Les Archives de France Culture, dans l'émission
dite des Vendredis de la philosophie, en date du 9 novembre 2001,
nous ont fait entendre la voix de Maurice Merleau-Ponty, interrogé
à la radio, quelques temps avant sa mort. Pour ceux qui
comme moi n'ont conservé de ce philosophe, trop tôt
disparu, qu'un souvenir flou, il était étonnant
de constater comment ces propos avaient peu vieilli en regard
des problèmes posés par la pensée scientifique
actuelle.
Autant, il faut bien le dire, un Jean-Paul Sartre ne nous paraît
plus pouvoir être en phase avec aucune des approches de
la science moderne, autant il semble que Merleau-Ponty aurait
pris le plus vif intérêt à développer
les perspectives de la vie et de l'intelligence artificielles,
y compris dans les perspectives que ces dernières peuvent
apporter à ce qui était à l'époque,
outre le marxisme, la grande question scientifico-philosophique,
j'ai nommé la psychanalyse. A entendre Merleau-Ponty chercher
à faire le lien entre la neurologie de son temps, le freudisme
et la philosophie, tout en manquant des instruments de référence
apportés aujourd'hui par les neuro-sciences cognitives
appuyées par l'informatique et l'IA, on ne peut que regretter
sa disparition.
Mais, à la réflexion, lorsque Merleau-Ponty parlait
de ces sujets à la radio française, les travaux
anglo-saxons sur l'IA et l'informatique étaient en plein
essor. Pourquoi notre philosophe national n'en était-il
pas informé? Sans doute parce que la cécité
de l'université française face à ce qui se
faisait hors frontière l'avait empêché d'y
réfléchir. Il est vrai que les grandes questions
avec lesquelles il était alors de bon ton en France de
harceler les intellectuels (faut-il soutenir la dictature du prolétariat?
L'intellectuel est-il condamné au réformisme? Comment
être compagnon de route du PC sans perdre son indépendance?,
etc.) empêchaient de voir ailleurs.
Nous en payons encore le prix. Aujourd'hui, on discute avec le
même irréalisme d'autres formes du penser politiquement
correct: l'humanisme, les droits de l'homme, l'éthique,
le principe de précaution... Non pas que ces thèmes
soient sans intérêt. Mais si on les utilise pour
éviter de renouveler la réflexion, en abordant les
questions qui supposent, elles, un véritable effort de
créativité plutôt qu'un simple psittacisme,
alors on se condamne au silence.
Pour en savoir plus
Merleau-Ponty. Vie et oeuvre : http://ourworld.compuserve.com/...
Atelier Merleau-Ponty : http://www.ac-toulouse.fr/philosophie/...
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