Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Virtuel et démocratie
Automates Intelligents utilise le logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives

22 .Etats-Unis, hyper puissance ou hyper dictature ?
21. Les super-intelligences et les autres
20. Indépendance de l'Europe et technologie de puissance

Futurologie :
Cellules auto-apprenantes dans la soupe informationnelle

18 février 2005
Par Jean-Paul Baquiast

L'Europe et le Facteur 4

Le Président de la République a proposé le 15 février 2005, date de l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, de diviser par 4 d'ici 2050 les émissions des gaz à effet de serre. Il a confirmé l'engagement de la France en ce sens, affiché dans le Plan Climat de 2004. La Grande Bretagne dont le Premier ministre a fait de ce thème un objectif de campagne, propose au G8 de faire encore plus, en ramenant les Etats-Unis dans le processus Kyoto et en négociant avec la Chine et l'Inde pour qu'elles s'y rallient.

Pourquoi un facteur 4 ? L'objectif fixé par le Protocole est de réduire les émissions des pays développés de 5% en 2010, ce qui est aujourd'hui considéré par la communauté scientifique comme insuffisant pour prévenir un réchauffement paraissant beaucoup plus rapide, important et générateur de catastrophes qu'initialement prévu (1). La division par 4 de l'émission des gaz à effet de serre d'ici 2050, dite aussi d'un facteur 4, est aujourd'hui considérée comme le minimum qui puisse être fait pour prévenir des dégradations irrémédiables du climat mondial.

C'est donc une excellente chose que la France et la Grande-Bretagne affichent cet objectif. Mais il faudra que l'Europe et plus globalement les grands pays non-européens actuellement gros pollueurs s'y rallient. De plus, il ne suffira pas d'afficher des intentions. Il faudra que les décisions correspondantes soient prises. En France, les milieux environnementalistes n'ont pas manqué de souligner que derrière le principe énoncé par le Président de la République, ils attendaient que des mesures effectives soient décidées et mises en œuvre. Il ne suffit pas d'isoler les habitations et de renforcer les normes sur les véhicules automobiles. Il faut investir considérablement dans les transports collectifs de personnes et de marchandises, les véhicules propres, les sources d'énergies douces. Nous ajouterons pour notre part à cela qu'il faut relancer l'énergie nucléaire y compris dans sa future forme d'énergie de fusion.

Les pays européens ont déjà fait, seuls au monde, il faut le souligner, des efforts méritoires en ce sens. Mais la hausse de la consommation d'énergie, non exempte d'un gaspillage coupable dans certains secteurs (voitures de grosse cylindrée et 4/4 par exemple) fait craindre que l'objectif de réduction à 5% en 2010 ne soit plus accessible. Que dire alors de l'attitude véritablement scandaleuse des Etats-Unis dont l'Administration fédérale, en accord avec les Etats « charbonniers » relancent actuellement l'exploitation du pétrole et du charbon, sans aucun souci de la santé des habitants des zones intéressées et des répercussions sur le climat mondial. La position de la Chine, de l'Inde et du Brésil est actuellement en balance. Ces pays affirment que leur croissance économique ne résisterait pas à des normes d'émission plus sévères, mais d'un autre côté, ils semblent étudier activement les perspectives qu'offriraient des reconversions systématiques au sein de certaines de leurs industries. Si dans les 10 ans, par exemple, la Chine devenait un leader mondial en matière de véhicules électriques, ce serait une bonne nouvelle pour le climat et accessoirement une mauvaise nouvelle pour les constructeurs européens qui n'auraient pas pris ce virage.

L'abandon raisonné du libéralisme. L'Europe doit donner l'exemple

Pierre Radanne, ancien président de l'Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, a parfaitement résumé les nouveaux problèmes qu'affronte le monde aujourd'hui http://abonnes.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-398232,0.html. Après plusieurs décennies où le libéralisme économique et politique a été présenté comme la solution à tous les besoins de développement, on découvre qu'il s'agit de fausses solutions, précipitant la venue de bouleversements de fond exigeant un retour rapide à un gouvernement mondial. Ceci veut dire que des formes d'intervention publiques comme la réglementation mais aussi l'investissement public dans des activités non polluantes présentées par les libéraux comme non rentables s'imposent dorénavant. Ceci devrait se faire partout, dans chaque pays, au sein des entités géopolitiques organisées telle que l'Union européenne et finalement au niveau mondial par l'intermédiaire des institutions internationales.

Mais ce retour à l'intervention publique heurte directement la politique américaine de domination totale. Celle-ci, sous un libéralisme affiché, vise à protéger par tous les moyens les intérêts économiques et financiers des forces politiques au pouvoir. Or celles-ci ne se préoccupent pas de ce que sera le monde dans 50 ans, mais de leurs perspectives de profit et de conquête économique à 2 ou 3 ans. Non seulement alors les Etats-Unis refusent d'appliquer les prescriptions du protocole de Kyoto en ce qui concerne les entreprises installées sur le territoire national, mais ils s'efforcent de neutraliser les politiques de contrôle des émissions de gaz à effet de serre que d'autres pays appliquent ou envisagent d'appliquer. Ils s'appuient pour ce faire sur la pensée unique libérale imposée aux grands décideurs du monde par les industries culturelles sous leur contrôle.

Cependant, les populations commencent à se persuader, face à l'aggravation de la situation dénoncée par les scientifiques, que le temps n'est plus au libéralisme. Aussi timide que soit le Protocole de Kyoto, on est entré, comme le dit excellemment Pierre Radanne « dans un système par lequel les Etats fixent aux acteurs économiques des maxima d'émissions, à charge pour eux, pour réaliser ces réductions, d'investir ou d'acheter chez des voisins à travers un marché. Ce marché manifeste le retour du politique, dans le cadre des Nations unies. C'est un événement majeur. Quelles que soient les difficultés, il y aura un avant et un après Kyoto ».

Mais le changement tel que dessiné aujourd'hui se fera lentement, trop lentement sans doute aux yeux des protecteurs de l'environnement. Convaincre les Etats-Unis, la Chine l'Inde et le Brésil demandera des mois, sinon des années. De plus, les objectifs de réduction des émissions de 5% apparaissent aujourd'hui, nous l'avons vu, gravement sous-évalués. Il faudra faire plus et très vite.

Il est donc important que l'Europe, qui a été motrice jusqu'ici, continue à l'être. L'Europe cependant n'est pas un ensemble étatique doté d'un gouvernement unique s'exprimant pour toutes ses composantes. Chacun des pays européens adopte et, si rien n'est fait, continuera d'adopter des attitudes différentes. Les Etats européens sont soumis à la pression des agents économiques pollueurs et gaspilleurs qui ne veulent pas changer leurs habitudes, au prétexte de ne pas supporter seuls le coût de la réduction. Cette pression est pour le moment encore bien plus forte que celle des activistes citoyens militant pour le changement.

Il est donc important que les pays qui s'engagent dans la lutte contre l'effet de serre, France et Grande-Bretagne en tête, s'entendent sur un grand programme coordonné qui sera proposé aux chefs d'Etat et à la Commission européenne dans les mois prochains. Ce programme devra être contraignant, en ce sens qu'il ne suffira pas de définir des orientations ni même de rendre des engagements, si les unes et les autres ne sont pas respectés. Peut-être faudra-t-il en l'absence d'une compétence bien affirmée de la Commission sur ces questions dans sa configuration actuelle, créer une Agence européenne de la lutte contre l'effet de serre qui en serait chargée. Observons qu'une telle démarche, aujourd'hui difficile dans le cadre du traité de Nice, ne sera en rien incompatible avec les dispositions de la Constitution européenne

Un grand programme européen

Dans ces conditions le programme européen devrait comporter les mesures suivantes :

Mettre en place un dispositif indépendant pour le suivi et l'évaluation scientifique des paramètres critiques : aérologiques, océaniques, sismiques et autres. Il s'agira en fait d'organiser en réseau et de renforcer différents systèmes d'observation qui existent déjà et de qualifier les laboratoires scientifiques en charge de l'interprétation des données. On sait l'importance que représente la disposition d'un tel réseau car c'est sur le recueil et l'interprétation des informations que se focalisent les conflits d'intérêts entre les pollueurs et les défenseurs des politiques de réduction des émissions de gaz.

Définir des politiques rigoureuses d'économie d'énergie dans tous les domaines où de telles politiques s'avèrent productives : normes d'isolation des constructions anciennes et neuves, réduction de la consommation des carburants fossiles dans les moteurs à explosion et la production primaire, etc.

Développer des filières industrielles et agro-industrielles dans les nombreux domaines, encore largement sous-exploités, permettant la production d'énergie renouvelable. Ces filières devront être encouragées par des politiques d'aide à l'investissement et à l'emploi très généreuses.

Reprendre au niveau européen la réflexion sur l'énergie nucléaire civile. On sait que l'Allemagne, par exemple, commence à découvrir l'impossibilité où elle serait de tenir ses engagements de réduction si elle maintenait sa volonté de sortir à terme du nucléaire. Mais les industriels du nucléaire et les Etats recourant largement à cette ressource doivent comprendre que se borner à faire le gros dos face aux critiques ne suffit plus pour convaincre les opinions publiques. Ils doivent aborder de front et publiquement les questions relatives au traitement des déchets, aux centrales de nouvelle génération, à l'approvisionnement en combustible et surtout à l'énergie de fusion (ITER). Indiquons en passant qu'une véritable filière hydrogène n'aura d'intérêt dans la lutte contre les gaz à effet de serre que si l'énergie électrique nécessaire est produite par la filière nucléaire.

Il faudra faire plus. Les opinions publiques ne s'intéresseront à ces politiques que si elles s'accompagnent de mesures strictes pour prévenir les catastrophes qui, inévitablement, se produiront dans les prochaines décennies. Ceci veut dire que la lutte contre les gaz à effet de serre doit comporter un volet important d'investissements destinés à protéger les populations et les activités économiques essentielles des inondations, remontées du niveau des mers, pollutions diverses accompagnant l'élévation de la température. Il faudra aussi reprendre à la lumière de cette politique les diverses politiques de protection de la biodiversité dont l'Europe ne s'acquitte actuellement qu'à contrecœur.

Les grands risques liés au réchauffement, sauf sur des points limités des territoires et sauf en matière de protection des espèces vivantes, ne sont pas susceptibles de se réaliser immédiatement. Mais il faut s'y préparer, en étudiant notamment les technologies futures permettant d'y faire face plus efficacement qu'avec les moyens actuels.

Il faudra enfin montrer qu'en contrepartie des dépenses à consentir pour que les politiques de limitation de la production des gaz à effet de serre se traduisent par des effets concrets, ces politiques représenteront un enjeu industriel considérable, producteur de millions d'emplois et de milliards de retour sur investissement. Elles pourront aussi être exportées dans le reste du monde. On devra donc parler de politiques industrielles stratégiques, dont la protection à l'égard de la concurrence des pays ne respectant pas le Protocole de Kyoto devra être assurée avec beaucoup de fermeté.

Ceci dit, il ne faut pas se cacher la contradiction existant entre une telle politique, si elle était décidée, et le fonctionnement actuel de l'Union européenne. Pour reprendre les termes de Pierre Radanne : «les institutions européennes se construisent en affaiblissant les modes de régulation étatiques antérieurs. L'Europe met à mal les services publics, les entreprises nationales. Le dépassement des monopoles d'Etat se fait par les entreprises privées, et non par un mode de régulation européen. La décision économique est coincée entre deux tendances contraires. D'un côté, le climat, le pétrole, le fait qu'on va être dix milliards d'habitants en 2060 Il s'agit d'enjeux à 50 ans et plus. De l'autre côté, le système économique fonctionne avec des impératifs très courts. Tout est dominé par les marchés. Les actionnaires demandent des retours sur investissement rapides. Les dirigeants d'entreprise sont obnubilés par leurs tableaux de bord à un ou deux ans. On est dans une schizophrénie : un monde qui fonctionne à deux ans, et un autre à cinquante ans, sans point de rencontre entre les deux. Cette situation est gravissime. On continue à déréguler alors que la question climatique et celle des ressources pétrolières appellent à re-réguler. Les politiques publiques s'activent à casser les instruments dont on aura besoin dans dix ou vingt ans. »


Note
(1) Les mauvaises nouvelles s'accumulent concernant l'importance du réchauffement global à prévoir dans les prochaines décennies et les conséquences catastrophiques qui en découleront.

Il y a d'abord le rapport présenté le 2 février 2005 à l'International Conference on Climate Change organisée par l'Office Météorologique britannique à Exeter. Cette conférence avait été demandée par Tony Blair pour lui permettre de faire des propositions en tant que président du G8 et représentant de l'Union Européenne sur les questions climatiques. Ce rapport est signé de Bill Hare, membre du Potsdam Institute for Climate Impact Research, qui est un des instituts allemand le plus renommé en matière de prévision climatique. Il montre qu'à chaque degré d'élévation de la température mondiale moyenne au dessus du niveau qui était la sienne à l'époque pré-industrielle correspondront des catastrophes de plus en plus critiques: inondations, cyclones, sécheresses, famines, innombrables disparitions d'espèces. Si à la fin du siècle la température moyenne s'élève de 4 degrés, le niveau mondial des mers s'établira à plusieurs mètres au dessus du niveau actuel. Or les prévisions actuelles montrent que ce rythme d'élévation des températures est bien enclenché et risque de devenir très vite irréversible.

Ce rapport avait été précédé d'un rapport presque identique présenté conjointement par l' European Climate Forum (ECF) et le Postdam Institute le 14 décembre à la 10e conférence sur le changement climatique de l'ONU qui se tenait à Buenos-Aires (COS 10). Il vise à définir le concept de Changement climatique dangereux (What is dangerous climate change?). Il fait suite aux travaux scientifiques exposés devant un symposium de plusieurs dizaines de climatologues et décideurs de plus de 20 pays qui s'était tenu à Pékin les 27/30 octobre 2004.

Mais d'autres prévisions encore plus pessimistes viennent d'être produites par des simulations utilisant un réseau ou Grid de micro-ordinateurs répartis mis à disposition par 95.000 volontaires. Il s'agit du programme initialisé à partir du site climateprediction.net, dont l'objectif est d'éviter l'influence qu'exercent sur les prévisionnistes les modèles "officiels" de l'Intergovernmental Panel on Climate Change. Les prévisions obtenues sont véritablement effrayantes, puisque l'échelle de variation des températures tout le long du siècle pourrait être de 1 à 11,5 degrés. Il ne s'agit pas de prévisions mais d'une étude portant sur la question de l'incertitude, en particulier de l'incertitude sur la sensibilité climatique globale. L'étude a été publiée par Nature, vol 433, p. 403. Elle est reprise avec commentaires sur le site non-officiel RealClimate org. dont l'objet est de réunir les contributions scientifiques de tous les chercheurs estimant avoir quelque chose à dire aux opinions publiques dans le domaine de l'évolution climatique, quelles que soient leurs responsabilités officielles.

Le niveau des mers à cette dernière température pourrait selon certains scientifiques s'élever de 80 à 100 mètres, ce qui signifierait la fin de toutes les civilisations développées, du moins sous leur forme actuelle. Tout ceci montre l'urgence qu'il y aurait à prendre des mesures rigoureuses destinées à diminuer le réchauffement, notamment en réduisant drastiquement la production des gaz à effet de serre, CO2 et méthane principalement. On notera que la science européenne est en pointe sur ces recherches. Par contre parlera d'irresponsabilité criminelle pour désigner la politique de l'Administration Bush qui continue à nier des phénomènes sur lesquels la communauté scientifique toute entière dispose dorénavant de données de plus en plus fiables.

Pour en savoir plus
Article de Pierre Radanne. La division par 4 de l’émission des gaz à effet de serre d’ici 2050 http://www.2100.org/PrevotEnergie/Fact4Radanne.doc
ONERC Observatoire national sur l’observation des changements climatiques http://www.ecologie.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=639

Voir
Potsdam Institute for Climate Impact Research. Le site contient beaucoup de références sur l'évolution climatique : http://www.pik-potsdam.de/
Rapport What is dangerous climate change? :
http://www.pik-potsdam.de/pik_web/press/pressrelease/pm_pekingreport_e.htm
Climateprediction.net: comment s'inscrire dans le réseau : http://www.climateprediction.net
RealClimate.org :
http://www.realclimate.org
L'étude de Climateprediction.net, reprise par RealClimate.org : http://www.realclimate.org/index.php?p=115&lp_lang_view=fr
et aussi
GIEC Groupe Intergouvernemental sur l'évolution du climat : http://www.ipcc.ch
Mission interministérielle de l'effet de serre : http://www.effet-de-serre.gouv.fr

Automates Intelligents © 2005

 

   Sur le site
Sur le web   





 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents