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8 Novembre 2003
par Jean-Paul Baquiast
Le plaisir d'être conscient
On insiste dorénavant
sur le rôle essentiel des émotions dans la construction
du moi conscient. Les émotions réorganisent
et orientent les sensations. Elles sont précurseurs
des sentiments conscients (feelings), eux-mêmes précurseurs
de l'acquisition de capacités cognitives plus étendues.
Parmi les plus primitives de ces émotions, c'est-à-dire
les plus déterminantes pour la survie, se trouvent
celles liées au plaisir (plaisir de la nourriture,
plaisir sexuel..) et, selon une hypothèse récente,
avant même le plaisir, le désir (désir
de nourriture, désir de trouver un partenaire sexuel
).
Des discussions ont lieu actuellement (Kent Berridge) sur
la localisation et les mécanismes de transmission des
émotions intéressant le plaisir et le désir.
Les travaux actuels sur les voies du plaisir et du désir
(voir l'article de Helen Phillips dans le NewScientist du
11 octobre 2003) permettent de formuler certaines hypothèses
intéressantes relatives aux soubassements de la conscience.
Le plaisir joue un rôle important. Mais
l'idée qu'il existe un centre unique du plaisir est
dorénavant abandonnée. On privilégie
l'hypothèse conforme aux vues actuelles sur le cerveau,
que ces centres producteurs sont répartis et que la
dopamine ne joue plus le rôle majeur qui lui était
attribué en ce qui concerne l'établissement
des circuits du plaisir. Ce seraient plutôt en ce cas
des opiacés. Par contre la dopamine resterait essentielle
pour l'établissement d'un état de désir.
Or, selon ces mêmes études, ce serait le désir,
antérieur au plaisir, qui aurait l'effet structurant
le plus fort.
Les mécanismes de la conscience conduisent
l'organisme à élargir ses références
dans le temps et dans l'espace, en tirant profit des informations
qu'il a déjà reçues ou qu'il reçoit.
Dennett insiste sur le fait que ces mécanismes ont permis
à l'homme d'étendre considérablement le champ
de ses activités, en les rendant "rationnelles".
Mais ces mécanismes ne se sont pas implantés dans
un tel but, puisque le finalisme n'a pas sa place dans l'évolution.
Ils auraient résulté du fait que connaître et
désirer connaître au delà de l'action la plus
immédiate provoquent un plaisir au même titre qu'avoir
une relation sexuelle et désirer avoir une telle relation
? Beaucoup de gens ressentent ce désir et ce plaisir à
apprendre ou a comprendre, qu'il s'agisse d'adultes ou d'enfants.
Mais là encore, de telles émotions ne seraient pas
venues de nulle part. Elles auraient pu être dérivées
du plaisir et du désir intéressant les besoins vitaux
: se nourrir, se reproduire, fuit les prédateurs. Dans ce
cas, chacun de ces comportements de base aurait été
associé avec une sensation encore inconsciente (besoin de
mieux connaître les circonstances de l'action) puis un sentiment
et finalement un plaisir d'expliquer aussi rationnellement que possible,
suffisamment forts l'un et l'autre pour s'étendre à
l'ensemble des activités de l'organisme.
Ainsi la conscience globale du moi résulterait
de la synchronisation de nombreux mécanismes inspirant
le désir puis le plaisir ressentis à tirer parti
des représentations dont l'organisme dispose au sein
des schémas corporels partiels et du schéma
corporel global ? Le plaisir ressenti à être
conscient, le désir d'élargir par diverses actions
le champ de la conscience, répandus dans l'organisme
par les opioïdes, la dopamine ou tout autre médiateur
à découvrir, les bénéfices que
de tels comportements procureraient aux organismes, expliqueraient
alors la construction d'un schéma de plus en plus global
du moi conscient, complétant et prolongeant celui du
schéma corporel.
Pour en savoir plus
Kent Berridge. Affective Neuroscience and Biopsychology
Lab, Université de Michigan http://www-personal.umich.edu/~berridge/
© Automates
Intelligents 2003
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