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par Johnjoe
McFadden, professeur de génétique moléculaire
à l'Université du Surrey
auteur de "Quantum Evolution, The new science of life"
http://www.surrey.ac.uk/qe/
Traduction de l'anglais et adaptation par Jean-Paul Baquiast
Le
Dr Mc Fadden a bien voulu nous faire part de l'hypothèse qu'il
étudie actuellement, dite du champ électromagnétique
de la conscience. Cette hypothèse sera développée
dans un article à paraître dans la revue Journal of Consciousness
Studies (http://www.imprint.co.uk/jcs/).
Ces échanges font suite à l'éditorial
Mécanique quantique
et biologie du 4 avril 2002. PB/CJ.
Il est facile de constater, dans la vie courante, comment facilement
on se comporte de manière automatique. La conduite automobile
en donne des exemples permanents. Cependant, on peut également
constater qu'aux moments nécessaires, le Je conscient reprend
le pilotage. On interrompt les gestes automatiques de la conduite
pour introduire des séquences qui semblent relever d'une
décision consciemment volontaire.
Le plus grand défi de la neurobiologie et une des questions
clefs de l'intelligence artificielle consiste à comprendre
ce qu'est cette prise ou reprise de contrôle du comportement
par le Je. Une nouvelle théorie que j'ai formulée
récemment (et qu'a présentée indépendamment
la neurophysiologiste Dr Susan Pockett (http://www.phy.auckland.ac.nz/staff/pockett/),
peut peut-être apporter une réponse. Elle s'inscrit
évidemment dans le refus du dualisme qui postule l'existence
d'un esprit indépendant de la matière.
On connaît depuis longtemps le mécanisme de la transmission
de l'influx le long des voies nerveuses, qui commande à nos
actions. On sait également que le déclenchement de
la décharge neuronale est provoqué par le nombre et
la nature des messages que reçoit en amont le neurone à
travers les connexions le reliant à d'autres neurones. Mais
peut-on identifier la conscience dans tous ces flux d'ions et de
neurotransmetteurs ? En quoi les voies ou les modalités de
transmission nerveuses qui résultent de ce que j'appelle
un mouvement volontaire sont-elles différentes de celles
des mouvements involontaires ?
Le problème n'a rien de trivial puisque c'est ce que nous
appelons la conscience qui nous distingue des animaux et nous permet
les activités les plus hautes de l'esprit humain. Si nous
partageons avec les animaux une quantité considérable
d'activités inconscientes, autant que nous le sachions, ceux-ci
n'ont pas, du moins avec notre intensité, d'états
conscients analogues aux nôtres. La question se pose aussi
pour l'Intelligence Artificielle. Si celle-ci ne peut reproduire
la conscience, elle ne pourra pas prétendre modéliser
le cerveau humain. Comme on sait, il s'est avéré impossible
d'identifier des aires cérébrales responsables de
la conscience, ni même des modes d'action ou de transmission
différents selon le caractère conscient ou inconscient
des processus. On a pu parler de propriétés " émergentes
", mais cela ne signifie pas grand chose. La conscience reste un
mystère.
Mon intérêt pour la question est venu de mes travaux
sur le rôle de la mécanique quantique en biologie,
lors de la rédaction du livre Quantum Evolution, The new
science of life que vous avez bien voulu présenter à
vos lecteurs. Le chapitre 13 de ce livre traite de l'hypothèse
formulée par le mathématicien Roger Penrose, selon
laquelle la conscience serait une sorte d'information non-algorithmique
produite dans les micro-tubules des neurones du cerveau. Des successions
d'états quantiques par milliards pourraient s'y produire
dans des temps infiniment courts. Mais rien n'a pu jusqu'à
ce jour confirmer une telle hypothèse. Les micro-tubules
ont bien d'autres tâches à faire que du calcul quantique.
Par contre l'hypothèse de Penrose comporte une "théorie
des champs" qui semble concerner la question de la synthèse
consciente (binding problem). Si l'information dans notre cerveau
est traitée par des milliards de neurones déchargeant
en même temps, comment un flux unifié et suivi de conscience
peut-il en émerger ? Pour Penrose, l'existence d'un champ
quantique explique le fait que l'information distribuée puisse
être unifiée par la conscience, mais si on ne retient
pas les micro-tubules, d'où pourrait provenir ce champ ?
Assez remarquablement, la solution a été aperçue
depuis plus d'un siècle par le physicien anglais Richard
Canton, qui avait fait de nombreux enregistrements de l'activité
électrique des cerveaux de chiens et de lapins. Aujourd'hui
les électro-encéphalogrammes et magnéto-encéphalogrammes
permettent de voir beaucoup plus de choses, et sont couramment utilisés
pour mesurer et cartographier le champ électromagnétique
(em) du cerveau.
Chaque fois qu'un neurone décharge, l'activité électrique
associée envoie un signal au champ em. Ainsi toute l'information
produite par les neurones est liée (bound) dans un système
physiquement unifié, le champ em. Cette structure est faite
d'énergie plutôt que de matière (la matière
des neurones), mais elle est tout aussi réelle et détient
précisément la même information - sous forme
intégrée et unifiée.
Mais le champ em du cerveau n'est pas seulement un puits à
informations. Il peut influencer nos actions, en provoquant l'activité
de certains neurones, et en inhibant celle d'autres neurones. Dans
l'ensemble, sa force est faible. Mais dans un cerveau en activité,
les émissions d'influx laissent de nombreux neurones en état
d'indécision ou équilibre instable. Ils peuvent être
sensibles à de faibles variations du champ. Ceci doit être
plus particulièrement le cas quand nous nous trouvons dans
des situations incertaines ou ambiguës, face auxquelles les
solutions pré-programmées ou réflexes ne sont
plus adéquates. Alors le champ em prend le contrôle
- ce qui correspond à ce que nous appelons l'apparition du
libre-arbitre.
Cette théorie explique pourquoi nous ressentons différemment
les actions conscientes et les actions inconscientes. Les activités
câblés "en dur" dans le cerveau n'ont accès
qu'au nombre limité d'informations détenues dans chaque
neurone individuel impliqué. Par contre nos actions conscientes
sont connectées, via le champ em, à l'ensemble du
contenu informationnel du cerveau.
Cette théorie rend compte également de l'implication
de la conscience dans les processus d'apprentissage. Apprendre une
nouvelle activité, comme celle consistant à jouer
d'un instrument de musique, montre comment les tâtonnements
initiaux conscients sont progressivement transformés en actions
inconscientes. Les réseaux neuronaux qui commandent ces tâtonnements
sont ceux où se trouvent précisément les neurones
en état d'indécision ou équilibre instable,
sensibles aux faibles modifications du champ em. Ainsi, le champ
peut façonner en finesse le chemin neuronal conduisant au
but recherché.
Mais la plupart des neurones sont connectés par des synapses
Hebbiennes qui ont résulté de décharges répétées
(les neurones qui déchargent simultanément se connectent
simultanément). Les petites impulsions du champ em, si elles
se répètent, finissent par produire des connections
durables. Au bout d'un certain temps d'apprentissage, l'influence
du champ devient inutile. Le comportement inconscient a pris le
relais.
Evidement, nombre d'objections viennent à l'esprit. Par
exemple, pourquoi notre esprit n'est-il pas perturbé quand
nous nous exposons à des champs électromagnétiques
extérieurs forts ? On peut répondre que c'est parce
que notre peau, notre crâne et le liquide cérébro-spinal
forme une cage de Faraday très efficace. Même si des
champs pénètrent notre cerveau, ils sont statiques
et n'influencent pas l'activité électrique des neurones.
Par contre les variations de champ externe qui perturbent le champ
em du cerveau perturbent nos pensées, comme le montrent les
troubles résultants de la Stimulation Magnétique Transcranienne
(TMS).
Tout ceci ne constitue encore qu'une hypothèse théorique,
mais un article à ma signature en cours de publication par
le Journal of Consciousness Studies propose huit applications vérifiables
de la théorie et montre des résultats expérimentaux
évidents pour la plupart d'entre elles. Ainsi la théorie
peut-elle entrer dans le domaine des propositions scientifiques
sûres, en évitant le recours aux philosophes et aux
mystiques.
Si la théorie se confirme, de nombreuses applications fascinantes
apparaîtront concernant nos idées relatives au libre-arbitre,
à la volonté, la conscience animale et ceci jusqu'à
nos conceptions de la vie et de la mort. Les neurones sont
réductionnistes. Ils dissèquent l'information qu'ils
reçoivent en petites parcelles sans signification. La signification
est complexe et ne peut résulter que d'un système
de traitement de l'information qui tienne compte de cette complexité,
de façon holistique. C'est ce que permet le système
proposé ici, du champ em du cerveau.
Mais la théorie trouvera aussi des applications dans le
domaine de l'intelligence artificielle. Les approches actuelles
visant à construire des robots pensants sont vouées
à l'échec car trop réductionnistes. Un robot
ne peut "comprendre" que s'il manipule des concepts entiers. Or
l'architecture informatique classique s'y oppose.
Par contre, l'intérêt de nouvelles approches a été
compris par les électroniciens travaillant dans certains
types de circuits opto-électroniques. La lumière est
une fluctuation du champ électromagnétique. La conscience
artificielle n'est peut-être alors pas hors de portée
de tels systèmes.
Mais alors pourquoi tous les champs em ne sont-ils pas conscients
? La question est l'équivalent de celle consistant à
se demander pourquoi toute matière n'est pas vivante. La
matière a des propensions pour la vie mais ne peut les réaliser
que dans les structures hautement organisées des cellules
vivantes. Les champs ont des propensions à la conscience
mais ne peuvent les exprimer que dans l'environnement hautement
structuré offert par le cerveau. C'est seulement dans les
cerveaux que des champs complexes, capables de manipuler des concepts,
peuvent piloter des corps. Nous ne sommes pas des robots.
Johnjoe McFadden, PhD
School of Biological Sciences
University of Surrey
Guildford,
Surrey, GU2 7XH, UK
email : j.mcfadden@surrey.ac.uk