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Futurologie :
Cellules auto-apprenantes dans la soupe informationnelle

4 Octobre 2001
La Chronique de Jean-Paul Baquiast

La mondialisation, aperçu systémique

L'attentat du 11 septembre 2001 et la nécessité de comprendre la complexité

L'attentat majeur du 11 septembre contre les Etats-Unis nous impose à tous un effort de réflexion. Voici quelques propositions.

Cet attentat est en train d'être traité par les mesures classiques de la diplomatie, du renseignement, de la police, puis sans doute par l'intermédiaire d'une riposte militaire. Chaque Etat est concerné et va se positionner dans ce nouveau conflit. La plupart, dans un premier temps, apporteront leur appui aux Etats-Unis. C'est très bien et il faut le faire.
Il n'empêche que ces mesures seront, par la force des choses, dispersées voire contradictoires, décidées peut-être en urgence et probablement sans prendre en considération leurs conséquences à long terme. De même, la recherche des causes, destinées à prévenir leur renouvellement, risque de rester limitée aux apparences les plus évidentes, dénoncées depuis déjà longtemps mais sans conséquences pratiques.
Bien peu d'entre nous encore, malheureusement, comprennent que chacun, dans le monde entier, est confronté à un changement radical de l'état du monde, dont cet attentat et les conséquences qu'il entraînera ne sont qu'une manifestation visible. Mais très partielle.
Le monde s'est organisé, ces dernières années comme un méta-système complexe où la multiplication des réseaux et des individus capables d'y agir et de s'y exprimer a mis en place un espace de changements accélérés dont personne n'a encore ni la connaissance ni la maîtrise.
Il ne s'agit évidemment pas des seuls réseaux de télécommunications ou de radio-télévision, mais plus généralement, de ce que l'on désigne par le mot global de mondialisation. La mondialisation intéresse les sociétés humaines mais, comme on le sait, elle entraîne aussi des conséquences lourdes sur l'écosystème planétaire. D'où l'urgence de mieux comprendre ce dont il s'agit, avec les outils modernes de la science des systèmes complexes. Mieux comprendre permettra d'agir avec plus d'efficacité, tant dans l'espace que dans le temps, en évitant peut-être des décisions catastrophiques, qui en entraîneraient d'autres, et engageraient le monde dans un processus incontrôlable d'instabilité.
Nous pensons que chercher à mieux comprendre la complexité n'intéresse pas seulement les Etats ou les multinationales, mais chaque citoyen. Comme on se trouve dans la problématique des systèmes chaotiques, il apparaît que chacun peut devenir un agent de déstabilisation ou de restabilisation autour de nouveaux équilibres dynamiques. Ce point est à souligner. Le terme de systèmes peut laisser craindre un réductionnisme scientiste faisant oublier le rôle bon ou mauvais des individus. C'est tout le contraire. On doit réintroduire ce rôle, pour mieux l'étudier, ainsi d'ailleurs que celui des mèmes circulant abondamment entre les individus.
C'est pourquoi nous pensons qu'il faut, le plus souvent possible, faire connaître de façon accessible, sous une forme immédiatement lisible par le citoyen non spécialiste, les nouveaux concepts de la science des systèmes et réseaux adaptatifs, ainsi que les applications pratiques susceptibles d'en être tirées pour mieux comprendre la nouvelle complexité du monde. Dans cette note, nous tenterons une petite illustration de cette idée, dans le domaine de la mondialisation.

Voir une note plus détaillée sur Admiroutes: La mondialisation


Sommaire
Pour bien poser le problème
Quelques définitions
Un système dynamique complexe
Conclusion

Pour bien poser le problème de la mondialisation, il est nécessaire de faire appel aux outils de la dynamique des systèmes complexes

Beaucoup de discours et de débats se sont accumulés concernant la mondialisation. Le sujet est devenu un thème majeur du discours politique. En France, citons en cette fin d'été 2001 les déclarations du Président de la République après Gènes, les travaux d'Attac, les réactions des néo-libéraux et de nombreux articles de presse. Les conseillers du Premier ministre se sont également saisis du problème. Tous ces travaux, aussi utiles soient-ils, ont l'inconvénient de ne pas utiliser les outils de la systémique évolutionnaire moderne, indispensables pour remettre en situation les problèmes et les solutions. Il en résulte, pensons-nous, une grande confusion dans les propos, comme finalement, l'absence de projets politiques bien déterminés. Le laissez-faire reste la règle, notamment face à la domination des Etats-Unis.

Le 11 septembre, la catastrophe imposée aux Etats-Unis par les attentats suicides, comme les menaces que ceux-ci semblent dorénavant représenter pour l'ensemble du monde, ont montré clairement que le phénomène de la mondialisation n'était pas seulement un thème de discours. Sans excuser en aucune manière les terroristes, force est bien d'admettre que la chaîne d'événements ayant conduit depuis plusieurs années à ces attentats, comme la vague de répercussions brusques, l'espèce de métamutation qui s'en est suivie, sont les fruits de la mondialisation. Devant la gravité des événements, il faut absolument renoncer aux vieilles méthodes d'analyse, comme aux remèdes archaïques, qui empireraient la crise.

Il devient urgent, en matière de mondialisation comme ailleurs (pensons aux questions de l'éco-système et de ses déséquilibres possibles) de tenter de comprendre la complexité, en se donnant les outils adéquats, c'est-à-dire ceux permettant l'étude dynamique des systèmes évolutionnaires complexes. Les militants de terrain y verront sans doute un stratagème d'intellectuel pour noyer le poisson ou fuir dans le virtuel. Ils auront tort. Essayons de les en convaincre.

Qu'appellerons-nous mondialisation ? Le terme est utilisé dans divers sens, souvent politisés. Nous proposons la définition suivante, aussi neutre que possible : système résultant de la compétition sur des réseaux d'échanges en constant développement, d'un nombre de plus en plus grand d'acteurs ou agents luttant pour l'accès à des ressources rares. 

Quelques définitions

Beaucoup de malentendus, volontaires ou non, résultent d'une approche partielle ou erronée du phénomène de la mondialisation. Si, à juste titre, on veut lutter contre ses effets négatifs ou encourager ses effets bénéfiques, il faut prendre conscience des liens existant entre ses différentes composantes. Vouloir agir sur une partie en omettant les autres entraîne évidemment des échecs.

Mondialisation ou globalisation

Mondialisation situe le système au plan de la géostratégie : les réseaux et les acteurs s'insèrent dans le monde de la géographie et de la politique. Le terme doit donc être en principe réservé aux relations entre les humains et leurs différentes productions et activités. Globalisation est plus général. Au sens large, on pourrait dire que la globalisation couvre l'ensemble des évolutions biologiques voire physique, dans la mesure où celles-ci, notamment du fait de l'homme, s'interpénètrent. Mondialisation relève donc d'une vue plutôt politique, globalisation d'une vue plutôt scientifique.

Si comme nous le faisons ici, le concept de mondialisation intéresse essentiellement l'histoire humaine, il possède certains points communs avec ceux d'humanisation, humanité, humanisme. Mais la mondialisation désigne de préférence un processus évolutif, celui d'humanité et ses dérivés un système de valeurs considérées souvent (à tort) comme intangibles.

Réseaux

C'est leur développement constant (ramification, diversification, sophistication) qui crée la mondialisation. Initialement, les acteurs ou agents (par exemple le village néolithique, la cité féodale) étaient isolés, vivaient sur un territoire limité, aux moyens constantes. Les mutations pouvant survenir au hasard se heurtaient au manque de ressources et avortaient en général, si bien que l'évolution se déroulait sur des rythmes infiniment lents. Ceci n'a pas empêché cependant les migrations des hommes primitifs très loin de leurs bassins d'origine, mais sur des durées de plusieurs dizaines de millénaires.

Le développement des réseaux physiques de communication, permettant la circulation des hommes et des cultures, a considérablement modifié le rythme évolutif. Le mouvement a commencé lentement avec les grandes découvertes géographiques et scientifiques à partir du 16e siècle, suivies de la colonisation puis de décolonisations plus ou moins réussies. Il s'est accéléré avec les modes de transports et de communication de l'ère industrielle et technologique, dont la dérégulation en matière de transports notamment maritimes et aériens a entraîné la baisse des coûts (conjointement d'ailleurs avec l'augmentation des risques).

Le développement des réseaux est devenu récemment particulièrement visible (sauf dans les pays soumis à la censure)  dans le domaine de l'informationnel ou du culturel, avec trois vecteurs principaux : l'écrit sur support papier, la voix et l'image sur réseaux hertziens (radio et télévision analogique couvant le monde entier à faible coût) puis, évidemment, l'explosion du numérique, sous la forme d'Internet et Internet à haut débit. Sauf accident, il ne s'arrêtera pas.

Echanges

Ce sont les contenus échangés sur les réseaux qui font leur force. Quant il s'agit de réseaux de transports physiques (aérien, maritime), les contenus sont des personnes et des marchandises. Sur les réseaux informationnels, les contenus sont des informations, dont une grande partie relève du domaine des mèmes. On appelle depuis Dawkins mèmes les gestes, images et discours par lesquels les organismes évolués, notamment les hommes, formalisent et échangent leur expérience culturelle. Les mèmes peuvent être considérés comme des agents réplicatifs, au même titre que les gènes. Passant d'un individu à l'autre, ils peuvent muter et entrent en compétition darwinienne entre eux pour l'accès aux ressources (accès aux cerveaux ou aux divers médias sociaux). C'est principalement par ce mécanisme qu'évoluent les cultures. Les mèmes, avec le support des réseaux modernes, peuvent diffuser en quelques heures à l'échelle du monde, et provoquer des métamutations subites au sein de civilisations entières. On vient d'en avoir la preuve avec la diffusion des images de l'attentat du 11 septembre, comme de celles montrant des scènes de joie dans certaines villes de Palestine, qui se sont véritablement imposées aux esprits, enlevant (momentanément, espérons-le) toute possibilité de prise de recul. On lira avec intérêt sur ce point le livre "Totalement inhumaine", de Jean-Michel Truong.

Acteurs ou agents

Acteurs est le terme classique, agent est celui inspiré de la méthodologie des systèmes. On désigne par l'un ou l'autre de ces termes les différentes parties prenantes à la compétition darwinienne pour l'accès aux ressources résultant du développement de la mondialisation. Ce terme générique désignera un nombre considérable d'entités : blocs géopolitiques, nations, groupes sociaux plus ou moins structurés, entreprises et finalement individus.

Pourquoi parler d'acteurs ou agents ? Pour indiquer qu'au lieu de rester des composants passifs (comme les rouages d'une machine) ces entités se comportent avec une marge croissante d'autonomie, luttant pour leur propre compte dans la compétition darwinienne. On se trouve en présence d'entités réplicatives et mutantes, introduisant sans cesse de l'innovation. Dans beaucoup de cas, il s'agit aussi de réseaux à plus petite échelle.

Mais les agents, s'ils disposent d'une part toujours accrue d'autonomie, ne sont pas nécessairement et toujours des agents intelligents. Ils peuvent, notamment sous l'emprise des mèmes, se comporter de façon très primitive, faisant appel à des déterminations génétiques stéréotypées depuis le fond des âges (nationalisme, racisme, fanatisme religieux...).

Les mèmes, aussi bien, doivent être considérés à ce titre comme des agents agissant pour leur compte propre ou pour celui des autres agents.

Le développement des réseaux transforme en acteurs ou agents des entités ou composants se comportant jusqu'alors en rouages passifs, sans exigences propres. On peut désigner ce processus par le néologisme d' "agentification ". En termes politiques, la propagation des mèmes, notamment, joue un rôle essentiel en propageant la conscience politique et la volonté d'accéder aux ressources parmi des sociétés ou des individus qui jusqu'ici subissait leur sort sans imaginer qu'ils pouvaient disposer d'une marge propre d'action. Il est indéniable que les 4/5 de l'humanité qui vivent encore au dessous du seuil de pauvreté supporteront de moins en moins bien les images de la richesse ou de la liberté des autres, et seront incités par la violence à obtenir ce dont ils manquent.

Les agents comprennent aussi, dans la perspective de la mondialisation, toutes les entités organiques se développant en symbiose avec l'homme. On peut citer les virus et les bactéries, qui profitent eux-aussi de la mondialisation pour conquérir de nouveaux espaces.

Système

Ce terme, très générique, doit être précisé. Nous l'emploierons ici, dans une acception générale, pour désigner l'ensemble des agents et des réseaux d'échanges entre ces agents, résultant de la mondialisation.

Il s'agit comme nous l'indiquerons ultérieurement, d'un système et non d'un ensemble indifférencié et incohérent, en ce sens que les agents sont de fait ou potentiellement en interrelation par l'intermédiaire des réseaux et des contenus échangés. L'ensemble se comporte donc comme une entité unique.

Comme il s'agit d'un système massivement multi-agents, il ne peut être modélisé au plan global que par la dynamique statistique. On sait depuis Poincaré que les systèmes de plus de 2 corps en interaction ne peuvent être décrits et prédits par l'analyse du comportement de chacun des agents pris individuellement. Nous reviendrons sur les aspects et les conséquences à tirer du caractère de système dynamique de la mondialisation. Ceci veut dire pratiquement que beaucoup d'analyses partielles du phénomène de la mondialisation, de ses causes et de ses conséquences, qui paraissent pertinentes à première vue, ne le sont pas en fait, car elles occultent le besoin d'analyses plus globales, de type statistique.

Le concept de réseau ou système massivement multi-agents fait l'objet de nombreux travaux actuels, applicables à de nombreux domaines scientifiques, notamment la simulation de systèmes naturels complexes par l'intelligence artificielle évolutionnaire.

Système ou processus ?

Le terme de système ne doit pas créer d'illusion. Il ne s'agit pas d'un système stable non évolutif. Il s'agit, comme nous l'avons indiqué d'un système dynamique résultant de l'interaction permanente d'agents évolutifs. On pourrait donc parler d'un système de processus, dont certains pourront être analysés en tant que tels, localement, mais sans oublier leurs interactions.

Ressources rares

C'est cette réalité qui a de tous temps constitué l'arrière-plan constitutif du développement des systèmes physiques (ressources énergétiques) et biologiques. La vie, notamment, se développe par compétition darwinienne jusqu'à épuisement des ressources disponibles, les plus aptes à les exploiter survivant seuls. Quand par mutation, de nouveaux organismes peuvent accéder à de nouvelles ressources, celles-ci à leur tour se trouvent épuisées après quelques temps.

Les ressources sont et seront donc toujours rares au regard de la demande potentielle constituée par la prolifération des êtres vivants. Les progrès scientifiques futurs ne changeront pas grand chose à cette contrainte. La seule façon de limiter la rareté serait de ralentir la demande, ce qui est difficile et lent localement, pratiquement impossible globalement, sauf catastrophe externe. Il ne reste donc dans l'immédiat que la perspective du partage des ressources pour atténuer les tensions découlant de la compétition pour l'accès à ces dernières.

Compétition

Il s'agit, au sens propre, de la lutte pour la vie, grâce à la maîtrise de l'accès aux ressources ou de leur production, que se disputent les différents acteurs ou agents de la mondialisation. Cette lutte pour la vie prend d'innombrables formes, en fonction elles-mêmes des innombrables types de ressources considérées comme vitales pour les innombrables catégories d'agents.

Elle s'exerce sur le mode darwinien le plus classique : réplication jusqu'à épuisement des ressources, mutation, sélection des plus aptes et recommencement du cycle.

Il semble que l'homme (ou plutôt certains groupes humains) puissent réguler cette compétition, en lui fixant notamment des fourchettes de développement. Il s'agit du mécanisme de ce que Marceau Felden appelle le phénomène anthropocosmique. Nous reviendrons sur ce point important, mais qui ne doit pas cacher l'universalité et l'âpreté de la compétition.

Théoriquement, la compétition est un phénomène plutôt bon. Outre qu'elle est inévitable dans un système évolutif, elle encourage les acteurs à évoluer et à s'adapter. Rien n'est plus néfaste que la mise en place de protections artificielles qui permet aux agents de ne plus ressentir les stimulus extérieurs. Très vite, ils s'engourdissent (dans la mort thermodynamique) et redeviennent des objets ou rouages passifs du système global.

Cependant, il arrive des moments où la compétition peut entraîner des catastrophes globales, ressemblant aux extinctions massives. On pense aux compétitions violentes attisant le terrorisme et les guerres. Mais d'autres catastrophes, de type écologique, menace l'humanité dans la compétition pour l'accès  sans limite aux ressources naturelles.

Les inégalités et les disparitions

Ceci dit, la compétition a toujours engendré des inégalités. Il y a ceux dont les mutations se révèlent bien adaptées aux changements du milieu, et les autres. Les premiers se développent, se renforcent et grossissent. Les seconds survivent de plus en plus difficilement et tendent à disparaître - quand ils ne disparaissent pas effectivement. C'est là une des conclusions de ce que l'on a appelé le darwinisme dur ou réaliste. Ce mécanisme est universel, et ne s'arrêtera pas de sitôt.

Cependant, localement, l'inégalité résultant de la compétition universelle peut être ressentie comme insupportable, et mériter des mesures de corrections. Quand l'humanité dans son ensemble est en cause, qui est considérée comme une valeur en tant que telle, l'accroissement des inégalités résultant d'une compétition accélérée parait inacceptable. Ceci non seulement pour des raisons morales ou éthiques (la dignité de la personne humaine) mais pour de simples raisons de survie. Les populations soumises à l'exploitation des dominants ont aujourd'hui acquis suffisamment d'autonomie pour ne plus accepter la sujétion et moins encore l'élimination. Elles peuvent se retourner contre les dominants, dans des conflits inter-humains fratricides pouvant compromettre le développement de l'humanité tout entière. Le terrorisme trouvera de plus en plus là son principal ressort, même s'il se drape sous l'intégrisme religieux, racial ou territorial.

Il est donc nécessaire, pour ceux qui se préoccupent de la politique mondiale et ont les moyens d'intervenir, de tenter des correctifs. Mais il ne suffit pas de le vouloir. Il faut trouver les bons moyens d'agir, ceux qui ne nient pas les réalités systémiques mais au contraire s'appuient sur elles. Le moins que l'on puisse dire est que ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup de politiques plus ou moins bien intentionnées, notamment chez les partisans de l'anti-mondialisation, ignorent ces réalités et font donc le jeu de leurs adversaires.

Lorsque les déstabilisations prennent de l'ampleur, suite à l'extension des conflits, les mesures prises par ceux qui veulent limiter la portée de ceux-ci doivent être soigneusement pesées, pour ne pas entraîner de fait leur propagation.  

Mondialisation et uniformisation

L'expérience montre que la mondialisation, résultant de l'évolution d'un système complexe, ne crée pas d'uniformité, comme on le lui reproche souvent. Pour être plus précis, on doit admettre que l'apparition de cultures dominantes fait disparaître, ou risque de faire disparaître, beaucoup de cultures ne résistant pas à la concurrence. C'est ce qui s'est passé avec la colonisation puis avec l'expansion du mode de vie dit occidental ou américain. Mais simultanément, ces nouveaux champs d'uniformisation étant, si l'on peut dire, turbulents et non laminaires, ils génèrent de nouveaux bassins attracteurs qui peuvent être très différents les uns des autres, car ils regroupent un nombre d'agents considérablement accrus, eux-mêmes capables de générer à partir de conditions initiales faiblement voisines des formes très différentes. On retrouve là un processus évolutif classique. Les disparitions d'espèces résultant de la compétition darwinienne sont balancées en permanence par la création de nouvelles espèces qui peuvent être, dans certaines branches évolutives, de plus en plus complexes. On constate d'ailleurs que, dans le champ d'influence des cultures dominantes, des cultures anciennes sont réactivées dans le but de conserver de la bio-diversité culturelle, ou se réactivent elles-mêmes en réaccédant à de nouvelles ressources.

On s'est aperçu récemment que la propagation de certains modes de vie à l'américaine (musiques, boissons) faisant croire au triomphe d'une uniformisation sous l'égide de l'american way of life, cachait en fait, non seulement la persistance de profondes antinomies culturelles, mais le développement de véritables haines. D'une façon générale, l'Occident tout entier ne devrait pas se flatter d'avoir convaincu le reste du monde d'avoir adopté ses valeurs et modes de vie, tant du moins qu'il n'aura pas fait un effort plus sérieux pour partager ses richesses et limiter ses consommations. 

La mondialisation, système dynamique complexe

On appellera ici système dynamique un système composé d'une grande quantité d'agents évolutionnaires disposant d'une certaine autonomie et réagissant les uns sur les autres. Nous préciserons ci-dessous le terme de complexe.

Système dynamique (chaotique)

Nous pouvons dire que la mondialisation, système dynamique, relève des mathématiques du chaos. Ce terme veut seulement dire qu'il n'est pas possible d'en donner une formulation mathématique (ou intellectuelle, ou politique) prétendant intégrer l'ensemble des activités des agents analysées une par une.

Le système n'est donc descriptif qu'en termes de probabilités ou statistiques : probabilité de l'existence d'un phénomène ou d'un agent donné, probabilité de survenance d'un événement donné. La probabilité s'exprime avec les mathématiques, elles-mêmes complexes, de l'analyse statistique. Les résultats de celle-ci, toujours approchés, sont plus ou moins utilisables cependant, en fonction de la finesse ou granularité du regard porté sur le système. De toutes façons, ce sont les seuls disponibles.

On sait qu'un système dynamique se développe de façon irréductiblement non prévisible, en ce sens qu'une différence, aussi petite soit-elle, dans les données initiales  intéressant le mouvement de deux particules peut conduire celles-ci à diverger considérablement. C'est ce que l'on appelle la sensibilité aux données initiales, qui peut entraîner des conséquences plus ou moins importantes, difficilement détectables à leur début, difficilement évitables lors de leur plein développement. Il s'agit de l'effet dit " battement d'aile de papillon ", constamment évoqué en météorologie, notamment à propos des phénomènes tourbillonnaires ou cycloniques, mais présent partout ailleurs.

L'évolution d'un système chaotique peut donner naissance à l'émergence, plus ou moins subite et plus ou moins profonde, de nouveaux états du système, représentant une réorganisation de celui-ci (que l'on peut appeler, si elle est importante, une méta-transition). Seules les émergences améliorant l'adaptation peuvent survivre (voir ci-dessous). L'exemple de l'attentat du 11 septembre et de ses suites donne malheureusement une illustration parfaite de tels phénomènes de métatransition. L'accident précis ne pouvait être prévu (même si statistiquement il était probable). Aujourd'hui ses répercussion demeurent imprévisibles.

Système complexe ou hyper complexe.

La mondialisation peut être considérée, avec ses milliards d'agents et de processus, comme un système complexe. On retiendra pour décrire la complexité d'un système composé d'agents en interaction la définition de Edelman : " le maximum d'agents organiquement ou fonctionnellement différents, entretenant le maximum de relations fonctionnelles différentes ". Par exemple, un individu et une entreprise sont des agents différents qui entretiennent des relations fonctionnellement différentes (l'individu comme salarié ou comme consommateur, face à l'entreprise productrice de services ou de pollutions). Il en est de même du terroriste et de celui qui le pourchasse.

Le système de la mondialisation, aussi vertigineusement complexe qu'il puisse paraître, n'est certainement pas le plus complexe observable. Le cerveau avec ses 10 milliards de neurones et ses millions de milliards potentiels de synapses, l'est certainement davantage. L'écosystème terrestre l'est sans doute aussi.

Il est toujours possible de décomposer un système complexe global en sous-systèmes, en principe moins complexes. Mais il ne faut pas oublier que les composants obtenus continuent à entretenir des relations entre eux, même si celles-ci paraissent suffisamment faibles ou distantes pour être négligée. Un effet battement d'aile de papillon peut toujours se produire, de façon inattendue.

On peut, avec les mêmes précautions, descendre l'échelle de la globalité en individualisant artificiellement tel agent, ou les relations que tel agent entretient avec tels autres agents. On se place alors au plan " local ", artificiellement " séparé " du reste du système, compte-tenu de la valeur considérée comme négligeable des relations qu'il entretient avec le reste. On aura en ce cas avantage à décrire des processus entre agents, plutôt que ces agents considérés dans l'absolu. Ces processus s'exercent généralement sur le mode activation/inhibition. Ils se présentent usuellement sous forme de l'émission par un agent ou à partir de lui d'un signal qui diffuse dans le milieu pour affecter d'autres agents : par exemple l'émission par une organisation de consommateurs d'un mot d'ordre de boycott visant les éventuels clients d'un produit donné. Les modalités d'analyse utilisées par les physiologistes intégrateurs (tel Gilbert Chauvet) peuvent en ce cas être employées avec précaution : recours à la mathématique vectorielle pour formaliser la relation émetteur-récepteur, et de la mathématique des champs pour formaliser l'influence de l'émission du signal sur d'éventuels récepteurs placés dans le champ.

On constatera en ce cas, comme dans l'analyse d'un organisme vivant, que les effets sont non-locaux (ils peuvent se produire à très grande distance) et non instantanés (ils peuvent agir avec des délais de réponse et/ou sur des durées de temps plus ou moins longs).

Là encore, l'attentat du 11 septembre et ses suites offrent malheureusement des cas d'école qui mériteront d'être étudiés le plus scientifiquement possible.

Déterminisme statistique

Un système hyper-complexe comme la mondialisation, composé d'agents en compétition darwinienne, est nécessairement un système désordonné, au sens de la thermodynamique. Il n'est pas stable comme l'est, par exemple, un cristal dont tous les atomes sont rangés pour l'éternité dans un ordre donné, à température constante. Ce n'est pas pour autant un système instable ou erratique, au point que l'on ne puisse pas y observer la moindre régularité - sauf si certaines perturbations se développent de façon cyclonique et déstabilisent l'ensemble, jusqu'à provoquer sa dispersion par effondrement. Hors ce cas, toujours possible, voire statistiquement certain à très long terme, si le système évolue, il le fait dans des espaces d'état mesurables. On peut le comparer utilement à un organisme vivant, tel que l'a décrit Prigogine, c'est-à-dire en équilibre loin de l'équilibre, au moins pendant certaines durées de temps. L'équilibre loin de l'équilibre n'est possible que par la consommation de ressources prélevées dans le milieu ambiant. Il s'inscrit donc dans les comportements consommateurs de ressources ou néguentropiques (créateur d'ordre, au contraire de la tendance générale des systèmes à dériver vers le désordre ou entropie) caractérisant la compétition darwinienne.

Les mêmes qualifications peuvent être attribuées à tous les sous-systèmes découpés dans le système global, au niveau que l'on veut, dès que ces sous-systèmes manifestent une certaine permanence.

Un système en équilibre loin de l'équilibre présente une morphologie ou forme déterminée. Celle-ci résulte de l'agrégation, au sein de bassins attracteurs, de nombreux comportements d'agents, inanalysables en termes individuels mais perceptibles en termes statistiques, par exemple les comportements de consommation ou d'épargne, les comportements de violence collective, etc. .

On dira donc en général que la mondialisation ne peut être décrite avec un minimum de rationalité scientifique qu'en s'en tenant aux règles du déterminisme statistique. De même, les prévisions relatives à son évolution, d'ensemble ou partielle, reposent également sur le déterminisme statistique. Celui-ci suffit le plus souvent à une bonne connaissance, comme à la définition par certains agents de bonnes stratégies de survie. Mais la possibilité d'un effet battement d'aile de papillon  (ou grain de sable perturbateur) ne doit jamais être oubliée. Ceux qui croient à la permanence d'une stabilité observée pendant un certain temps sont toujours démentis par l'irruption d'un événement destructeur de l'ancien ordre. Les actions terroristes individuelles jouent sur ce facteur.

Il est évident que plus le déterminisme statistique est affiné par la mise en place d'observateurs fins du système et de ses sous-parties, plus elle a de probabilités d'être meilleure. Aujourd'hui, de nombreux agents ou sciences se dotent d'aides à l'étude et à l'observation du milieu de la mondialisation, afin de modéliser leurs stratégies d'adaptation le plus finement et avec la plus grande vitesse de réaction possible. On pourra dire que cette démarche repose sur la mise en place et l'utilisation de plus en plus systématiques d'agents " morphologiques " (descripteurs de formes, voire par effet de contamination créateurs de formes). Un service de statistiques, un observatoire économique joueront ce rôle. Les agents morphologiques, ainsi définis, peuvent être distingués des agents " effecteurs " dits aussi par certains " aspectuels ", qui agissent directement sur le système et les aspects qu'il revêt en évoluant.

On se méfiera évidemment des observatoires purement technologiques. Il faut observer aussi, par des moyens plus traditionnels, c'est-à-dire l'immersion d'individus dans le milieu à observer, les agents pris un à un, quand ceux-ci occupent des espaces ou situations sensibles. C'est ce que vient d'apprendre le renseignement américain suite à l'attentat du 11 septembre.

Emergence

Un système complexe en évolution se traduit par la création en permanence de complexités nouvelles. Lorsque certaines des formes ainsi créées sont observables, on parle en général d'émergence. Par définition, l'émergence est rarement prévisible, faute de connaître les données initiales dont elle résulte. Elle peut prendre une importance telle qu'elle ne peut être combattue, surtout par les agents aux détriments desquels elle se produit. Mais l'émergence n'est pas toujours négative, soit pour le système lui-même, soit pour tels ou tels des agents le constituant. Elle peut induire par exemple de nouveaux comportements, générateurs d'accès à de nouvelles ressources, qui relancent la compétition darwinienne.

L'émergence introduit aussi de nouveaux états du système. On explique généralement l'accroissement rapide des aires du langage et du cortex associatif chez l'homo sapiens par l'explosion des activités langagières symboliques ayant marqué le passage en savane des hominiens arboricoles. Certains scientifiques proposent d'appeler ce phénomène, qui se retrouve à différents niveaux de l'évolution, du terme de méta-mutation ou méta-transition. Selon cette hypothèse, un système donné qui se trouve soumis à l'apparition brutale de nouveaux agents, peut se trouver hors d'état de traiter de façon cohérente les flux nouveaux. Il devient, en termes systémiques, " instable ". Il ne peut survivre qu'en développant, sur le mode de l'évolution darwinienne, de nouvelles liaisons associatives réentrantes intégratrices. C'est ainsi que se serait mis en place très rapidement le cerveau de l'homme moderne face à l'explosion des flux langagiers.

On peut penser que, suite à l'apparition de mouvances internationales insaisissables de type terroriste, par exemple, des alliances nouvelles entre Etats jusqu'alors opposés pourraient représenter au plan géopolitique une certaine forme de liaisons réentrantes intégratrices, sur le mode du cortex associatif cérébral.

Le hasard dans l'évolution vers la mondialisation

Si le hasard intervient à tous moments pour permettre l'émergence, dans les systèmes complexes que sont les organisations physiques ou biologiques, de nouvelles formes soumises à la sélection darwinienne, on constate néanmoins l'élaboration, du fait de la réussite de certaines solutions, d'un arrière-plan environnemental qui représente le nouveau milieu sélectif au regard duquel le hasard propose de nouvelles mutations créatrices. Il n'y a donc pas à chaque fois retour à la situation initiale.

Ceci paraît une évidence. Sinon, comment expliquer en termes darwinistes l'apparente continuité finalisée se traduisant par l'apparition de cerveau humain, puis de la société humaine plus ou moins intelligente, puis de séries continues d'événements dans l'histoire de cette société ? En effet, les hommes modernes dotés d'un cerveau développé disposent, contrairement aux virus ou bactéries, d'un outil apparemment efficace pour influencer un tant soit peu l'évolution de l'univers.

Ce sera un des enjeux d'une mondialisation bien conçue : contribuer à la survie de l'espèce dans sa totalité. Sinon, le développement des antagonismes entraînerait sans doute à la disparition de cette dernière.

Conscience ou inconscience des agents ?

Contrairement à l'intuition qu'en ont la plupart des hommes, qui s'illusionnent sur la portée de leurs possibilités de prise de conscience, la plupart des agents et processus caractérisant un système naturel complexe comme celui de la mondialisation sont inconscients. Si certains agents interviennent au terme d'une démarche de type dit " volontariste " ou " conscient ", les conséquences de leur intervention leur échappent généralement et déclenchent des stimulations ou inhibitions plus ou moins inobservables, ou en tous cas inaccessibles à d'autres interventions volontaristes. Le système globalement évolue selon ses propres lois émergentes.

Qui dit inconscience ne dit pas automatisme mécaniste ou linéaire, tel que l'est le fonctionnement d'une machine à laver obéissant à son programme. Les agents en compétition dans le système global de la mondialisation fonctionnent le plus souvent sous la forme d'automatismes récurrents très évolués. On dit que la société mondialisée tout entière fonctionne sur le mode inconscient du réseau d'agents intelligents. Il existe une branche toute nouvelle de l'intelligence artificielle évolutionnaire, qui décrit ce type de fonctionnement, en simulant la compétition entre agents intelligents dits " agents auto-adaptatifs ". C'est ce phénomène qui donne à beaucoup d'observateurs l'impression de se trouver face à un mécanisme d'ensemble dont la régulation interne leur échappe complètement.

Dans de nombreux cas, il apparaît que la tentation qu'ont certains agents (par exemple des décideurs politiques, militants ou autres) d'introduire des règles ou comportements volontaristes de type conscient, sans faire l'effort de mieux comprendre les régulations cachées, provoque des effets inattendus ou contraires à ce qui était espéré. Ceci ne veut pas dire qu'il faille renoncer aux études visant à une connaissance scientifique du système ou aux décisions censées obtenir tel effet préventif ou curatif favorable, mais il faut au moins s'assurer que de telles études et décisions prennent en compte le maximum de données leur permettant d'être pertinentes, plutôt que générer des effets pervers. Le décideur est confronté à des processus et agents auto-adaptatifs " inconscients " qui sont en général bien plus complexes qu'il imagine, et bien mieux " informés " que lui en général.

La méta-mutation ou méta-transition

Dans un système composé d'une multitude d'agents en interaction, nous avons vu que des équilibres loin de l'équilibre, toujours évolutifs, peuvent s'instaurer. Ces équilibres ne permettent cependant pas de considérer le système comme un organisme au sens biologique, capable notamment de maintenir durablement son état intérieur et sa morphologie au sein d'un milieu changeant (homéostasie). C'est ainsi que les hypothèses de type Gaïa, présentant la terre comme un organisme auto-adaptatif global, sont rejetées aujourd'hui par les scientifiques.

Certains scientifiques soupçonnent néanmoins, sans pouvoir en apporter la preuve définitive, qu'à partir d'un certain niveau de complexité, un système génère des liens ou agents coordinateurs, de type associatif, réorganisant par émergence le système global de façon à le rapprocher de ce que pourrait être un organisme biologique.

Le phénomène, qualifié de méta-transition ou méta-mutation, résulterait d'une série de mutations qui se conjuguent dans un temps très court, et qui survivent compte-tenu des avantages compétitifs qu'elles apportent aux systèmes hôtes. C'est ainsi , nous l'avons vu, que certains neurologues expliquent l'apparition très rapide du cortex associatif dans le cerveau humain comme une conséquence de l'accroissement, non gérable autrement, de l'afflux des données en entrées provoqué par le perfectionnement et la conjugaison des organes sensoriels, et surtout par le développement du langage comme facteur déterminant de la cohésion dans les groupes sociaux.

Les théoriciens de la méta-mutation s'intéressent particulièrement à ce qui serait aujourd'hui susceptible de se passer sur le réseau Internet. L'accroissement exponentiel des agents connectés et des contenus échangés pourrait donner naissance à un super-organisme virtuel, au profil inimaginable aujourd'hui. Certains puissances politiques pourraient vouloir se l'approprier - à supposer, ce qui n'a rien de certain, que le phénomène puisse être maîtrisé par elles.

Une méta-transition d'encore plus grande ampleur pourrait dans les mêmes conditions se produire au niveau de la mondialisation.  Les observateurs politiques se demandent actuellement si ceci  n'est pas en train de se produire suite à l'événement (dramatiquement) fondateur de l'attentat du 11 septembre. On pourrait voir là une première conséquence, malheureuse ou heureuse, en fonction des suites actuellement imprévisibles, du principe anthropocosmique évoqué plus haut. 

Conclusions

Le lecteur se demandera quel est l'intérêt pratique de tout le "jargon" systémique proposé ici. Les Etats, les entreprises, les associations, les militants trouveront-ils dans une telle présentation des recettes pour agir plus efficacement? On peut répondre simplement à cette question, par quelques conclusions pratiques:

- face à la très grande complexité, les théoriciens pourraient considérer que la meilleure politique  serait de ne rien faire (laisser jouer la main invisible du marché!).  Mais depuis longtemps, on sait que ne pas agir est une forme d'action comme les autres.

- si on veut agir dans le monde il vaut mieux disposer de modèles aussi proches que possible de la réalité à laquelle se confronte l'action. Penser que les choses sont stables, que les concepts et relations les décrivant peuvent être ceux utilisés dans le passé, ne peut que conduire à des déconvenues. Le modèle sert d'abord d'outil pédagogique, pour former les acteurs au milieu dans lequel ils devront agir. Il sert aussi de cadre où simuler les tactiques et les stratégies, puis les opérations de détail.

- si la réalité parait complexe et évolutive, il faut donc que le modèle le soit aussi. Cela suppose la mise au point de procédures très fluides permettant d'observer le plus grand nombre possible d'acteurs ou de relations,  et de suivre les modifications de leur état.

- Il ne faut jamais confondre le modèle  et la réalité. Toute action suppose un engagement sur le terrain, aussi éclairée que possible par la théorie, mais dont on ne peut faire l'économie.

- La prise en considération du caractère turbulent de la réalité peut légitimer des actions à la marge, "déstabilisatrices", qui auraient paru inefficaces dans une approche plus traditionnelle. Mais dans ce cas, il faut considérer qu'il s'agira de mutations dont il importera, en cas de succès, d'assurer la suite et l'extension.

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