Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
On se demandera pourquoi nous
parlons ici de fusion nucléaire.
D'abord parce que tous les grands programmes techno-scientifiques
intéressent l'IA et la robotique. Deuxièmement, parce qu'il s'agit
d'un excellent exemple où le développement d'une ressource qui,
sauf erreurs graves des experts, paraît particulièrement adaptée
aux besoins à terme de la Terre en énergie relativement propre,
est freinée par les résistances de toutes sortes.
On connaît le principe de la fusion nucléaire. L'objectif
est de réaliser la fusion de deux noyaux d'hydrogène
(ou plutôt de deutérium, isotope de l'hydrogène
présent notamment dans l'eau de mer) pour obtenir un noyau
d'hélium, avec libération d'une énergie considérable.
Mais cette réaction ne se produit dans la nature qu'au cur
des étoiles, et sur terre que dans les bombes à hydrogène,
dont l'énergie n'est pas récupérable. Elle
nécessite des températures de 10 à 100 millions
de degrés, qui ne sont pas envisageables dans une enceinte
constituée d'un matériau ordinaire, lequel n'y résisterait
pas.
Une façon de procéder serait de confiner la réaction
de fusion dans des champs de gravitation intenses, analogues à
ce qui se passe sur le soleil. C'est le confinement gravitationnel,
inenvisageable pour le moment sur terre, faute de champs suffisants.
Mais le confinement gravitationnel peut être remplacé
par un confinement magnétique, expérimenté
depuis longtemps dans les réacteurs de type Tokamak imaginés
par le russe Andrei Sakharov dans les années 1950. Des champs
magnétiques très forts empêchent les noyaux
en fusion de heurter les parois de l'enceinte.
Un deuxième type de confinement est le confinement
inertiel, utilisé dans les bombes à hydrogènes
et les lasers à fusion. Dans ce dernier cas, les lasers se
focalisent sur un micro-ballon de deutérium et provoquent
une onde de choc le faisant exploser, ce qui déclenche la
fusion. Dans les deux cas, la chaleur produite peut être récupérée
par une circulation d'eau chaude.
Pour diverses raisons, tant techniques que budgétaires,
aucun de ces procédés n'a encore été
développé pratiquement par les grandes puissances
atomiques. Ils ont pourtant l'avantage considérable
de ne pas émettre de déchets radio-actifs (en principe
?) mais ils ont eu l'inconvénient de ne pas produire d'énergie
récupérable dans les conditions des expériences
actuelles (faute de satisfaire encore au critère de Lawson
selon lequel une réaction auto-entretenue ne devient viable
que si le produit de la densité en particules par le temps
de confinement dépasse un certain seuil). Les réacteurs
à fusion ne sont pas sans risques, comme tout ce qui permet
de produire entre autres des neutrons rapides, mais les risques
sont moindres que dans les centrales classiques. Le cur ne
peut pas fondre, car la réaction s'arrête en cas de
fuite. La réaction ne peut pas non plus s'emballer, transformant
le réacteur en bombe (processus supercritique). Mais les
enceintes peuvent à la longue s'affaiblir en enregistrant
de micro-fractures.
Aujourd'hui, les recherches se poursuivent (en dehors
des mythiques fusions dites froides) au sein de l'International
Thermonuclear Expérimental Reactor ITER. ITER réunit
des chercheurs américains, japonais, européens et
russes, pour réaliser un réacteur de type tokamak
visant à produire de l'énergie pacifique en quantité
substantielle et à des prix compétitifs. Mais lors
d'une réunion récente en date du 30 octobre 2002,
les négociateurs en sont encore à discuter de l'implantation
du premier site ITER, chaque pays participant proposant le sien,
la France ayant le choix entre plusieurs sites: Cadarache, Marcoules....
Les prévisions actuelles ne promettent de centrales
fonctionnelles que vers 2035 et de production à grande échelle
que pour 2050. Ceci a de quoi poser question, si on considère
comme la plupart des experts que les concepts de base sont maintenant
maîtrisés et que la réalisation dépend
surtout des moyens qui seront consacrés à cette filière
industrielle.
La réponse à la question est simple.
Personne n'a véritablement envie que la fusion apparaisse
trop tôt sur le marché. Certains voudraient même
sans doute l'enterrer définitivement. L'argument est
facile à trouver, puisqu'il s'agit de technologies encore
très chères, alors que le prix du pétrole reste
bas. Mais l'argument ne tiendrait pas face à une politique
publique visant le long terme. En fait, les lobbies pétroliers
veulent poursuivre l'exploitation des réserves de pétrole,
gaz et charbon le plus longtemps possible (au moins un siècle
et demi). Quant aux lobbies de la fission nucléaire classique
et de l'électricité, engagés dans l'amortissement
des centrales actuelles et dans le traitement des déchets,
ils ne souhaitent pas voir des modes de production d'énergie
nucléaire plus légers apparaître sur le marché.
On peut aussi compter parmi les ennemis de la fusion tous les industriels
et lobbies s'investissant dans les énergies renouvelables,
solaire et éolien notamment. Le grand public lui-même,
et les gouvernements qui sont à la remorque de l'opinion,
réagissent fort mal à l'idée de centrales à
fusion, vite assimilées aux bombes à hydrogène.
On peut donc considérer qu'une science et une
technologie, celles de la fusion, qui, sauf erreurs et imprévus,
pourraient résoudre pendant plusieurs siècles les
besoins en énergie du monde, y compris ceux des pays en développement,
va perdre des années avant de voir le jour. Un mouvement
politique qui voudrait vraiment se démarquer de ses rivaux,
échapper à l'attentisme et aux compromissions, ne
devrait-il pas un jour prendre hautement et intelligiblement la
défense de la fusion?
NB: pour être complet, il faut mentionner
le programme français Mégajoules et son homologue
américain pour documenter les lasers à fusion.