Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
6 Septembre 2001
La
Chronique de Jean-Paul Baquiast
Sciences et
politique : une politique pour aujourd'hui
Ce texte, éditorial du 14 août 2001
du site Admiroutes,
nous semble mériter toute sa place dans cette chronique
"Virtuel et démocratie".
Il constitue le premier d'une série qui exposera différents
points de vue, idées et propositions autour du thème
du changement des pratiques politiques, pour peu que l'on
veuille bien tirer parti des nouvelles approches scientifiques
pour éviter certaines catastrophes qui menacent.
Ce billet est le fruit d'un travail collectif, émanant
de représentants de l'association Admiroutes et d'un
petit groupe de scientifiques travaillant autour d'Automates
Intelligents.
Vos réactions sont les bienvenues
A l'approche des élections françaises de 2002, qui
risquent de reconduire sans changements les hommes et les façons
de faire de la vie politique actuelle, il n'est que temps de dire
ce que nous refusons et ce que nous proposons.
Nous refusons les programmes des principaux partis politiques
français, qui nient les réalités mondiales
(notamment sur le plan des risques générés
par le libéralisme et la corruption), collent excessivement
au court terme et au local, ignorent systématiquement les
progrès de la pensée scientifique (darwinisme évolutionnaire,
thermodynamique statistique loin de l'équilibre, intelligence
artificielle) et consécutivement les remèdes susceptibles
d'être apportés par les sciences et les techniques
modernes et futures.
Nous refusons néanmoins le rejet de la vie politique qui résulte
de l'incapacité à changer de discours de la majorité des militants
et hommes politiques (au pouvoir comme dans l'opposition). La perte
de légitimité, de souveraineté, de volonté, la dilution voire la
corruption du pouvoir (géopolitique de prédation) qui marquent le
rejet du politique induisent à notre sens des risques majeurs de
régression. Pour nous, la vie politique, bien conçue, intégrant
le dynamisme des individus et petits groupes, demeure le seul fondement
pour la conduite démocratique des sociétés humaines.
A notre avis, pour être reconnus
comme aptes, les gouvernants devraient assumer trois rôles
essentiels, reposant essentiellement sur la clairvoyance intellectuelle
et le courage politique
dénoncer les conduites génératrices de
"catastrophes majeures" avérées ou probables
sur les prochains 50-100 ans (qu'affronteront nos enfants et petits
enfants). Il s'agit de la prise en compte obligatoire par la politique
et les Etats, du long et très long terme,
mettre en discussion dès maintenant les mesures, généralement
impopulaires ou refusées par les intérêts
dominants du moment, susceptibles de prévenir ces catastrophes.
Ceci fera naître les prises de conscience créant
les supports d'opinion qui actuellement n'existent pas,
prendre localement, quand l'opinion sera arrivée à
une "bifurcation", les décisions "loin de
l'équilibre" qui pourront créer de nouvelles
"hiérarchies d'ordre". C'est le concept d'"action
sans risque". En cas d'échec, il n'y a pas de mal.
En cas de succès, une décision même locale
peut entraîner de grandes conséquences positives
(dans un flux chaotique ou instable, une initiative locale peut
ré-ordonner l'ensemble du flux- cf. Prigogine).
Quelles sont les "catastrophes
majeures" prévisibles?
en priorité absolue viennent les catastrophes écologiques
tenant à la poursuite de l'émission des gaz à
effet de serre (utilisation des carburants fossiles, des modes
de transport et infrastructures utilisant ces carburants, poursuite
de certaines formes d'agriculture intensive, etc.). Dans tous
ces domaines, il faudrait dès maintenant réduire
les émissions (notamment par la taxation), généraliser
les sources d'énergie alternatives et les économies,
réorienter les investissements en infrastructures. Concernant
le nucléaire, sous réserve d'un traitement adéquat
robuste à très long terme des déchets, et
de la sécurité des approvisionnement, des consensus
devraient être trouvés, en attendant les solutions
durables que les perspectives scientifiques actuelles permettraient
d'envisager (avec les investissements adéquats),
viennent ensuite les conséquences d'une poursuite non
maîtrisée des évolutions démographiques
actuelles (voir l'étude de Nature, 2 août 2001) Les
risques et conflits divers en découlant pourraient être
évités par la révision des politiques de
natalité et d'immigration-insertion dans les pays en décroissance
démographique, par la promotion des femmes, l'élévation
du niveau de vie et l'accentuation du contrôle des naissances
dans les pays en croissance. Là encore, sur le mode des
accords de Kyoto, des objectifs globaux pourraient être
proposés,
en troisième lieu viennent les conséquence du
refus de prendre en considération la mondialisation, et
par conséquent le refus de négociations internationales
visant à prévenir ses effets négatifs en
conservant ses effets positifs. Le principal effet négatif
de la mondialisation sera le risque accru de conflits entre pays
pauvres et pays riches, du fait de l'accroissement de l'exploitation
des pauvres par les riches, mais aussi du fait que les inégalités
deviendront de plus en plus "palpables" et seront de
moins en moins acceptées par les pays pauvres, qui multiplieront
les actions violentes. Pour prévenir cela, entre autres,
des politiques globales organisant diverses formes de transferts
gagnant-gagnant vers les pays pauvres, y compris sous forme de
délocalisations industrielles et agricoles, doivent être
acceptées et négociées.
Quelles sont les mesures à prendre
dès maintenant pour préparer les opinions publiques
aux changements de politique ?
mettre à la disposition du public, sous une forme pédagogique
adéquate, les travaux des experts relatifs aux risques
et solutions précédemment énumérés.
Ceci suppose un effort considérable de formation et d'information,
avec un volet interactif important (accès par Internet
à des modèles et simulations, consultations répétées
de l'opinion, sur le thème "que voulez vous en conscience
pour vos enfants et petits-enfants ?" etc,
étudier en détail les divers scénarios
palliatifs, chercher des interlocuteurs institutionnels, économiques
et associatifs dans la communauté internationale (y compris
parmi les réseaux de l'anti-mondialisation),
relancer la recherche scientifique publique, fondamentale et
appliquée, dans les domaines permettant soit de pallier
les risques soit d'ouvrir de nouveaux horizons. Il s'agit notamment
des domaines des nouvelles énergies, de la génétique
et du vivant, de l'intelligence artificielle au sein du réseau
Internet, de l'exploration spatiale. Dans tous ces domaines, l'objectif
sera d'éviter l'appropriation du futur par de super-puissances
politiques et économiques Il conviendra de convaincre les
citoyens que le financement de cette recherche devra être
assuré par prélèvements sur les activités
de consommation.
Quelles sont les mesures d' "affichage"
indispensables dès aujourd'hui ?
Le mot "affichage" est inspiré
des travaux de Jean-Louis Dessalles sur le "langage-afficheur".
L'affichage est d'abord attendu des hommes politiques, mais aussi
des citoyens engagés. Il a pour objet d'initialiser des processus
vertueux de "bifurcation" vers de nouvelles "hiérarchies
d'ordre" "loin de l'équilibre" :
relancer les débats démocratiques sur les objectifs,
les moyens, les retombées de la recherche scientifique
fondamentale publique,
utiliser ou faire naître les opportunités du renouveau
d'un dialogue mondialiste, sur les enjeux, risques et modalités
souhaitables de la mondialisation, notamment, mais pas seulement,
avec les acteurs de l'anti-mondialisation,
utiliser ou faire naître les opportunités d'un
dialogue intergouvernemental européen en relançant,
sur les bases indiquées ci-dessus, les formes existantes
- ou d'autres à faire émerger - de la construction
européenne, notamment dans les questions concernant l'europe-puissance,
expérimenter, au-delà des règles de la
démocratie représentative (mais sans refuser celles-ci),
les nouvelles formes de démocratie politique permise par
l'Internet et les réseaux massivement multi-agents (intelligents)
découlant des modèles actuellement à l'étude
en matière d'intelligence artificielle simulant le fonctionnement
neuronal.
Les présentes propositions sont-elles
crédibles ?
On objectera qu'elles reposent essentiellement sur le
"il n'y a qu'à" alimenté par une foi irresponsable
dans la science et les scientifiques. Nous ferons à cela trois
réponses :
la science est le seul processus collectif existant à
ce jour sur terre, hors les "révélations",
pour baliser le futur en assurant le maximum d'auto-contrôle
et de falsifiabilité de la pertinence des assertions et
modèles,
le "il n'y a qu'à" est le seul processus existant
à ce jour pour provoquer des ruptures dans les équilibres
équivalent à la mort entropique, en relançant
le déséquilibre générateur d'incertain
lui-même générateur de possibilités
de meilleure adaptation (sur le mode hasard, sélection,
amplification),
dans la perspective darwinienne, si d'autres ont de meilleurs
propositions, qu'ils les fassent, et que les meilleurs gagnent.