement de nos sociétés, et pour envisager des expériences innovantes. Ces analyses intéresseront, non seulement la politique et l'administration, mais tous les domaines d'activités collectives et individuelles.

- dans le secteur privé (économie, culture) les priorités devraient porter sur l'étude et la modélisation des entreprises et des secteurs économiques. L'on commencera par les plus visibles (automobile, pétrole, nucléaire) afin de comprendre leurs modes de fonctionnement, leurs types d'intelligence collective, leurs modes de mise en condition des individus et des administrations. Ces modèles devront évidemment être soumis à la critique croisée d'observateurs extérieurs. Ultérieurement, il faudra modéliser des groupes de pressions plus diffus: PME, agiculteurs, etc.

- les mêmes méthodes d'analyse seront utilisées dans l'approche du secteur public et gouvernemental. De même que les entreprises privées, les administrations locales et nationales nécessitent des analyses en profondeur. Celles-ci seront rendues plus difficiles par le fait que ces organisations sont gérées moins scientifiquement que les entreprises, et paraissent moins aptes à développer des formes d'intelligence et de conscience collectives, du moins en apparence. En fait, elles sont souvent manipulées, de façon peu transparente, par des intérêts privés s'efforçant de les utiliser à leur profit.

Dans le cas des institutions, il parait préférable de commencer les études par les collectivités locales plutôt que par les organisations nationales. Même si les collectivités locales sont passablement complexes, y compris les plus petites d'entre elles, il est plus commode de simuler leurs fonctionnements internes et externes, plutôt qu'aborder d'emblée les grades administrations, aux multiples interactions. Les études porteront de préférence sur ce qui parait aujourd'hui le plus inacceptable: abus de pouvoir, culte de la personnalité, népotisme, corruption. Bien entendu, les propositions en matière de réforme devront rester réalistes, en restant dans le domaine de l'acceptable par la collectivité.

Mais, après ces premiers essais, il faudra évidemment porter l'analyse dans le domaine des institutions nationales et, surtout, internationales. On le devine, dans ce dernier champ, les difficultés s'accumulent.

Certains feront valoir que de telles études existent déjà. Tout, dira-t-on, a déjà été explicité par les sciences administratives et politiques. Certes, mais nous suggérons ici de reprendre ces études à la lumière, encore méconnue par ces sciences, des acquits de la robotique, de la cognitique, du darwinisme évolutionnaire, dans une approche interdisciplinaire renouvelée.

L'on fera une autre objection, celle d'une ambition excessive, voire d'une grande naïveté, au regard de ce que pourrait être le renouvellement des sciences sociales que nous proposons Les chercheurs compétents ou les crédits de recherche manqueront. Les organisations n'accepteront pas de se voir passées au peigne fin de nouvelles méthodes d'analyse insistant sur les défaillances éventuelles de leurs systèmes d'information et de décision. Cependant, si nous nous plaçons dans un horizon de quelques décades, nous pouvons espérer que les nouvelles sciences seront mieux acceptées par le public, mieux connues des chercheurs, et pourront donc étendre sans trop de résistances le champ de leurs investigations. Quelques succès initiaux aideront à populariser ces méthodes et attirer de plus en plus de chercheurs. Après avoir commencé comme des amateurs autodidactes, ils seront progressivement appelés à des tâches exigeant des compétences de plus en plus pointues.

 

3. Sur quelles bases réorganiser la vie politique?

Sur quelles bases envisager de réorganiser (ré-inventer, selon l'expression américaine), la vie publique au début du 21e siècle? L'objectif étant, rappelons le, de mobiliser davantage d'intelligence et de conscience afin de mieux gérer les responsabilités collectives à l'échelle mondiale

Rappelons les défis auxquels nous sommes confrontés:

- éliminer le plus possible des déterminismes inconscients dans les prises de décisions publiques. Il faut garder en esprit que les techno-sciences augmentent si rapidement le pouvoir des êtres humains sur l'environnement terrestre qu'il serait très dangereux de laisser les innovations se faire de façon inconsciente ou à courte vue.

L'objectif ne sera pas de freiner l'invention, comme certains le suggèrent (un moratoire aux recherches scientifiques!) mais d'en rendre les tenants et les aboutissants plus transparents. Prenons l'exemple souvent discuté de la génétique. Dans la compétition darwinienne traditionnelle entre espèces, l'es innovations résultant d'erreurs à la réplication survenaient sur un rythme lent, n'affectant que partiellement et localement le capital génomique global. Aujourd'hui, une simple modification génétique dont les conséquences ne seraient pas bien étudiées ou comprises, pourrait affecter l'ensemble de la vie sur terre (pensons à la mise en circulation d'un virus extrêmement pathogène) Aussi est-il nécessaire d'analyser et évaluer les conséquences de chaque modification génétique volontaire. Seul un pouvoir politique accepté par tous, démocratiquement, comme la force de police de référence, sera capable d'obliger les chercheurs et industriels à expliquer et négocier leurs stratégies, plutôt que les laisser libres de les imposer à des populations ignorantes.

- éviter la stagnation et le conservatisme en rendant l'invention abordable à tous ceux qui en ont l'inspiration. Cet objectif peut paraître contradictoire avec le précédent. Si en effet chacun peut innover, le risque d'un désordre accru par perte d'un contrôle adéquat peut augmenter. Mais ce n'est pas le cas. L'idée ici est que l'inévitable explosion des sciences et des technologies ne reste pas le monopole de grandes organisations décidant seules et sans concurrence de ce qui sera bon pour l'humanité. Ceci n'est pas acceptable. D'abord parce que si ces pouvoirs monopolisent la connaissance, ils n'accepteront pas la transparence et le contrôle populaire. Ils doivent donc être constamment confrontés à une concurrence externe. Pour cela, le plus grand nombre possible de gens doivent être mis en état de les concurrencés. Secondement parce que, si l'innovation est réservée à une minorité de privilégiés, ceux-ci vont décourager toutes les inventions susceptibles de remettre en question leur dominance. L'innovation sera étroitement canalisée, plutôt que balayant des champs étendus, de façon aussi désintéressée et anarchique, comme l'impose la promotion de la complexité dans la compétition darwinienne. Une invention sur le mode anarchique ne signifie pas un retour à l'inconscience primitive. Si l'innovation est convenablement expliquée et diffusée par des réseaux d'informations adéquats, la conscience collective s'en enrichira d'autant, favorisant des prises de décisions intelligentes.

Mais là encore, la démocratisation de l'innovation ne peut être imposée aux organismes dominants les activités de recherche que par un pouvoir politique dûment mandaté par une opinion démocratique.

- décentraliser le gouvernement et l'administration. Dans les deux cas précédents, nous avons vu que ce que nous avons appelé un pouvoir collectif, accepté par tous comme légitime, prendre en charge et appliquer d'importantes responsabilités de police en matière de recherche. Ceci veut-il dire qu'il faille accepter l'idée d'un Big Brother politique à qui nous déléguerions la défense de nos intérêts? Certainement pas. L'histoire a montré qu'aucun gouvernement centralisé n'était capable de résister aux tentations de tyrannie et d'abus de pouvoir, ceci même au sein des collectivités locales de taille suffisante. Idéalement, le pouvoir gouvernemental (la gouvernance) devrait être complètement distribué, chaque citoyen disposant des informations et des pouvoirs lui permettant de participer aux décisions communes. Evidement, cet idéal n'est pas possible du fait de la persistance de disparités entre citoyens. Mais aujourd'hui, avec l'existence des réseaux permettant l'accès distribué à l'acquisition de connaissances, les citoyens désireux de participer aux décisions politiques doivent se battre pour obtenir ce droit. Les gouvernements qui se disent démocratiques doivent les aider à ce faire, et partager avec eux les pouvoirs de décisions.

- finalement, pour résumer, le domaine du gouvernement doit adopter certaines des formes de l'intelligence collective et de la conscience sur le modèle de ce qui se passe chez un individu immergé dans la société de l'information, mais évidemment à une toute autre échelle.

Des modèles de gestion collectives inspirés d'ouvrages comme "How the Mind Works" de Steven Pinker ou "A Universe of Consciousness, how Matter becomes Imagination" de Gerald Edelman and Giulio Tononi apparaissent aujourd'hui tout à fait utilisables pour fonder sur de nouvelles bases les sciences sociales et politiques que nous préconisons. Ils en guideront en tous cas les premiers pas.

 

4. Quelques mesures à prendre

A ce stade, nous pourrions recommander aux hommes politiques comme aux acteurs de la vie économique et sociale quelques mesures simples permettant d'avancer dans la voie d'une meilleure intelligence collective:

- connecter chaque individu et chaque organisation à des réseaux de télécommunication à large bande, leur permettant de jouer le double rôle d'enseignant et d'enseigner, face aux nouvelles expériences et savoir-faire intéressant l'intelligence en réseau. Cette ambition se heurtera évidemment aux difficultés bien connues de l'inégalité entre citoyens, qu'il faudra résoudre par des politiques spécifiques d'accès et de formation.

- mettre en place des mémoires collectives alimentées par chacun des acteurs, donnant l'accès facile aux expériences de chacun, et permettant de documenter et modéliser les stratégies de ceux désirant se servir des données mises en mémoire.

Il est évident que ces objectifs supposeront d'importants investissements, et de nouvelles recherches, encore dans l'enfance, concernant la gestion des connaissances et l'accès aisé à celles-ci. La question de la protection légitime de certains secrets industriels ou personnels se posera également.

- établir des modèles représentant l'environnement scientifique et les connaissances intéressant toutes les grandes questions faisant l'objet de politiques ou de choix publics (par exemple les changements climatiques ou les pollutions, que nous évoquerons lors de la présentation ultérieure d'un cas concret). De tels modèles devraient être disponibles en ligne à l'intention de tous, avec la possibilité donnée à chacun de jouer expérimentalement sur les variables ou les tendances. Chacun pourra ainsi se faire une opinion personnelle sur l'impact de telle ou telle mesure (par exemple la variation des prix du pétrole). Les grands modèles seront alimentés par des capteurs automatiques et par des données collectées par certaines organisations citoyennes agréées, lorsque ceci paraîtra possible.

Il ne faut pas confondre la modélisation et la prévision, mais la modélisation joue un rôle important concernant les possibilités d'action sur le futur. Si nous reprenons l'exemple des changements climatiques et des décisions appropriées à prendre, la mise en place et l'utilisation de modèles concernant les phénomènes concernés joueront un rôle essentiel pour développer les recherches fondamentales et appliquées, notamment en attirant l'attention du public sur les points restant obscurs - ce qui pourra aider à collecter les moyens de recherche nécessaires.

L'engagement des citoyens dans la recherche de données pertinentes constituera aussi une façon simple et efficace de vulgariser la culture scientifique et la responsabilité. Bien entendu, les modèles nécessaires ne devront pas se présenter sous forme d'équations incompréhensibles au plus grand nombre. Toutes les méthodes de transcription analogique, même introduisant un peu d'approximation, devront être utilisées pour vulgariser l'approche des modèles. D'où l'intérêt des techniques de la réalité virtuelle, qui sont particulièrement parlantes.

- organiser des canaux massivement ré-entrants permettant aux différentes sources de connaissances, et aux acteurs qui les collectent, de communiquer entre eux en s'auto informant. L'objectif sera de créer quelque chose ressemblant aux couches thalamo-corticales du cerveau humain, afin de générer des associations rapides, indispensables à la réactivité et à l'efficacité des actions collectives et individuelles. Il sera important, évidemment, que de tels mécanismes associatifs ne soient pas réservés au seul usage gouvernemental, ce qui donnerait au politique un pouvoir exorbitant sur le gouvernement sociétal. Ils devront être ouverts à tous.

Ainsi pourra s'établir une conscience collective des besoins, des moyens et des actions en cours. Il n'est pas irréaliste d'imaginer qu'un balayage permanent de telles associations d'informations produise au plan social le même effet que ce que Gerald Edelman appelle le noyau actif de la conscience individuelle. Dans le même temps, comme les sciences de la neurologie auront affiné leurs descriptions de ce qui se passe réellement au sein d'un cerveau humain immergé dans un environnement cognitif, l'on pourra continuer à importer dans les mécanismes du gouvernement de nouvelles méthodes de décision intelligente, assistées de tous les moyens nouveaux (artefacts) développés par l'intelligence artificielle.

(à suivre)

 

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