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Un peu de futurologie
: Cellules auto-apprenantes dans la soupe informationnelle
Nous sommes en 20**. La question de l'éducation est devenue, plus
que jamais une priorité mondiale. Sans éducation, l'humanité,
débordée par les développements des techno-sciences
d'un côté, des conflits politico-économiques et des
fanatismes religieux de l'autre, semble de plus en plus incapable de progresser
dans la voie d'une civilisation terrestre harmonieuse, respectant les
équilibres biologiques et thermodynamiques dont la vie sur terre a
pourtant grand besoin.
Les conceptions relatives à l'éducation ont beaucoup
évoluées, depuis les indiscutables blocages qui paralysaient
les efforts des "réformateurs" au début du siècle. Il
est dorénavant admis que l'éducation doit porter sur toute
la vie des individus, depuis la naissance jusqu'à la mort. Elle doit
mêler toutes les classes d'âge, toutes les segmentations
professionnelles, linguistiques, géographiques, philosophiques. Elle
doit conjuguer sans relâche la théorie et la pratique, elle
doit faire alterner régulièrement, chez le même individu,
les fonctions d'apprenant et d'enseignant. Elle doit enfin utiliser toutes
les ressources de la gestion en réseau des immenses connaissances
accumulées par les mémoires collectives.
Mais il manque encore à tout ceci quelque chose qui puisse donner
à l'éducation un dynamisme, voire un aspect ludique, encore
plus grands. Apprendre et former semblent encore à beaucoup lourds
de contraintes inutiles, qui découragent les bonnes volontés.
D'où l'intérêt de la réalisation qui est en train
d'être expérimentée par le Collectif coopératif
"Cellules auto-apprenantes". Ses promoteurs, ardents militants de
l'évolutionnisme adaptatif, ont voulu vraiment repenser totalement
le processus éducatif, en s'inspirant de mécanismes algorithmiques
à l'uvre dans la nature depuis plus de 4 milliards d'années.
L'objectif est de simuler ce qui a du se passer aux origines de la vie terrestre,
à une époque où les seules formes prébiotiques
étaient sans doute des brins d'ARN dérivant dans un milieu
riche en acides aminés et en énergie (parfois appelé
la soupe prébiotique), mais encore inapte à toute forme de
vie organisée. Ces molécules d'acide ribonucléique ont
réussi, selon des processus dont le détail échappe encore,
à s'assembler par symbiose, synthétiser d'autres molécules,
et progressivement constituer des ensembles réplicatifs ou gènes
soumis à la sélection darwinienne.
Le programme de formation dont nous parlons, mutatis mutandis, suit la même
logique. De petits groupes de personnes, ne dépassant pas la douzaine,
sont invités à se constituer sur l'Internet, sans aucune autre
condition que la volonté de s'associer pour acquérir et
échanger des savoirs. Se rassemblent ainsi des jeunes et des adultes,
de toutes origines professionnelles et géographiques, provenant de
toutes les régions de la terre. Des outils très simples de
travail coopératif leur sont proposées. Quelques contraintes
minimales leurs sont suggérées, mais d'une façon
générale le cadre sélectif reste très large.
Ces petites communautés, une fois constituées par sympathie,
"dérivent" véritablement dans cette "soupe" informationnelle
riche en "nutriment de l'esprit" que représente dorénavant
l'infosphère baignant la planète. Le terme de "dérive"
est utilisé volontairement pour symboliser une démarche ouverte,
heuristique, génératrice d'aléatoire. Il importe en
effet de sortir volontairement des préacquis et programmes de la formation
traditionnelle.
Les groupes ainsi formés recueillent et transforment les
éléments "nutritifs" de la soupe informationnelle, susceptibles
de s'apparier avec ce que l'on pourrait appeler leurs sites actifs. Il en
résulte de nouvelles entités bio-informationnelles
considérablement enrichies par rapport aux éléments
de départ. Par entité bio-informationnelle, il faut entendre
le groupe et les personnes qui le composent, transformés et
complexifiés par les informations et savoir-faire acquis à
partir des connaissances collectives dont ils se sont "nourris".
Ces nouvelles entités entrent en concurrence les unes avec les autres
dans le cyberespace et dans la vie réelle, mutent, se transforment,
s'enrichissent sans cesse si bien que le processus d'acquisition collectif
de compétences s'auto-entretient en fonction des succès, des
échecs et, plus généralement des besoins d'adaptation
ou recherche de 'fitness" des groupes.
Il est à noter qu'un certain nombre d'animaux sont associés
marginalement à ces expériences. Dotés de prothèses
d'interfaçage non invasives (qu'Animals Rights Watch se rassure),
ils apprennent et enseignent comme leurs frères humains. L'on compte
parmi eux le classique chimpanzé, mais aussi des oiseaux, des poulpes
et des dauphins. Un âne de l'espèce Asinus campestris participe
même à l'une des équipes. Ceci relègue
définitivement le classique bonnet d'Ane de nos
arrière-grands-parents au magasin des antiquités.