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Nous avons reçu plusieurs courriers de médecins,
suite à l'interview
de Claude Meisel publié dans notre numéro précédent.
Ils nous confirment que la presque totalité des praticiens
de ville souhaiteraient pouvoir bénéficier pendant
toute leur carrière d'une formation continue, estimée
indispensable compte-tenu des innovations permanentes qui marquent
leur discipline. Mais ils nous disent aussi que, vu ce qu'ils nomment
la faiblesse de leurs rémunérations et leurs horaires
de travail plus proches des 60 heures que des 35, ils n'ont ni l'argent
ni le temps pour se former.
Il leur semble évident que, dans ces conditions, la collectivité,
qui sera bénéficiaire à terme de l'amélioration
de leurs compétences médicales (et gestionnaires)
devra d'une façon ou d'une autre contribuer au coût
de cette formation continue - coût d'ailleurs moindre avec
les nouvelles technologies de la formation en réseau qu'il
ne l'est avec les méthodes traditionnelles.
On peut considérer que le même problème est
posé pour une très grande partie des formations continues
dont les membres de très nombreuses professions auraient
besoin, mais dont ils ne peuvent assurer seuls la charge.
Qui devrait payer, dans le domaine de la santé ? Le rapport
2001 de la Cour des Comptes sur la Sécurité Sociale
signale que près de 70% de l'information médicale
est sponsorisée par les laboratoires pharmaceutiques et les
industries des matériels. Ceci risque d'entraîner un
surcoût des dépenses de santé voire des déformations
dans le niveau scientifique de l'information.
Conscient de cette situation, l'actuel ministre de la Santé,
le professeur Mattéi a créé une commission
pour la mise en application de la loi du 4 mars 2002, faisant obligation
d'une formation médicale continue. Le rapport de cette commission
est attendu dans les jours prochains.
Mais la formation pose immédiatement le problème
de l'édition médicale, plus particulièrement
de l'édition française qui se trouve actuellement
très affaiblie par une puissante concurrence internationale
anglophone.
Pour l'essentiel, actuellement, l'information/formation médicale
est donnée par l'édition (revues, journaux, livres)
et en complément par les congrès, les réunions
professionnelles et par les différents stages que peuvent
suivre les médecins. Les congrès, réunions
et stages sont le plus souvent organisés par les grandes
associations de formation médicale, les sociétés
savantes et pour la médecine générale par les
syndicats médicaux.
Ne serait-il pas nécessaire, dans ces conditions, de s'appuyer
en proportion, d'abord sur l'édition, ensuite sur les formations
annexes fournies par les associations et les syndicats.
Ceci semble d'autant plus important aujourd'hui que l'édition
peut fournir non seulement de l'information papier traditionnelle,
mais aussi peut utiliser toutes les possibilités offertes
par les supports électroniques interactifs, capable ainsi
d'apporter l'information et l'interactivité directement au
cabinet de chaque médecin.
Nous sommes en effet entrés de plus en plus massivement
dans la société de l'information, ce que beaucoup
de nos concitoyens semblent ignorer encore. Quand on sait que 60%
des cabinets sont informatisés, cartes Vitale et CPS obligent,
il ne reste aucun frein matériel à l'apport d'une
information médicale de qualité sur le lieu de travail.
Cette information/formation par voie électronique demande
des investissements de conception pour l'instant plus lourds que
ceux de l'édition traditionnelle. Il est donc impératif
de les faire rapidement en France, sous peine de se voir envahir
par l'information anglo-saxonne qui frappe très fortement
aux portes.
Cependant, l'édition médicale ne pouvant financer
seule de tels investissements, à nouveau se posera le problème
du financement.
La contribution des médecins ne doit pas être exclue
d'emblée. Actuellement, selon les chiffres qui nous ont été
communiqués, 20% des médecins libéraux, 40%
des médecins hospitaliers et 50% des médecins du travail
suivent régulièrement une formation continue par voie
de réunions ou de congrès, en plus de l'information
apportée par les visiteurs médicaux des laboratoires
pharmaceutiques et de leurs lectures personnelles (difficilement
évaluable). Mais cette formation est de qualité très
inégale. Ne serait-il pas possible de rendre obligatoire
pour l'ensemble des ces catégories professionnelles l'utilisation
d'une information directe en temps réel sur le lieu de travail,
(en aide à la décision diagnostique puis à
la prescription thérapeutique). Bien évidemment, les
informations fournies devront alors être régulièrement
contrôlées et certifiées. Ainsi il sera ouvert
un marché direct de l'édition médicale, les
médecins se décidant à investir eux-même
dans leur propre information en fonction de son renom et de sa qualité.
Mais, comme nous l'avons indiqué, la contribution de la
collectivité, c'est-à-dire des Pouvoirs Publics, sera
nécessaire. Pourquoi, comme le suggère le Dr Meisel
dans son interview, ne pas envisager (par exemple dans le décret
d'application de la loi du 4 mars 2002) l'achat de formations, sous
forme de souscriptions ou d'abonnements, co-financé par un
"chèque formation" distribué à chaque médecin,
chèque formation abondé par les établissements
de soins, la Sécurité Sociale, les mutuelles et les
assurances en complément des laboratoires pharmaceutiques.
Une autre possibilité de financement pourrait être
la mise en place d'un "crédit d'impôt" équivalent
au montant des dépenses de formation qui auraient été
consenties, au bénéfice de formations offrant la qualité
requise. Ce crédit d'impôt serait justifié par
un meilleur contrôle des dépenses de Sécurité
Sociale qui ne manquerait pas d'en résulter et qui serait
établi. Le corps médical prendrait ainsi pleinement
conscience de son rôle d'ordonnateur des dépenses de
la nation aux côtés de chaque citoyen. Mais on peut
penser que le ministère des finances n'aimerait guère
voir à nouveau utiliser la fiscalité à fin
d'intervention économique.
Quoi qu'il en soit, nous pensons que la solution de ce problème
du financement de la formation continue médicale est une
condition indispensable à l'appropriation par les médecins
de ville - les médecins, rappelons-le, n'exercent pas tous
dans les Centres hospitaliers universitaires - des progrès
considérables attendus du développement des compétences
en matière de santé. La bio-informatique, la physiologie
intégrative, la robotique instrumentale et d'appareillage,
l'intelligence artificielle en matière d'accès aux
sources et aux outils de diagnostic, que nous évoquons souvent
dans cette revue, pourraient ainsi bénéficier à
l'ensemble du corps médical et des patients.
N'oublions pas non plus les avantages que pourraient en tirer
de par le monde les médecins francophones. Voilà une
question qui devrait intéresser directement, par exemple,
l'Institut de Recherche
pour le Développement.