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Voir notre introduction
dans le n° 1 et les Généralités
dans le n° 2 Comment rendre la vie politique plus intelligente et plus
réfléchie ? 2. Pour une analyse critique radicale
Avant de proposer des méthodes pratiques pour développer
l'intelligence et la conscience dans la vie politique du 21e siècle,
il n'est pas inutile de s'interroger sur le rôle souhaitable
des gouvernements à l'égard des citoyens dans le futur.
Nous avons vu les importants changements à prévoir,
notamment avec les développements de la robotique, de la
neurologie, de la génétique. Mais pour le moment le
monde est sous l'influence de nombreuses initiatives anarchiques,
qui n'obéissent plus aux régulations traditionnelles
qu'inspiraient une certaine forme d'intelligence et de conscience
adaptée aux exigences du passé. Nous posons ici en
principe que les solutions résultant de l'initiative privée
et de la recherche du profit à court terme ne suffiront pas
à résoudre les défis de demain, notamment en
matière d'équilibres écologiques, de développement
durable, d'utilisation des nouvelles ressources scientifiques et
techniques. Il est nécessaire de refaire la critique radicale
du libéralisme, non pas en utilisant les vieilles analyses
du marxisme et de l'interventionnisme keynésien, mais en
s'appuyant sur des sciences humaines renouvelées par les
approches de la cybernétique et de l'intelligence artificielle.
Parallèlement, nous devrons tenter de redéfinir le
rôle des gouvernements et des citoyens. Aujourd'hui, les méthodes
gouvernementales sont archaïques et inefficaces. Les organisations
publiques, quelle que soit leur taille, font davantage preuve de
stupidité que d'intelligence. Si l'on veut aboutir à
une meilleure gestion globale de la civilisation humaine sur la
planète, il faut renouveler radicalement les méthodes
et les politiques.
- dans les sociétés animales, nous pouvons
constater une harmonie globale entre les individus au sein des espèces,
et entre ces espèces elles-mêmes au sein d'un territoire
donné. Certes, cette harmonie résulte d'une compétition
darwinienne incessante, par essais et erreurs, extinctions et émergences.
Un combat pour la vie se déroule en permanence, dans lequel
il y a plus de perdants que de gagnants. La seule "intelligence"
à l'uvre pour promouvoir les équilibres d'ensemble
résulte de l'interaction entre les organisations nerveuses
et cérébrales des individus, sous le contrôle
de gènes spécifiques sélectionnés durant
l'évolution. Ces organisations sont complétées
par des expériences acquises au cours de la vie des individus
et des espèces, et transmises par imitation au sein de celles-ci.
Or le point essentiel à prendre en considération est
que beaucoup de ces acquis se retrouvent quasiment inchangés
dans les sociétés humaines. Tant que les mécanismes
correspondants n'ont pas été élucidés,
la transformation volontaire des comportements humains prenant racine
dans cet héritage génétique et comportemental
restera pratiquement impossible
- dans les sociétés humaines anciennes,
avec le développement des langages et des connaissances formalisées
ou rationalisées, se superposent de nouvelles couches de
régulation entre individus, leurs regroupements en collectivités
territoriales plus ou moins étendues, et finalement leur
appartenance à de plus grands groupes et institutions (régions,
royaumes, nations, religions, etc..).
Les règles commandant le fonctionnement de telles
organisations sont souvent plus faciles à observer, du fait
précisément qu'elles ont été traduites
dans des lois, constitutions résultant de processus d'élaboration
se voulant aussi conscients et intelligents que possible. Mais,
même à ce niveau, les régulations d'ensemble
ont vieilli, ne paraissent pas pouvoir s'adapter facilement à
de nouvelles contraintes. De plus, beaucoup de leurs ressorts profonds
demeurent encore mystérieux, même avec les outils d'analyse
des sciences sociales modernes.
La compétition darwinienne au sein des sociétés
traditionnelles signifiait que de nombreux groupes étaient
sacrifiés, lorsqu'ils n'étaient pas capables de résister
aux contraintes d'environnements changeants. Ces périodes,
en dépit des vues idylliques inspirées de Jean-Jacques
Rousseau et des écologistes naïfs d'aujourd'hui, n'inspireraient
à personne le désir d'y revenir. Cependant, beaucoup
de façon de penser et d'agir directement importées
de ces époques sont encore à l'uvre dans les
sociétés d'aujourd'hui.
- concernant les sociétés d'aujourd'hui
et de demain, il devient évident que certains individus ou
groupes acquièrent de grands pouvoirs aux dépends
des pouvoirs antérieurs fonctionnant sur le mode du déterminisme
inconscient. Avec la révolution technologique et scientifique,
des initiatives privées, parfois anarchiques ou conflictuelles,
deviennent possibles. Les institutions "officielles" perdent de
leur influence. C'est souvent une bonne chose, au regard de la nécessaire
flexibilité. Mais le rythme du changement est radicalement
accéléré. Les modes d'adaptation traditionnels
à l'innovation ne sont plus efficaces, compte-tenu de la
nécessité de temps de réponse rapides. Les
vieux mécanismes d'adaptation darwinienne, inconscients ou
non, permettant d'ajuster les consommations aux ressources, sont
mis en péril. Si les individus, groupes et gouvernements
restent figés dans leurs comportements passés et conservent
des réflexes purement égoïstes (aussi logique
que cela soit à leurs yeux), si aucune régulation
globale ne peut être réalisée, c'est l'"avenir
même de notre planète qui est en danger. Le besoin
de nouvelles formes de conscience et d'intelligence globales doit
être réaffirmé. Mais sur quelles bases et avec
quels moyens? Qui peut prendre une telle responsabilité:
les entreprises, les religions, les gouvernements, ou certains individus
isolés?
- le rôle des entreprises commerciales et industrielles
est ambivalent. La recherche du profit est un extraordinaire levier
pour le développement des sciences et des technologies. C'est
un fait que personne ne peut ignorer. Le capitalisme et le libéralisme
agissent de fait pour l'élargissement à l'échelle
de la planète d'un certain nombre de comportements conscients
et intelligents. Mais dans le même temps, ils tendent à
favoriser les solutions égoïstes et de court terme,
plutôt que les équilibres durables et le progrès
à long terme. Ils obligent les individus, mis en condition
pour se comporter en consommateurs passifs, à rechercher
exclusivement leurs avantages immédiats. Dans certains cas,
leurs projets peuvent comporter des risques considérables
pour l'environnement terrestre et pour l'avenir de l'humanité
lui-même. Les entreprises prétendent avait pesé
tous les risques, pris toutes les précautions, en utilisant
au mieux les connaissances scientifiques du moment. L'expérience
montre que c'est rarement le cas, l'intérêt de court
terme étant la seule référence retenue par
elles.
- les philosophies et les religions ne sont guère
non plus en état de contribuer à l'augmentation de
l'intelligence et de la conscience globale dans le monde moderne.
Elles connaissent mal les sciences et les technologies, le plus
souvent même elles les méprisent et les rejettent,
y voyant un pouvoir de sape de leur influence sur les populations.
Souvent, elles dégénèrent en fanatismes, comportements
sectaires sinon terroristes. Il faut se rappeler que sans doute
plus de 80% de la population mondiale ignore ou rejette la science
et le rationalisme, ne croient pas en un futur terrestre et n'offrent
pas d'alternatives pratiques. Bien pire, dans de nombreuses régions
de la terre, les religions ne sont qu'une couverture pour mener
des activités criminelles à grande échelle,
menaçant des centaines de millions de personnes.
- les citoyens sont souvent considérés,
en occident, comme les derniers bastions contre les lois inadéquates
et les pouvoirs tyranniques. Mais ils n'exercent pas directement
le pouvoir politique En démocratie, ils élisent des
représentants dont les intérêts et les motivations
ne sont pas toujours celles de leurs électeurs. Cependant
on peut espérer qu'avec le rapide développement de
l'information citoyenne et le regroupement des militants sur des
réseaux, de plus en plus d'individus et de petits groupes
vont pouvoir faire connaître leurs opinions, et se battre
pour les faire triompher. Avec le soutien des nouvelles technologies
de communications, et la mise en place d'institutions plus participatives,
l'on peut espérer qu'ils pourront intervenir de plus en plus
activement dans le jeu politique. Tout n'est pas recommandable dans
les initiatives citoyennes, évidemment, mais la diversité
des opinions, et la liberté de leur expression, est quoiqu'en
pensent les rigoristes de la pensée unique et du politiquement
correct, un gage de démocratie.
Les sciences sociales, utilisant ce que nous appelons
ici d'un terme général, l'intelligence artificielle
(notamment l'analyse et la simulation sur ordinateurs) peuvent aider
à comprendre les sociétés actuelles, puis présenter
des solutions d'amélioration. Les méthodes de la neurologie,
de la robotique, de la génétique, sont maintenant
disponibles pour contribuer à des analyses en profondeur
portant sur le fonctionnement de nos sociétés, et
pour envisager des expériences innovantes. Ces analyses intéresseront,
non seulement la politique et l'administration, mais tous les domaines
d'activités collectives et individuelles.
- dans le secteur privé (économie, culture)
les priorités devraient porter sur l'étude et la modélisation
des entreprises et des secteurs économiques. L'on commencera
par les plus visibles (automobile, pétrole, nucléaire)
afin de comprendre leurs modes de fonctionnement, leurs types d'intelligence
collective, leurs modes de mise en condition des individus et des
administrations. Ces modèles devront évidemment être
soumis à la critique croisée d'observateurs extérieurs.
Ultérieurement, il faudra modéliser des groupes de
pressions plus diffus: PME, agiculteurs, etc.
- les mêmes méthodes d'analyse seront
utilisées dans l'approche du secteur public et gouvernemental.
De même que les entreprises privées, les administrations
locales et nationales nécessitent des analyses en profondeur.
Celles-ci seront rendues plus difficiles par le fait que ces organisations
sont gérées moins scientifiquement que les entreprises,
et paraissent moins aptes à développer des formes
d'intelligence et de conscience collectives, du moins en apparence.
En fait, elles sont souvent manipulées, de façon peu
transparente, par des intérêts privés s'efforçant
de les utiliser à leur profit.
Dans le cas des institutions, il parait préférable
de commencer les études par les collectivités locales
plutôt que par les organisations nationales. Même si
les collectivités locales sont passablement complexes, y
compris les plus petites d'entre elles, il est plus commode de simuler
leurs fonctionnements internes et externes, plutôt qu'aborder
d'emblée les grades administrations, aux multiples interactions.
Les études porteront de préférence sur ce qui
parait aujourd'hui le plus inacceptable: abus de pouvoir, culte
de la personnalité, népotisme, corruption. Bien entendu,
les propositions en matière de réforme devront rester
réalistes, en restant dans le domaine de l'acceptable par
la collectivité.
Mais, après ces premiers essais, il faudra évidemment
porter l'analyse dans le domaine des institutions nationales et,
surtout, internationales. On le devine, dans ce dernier champ, les
difficultés s'accumulent.
Certains feront valoir que de telles études
existent déjà. Tout, dira-t-on, a déjà
été explicité par les sciences administratives
et politiques. Certes, mais nous suggérons ici de reprendre
ces études à la lumière, encore méconnue
par ces sciences, des acquits de la robotique, de la cognitique,
du darwinisme évolutionnaire, dans une approche interdisciplinaire
renouvelée.
L'on fera une autre objection, celle d'une ambition
excessive, voire d'une grande naïveté, au regard de
ce que pourrait être le renouvellement des sciences sociales
que nous proposons Les chercheurs compétents ou les crédits
de recherche manqueront. Les organisations n'accepteront pas de
se voir passées au peigne fin de nouvelles méthodes
d'analyse insistant sur les défaillances éventuelles
de leurs systèmes d'information et de décision. Cependant,
si nous nous plaçons dans un horizon de quelques décades,
nous pouvons espérer que les nouvelles sciences seront mieux
acceptées par le public, mieux connues des chercheurs, et
pourront donc étendre sans trop de résistances le
champ de leurs investigations. Quelques succès initiaux aideront
à populariser ces méthodes et attirer de plus en plus
de chercheurs. Après avoir commencé comme des amateurs
autodidactes, ils seront progressivement appelés à
des tâches exigeant des compétences de plus en plus
pointues.
Sur quelles bases envisager de réorganiser (ré-inventer,
selon l'expression américaine), la vie publique au début
du 21e siècle? L'objectif étant, rappelons le, de
mobiliser davantage d'intelligence et de conscience afin de mieux
gérer les responsabilités collectives à l'échelle
mondiale
Rappelons les défis auxquels nous sommes confrontés:
- éliminer le plus possible des déterminismes
inconscients dans les prises de décisions publiques. Il faut
garder en esprit que les techno-sciences augmentent si rapidement
le pouvoir des êtres humains sur l'environnement terrestre
qu'il serait très dangereux de laisser les innovations se
faire de façon inconsciente ou à courte vue.
L'objectif ne sera pas de freiner l'invention, comme
certains le suggèrent (un moratoire aux recherches scientifiques!)
mais d'en rendre les tenants et les aboutissants plus transparents.
Prenons l'exemple souvent discuté de la génétique.
Dans la compétition darwinienne traditionnelle entre espèces,
l'es innovations résultant d'erreurs à la réplication
survenaient sur un rythme lent, n'affectant que partiellement et
localement le capital génomique global. Aujourd'hui, une
simple modification génétique dont les conséquences
ne seraient pas bien étudiées ou comprises, pourrait
affecter l'ensemble de la vie sur terre (pensons à la mise
en circulation d'un virus extrêmement pathogène) Aussi
est-il nécessaire d'analyser et évaluer les conséquences
de chaque modification génétique volontaire. Seul
un pouvoir politique accepté par tous, démocratiquement,
comme la force de police de référence, sera capable
d'obliger les chercheurs et industriels à expliquer et négocier
leurs stratégies, plutôt que les laisser libres de
les imposer à des populations ignorantes.
- éviter la stagnation et le conservatisme en
rendant l'invention abordable à tous ceux qui en ont l'inspiration.
Cet objectif peut paraître contradictoire avec le précédent.
Si en effet chacun peut innover, le risque d'un désordre
accru par perte d'un contrôle adéquat peut augmenter.
Mais ce n'est pas le cas. L'idée ici est que l'inévitable
explosion des sciences et des technologies ne reste pas le monopole
de grandes organisations décidant seules et sans concurrence
de ce qui sera bon pour l'humanité. Ceci n'est pas acceptable.
D'abord parce que si ces pouvoirs monopolisent la connaissance,
ils n'accepteront pas la transparence et le contrôle populaire.
Ils doivent donc être constamment confrontés à
une concurrence externe. Pour cela, le plus grand nombre possible
de gens doivent être mis en état de les concurrencés.
Secondement parce que, si l'innovation est réservée
à une minorité de privilégiés, ceux-ci
vont décourager toutes les inventions susceptibles de remettre
en question leur dominance. L'innovation sera étroitement
canalisée, plutôt que balayant des champs étendus,
de façon aussi désintéressée et anarchique,
comme l'impose la promotion de la complexité dans la compétition
darwinienne. Une invention sur le mode anarchique ne signifie pas
un retour à l'inconscience primitive. Si l'innovation est
convenablement expliquée et diffusée par des réseaux
d'informations adéquats, la conscience collective s'en enrichira
d'autant, favorisant des prises de décisions intelligentes.
Mais là encore, la démocratisation de
l'innovation ne peut être imposée aux organismes dominants
les activités de recherche que par un pouvoir politique dûment
mandaté par une opinion démocratique.
- décentraliser le gouvernement et l'administration.
Dans les deux cas précédents, nous avons vu que ce
que nous avons appelé un pouvoir collectif, accepté
par tous comme légitime, prendre en charge et appliquer d'importantes
responsabilités de police en matière de recherche.
Ceci veut-il dire qu'il faille accepter l'idée d'un Big Brother
politique à qui nous déléguerions la défense
de nos intérêts? Certainement pas. L'histoire a montré
qu'aucun gouvernement centralisé n'était capable de
résister aux tentations de tyrannie et d'abus de pouvoir,
ceci même au sein des collectivités locales de taille
suffisante. Idéalement, le pouvoir gouvernemental (la gouvernance)
devrait être complètement distribué, chaque
citoyen disposant des informations et des pouvoirs lui permettant
de participer aux décisions communes. Evidement, cet idéal
n'est pas possible du fait de la persistance de disparités
entre citoyens. Mais aujourd'hui, avec l'existence des réseaux
permettant l'accès distribué à l'acquisition
de connaissances, les citoyens désireux de participer aux
décisions politiques doivent se battre pour obtenir ce droit.
Les gouvernements qui se disent démocratiques doivent les
aider à ce faire, et partager avec eux les pouvoirs de décisions.
- finalement, pour résumer, le domaine du gouvernement
doit adopter certaines des formes de l'intelligence collective et
de la conscience sur le modèle de ce qui se passe chez un
individu immergé dans la société de l'information,
mais évidemment à une toute autre échelle.
Des modèles de gestion collectives inspirés
d'ouvrages comme "How the Mind Works" de Steven Pinker ou "A Universe
of Consciousness, how Matter becomes Imagination" de Gerald Edelman
and Giulio Tononi apparaissent aujourd'hui tout à fait utilisables
pour fonder sur de nouvelles bases les sciences sociales et politiques
que nous préconisons. Ils en guideront en tous cas les premiers
pas.
A ce stade, nous pourrions recommander aux hommes politiques
comme aux acteurs de la vie économique et sociale quelques
mesures simples permettant d'avancer dans la voie d'une meilleure
intelligence collective:
- connecter chaque individu et chaque organisation
à des réseaux de télécommunication à
large bande, leur permettant de jouer le double rôle d'enseignant
et d'enseigner, face aux nouvelles expériences et savoir-faire
intéressant l'intelligence en réseau. Cette ambition
se heurtera évidemment aux difficultés bien connues
de l'inégalité entre citoyens, qu'il faudra résoudre
par des politiques spécifiques d'accès et de formation.
- mettre en place des mémoires collectives alimentées
par chacun des acteurs, donnant l'accès facile aux expériences
de chacun, et permettant de documenter et modéliser les stratégies
de ceux désirant se servir des données mises en mémoire.
Il est évident que ces objectifs supposeront
d'importants investissements, et de nouvelles recherches, encore
dans l'enfance, concernant la gestion des connaissances et l'accès
aisé à celles-ci. La question de la protection légitime
de certains secrets industriels ou personnels se posera également.
- établir des modèles représentant
l'environnement scientifique et les connaissances intéressant
toutes les grandes questions faisant l'objet de politiques ou de
choix publics (par exemple les changements climatiques ou les pollutions,
que nous évoquerons lors de la présentation ultérieure
d'un cas concret). De tels modèles devraient être disponibles
en ligne à l'intention de tous, avec la possibilité
donnée à chacun de jouer expérimentalement
sur les variables ou les tendances. Chacun pourra ainsi se faire
une opinion personnelle sur l'impact de telle ou telle mesure (par
exemple la variation des prix du pétrole). Les grands modèles
seront alimentés par des capteurs automatiques et par des
données collectées par certaines organisations citoyennes
agréées, lorsque ceci paraîtra possible.
Il ne faut pas confondre la modélisation et
la prévision, mais la modélisation joue un rôle
important concernant les possibilités d'action sur le futur.
Si nous reprenons l'exemple des changements climatiques et des décisions
appropriées à prendre, la mise en place et l'utilisation
de modèles concernant les phénomènes concernés
joueront un rôle essentiel pour développer les recherches
fondamentales et appliquées, notamment en attirant l'attention
du public sur les points restant obscurs - ce qui pourra aider à
collecter les moyens de recherche nécessaires.
L'engagement des citoyens dans la recherche de données
pertinentes constituera aussi une façon simple et efficace
de vulgariser la culture scientifique et la responsabilité.
Bien entendu, les modèles nécessaires ne devront pas
se présenter sous forme d'équations incompréhensibles
au plus grand nombre. Toutes les méthodes de transcription
analogique, même introduisant un peu d'approximation, devront
être utilisées pour vulgariser l'approche des modèles.
D'où l'intérêt des techniques de la réalité
virtuelle, qui sont particulièrement parlantes.
- organiser des canaux massivement ré-entrants
permettant aux différentes sources de connaissances, et aux
acteurs qui les collectent, de communiquer entre eux en s'auto informant.
L'objectif sera de créer quelque chose ressemblant aux couches
thalamo-corticales du cerveau humain, afin de générer
des associations rapides, indispensables à la réactivité
et à l'efficacité des actions collectives et individuelles.
Il sera important, évidemment, que de tels mécanismes
associatifs ne soient pas réservés au seul usage gouvernemental,
ce qui donnerait au politique un pouvoir exorbitant sur le gouvernement
sociétal. Ils devront être ouverts à tous.
Ainsi pourra s'établir une conscience collective
des besoins, des moyens et des actions en cours. Il n'est pas irréaliste
d'imaginer qu'un balayage permanent de telles associations d'informations
produise au plan social le même effet que ce que Gerald Edelman
appelle le noyau actif de la conscience individuelle. Dans le même
temps, comme les sciences de la neurologie auront affiné
leurs descriptions de ce qui se passe réellement au sein
d'un cerveau humain immergé dans un environnement cognitif,
l'on pourra continuer à importer dans les mécanismes
du gouvernement de nouvelles méthodes de décision
intelligente, assistées de tous les moyens nouveaux (artefacts)
développés par l'intelligence artificielle.