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L'attentat du 11 septembre 2001 et la nécessité
de comprendre la complexité
L'attentat majeur du 11 septembre contre les Etats-Unis nous
impose à tous un effort de réflexion. Voici quelques
propositions.
Cet attentat est en train d'être traité par les
mesures classiques de la diplomatie, du renseignement, de la police,
puis sans doute par l'intermédiaire d'une riposte militaire.
Chaque Etat est concerné et va se positionner dans ce nouveau
conflit. La plupart, dans un premier temps, apporteront leur appui
aux Etats-Unis. C'est très bien et il faut le faire. Il n'empêche que ces mesures seront, par la force des choses,
dispersées voire contradictoires, décidées
peut-être en urgence et probablement sans prendre en considération
leurs conséquences à long terme. De même, la
recherche des causes, destinées à prévenir
leur renouvellement, risque de rester limitée aux apparences
les plus évidentes, dénoncées depuis déjà
longtemps mais sans conséquences pratiques. Bien peu d'entre nous encore, malheureusement, comprennent
que chacun, dans le monde entier, est confronté à
un changement radical de l'état du monde, dont cet attentat
et les conséquences qu'il entraînera ne sont qu'une
manifestation visible. Mais très partielle. Le monde s'est organisé, ces dernières années
comme un méta-système complexe où la multiplication
des réseaux et des individus capables d'y agir et de s'y
exprimer a mis en place un espace de changements accélérés
dont personne n'a encore ni la connaissance ni la maîtrise. Il ne s'agit évidemment pas des seuls réseaux
de télécommunications ou de radio-télévision,
mais plus généralement, de ce que l'on désigne
par le mot global de mondialisation. La mondialisation intéresse
les sociétés humaines mais, comme on le sait, elle
entraîne aussi des conséquences lourdes sur l'écosystème
planétaire. D'où l'urgence de mieux comprendre ce
dont il s'agit, avec les outils modernes de la science des systèmes
complexes. Mieux comprendre permettra d'agir avec plus d'efficacité,
tant dans l'espace que dans le temps, en évitant peut-être
des décisions catastrophiques, qui en entraîneraient
d'autres, et engageraient le monde dans un processus incontrôlable
d'instabilité. Nous pensons que chercher à mieux comprendre la complexité
n'intéresse pas seulement les Etats ou les multinationales,
mais chaque citoyen. Comme on se trouve dans la problématique
des systèmes chaotiques, il apparaît que chacun peut
devenir un agent de déstabilisation ou de restabilisation
autour de nouveaux équilibres dynamiques. Ce point est à
souligner. Le terme de systèmes peut laisser craindre un
réductionnisme scientiste faisant oublier le rôle bon
ou mauvais des individus. C'est tout le contraire. On doit réintroduire
ce rôle, pour mieux l'étudier, ainsi d'ailleurs que
celui des mèmes circulant abondamment entre les individus. C'est pourquoi nous pensons qu'il faut, le plus souvent possible,
faire connaître de façon accessible, sous une forme
immédiatement lisible par le citoyen non spécialiste,
les nouveaux concepts de la science des systèmes et réseaux
adaptatifs, ainsi que les applications pratiques susceptibles d'en
être tirées pour mieux comprendre la nouvelle complexité
du monde. Dans cette note, nous tenterons une petite illustration
de cette idée, dans le domaine de la mondialisation.
Beaucoup de discours et de débats se sont accumulés
concernant la mondialisation. Le sujet est devenu un thème
majeur du discours politique. En France, citons en cette fin d'été
2001 les déclarations du Président de la République
après Gènes, les travaux d'Attac, les réactions
des néo-libéraux et de nombreux articles de presse.
Les conseillers du Premier ministre se sont également saisis
du problème. Tous ces travaux, aussi utiles soient-ils, ont
l'inconvénient de ne pas utiliser les outils de la systémique
évolutionnaire moderne, indispensables pour remettre en situation
les problèmes et les solutions. Il en résulte, pensons-nous,
une grande confusion dans les propos, comme finalement, l'absence
de projets politiques bien déterminés. Le laissez-faire
reste la règle, notamment face à la domination des
Etats-Unis.
Le 11 septembre, la catastrophe imposée aux Etats-Unis
par les attentats suicides, comme les menaces que ceux-ci semblent
dorénavant représenter pour l'ensemble du monde, ont
montré clairement que le phénomène de la mondialisation
n'était pas seulement un thème de discours. Sans excuser
en aucune manière les terroristes, force est bien d'admettre
que la chaîne d'événements ayant conduit depuis
plusieurs années à ces attentats, comme la vague de
répercussions brusques, l'espèce de métamutation
qui s'en est suivie, sont les fruits de la mondialisation. Devant
la gravité des événements, il faut absolument
renoncer aux vieilles méthodes d'analyse, comme aux remèdes
archaïques, qui empireraient la crise.
Il devient urgent, en matière de mondialisation comme ailleurs
(pensons aux questions de l'éco-système et de ses
déséquilibres possibles) de tenter de comprendre la
complexité, en se donnant les outils adéquats, c'est-à-dire
ceux permettant l'étude dynamique des systèmes évolutionnaires
complexes. Les militants de terrain y verront sans doute un stratagème
d'intellectuel pour noyer le poisson ou fuir dans le virtuel. Ils
auront tort. Essayons de les en convaincre.
Qu'appellerons-nous mondialisation ? Le terme est utilisé
dans divers sens, souvent politisés. Nous proposons la définition
suivante, aussi neutre que possible : système résultant
de la compétition sur des réseaux d'échanges
en constant développement, d'un nombre de plus en plus grand
d'acteurs ou agents luttant pour l'accès à des ressources
rares.
Beaucoup de malentendus, volontaires ou non, résultent
d'une approche partielle ou erronée du phénomène
de la mondialisation. Si, à juste titre, on veut lutter contre
ses effets négatifs ou encourager ses effets bénéfiques,
il faut prendre conscience des liens existant entre ses différentes
composantes. Vouloir agir sur une partie en omettant les autres
entraîne évidemment des échecs.
Mondialisation ou globalisation
Mondialisation situe le système au plan de la géostratégie
: les réseaux et les acteurs s'insèrent dans le monde
de la géographie et de la politique. Le terme doit donc être
en principe réservé aux relations entre les humains
et leurs différentes productions et activités. Globalisation
est plus général. Au sens large, on pourrait dire
que la globalisation couvre l'ensemble des évolutions biologiques
voire physique, dans la mesure où celles-ci, notamment du
fait de l'homme, s'interpénètrent. Mondialisation
relève donc d'une vue plutôt politique, globalisation
d'une vue plutôt scientifique.
Si comme nous le faisons ici, le concept de mondialisation intéresse
essentiellement l'histoire humaine, il possède certains points
communs avec ceux d'humanisation, humanité, humanisme. Mais
la mondialisation désigne de préférence un
processus évolutif, celui d'humanité et ses dérivés
un système de valeurs considérées souvent (à
tort) comme intangibles.
Réseaux
C'est leur développement constant (ramification, diversification,
sophistication) qui crée la mondialisation. Initialement,
les acteurs ou agents (par exemple le village néolithique,
la cité féodale) étaient isolés, vivaient
sur un territoire limité, aux moyens constantes. Les mutations
pouvant survenir au hasard se heurtaient au manque de ressources
et avortaient en général, si bien que l'évolution
se déroulait sur des rythmes infiniment lents. Ceci n'a pas
empêché cependant les migrations des hommes primitifs
très loin de leurs bassins d'origine, mais sur des durées
de plusieurs dizaines de millénaires.
Le développement des réseaux physiques de communication,
permettant la circulation des hommes et des cultures, a considérablement
modifié le rythme évolutif. Le mouvement a commencé
lentement avec les grandes découvertes géographiques
et scientifiques à partir du 16e siècle, suivies de
la colonisation puis de décolonisations plus ou moins réussies.
Il s'est accéléré avec les modes de transports
et de communication de l'ère industrielle et technologique,
dont la dérégulation en matière de transports
notamment maritimes et aériens a entraîné la
baisse des coûts (conjointement d'ailleurs avec l'augmentation
des risques).
Le développement des réseaux est devenu récemment
particulièrement visible (sauf dans les pays soumis à
la censure) dans le domaine de l'informationnel ou du culturel,
avec trois vecteurs principaux : l'écrit sur support papier,
la voix et l'image sur réseaux hertziens (radio et télévision
analogique couvant le monde entier à faible coût) puis,
évidemment, l'explosion du numérique, sous la forme
d'Internet et Internet à haut débit. Sauf accident,
il ne s'arrêtera pas.
Echanges
Ce sont les contenus échangés sur les réseaux
qui font leur force. Quant il s'agit de réseaux de transports
physiques (aérien, maritime), les contenus sont des personnes
et des marchandises. Sur les réseaux informationnels, les
contenus sont des informations, dont une grande partie relève
du domaine des mèmes. On appelle depuis Dawkins mèmes
les gestes, images et discours par lesquels les organismes évolués,
notamment les hommes, formalisent et échangent leur expérience
culturelle. Les mèmes peuvent être considérés
comme des agents réplicatifs, au même titre que les
gènes. Passant d'un individu à l'autre, ils peuvent
muter et entrent en compétition darwinienne entre eux pour
l'accès aux ressources (accès aux cerveaux ou aux
divers médias sociaux). C'est principalement par ce mécanisme
qu'évoluent les cultures. Les mèmes, avec le support
des réseaux modernes, peuvent diffuser en quelques heures
à l'échelle du monde, et provoquer des métamutations
subites au sein de civilisations entières. On vient d'en
avoir la preuve avec la diffusion des images de l'attentat du 11
septembre, comme de celles montrant des scènes de joie dans
certaines villes de Palestine, qui se sont véritablement
imposées aux esprits, enlevant (momentanément, espérons-le)
toute possibilité de prise de recul. On lira avec intérêt
sur ce point le livre "Totalement
inhumaine", de Jean-Michel Truong.
Acteurs ou agents
Acteurs est le terme classique, agent est celui inspiré
de la méthodologie des systèmes. On désigne
par l'un ou l'autre de ces termes les différentes parties
prenantes à la compétition darwinienne pour l'accès
aux ressources résultant du développement de la mondialisation.
Ce terme générique désignera un nombre considérable
d'entités : blocs géopolitiques, nations, groupes
sociaux plus ou moins structurés, entreprises et finalement
individus.
Pourquoi parler d'acteurs ou agents ? Pour indiquer qu'au lieu
de rester des composants passifs (comme les rouages d'une machine)
ces entités se comportent avec une marge croissante d'autonomie,
luttant pour leur propre compte dans la compétition darwinienne.
On se trouve en présence d'entités réplicatives
et mutantes, introduisant sans cesse de l'innovation. Dans beaucoup
de cas, il s'agit aussi de réseaux à plus petite échelle.
Mais les agents, s'ils disposent d'une part toujours accrue d'autonomie,
ne sont pas nécessairement et toujours des agents intelligents.
Ils peuvent, notamment sous l'emprise des mèmes, se comporter
de façon très primitive, faisant appel à des
déterminations génétiques stéréotypées
depuis le fond des âges (nationalisme, racisme, fanatisme
religieux...).
Les mèmes, aussi bien, doivent être considérés
à ce titre comme des agents agissant pour leur compte propre
ou pour celui des autres agents.
Le développement des réseaux transforme en acteurs
ou agents des entités ou composants se comportant jusqu'alors
en rouages passifs, sans exigences propres. On peut désigner
ce processus par le néologisme d' "agentification ". En termes
politiques, la propagation des mèmes, notamment, joue un
rôle essentiel en propageant la conscience politique et la
volonté d'accéder aux ressources parmi des sociétés
ou des individus qui jusqu'ici subissait leur sort sans imaginer
qu'ils pouvaient disposer d'une marge propre d'action. Il est indéniable
que les 4/5 de l'humanité qui vivent encore au dessous du
seuil de pauvreté supporteront de moins en moins bien les
images de la richesse ou de la liberté des autres, et seront
incités par la violence à obtenir ce dont ils manquent.
Les agents comprennent aussi, dans la perspective de la mondialisation,
toutes les entités organiques se développant en symbiose
avec l'homme. On peut citer les virus et les bactéries, qui
profitent eux-aussi de la mondialisation pour conquérir de
nouveaux espaces.
Système
Ce terme, très générique, doit être
précisé. Nous l'emploierons ici, dans une acception
générale, pour désigner l'ensemble des agents
et des réseaux d'échanges entre ces agents, résultant
de la mondialisation.
Il s'agit comme nous l'indiquerons ultérieurement, d'un
système et non d'un ensemble indifférencié
et incohérent, en ce sens que les agents sont de fait ou
potentiellement en interrelation par l'intermédiaire des
réseaux et des contenus échangés. L'ensemble
se comporte donc comme une entité unique.
Comme il s'agit d'un système massivement multi-agents,
il ne peut être modélisé au plan global que
par la dynamique statistique. On sait depuis Poincaré que
les systèmes de plus de 2 corps en interaction ne peuvent
être décrits et prédits par l'analyse du comportement
de chacun des agents pris individuellement. Nous reviendrons sur
les aspects et les conséquences à tirer du caractère
de système dynamique de la mondialisation. Ceci veut dire
pratiquement que beaucoup d'analyses partielles du phénomène
de la mondialisation, de ses causes et de ses conséquences,
qui paraissent pertinentes à première vue, ne le sont
pas en fait, car elles occultent le besoin d'analyses plus globales,
de type statistique.
Le concept de réseau ou système massivement multi-agents
fait l'objet de nombreux travaux actuels, applicables à de
nombreux domaines scientifiques, notamment la simulation de systèmes
naturels complexes par l'intelligence artificielle évolutionnaire.
Système ou processus ?
Le terme de système ne doit pas créer d'illusion.
Il ne s'agit pas d'un système stable non évolutif.
Il s'agit, comme nous l'avons indiqué d'un système
dynamique résultant de l'interaction permanente d'agents
évolutifs. On pourrait donc parler d'un système de
processus, dont certains pourront être analysés en
tant que tels, localement, mais sans oublier leurs interactions.
Ressources rares
C'est cette réalité qui a de tous temps constitué
l'arrière-plan constitutif du développement des systèmes
physiques (ressources énergétiques) et biologiques.
La vie, notamment, se développe par compétition darwinienne
jusqu'à épuisement des ressources disponibles, les
plus aptes à les exploiter survivant seuls. Quand par mutation,
de nouveaux organismes peuvent accéder à de nouvelles
ressources, celles-ci à leur tour se trouvent épuisées
après quelques temps.
Les ressources sont et seront donc toujours rares au regard de
la demande potentielle constituée par la prolifération
des êtres vivants. Les progrès scientifiques futurs
ne changeront pas grand chose à cette contrainte. La seule
façon de limiter la rareté serait de ralentir la demande,
ce qui est difficile et lent localement, pratiquement impossible
globalement, sauf catastrophe externe. Il ne reste donc dans l'immédiat
que la perspective du partage des ressources pour atténuer
les tensions découlant de la compétition pour l'accès
à ces dernières.
Compétition
Il s'agit, au sens propre, de la lutte pour la vie, grâce
à la maîtrise de l'accès aux ressources ou de
leur production, que se disputent les différents acteurs
ou agents de la mondialisation. Cette lutte pour la vie prend d'innombrables
formes, en fonction elles-mêmes des innombrables types de
ressources considérées comme vitales pour les innombrables
catégories d'agents.
Elle s'exerce sur le mode darwinien le plus classique : réplication
jusqu'à épuisement des ressources, mutation, sélection
des plus aptes et recommencement du cycle.
Il semble que l'homme (ou plutôt certains groupes humains)
puissent réguler cette compétition, en lui fixant
notamment des fourchettes de développement. Il s'agit du
mécanisme de ce que Marceau Felden appelle le phénomène
anthropocosmique. Nous reviendrons sur ce point important, mais
qui ne doit pas cacher l'universalité et l'âpreté
de la compétition.
Théoriquement, la compétition est un phénomène
plutôt bon. Outre qu'elle est inévitable dans un système
évolutif, elle encourage les acteurs à évoluer
et à s'adapter. Rien n'est plus néfaste que la mise
en place de protections artificielles qui permet aux agents de ne
plus ressentir les stimulus extérieurs. Très vite,
ils s'engourdissent (dans la mort thermodynamique) et redeviennent
des objets ou rouages passifs du système global.
Cependant, il arrive des moments où la compétition
peut entraîner des catastrophes globales, ressemblant aux
extinctions massives. On pense aux compétitions violentes
attisant le terrorisme et les guerres. Mais d'autres catastrophes,
de type écologique, menace l'humanité dans la compétition
pour l'accès sans limite aux ressources naturelles.
Les inégalités et les disparitions
Ceci dit, la compétition a toujours engendré des
inégalités. Il y a ceux dont les mutations se révèlent
bien adaptées aux changements du milieu, et les autres. Les
premiers se développent, se renforcent et grossissent. Les
seconds survivent de plus en plus difficilement et tendent à
disparaître - quand ils ne disparaissent pas effectivement.
C'est là une des conclusions de ce que l'on a appelé
le darwinisme dur ou réaliste. Ce mécanisme est universel,
et ne s'arrêtera pas de sitôt.
Cependant, localement, l'inégalité résultant
de la compétition universelle peut être ressentie comme
insupportable, et mériter des mesures de corrections. Quand
l'humanité dans son ensemble est en cause, qui est considérée
comme une valeur en tant que telle, l'accroissement des inégalités
résultant d'une compétition accélérée
parait inacceptable. Ceci non seulement pour des raisons morales
ou éthiques (la dignité de la personne humaine) mais
pour de simples raisons de survie. Les populations soumises à
l'exploitation des dominants ont aujourd'hui acquis suffisamment
d'autonomie pour ne plus accepter la sujétion et moins encore
l'élimination. Elles peuvent se retourner contre les dominants,
dans des conflits inter-humains fratricides pouvant compromettre
le développement de l'humanité tout entière.
Le terrorisme trouvera de plus en plus là son principal ressort,
même s'il se drape sous l'intégrisme religieux, racial
ou territorial.
Il est donc nécessaire, pour ceux qui se préoccupent
de la politique mondiale et ont les moyens d'intervenir, de tenter
des correctifs. Mais il ne suffit pas de le vouloir. Il faut trouver
les bons moyens d'agir, ceux qui ne nient pas les réalités
systémiques mais au contraire s'appuient sur elles. Le moins
que l'on puisse dire est que ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup
de politiques plus ou moins bien intentionnées, notamment
chez les partisans de l'anti-mondialisation, ignorent ces réalités
et font donc le jeu de leurs adversaires.
Lorsque les déstabilisations prennent de l'ampleur, suite
à l'extension des conflits, les mesures prises par ceux qui
veulent limiter la portée de ceux-ci doivent être soigneusement
pesées, pour ne pas entraîner de fait leur propagation.
Mondialisation et uniformisation
L'expérience montre que la mondialisation, résultant
de l'évolution d'un système complexe, ne crée
pas d'uniformité, comme on le lui reproche souvent. Pour
être plus précis, on doit admettre que l'apparition
de cultures dominantes fait disparaître, ou risque de faire
disparaître, beaucoup de cultures ne résistant pas
à la concurrence. C'est ce qui s'est passé avec la
colonisation puis avec l'expansion du mode de vie dit occidental
ou américain. Mais simultanément, ces nouveaux champs
d'uniformisation étant, si l'on peut dire, turbulents et
non laminaires, ils génèrent de nouveaux bassins attracteurs
qui peuvent être très différents les uns des
autres, car ils regroupent un nombre d'agents considérablement
accrus, eux-mêmes capables de générer à
partir de conditions initiales faiblement voisines des formes très
différentes. On retrouve là un processus évolutif
classique. Les disparitions d'espèces résultant de
la compétition darwinienne sont balancées en permanence
par la création de nouvelles espèces qui peuvent être,
dans certaines branches évolutives, de plus en plus complexes.
On constate d'ailleurs que, dans le champ d'influence des cultures
dominantes, des cultures anciennes sont réactivées
dans le but de conserver de la bio-diversité culturelle,
ou se réactivent elles-mêmes en réaccédant
à de nouvelles ressources.
On s'est aperçu récemment que la propagation de
certains modes de vie à l'américaine (musiques, boissons)
faisant croire au triomphe d'une uniformisation sous l'égide
de l'american way of life, cachait en fait, non seulement la persistance
de profondes antinomies culturelles, mais le développement
de véritables haines. D'une façon générale,
l'Occident tout entier ne devrait pas se flatter d'avoir convaincu
le reste du monde d'avoir adopté ses valeurs et modes de
vie, tant du moins qu'il n'aura pas fait un effort plus sérieux
pour partager ses richesses et limiter ses consommations.
On appellera ici système dynamique un système composé
d'une grande quantité d'agents évolutionnaires disposant
d'une certaine autonomie et réagissant les uns sur les autres.
Nous préciserons ci-dessous le terme de complexe.
Système dynamique (chaotique)
Nous pouvons dire que la mondialisation, système dynamique,
relève des mathématiques du chaos. Ce terme veut seulement
dire qu'il n'est pas possible d'en donner une formulation mathématique
(ou intellectuelle, ou politique) prétendant intégrer
l'ensemble des activités des agents analysées une
par une.
Le système n'est donc descriptif qu'en termes de probabilités
ou statistiques : probabilité de l'existence d'un phénomène
ou d'un agent donné, probabilité de survenance d'un
événement donné. La probabilité s'exprime
avec les mathématiques, elles-mêmes complexes, de l'analyse
statistique. Les résultats de celle-ci, toujours approchés,
sont plus ou moins utilisables cependant, en fonction de la finesse
ou granularité du regard porté sur le système.
De toutes façons, ce sont les seuls disponibles.
On sait qu'un système dynamique se développe de
façon irréductiblement non prévisible, en ce
sens qu'une différence, aussi petite soit-elle, dans les
données initiales intéressant le mouvement de
deux particules peut conduire celles-ci à diverger considérablement.
C'est ce que l'on appelle la sensibilité aux données
initiales, qui peut entraîner des conséquences plus
ou moins importantes, difficilement détectables à
leur début, difficilement évitables lors de leur plein
développement. Il s'agit de l'effet dit " battement d'aile
de papillon ", constamment évoqué en météorologie,
notamment à propos des phénomènes tourbillonnaires
ou cycloniques, mais présent partout ailleurs.
L'évolution d'un système chaotique peut donner naissance
à l'émergence, plus ou moins subite et plus ou moins
profonde, de nouveaux états du système, représentant
une réorganisation de celui-ci (que l'on peut appeler, si
elle est importante, une méta-transition). Seules les émergences
améliorant l'adaptation peuvent survivre (voir ci-dessous).
L'exemple de l'attentat du 11 septembre et de ses suites donne malheureusement
une illustration parfaite de tels phénomènes de métatransition.
L'accident précis ne pouvait être prévu (même
si statistiquement il était probable). Aujourd'hui ses répercussion
demeurent imprévisibles.
Système complexe ou hyper complexe.
La mondialisation peut être considérée, avec
ses milliards d'agents et de processus, comme un système
complexe. On retiendra pour décrire la complexité
d'un système composé d'agents en interaction la définition
de Edelman : " le maximum d'agents organiquement ou fonctionnellement
différents, entretenant le maximum de relations fonctionnelles
différentes ". Par exemple, un individu et une entreprise
sont des agents différents qui entretiennent des relations
fonctionnellement différentes (l'individu comme salarié
ou comme consommateur, face à l'entreprise productrice de
services ou de pollutions). Il en est de même du terroriste
et de celui qui le pourchasse.
Le système de la mondialisation, aussi vertigineusement
complexe qu'il puisse paraître, n'est certainement pas le
plus complexe observable. Le cerveau avec ses 10 milliards de neurones
et ses millions de milliards potentiels de synapses, l'est certainement
davantage. L'écosystème terrestre l'est sans doute
aussi.
Il est toujours possible de décomposer un système
complexe global en sous-systèmes, en principe moins complexes.
Mais il ne faut pas oublier que les composants obtenus continuent
à entretenir des relations entre eux, même si celles-ci
paraissent suffisamment faibles ou distantes pour être négligée.
Un effet battement d'aile de papillon peut toujours se produire,
de façon inattendue.
On peut, avec les mêmes précautions, descendre l'échelle
de la globalité en individualisant artificiellement tel agent,
ou les relations que tel agent entretient avec tels autres agents.
On se place alors au plan " local ", artificiellement " séparé
" du reste du système, compte-tenu de la valeur considérée
comme négligeable des relations qu'il entretient avec le
reste. On aura en ce cas avantage à décrire des processus
entre agents, plutôt que ces agents considérés
dans l'absolu. Ces processus s'exercent généralement
sur le mode activation/inhibition. Ils se présentent usuellement
sous forme de l'émission par un agent ou à partir
de lui d'un signal qui diffuse dans le milieu pour affecter d'autres
agents : par exemple l'émission par une organisation de consommateurs
d'un mot d'ordre de boycott visant les éventuels clients
d'un produit donné. Les modalités d'analyse utilisées
par les physiologistes intégrateurs (tel Gilbert Chauvet)
peuvent en ce cas être employées avec précaution
: recours à la mathématique vectorielle pour formaliser
la relation émetteur-récepteur, et de la mathématique
des champs pour formaliser l'influence de l'émission du signal
sur d'éventuels récepteurs placés dans le champ.
On constatera en ce cas, comme dans l'analyse d'un organisme vivant,
que les effets sont non-locaux (ils peuvent se produire à
très grande distance) et non instantanés (ils peuvent
agir avec des délais de réponse et/ou sur des durées
de temps plus ou moins longs).
Là encore, l'attentat du 11 septembre et ses suites offrent
malheureusement des cas d'école qui mériteront d'être
étudiés le plus scientifiquement possible.
Déterminisme statistique
Un système hyper-complexe comme la mondialisation, composé
d'agents en compétition darwinienne, est nécessairement
un système désordonné, au sens de la thermodynamique.
Il n'est pas stable comme l'est, par exemple, un cristal dont tous
les atomes sont rangés pour l'éternité dans
un ordre donné, à température constante. Ce
n'est pas pour autant un système instable ou erratique, au
point que l'on ne puisse pas y observer la moindre régularité
- sauf si certaines perturbations se développent de façon
cyclonique et déstabilisent l'ensemble, jusqu'à provoquer
sa dispersion par effondrement. Hors ce cas, toujours possible,
voire statistiquement certain à très long terme, si
le système évolue, il le fait dans des espaces d'état
mesurables. On peut le comparer utilement à un organisme
vivant, tel que l'a décrit Prigogine, c'est-à-dire
en équilibre loin de l'équilibre, au moins pendant
certaines durées de temps. L'équilibre loin de l'équilibre
n'est possible que par la consommation de ressources prélevées
dans le milieu ambiant. Il s'inscrit donc dans les comportements
consommateurs de ressources ou néguentropiques (créateur
d'ordre, au contraire de la tendance générale des
systèmes à dériver vers le désordre
ou entropie) caractérisant la compétition darwinienne.
Les mêmes qualifications peuvent être attribuées
à tous les sous-systèmes découpés dans
le système global, au niveau que l'on veut, dès que
ces sous-systèmes manifestent une certaine permanence.
Un système en équilibre loin de l'équilibre
présente une morphologie ou forme déterminée.
Celle-ci résulte de l'agrégation, au sein de bassins
attracteurs, de nombreux comportements d'agents, inanalysables en
termes individuels mais perceptibles en termes statistiques, par
exemple les comportements de consommation ou d'épargne, les
comportements de violence collective, etc. .
On dira donc en général que la mondialisation ne
peut être décrite avec un minimum de rationalité
scientifique qu'en s'en tenant aux règles du déterminisme
statistique. De même, les prévisions relatives à
son évolution, d'ensemble ou partielle, reposent également
sur le déterminisme statistique. Celui-ci suffit le plus
souvent à une bonne connaissance, comme à la définition
par certains agents de bonnes stratégies de survie. Mais
la possibilité d'un effet battement d'aile de papillon (ou
grain de sable perturbateur) ne doit jamais être oubliée.
Ceux qui croient à la permanence d'une stabilité observée
pendant un certain temps sont toujours démentis par l'irruption
d'un événement destructeur de l'ancien ordre. Les
actions terroristes individuelles jouent sur ce facteur.
Il est évident que plus le déterminisme statistique
est affiné par la mise en place d'observateurs fins du système
et de ses sous-parties, plus elle a de probabilités d'être
meilleure. Aujourd'hui, de nombreux agents ou sciences se dotent
d'aides à l'étude et à l'observation du milieu
de la mondialisation, afin de modéliser leurs stratégies
d'adaptation le plus finement et avec la plus grande vitesse de
réaction possible. On pourra dire que cette démarche
repose sur la mise en place et l'utilisation de plus en plus systématiques
d'agents " morphologiques " (descripteurs de formes, voire par effet
de contamination créateurs de formes). Un service de statistiques,
un observatoire économique joueront ce rôle. Les agents
morphologiques, ainsi définis, peuvent être distingués
des agents " effecteurs " dits aussi par certains " aspectuels ",
qui agissent directement sur le système et les aspects qu'il
revêt en évoluant.
On se méfiera évidemment des observatoires purement
technologiques. Il faut observer aussi, par des moyens plus traditionnels,
c'est-à-dire l'immersion d'individus dans le milieu à
observer, les agents pris un à un, quand ceux-ci occupent
des espaces ou situations sensibles. C'est ce que vient d'apprendre
le renseignement américain suite à l'attentat du 11
septembre.
Emergence
Un système complexe en évolution se traduit par
la création en permanence de complexités nouvelles.
Lorsque certaines des formes ainsi créées sont observables,
on parle en général d'émergence. Par définition,
l'émergence est rarement prévisible, faute de connaître
les données initiales dont elle résulte. Elle peut
prendre une importance telle qu'elle ne peut être combattue,
surtout par les agents aux détriments desquels elle se produit.
Mais l'émergence n'est pas toujours négative, soit
pour le système lui-même, soit pour tels ou tels des
agents le constituant. Elle peut induire par exemple de nouveaux
comportements, générateurs d'accès à
de nouvelles ressources, qui relancent la compétition darwinienne.
L'émergence introduit aussi de nouveaux états du
système. On explique généralement l'accroissement
rapide des aires du langage et du cortex associatif chez l'homo
sapiens par l'explosion des activités langagières
symboliques ayant marqué le passage en savane des hominiens
arboricoles. Certains scientifiques proposent d'appeler ce phénomène,
qui se retrouve à différents niveaux de l'évolution,
du terme de méta-mutation ou méta-transition. Selon
cette hypothèse, un système donné qui se trouve
soumis à l'apparition brutale de nouveaux agents, peut se
trouver hors d'état de traiter de façon cohérente
les flux nouveaux. Il devient, en termes systémiques, " instable
". Il ne peut survivre qu'en développant, sur le mode de
l'évolution darwinienne, de nouvelles liaisons associatives
réentrantes intégratrices. C'est ainsi que se serait
mis en place très rapidement le cerveau de l'homme moderne
face à l'explosion des flux langagiers.
On peut penser que, suite à l'apparition de mouvances internationales
insaisissables de type terroriste, par exemple, des alliances nouvelles
entre Etats jusqu'alors opposés pourraient représenter
au plan géopolitique une certaine forme de liaisons réentrantes
intégratrices, sur le mode du cortex associatif cérébral.
Le hasard dans l'évolution vers la mondialisation
Si le hasard intervient à tous moments pour permettre l'émergence,
dans les systèmes complexes que sont les organisations physiques
ou biologiques, de nouvelles formes soumises à la sélection
darwinienne, on constate néanmoins l'élaboration,
du fait de la réussite de certaines solutions, d'un arrière-plan
environnemental qui représente le nouveau milieu sélectif
au regard duquel le hasard propose de nouvelles mutations créatrices.
Il n'y a donc pas à chaque fois retour à la situation
initiale.
Ceci paraît une évidence. Sinon, comment expliquer
en termes darwinistes l'apparente continuité finalisée
se traduisant par l'apparition de cerveau humain, puis de la société
humaine plus ou moins intelligente, puis de séries continues
d'événements dans l'histoire de cette société
? En effet, les hommes modernes dotés d'un cerveau développé
disposent, contrairement aux virus ou bactéries, d'un outil
apparemment efficace pour influencer un tant soit peu l'évolution
de l'univers.
Ce sera un des enjeux d'une mondialisation bien conçue
: contribuer à la survie de l'espèce dans sa totalité.
Sinon, le développement des antagonismes entraînerait
sans doute à la disparition de cette dernière.
Conscience ou inconscience des agents ?
Contrairement à l'intuition qu'en ont la plupart des hommes,
qui s'illusionnent sur la portée de leurs possibilités
de prise de conscience, la plupart des agents et processus caractérisant
un système naturel complexe comme celui de la mondialisation
sont inconscients. Si certains agents interviennent au terme d'une
démarche de type dit " volontariste " ou " conscient ", les
conséquences de leur intervention leur échappent généralement
et déclenchent des stimulations ou inhibitions plus ou moins
inobservables, ou en tous cas inaccessibles à d'autres interventions
volontaristes. Le système globalement évolue selon
ses propres lois émergentes.
Qui dit inconscience ne dit pas automatisme mécaniste ou
linéaire, tel que l'est le fonctionnement d'une machine à
laver obéissant à son programme. Les agents en compétition
dans le système global de la mondialisation fonctionnent
le plus souvent sous la forme d'automatismes récurrents très
évolués. On dit que la société mondialisée
tout entière fonctionne sur le mode inconscient du réseau
d'agents intelligents. Il existe une branche toute nouvelle de l'intelligence
artificielle évolutionnaire, qui décrit ce type de
fonctionnement, en simulant la compétition entre agents intelligents
dits " agents auto-adaptatifs ". C'est ce phénomène
qui donne à beaucoup d'observateurs l'impression de se trouver
face à un mécanisme d'ensemble dont la régulation
interne leur échappe complètement.
Dans de nombreux cas, il apparaît que la tentation qu'ont
certains agents (par exemple des décideurs politiques, militants
ou autres) d'introduire des règles ou comportements volontaristes
de type conscient, sans faire l'effort de mieux comprendre les régulations
cachées, provoque des effets inattendus ou contraires à
ce qui était espéré. Ceci ne veut pas dire
qu'il faille renoncer aux études visant à une connaissance
scientifique du système ou aux décisions censées
obtenir tel effet préventif ou curatif favorable, mais il
faut au moins s'assurer que de telles études et décisions
prennent en compte le maximum de données leur permettant
d'être pertinentes, plutôt que générer
des effets pervers. Le décideur est confronté à
des processus et agents auto-adaptatifs " inconscients " qui sont
en général bien plus complexes qu'il imagine, et bien
mieux " informés " que lui en général.
La méta-mutation ou méta-transition
Dans un système composé d'une multitude d'agents
en interaction, nous avons vu que des équilibres loin de
l'équilibre, toujours évolutifs, peuvent s'instaurer.
Ces équilibres ne permettent cependant pas de considérer
le système comme un organisme au sens biologique, capable
notamment de maintenir durablement son état intérieur
et sa morphologie au sein d'un milieu changeant (homéostasie).
C'est ainsi que les hypothèses de type Gaïa, présentant
la terre comme un organisme auto-adaptatif global, sont rejetées
aujourd'hui par les scientifiques.
Certains scientifiques soupçonnent néanmoins, sans
pouvoir en apporter la preuve définitive, qu'à partir
d'un certain niveau de complexité, un système génère
des liens ou agents coordinateurs, de type associatif, réorganisant
par émergence le système global de façon à
le rapprocher de ce que pourrait être un organisme biologique.
Le phénomène, qualifié de méta-transition
ou méta-mutation, résulterait d'une série de
mutations qui se conjuguent dans un temps très court, et
qui survivent compte-tenu des avantages compétitifs qu'elles
apportent aux systèmes hôtes. C'est ainsi , nous l'avons
vu, que certains neurologues expliquent l'apparition très
rapide du cortex associatif dans le cerveau humain comme une conséquence
de l'accroissement, non gérable autrement, de l'afflux des
données en entrées provoqué par le perfectionnement
et la conjugaison des organes sensoriels, et surtout par le développement
du langage comme facteur déterminant de la cohésion
dans les groupes sociaux.
Les théoriciens de la méta-mutation s'intéressent
particulièrement à ce qui serait aujourd'hui susceptible
de se passer sur le réseau Internet. L'accroissement exponentiel
des agents connectés et des contenus échangés
pourrait donner naissance à un super-organisme virtuel, au
profil inimaginable aujourd'hui. Certains puissances politiques
pourraient vouloir se l'approprier - à supposer, ce qui n'a
rien de certain, que le phénomène puisse être
maîtrisé par elles.
Une méta-transition d'encore plus grande ampleur pourrait
dans les mêmes conditions se produire au niveau de la mondialisation.
Les observateurs politiques se demandent actuellement si ceci
n'est pas en train de se produire suite à l'événement
(dramatiquement) fondateur de l'attentat du 11 septembre. On pourrait
voir là une première conséquence, malheureuse
ou heureuse, en fonction des suites actuellement imprévisibles,
du principe anthropocosmique évoqué plus haut.
Le lecteur se demandera quel est l'intérêt pratique
de tout le "jargon" systémique proposé ici. Les Etats,
les entreprises, les associations, les militants trouveront-ils
dans une telle présentation des recettes pour agir plus efficacement?
On peut répondre simplement à cette question, par
quelques conclusions pratiques:
- face à la très grande complexité, les théoriciens
pourraient considérer que la meilleure politique serait
de ne rien faire (laisser jouer la main invisible du marché!).
Mais depuis longtemps, on sait que ne pas agir est une forme
d'action comme les autres.
- si on veut agir dans le monde il vaut mieux disposer de modèles
aussi proches que possible de la réalité à
laquelle se confronte l'action. Penser que les choses sont stables,
que les concepts et relations les décrivant peuvent être
ceux utilisés dans le passé, ne peut que conduire
à des déconvenues. Le modèle sert d'abord d'outil
pédagogique, pour former les acteurs au milieu dans lequel
ils devront agir. Il sert aussi de cadre où simuler les tactiques
et les stratégies, puis les opérations de détail.
- si la réalité parait complexe et évolutive,
il faut donc que le modèle le soit aussi. Cela suppose la
mise au point de procédures très fluides permettant
d'observer le plus grand nombre possible d'acteurs ou de relations,
et de suivre les modifications de leur état.
- Il ne faut jamais confondre le modèle et la réalité.
Toute action suppose un engagement sur le terrain, aussi éclairée
que possible par la théorie, mais dont on ne peut faire l'économie.
- La prise en considération du caractère turbulent
de la réalité peut légitimer des actions à
la marge, "déstabilisatrices", qui auraient paru inefficaces
dans une approche plus traditionnelle. Mais dans ce cas, il faut
considérer qu'il s'agira de mutations dont il importera,
en cas de succès, d'assurer la suite et l'extension.