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De l'utilité d'un Think Tank pour l'avancement
des sciences et des applications innovantes
par Joël
Frugier joel.frugier@worldonline.fr
L'auteur, par lui-même
:
Je suis ingénieur et
entrepreneur. Très tôt le concret des affaires m'a
montré qu'il ne suffit pas de connaître les lois de
la physique pour créer, produire et devenir profitable sur
un marché. J'ai appris qu'avant de prétendre décider
il fallait tenter de se frotter aux rugueuses réalités.
Déconcerté par ceux qui croient que l'intelligence
remplace l'expérience, j'avais raison de m'inquiéter.
Bref j'ai innové, mis au point des technologies, managé
des équipes, réalisé des opérations
arrivant au plus avancé des technologies, là où
il n'y a plus de référence au passé, en rupture.
Déconcerté j'ai vu financer, soutenir des "innovations"
hors des règles économiques et ignorer d'autres qui
se sont exilées. Seules ces dernières ont créé
de façon significative, valeurs, emplois notamment en recherche.
Ceux qui "savaient" n'y connaissaient rien, ayant ignoré
la réalité, les faits se sont vengé. Etrange
situation. Le sujet suscite de nombreux rapports, souvent lumineux,
intelligents, plus rarement pratiques, en tout cas de diffusion
restreinte n'atteignant jamais les intéressés. A contrario
ceux qui vivent ces réalités n'en parlent pas, soit
parce que leur horizon leur interdit d'ouvrir leur propos, soit
qu'ils se réfugient dans le "à quoi bon", soient qu'ils
craignent de le faire. Voilà le motif de ce billet proposant
de créer un "Think Tank" (réservoir de savoirs et
d'expériences), pour le moins un réseau d'échange
de haute valeur scientifique et technologique à finalité
de création d'activités et de valeurs, rapprochant
les compétences et talents, les moyens des besoins, proposant
la coopération internationale, facilitant l'émergence
et proposant de passer par dessus de vieux réflexes. L'auteur
pourra être contacté par l'intermédiaire de
la revue Automates-Intelligents.
Dans votre article Science
en danger, Europe en péril, vous évoquez l'intérêt
d'un Think Tank destiné à encourager les recherches
scientifiques. Or il se trouve que je suis de ceux qui ont participé
à un projet de cette nature (dès 1997) associant des
compétences indiscutables. Il s'agissait de créer
un Think Tank en matière de technologies innovantes (au sens
de Schumpeter) dans le contexte européen (les applications
de Défense étant mises en avant pour soutenir les
phases pionnières et les applications avancées et
duales). A la suite de cela, j'ai mis au point un projet innovant,
en liaison avec des sociétés américaines (espace,
IT). J'ai obtenu des parrainages sérieux (Premier Ministre,
stratèges, économistes, représentants de Fondations
européennes. Rien n'a résulté de ces diverses
initiatives. Je constate, en France comme en Allemagne, où
j'ai aussi travaillé, que plus on formule de projets précis,
plus on suscite de blocages
Pourquoi? Il semble bien que la logique du "tout faire pour ne
rien faire" soit à l'uvre. Dans notre pays, un système
de préservation d'intérêts et de statu quo refuse
des initiatives de recherche scientifique qui mettraient en évidence
les limites du vieux régime de gouvernance français
basé sur les pyramides de pouvoir, selon l'expression du
Sénateur R. Tregouët.
La rationalité n'a rien à voir là-dedans.
C'est un pur système corporatiste qui cause le déclin
français, déclin incontestable au regard de ceux qui
travaillent à l'international. Les autres sont sous la logique
du "tout va très bien madame la marquise". Ils sont désinformés
ou totalement "déconnectés", pensant appartenir à
un îlot préservé hors du temps et du monde,
société tribale, économie de connivence, où
tout le monde se connaît et où tout peut être
mis sous contrôle. Malheureusement un excès de protection
nous surexpose aux risques de la mondialisation au lieu de nous
en protéger, et provoque l'exode souvent déploré
des entrepreneurs, des scientifiques et des ingénieurs.
La vérité est terrible. Si vous, moi ou d'autres,
prétendons nous intéresser aux sujets de politique
scientifique, nous serons qualifiés de marginaux, d'empêcheurs
de vivre bien abrité. Nul ne nous écoutera.
Un autre aspect de la politique économique et scientifique
à la française consiste à subventionner des
dinosaures économiques ou recruter des chercheurs destinés
à empêcher de couler des activités qui disparaîtront
de toute façon. On entretient l'illusion de performances
possibles autour de domaines dépassés, à coup
de dossiers d'aides bien montés mais sans fondement, dissimulant
des systèmes d'aubaine et d'abus. Tout le monde le sait...
Tout le monde feint de l'ignorer. "Pourvu que ça dure
" On pare cela du terme d'intérêt général,
cachant des intérêts corporatistes. Le passé
à un lobby, pas l'avenir! Argument supplémentaire
pour qu'aucun Think tank ne vienne faire du lobby pour l'avenir.
Je souhaiterais évoquer un autre point. En ce temps de
globalisation (au sens américain: le globe, la planète)
faut-il tout réinventer ou bien coopérer avec les
meilleurs sur les programmes initiés aux USA et qui démontrent
tous les jours leur intérêt ? La coopération
est exigeante mais semble seule viable économiquement. Je
conçois que cela dérange, mais le monde évolue
et nous ne pouvons pas assumer, nous et nos enfants, les conséquences
d'années d'exubérance nationaliste mal fondée
soutenue par nos gouvernements successifs!
Alors, que faire concrètement ? Mettre en contact ceux
qui veulent aller de l'avant même s'ils se placent en avant-garde
de gouvernements et d'administrations frileuses ou mal informées
sinon incompétentes ? L'enjeu est important. Recherche fondamentale,
formation, applications commerciales innovantes, bonne gouvernance
sont des pièces essentielles qui évoluent en co-consolidation,
la prospective essayant de leur proposer des éclairages à
long terme. Mais se trouvera-t-il des gens ou des entreprises pour
prendre ce risque ?
Votre article est remarquable mais nous sommes face au non-rationnel
d'un système connu pour sa "serendipity"(1)... Ayant demandé
conseil relativement à mon projet on me répondit,
comme à beaucoup d'autres : "Partez aux Etats-Unis, la France
est une piscine qui se vide et que l'on essaie de remplir avec un
dé à coudre". Cela venait de gens parfaitement informés
au plus haut de l'Etat. Aussi bien c'est ce que je vais faire !
Les Français sont excellents, créatifs, technicistes,
les Américains savent parfaitement transformer une technologie
en activité économique, ils savent amorcer le futur.
Il semble bien que, contrairement à eux, si nous avons des
problèmes en notre pays c'est bien parce que la part de l'échange
marchand soit devenue trop faible, la valeur ajoutée également,
le niveau technologique également, la recherche également
Pouvons-nous persister dans l'erreur, drapés dans nos fières
certitudes ?
Je me demande cependant, pour ne pas céder au pessimisme,
s'il ne serait pas possible, comme vous le suggérez, de créer
un forum ouvert, pas nombriliste, pas franco-centré. Il devrait
essayer de faciliter la circulation des expériences et des
meilleures pratiques, l'expression des projets, des besoins, des
complémentarités, des alliances nécessaires.
Les bonnes idées peuvent venir de partout. Il y a sans doute
en France un potentiel impressionnant de bonnes idées qui
restent en friche et pourraient être exploitées. Le
but final à rechercher devrait être le plus souvent
possible la création d'activité et de valeur.
Pourquoi ne pas essayer ?
(1) serendipity : mot anglais sans équivalent en français
: effets imprévisibles ou opposés à la volonté.
Joël Frugier
Merci de cette contribution. Certains
d'entre nous travaillant à cette revue ou la lisant régulièrement
se demandent en effet s'il ne serait pas possible d'en tirer un
instrument de réflexion et de savoir un peu plus efficace
qu'un simple périodique sur le web. Pourquoi pas en effet?
Mais l'entreprise suppose d'y réfléchir attentivement,
entre personnes souhaitant s'impliquer un petit peu. Or le temps
manque à la plupart. A voir donc. En attendant, vos réactions
seront les bienvenues. JPB. CJ.