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Futurologie :
Cellules auto-apprenantes dans la soupe informationnelle

Octobre 2000
La Chronique de Jean-Paul Baquiast

Peut-on rendre les collectivités publiques plus intelligentes
Introduction

La version complète de l'étude est disponible en anglais à l'adresse suivante
http://www.admiroutes.asso.fr/livre/automate/...

Chacun connaît les développements et les possibilités de l'Internet. Si les perspectives de la robotique, de l'intelligence et de la vie artificielles sont moins connues (tout au moins du grand public), elles lui donneront de nouvelles et considérables dimensions. Ces sciences et techniques travaillent en étroite synergie de fait avec la génétique, la biologie et les neurosciences : les façons actuelles de penser et d'agir vont donc être modifiées radicalement.

Les scientifiques commencent à le comprendre, ainsi que les industriels de plus en plus nombreux qui utilisent les techniques nouvelles. Il n'en est pas de même de la société dans ses profondeurs, même dans les pays branchés. Non seulement la "fracture numérique", selon l'expression à la mode, empêche la grande majorité des populations de suivre et même de saisir le sens de l'évolution en cours. Mais dans les pays occidentaux, beaucoup d'entreprises traditionnelles et la plupart des individus, consommateurs ou citoyens, vivent encore selon les anciennes habitudes. Quant aux Etats et à leurs administrations, sauf sans doute aux Etats-Unis et dans quelques pays très proches d'eux, ils en sont encore à essayer de s'adapter aux premières phases de la société de l'information telle que conçue au début des années 90.

En Europe, l'on considère pourtant semble-t-il que les Etats, agissant dans le cadre de la démocratie représentative, ont un rôle essentiel pour essayer d'anticiper l'avenir et prévoir des mesures de long terme susceptibles de gérer les risques et optimiser les bénéfices collectifs. Ce point de vue n'est plus guère admis par les entreprises multinationales, les plus à même de financer et utiliser les sciences et technologies du futur. C'est le marché, c'est-à-dire ce qui correspond en apparence au paradigme de la compétition darwinienne, omniprésent (et à juste titre) dans la pensée scientifique actuelle, qui doit réguler le développement.

Or, aujourd'hui comme dans le passé, cette compétition ne privilégie aucune finalité. Diverses solutions émergent et s'affrontent. Les plus aptes à survivre l'emportent. Mais la compétition, dans un premier temps, se fait sur le court terme. Rien ne garantit qu'une solution sélectionnée aujourd'hui ne provoquera pas une catastrophe demain, en se révélant inadaptée à de nouvelles circonstances.

L'exemple le plus cité aujourd'hui est celui de l'économie fondée sur le pétrole. Elle a eu suffisamment d'avantages pour s'imposer, mais elle se révèle dorénavant comme une sorte de piège. Beaucoup de gens voudraient en sortir, mais aucune solution alternative suffisamment compétitive n'est encore apparue pour la remplacer. Ceci malgré les risques grandissants qui s'accumulent, notamment en matière de développement durable et d'équilibre bio-climatique.

Les gouvernements se révèlent encore bien incapables de faire prévaloir le principe de précaution, face à l'économie du pétrole et ses sous-produits, notamment en matière de transports. C'est le marché qui continue à décider.

"Les gouvernements pourraient cependant agir", pensent ceux qui continuent à juger cette formule de gouvernance sociale utile. Ils pourraient le faire, en s'appuyant d'ailleurs sur les nombreux intérêt économiques prêts à se reconvertir, ainsi que sur les citoyens inquiets de ne plus pouvoir prendre en mains leur avenir. Mais il leur faudrait fonctionner comme des machines intelligentes, susceptibles de développer une forme évoluée de conscience collective.

La question que nous allons nous poser ensemble nous paraît très importante. C'est d'ailleurs pourquoi, dirait La Palisse, nous vous en parlons. Elle sera la suivante : à l'heure où l'on simule des formes de vie et d'intelligence artificielles évoluées, s'appliquant d'ailleurs avec succès dans toutes les industries modernes (aéronautique-espace, chimie, génétique, jeux, créations artistiques et de loisir, pour ne citer que quelques exemples), ne pourrait-on simuler ce que pourrait être une forme de gouvernement intelligente, s'appuyant sur des citoyens eux-mêmes connectés en réseaux et s'efforçant en ce qui les concerne, à leur niveau, d'être aussi intelligents que possible ?

La réponse à cette question est évidemment affirmative. Il suffirait de regarder avec un œil critique comment fonctionnent aujourd'hui les organisations politiques et administratives, ainsi d'ailleurs que les entreprises et toutes autres formes de collectivités interférant avec elles. De quelles potentiels de conscience et d'intelligence collective disposent-elles ? Comment pourrait-on améliorer ces potentiels, en transposant à la vie politico-administrative les outils développés par les sciences modernes afin de réaliser des automates intelligents ?

Il existe déjà, notamment aux Etats-Unis, toute une réflexion sur les collectivités réactives (smart communities) incluant certaines formes de gouvernement locales. Il faut la connaître, voire s'en inspirer, mais il n'est pas certain qu'elle réponde à toutes les questions que nous souhaiterons nous poser.

Dans cette démarche, nous envisagerons quelques considérations théoriques, transposées des cyber-sciences et bio-sciences. Mais surtout, nous devrons essayer de proposer des réalisations expérimentales, à petite échelle, destinée à montrer que l'on peut faire mieux qu'actuellement en matière de décision politique et administrative - que ce soit à l'échelle mondiale à, au contraire, à l'échelle d'une petite collectivité locale. Il s'agira sans doute d'abord d'expériences de pensée, comme disent les scientifiques. Mais les outils de l'intelligence artificielle et de la cognitique sont disponibles pour tous, sur Internet, et rien n'empêche quelques chercheurs audacieux, simples citoyens eux-mêmes, de s'en saisir pour expérimenter des prototypes qui seraient ensuite soumis, comme il se doit, à la compétition darwinienne.

Dans les prochains numéros de la Revue, nous examinerons quelques généralités concernant l'intelligence collective appliquée aux gouvernements.

(à suivre)

 

 

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