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Le
département de la défense américain (DOD) dispose
au Los Alamos National Laboratory du 2e ordinateur le plus puissant
du monde, nommé ASCI Q (avec à terme 30-teraflops).
Celui-ci complète les ressources du précédent,
Blue Mountain (3-teraflops). Le DOD a demandé récemment
au Laboratoire de concevoir pour 2008 une machine capable d'effecteur
1 million de milliards d'opération par seconde, soit 1 petaflop.
Ces machines servent à la simulation des essais nucléaires.
Mais des machines de même puissance ont dans le civil de nombreux
autres usages tels que la simulation des molécules biologiques
en bio-informatique, ou celles de la Terre en écologie (Earth
simulator japonais [voir
notre éditorial du 7 janvier 2003]). Elles coûtent
extrêmement cher, sont très encombrantes et, finalement,
de très mauvais rendement car elles ne peuvent utiliser qu'environ
10% de la puissance informatique totale, le reste servant essentiellement
à faire coopérer les processeurs.
La course à la puissance des ordinateurs classiques n'a cependant
pas atteint son terme. En application de la loi de Moore, les matériels
vont encore accroître leurs performances dans les 15 prochaines
années. En matière de logiciels, on pourra faire appel
à l'intelligence artificielle distribuée pour améliorer
les traitements. Mais la limite approche. Notamment parce que les
composants commencent à travailler au niveau de l'atome,
ce qui représente une barrière infranchissable si
l'on veut détecter les signaux. Au-delà, on passe
dans la physique subatomique ou quantique.
Conscients de cette barrière technologique inéluctable,
et déjà depuis une vingtaine d'années, des
chercheurs en informatique se sont demandé comment utiliser
les propriétés de la matière au niveau quantique.
Le premier qui en eut l'idée a été Richard
Feynman. Il le suggéra pour solutionner les problèmes
dits "NP-hard" (le nombre des calculs nécessaires
pour résoudre un de ces problèmes croît exponentiellement
avec le nombre des variables en cause, si bien que le problème
est insoluble sur un ordinateur ordinaire). L'idée a été
reprise quelques années plus tard par David Deutsch (voir
notre analyse de son livre L'étoffe
de la réalité). Ces réflexions
ont donné naissance à de nombreux projets dans le
monde visant à définir puis expérimenter un
ordinateur quantique.
Propriétés
du bit quantique ou qbit
On
ne décrira pas ici un ordinateur quantique possible. Disons
seulement qu'il utilisera les propriétés des bits
quantiques ou qbits. Un qbit est un système quantique monté
en laboratoire. Il peut s'agir d'un atome ou d'une particule, entouré
d'un champ magnétique intense et subissant des impulsions
radio de haute fréquence qui modifient sa rotation (son spin).
On attribuera la valeur 1 à une rotation dans le sens des
aiguilles d'une montre et la valeur 0 à la rotation en sens
inverse, c'est-à-dire les deux valeurs utilisées dans
le langage binaire des informaticiens. Compte tenu de la difficulté
que l'on rencontre pour manipuler de tels atomes, le nombre maximum
des qbits qui ont pu être mis en uvre dans les prototypes
les plus récents d'ordinateur quantique ne dépasse
pas 7 - ce qui paraît risible au regard des dizaines de millions
d'unité composant le processeur d'un simple micro-ordinateur.
"Ordinateur quantique", oui mais liquide, physique
ou gazeux ?
Comment
se présentera l'ordinateur quantique dont certains
prévoient des applications industrielles dès
les années 2020 ? Sera-t-il solide, liquide ou gazeux
? Aura-t-il la taille d'un immeuble ou tiendra-t-il dans
la main ? Bien malin qui aujourd'hui pourrait le dire...
L'un
des résultats ayant le plus défrayé
la chronique est celui de la factorisation du nombre 15
par l'équipe d'Isaac Chuang (centre de recherche
Almaden d'IBM) à l'aide d'un ordinateur quantique
à 7 qbits [notre
actualité du 19 décembre 2001]
faisant ainsi la première démonstration de
l'algorithme de Shor (voir plus bas, corps de l'article).
Ici,
l'approche prend en compte la Résonance Magnétique
Nucléaire (RMN) appliquée sur des molécules
dans un milieu liquide : molécule à 7 spins
conçue et fabriquée par les chimistes (noyau
de 5 atomes de fluor et 2 atomes de carbone) pouvant interagir
avec les autres comme des bits quantiques, et programmés
par des pulsations d'ondes radio.
Identifier la factorisation grâce à l'algorithme
de Shor est revenu à contrôler un milliard
de milliard de ces molécules.
Rappelons
qu'Isaac Chuang avait déjà réalisé
en 1998 un premier ordinateur quantique à 2 qbits,
dans un dé à coudre de chloroforme, pour
rechercher les diverses périodicités d'une
fonction. Avec 2qbits, il a pu aussi mettre en oeuvre
l'algorithme de Lov Grover (voir plus bas, corps de
l'article) et retrouver une donnée parmi quatre
en une seule étape. L'année suivante, il
passe à l'ordinateur à 3 qbits, dans une
base à 8 éléments. Enfin, en 2000,
c'est la réalisation d'un ordinateur à 5
qbits en utilisant les 5 atomes de fluor d'une molécule
complexe spécialement conçue. Le système
permet en une seule étape de trouver la bonne combinaison
parmi deux éléments, alors qu'il en faut
jusqu'à 4 dans une approche traditionnelle
(2 des 5 qbits servant dans la recherche de la solution,
les trois autres au calcul du résultat).
La
lecture par utilisation de la résonance magnétique
est une des méthodes. Il existe d'autres approches,
par exemple celle des "pièges à ions",
faisant également appel à un milieu fluide
(notamment étudiée aux Etats-Unis et en Autriche).
Cela dit, certains chercheurs pensent qu'il sera désormais
très difficile de développer et de synthétiser
des molécules dotées d'un nombre de qbits
supérieur à sept. Chuang lui-même, pourtant
optimiste, n'imagine pas pouvoir aller beaucoup plus loin
que 10 à 20 qbits avec son système parce que
les signaux magnétiques qui mesurent l'orientation
des spins et déterminent sa valeur (1, 0 ou les deux),
deviennent de plus en plus faibles au fur et à mesure
que le nombre de qbits augmentent. C'est pour cela que d'autres
scientifiques - tel Colin Williams du Jet Propulsion Laboratory
de la Nasa - préconise de se concentrer sur les voies
dites "solid state" en tablant sur des qbits fixés
sur des substrats solides ou sur des photons prisonniers
dans des cavités optiques. Les systèmes étudiés
(y compris par IBM) vont des spins d'électrons confinés
dans des nanostructures semi-conductrices, aux spins de
noyaux associés avec des impuretés mono-atomiques
dans un semi-conducteur, en passant par les flux électroniques
ou magnétiques à travers des super-conducteurs.
Alors, un premier prototype d'ordinateur quantique "solid
state" d'ici 10 ans ?
NB
: A côté de l'ordinateur quantique, mentionnons
aussi un nouveau paradigme qui pourrait s'imposer à
terme comme une véritable révolution
: l'avènement du
calcul biomoléculaire via l'ordinateur à ADN.
Mais
la particule isolée peut, comme l'enseigne la mécanique
quantique, se trouver dans deux états à la fois. C'est
ce que l'on appelle l'état de superposition cohérente.
Si on veut s'en servir comme unité de représentation
de l'information (bit) elle peut donc présenter simultanément
l'état 1 et l'état 0. L'ordinateur quantique calcule
ainsi en manipulant des bits pouvant prendre soit la valeur 1, soit
la valeur 0, soit la superposition 1 et 0. Avec deux bits, un ordinateur
classique peut représenter un des 4 nombres traduits en binaire
par 00, 11, 01 ou 10. L'ordinateur quantique, lui, peut représenter
simultanément ces 4 nombres. Trois qbits, de même,
pourront représenter simultanément 8 nombres, au lieu
de 1 nombre à la fois. La suite en proportion, chaque nouveau
qbit ajouté aux autres doublant la quantité de nombres
représentés par la séquence: quatre qbits représentent
16 nombres, cinq qbits 32 nombres dix qbits 1.024 nombres
(au lieu de 1, répétons-le, dans un calculateur classique).
N qbits peuvent mémoriser 2 puissance N nombres. Il en résulte
que si on utilise trois qbits comme donnée d'entrée
en vue d'un calcul (diviser par 2 ou extraire la racine carrée),
comme ils représentent 8 nombres, ils feront 8 calculs à
la fois chaque fois que l'on changera l'état d'un des bits.
L'ordinateur quantique est donc d'abord un calculateur massivement
parallèle. Avec 13 atomes (ce qui n'est pas envisageable
pour le moment), il atteindrait la puissance de calcul en parallèle
de l'ordinateur Blue Mountain évoqué ci-dessus.
Un
ordinateur quantique peut utiliser n'importe quelle particule susceptible
d'avoir deux états en superposition. Des ordinateurs quantiques
peuvent être construits à partir d'atomes qui sont
à la fois excités et non excités au même
moment. Ils peuvent être construits à partir de photons
de lumière qui sont à deux endroits au même
moment. Ils peuvent être construits à partir de protons
et de neutrons ayant un spin soit positif soit négatif ou
les deux en même temps. Une molécule peut contenir
plusieurs millions de protons et de neutrons. Elle peut donc, théoriquement,
être utilisée comme ordinateur quantique doté
de plusieurs millions de qbits. Les capacités potentielles
de calcul correspondraient, avec un ordinateur classique, à
des durées de plusieurs fois l'âge de l'univers. On
imagine ainsi le gain de temps calcul et d'utilisation mémoire
à laquelle peut conduire cette nouvelle technologie. Mais
elle promet aussi beaucoup plus : les vrais progrès viendront
aussi de nouveaux algorithmes qui vont permettre de résoudre
des problèmes jusqu'alors inaccessibles pour l'informatique
classique
La
course à la conservation de l'état de superposition
Il y a donc un intérêt stratégique majeur à
maîtriser cette puissance, sachant que les nombres et les
calculs sont aujourd'hui à la source de toute connaissance
et de toute action sur le monde. De nombreux laboratoires se sont
donc mis en piste. Mais une énorme difficulté a jusqu'ici
arrêté les chercheurs : la difficulté de maintenir
en état de superposition un ensemble de plus de 1 particule.
La localisation ou l'impulsion d'une particule quantique en état
de superposition ne peuvent être définies que par une
probabilité statistique découlant elle-même
de la fonction d'onde de la particule. Pour connaître exactement
ces valeurs, il faut faire interférer la particule avec un
instrument, comportant par définition une grande quantité
d'atomes. Mais alors, la fonction d'onde s'effondre et l'observateur
n'obtient qu'une seule des deux valeurs, l'autre étant définitivement
perdue, en application du principe d'indétermination. C'est
ce que l'on appelle aussi le phénomène de la décohérence.
Pour qu'un ou plusieurs qbits conservent leur caractère quantique,
et puissent donc travailler en état de superposition, il
faut les isoler de toute matière ou énergie avec lesquels
ils interféreraient - ce qui paraissait impossible ou très
difficile dès que le nombre de qbits dépassait deux
ou trois. Aujourd'hui cependant, en utilisant diverses techniques,
un certain nombre de laboratoires ont annoncé (comme un grand
succès célébré unanimement par la communauté
des physiciens) avoir maintenu à l'état quantique
de courtes séquences de bits (4 à 7) et pour des durées
de temps suffisantes à la réalisation de quelques
opérations.
L'avenir
de l'ordinateur quantique repose donc sur les technologies qui seront
utilisées pour générer et maintenir en état
de superposition cohérente des chaînes de bits de plus
en plus longues. La démarche consiste à réaliser
d'abord une porte logique quantique (ou système microscopique),
généralement de 2 qbits, capable de réaliser
une opération quantique élémentaire dans une
longueur de temps donnée. Les physiciens ont depuis longtemps
réussi à maintenir en état de superposition
un atome ou un photon isolé. Mais si on veut créer
des circuits avec ces portes, en les ajoutant les unes aux autres,
les risques de décohérence augmentent rapidement,
du fait de l'interaction avec les atomes de l'environnement. L'information
utile se trouve donc dissipée. Il faut donc réaliser
des systèmes microscopiques ou les qbits interagissent avec
eux-mêmes et non avec ceux de l'environnement. C'est là
l'enjeu essentiel de la course à l'ordinateur quantique,
engagée depuis une dizaine d'années dans les principaux
pays du monde. Différents substrats et différentes
méthodes de détection (par exemple la résonance
magnétique nucléaire) sont actuellement expérimentés.
Il paraît possible aujourd'hui que la solution au problème
du maintien de l'état cohérent d'un qbit apparaisse
plus vite que prévu. Elle viendrait d'une des théories
les plus abstraites de la physique contemporaine, la théorie
des cordes (strings) On a montré qu'il était possible
d'entremêler les trajectoires dans le temps de particules
quantiques pour former des tresses appelées braids comportant
des nuds. Ceux-ci peuvent encoder de l'information et procéder
à des calculs tout en résistant à la décohérence.
Pour observer ces braids, on fait appel à des particules
spéciales appelées non-Abelian anyons (dont on soupçonne
l'existence sans avoir pu la mettre en évidence). Bornons-nous
ici à signaler ces nouveaux concepts, qui seront à
la base du fonctionnement des futurs ordinateurs quantiques dits
topologiques, si ceux-ci voient le jour. Les recherches évoquées
ici sont conduites dans différents laboratoires américains
et surtout chez Microsoft, ce qui est significatif (cf l'article
de NewScientist cité en note).
Mais
une autre difficulté devra être résolue. Il
s'agit des modalités de la programmation d'un ordinateur
quantique. On comprend bien que l'on ne puisse utiliser une programmation
classique pas à pas. Il faut définir de nouveaux algorithmes
qui exploitent un état de superposition pouvant contenir
un nombre exponentiel de termes différents. Ainsi une instruction
pourra être de la forme suivante : "prendre la superposition
de tous les nombres résultant de l'opération précédente".
De telles instructions permettent de programmer la résolution
d'un problème de factorisation (écrire une somme sous
forme d'un produits de facteurs), qui est encore actuellement considéré
comme le domaine d'excellence de l'ordinateur quantique. Différents
langages de programmation ont été réalisés
avant même que des ordinateurs quantiques opérationnels
aient été réalisés. Citons par exemple
l'algorithme de Shor, proposé en 1994 par le chercheur d'ATT
Peter Shor, qui met à profit les propriétés
des qbits pour factoriser de très grands nombres dans un
temps "polynomial"(1)
(c'est sur cet algorithme que s'est appuyé Isaac Chuang
d'IBM pour factoriser le nombre 15 dans un véritable ordinateur
quantique à 7 qbits [voir encadré ci-dessus ainsi
que notre
actualité du 19/12/2001]).
Citons aussi, Lov Grover (chercheur au Bell Labs), qui dans un autre
domaine a publié en 1996 un algorithme quantique permettant
la recherche d'un élément dans un ensemble de n objets
beaucoup plus rapidement que par les méthodes classiques
(application potentielle riche de promesses en ce
qui concerne la recherche dans les bases de données). Isaac
Chuang (encore lui) l'a d'ailleurs démontré pratiquement
en 1999 dans son ordinateur quantique à 2 qbits.
Toujours
dans le cadre des difficultés, insistons sur le fait qu'avec
l'ordinateur quantique, le résultat final d'un calcul n'étant
déterminé que par des lois de probabilités,
un calcul peut a priori donner n'importe quel résultat. Il
faut donc disposer d'algorithmes qui permettent d'augmenter la probabilité
que le système "décohère" dans l'état
correspondant à la bonne réponse, sachant que lorsqu'on
regarde un résultat dans un registre quantique (réseaux
de qbits), tous les autres états disparaissent... Un vrai
défi pour les théoriciens.
Qui
a besoin de l'ordinateur quantique ?
Les scientifiques reconnaissent qu'on est encore bien loin du but
: produire un ordinateur quantique de grande puissance et manipulable
comme un micro-ordinateur. D'autres Ils comparent la situation actuelle
de la recherche à celle ou se trouvait la connaissance de
l'atome quand Marie Curie étudiait la désintégration
du radium. Cependant, comme dans tous les domaines, les progrès
seront d'autant plus rapides que les recherches disposeront d'autant
plus de moyens. Pour cela, il faut que les décideurs institutionnels
se persuadent de l'intérêt d'un tel ordinateur.
On
retrouve dans ce domaine le même phénomène qui
a marqué la prise en considération de la fusion nucléaire
destinée à produire de l'énergie industrielle.
Pendant des années, les réacteurs expérimentaux
ont vécu dans une certaine indifférence générale.
Puis subitement, à la suite de l'intérêt manifesté
par les Etats-Unis dans une ambiance de compétition avec
l'Europe et le reste du monde pour la maîtrise de cette énergie
du futur, le programme ITER semble devoir s'emballer.
Une question d'ordre stratégique est désormais posée
non pas aux chercheurs mais aux autorités gouvernementales
qui financent les recherches fondamentales en matière de
physique quantique: convient-il de laisser les recherches sur l'ordinateur
quantique se poursuivre dans un grand nombre de laboratoires, au
rythme nécessairement lent que suppose l'expérimentation
de techniques difficiles et souvent différentes, alors que
les hommes et les crédits y affectés sont rares ?
Faut-il au contraire changer de vitesse ? Si oui, comment ?
On ne s'étonnera pas de nous voir, dans cette revue, recommander
ce dernier choix. Il faut bien voir que les industriels de l'informatique
qui les premiers mettront sur le marché un ordinateur quantique
performant prendront sur leurs concurrents une avance industrielle
et commerciale considérable. C'est pourquoi chez IBM, les
recherches sur le sujet bénéficient de moyens importants
(voir les publications du centre de recherche IBM d'Almaden consacrées
à la computation quantique http://www.almaden.ibm.com/st/quantum_information/index.shtml).
Il en est de même concernant les moyens importants dédiés
par Microsoft aux recherches concernant l'ordinateur topologique.
Mais
les industriels informatiques ne sont pas seuls en cause. Dans un
monde ou les technologies sont aussi et surtout de souveraineté,
les pays qui disposeront en premier d'une industrie du calcul quantique
compétitive en bénéficieront pour maintenir
ou accroître leur influence sur le reste du monde. C'est ce
qui, depuis 50 ans, s'est produit avec l'informatique classique,
puis avec l'Internet. Les Etats-Unis ayant perçu l'enjeu
de ces outils ont encouragé leurs laboratoires de recherche
et leurs entreprises à s'en donner la maîtrise technologique
et à en généraliser l'usage à leur profit,
bien avant les concurrents. Chacun sait aujourd'hui que la capacité
de la science et de l'industrie américaine à s'appuyer
sur des réseaux de très grands calculateurs constitue
l'un des principaux moyens leur permettant d'assurer leur suprématie.
L'histoire
risque de se répéter dans le domaine des calculateurs
quantiques, comme sans doute dans celui des calculateurs à
ADN (non étudiés ici) si ces derniers voient le jour
avant ceux-là. D'ores et déjà les perspectives
offertes par les calculateurs quantiques sont très attrayantes,
dans les domaines de la cryptographie, de la recherche en base de
données avec multiples entrées et, bien évidemment
aussi en matière de calcul numérique, calcul dont
les applications seront de plus en plus importantes. Plus généralement,
toutes les modélisations supposant des calculs massivement
parallèles, dans le domaine militaire, en bio-informatique,
en économie et surtout en physique quantique elle-même
(gravitation quantique), comme en cosmologie, pourront enregistrer
des progrès d'efficacité considérable avec
ces ordinateurs révolutionnaires. On peut imaginer aussi
qu'implanter de petits calculateurs quantiques dans des robots autonomes
devrait accroître sensiblement leurs capacités d'auto-adaptation
(des chercheurs en intelligence artificielle distribuée,
tel Alain Cardon, voudraient par exemple étudier le comportement
de systèmes multi-agents adaptatifs constitués de
qbits).
Ajoutons qu'apprendre à manipuler couramment les particules
en état de superposition cohérente constitue le sine
qua non de toutes les applications possibles de la physique quantique.
Nous
avons examiné dans d'autres articles les perspectives offertes
par la fusion thermonucléaire, la réalisation de systèmes
artificiels conscients ou l'envoi de missions habitées sur
la Lune et Mars. Dans tous ces cas, les recherches concernent le
long terme de 10 à 30 ans. Mais les gains en retour seront,
dès maintenant et bien entendu plus tard, considérables.
Financer ces projets ne peut être laissé aux entreprises.
Les Etats doivent s'y engager de façon importante, continue
et croissante.
L'Europe
doit s'inscrire dans la bataille pour l'ordinateur quantique
En
Europe, les laboratoires travaillant sur l'ordinateur quantique
sont relativement nombreux, comme le montre la carte établie
par le Centre for Quantum Computation britannique(2)
http://www.qubit.org/phpscripts/places.php?cat=areaname&value=europe.
Mais ils sont dispersés, abordent souvent des domaines très
spécialisés qu'il sera difficile de mettre en synergie
dans un produit final. De façon plus grave, ils ne sont certainement
pas considérés comme prioritaires dans l'allocation
des ressources budgétaires. L'Europe va-t-elle perdre la
bataille de l'ordinateur quantique comme elle a perdu celle de l'ordinateur
classique ?
Vu
l'état actuel des connaissances, il serait contre-productif
de vouloir regrouper plusieurs laboratoires dans un programme unitaire.
Mais ceci ne veut pas dire que les Pouvoirs Publics ne devraient
pas s'intéresser au sujet. Il faudrait que des projets précis
soient encouragés au sein des programmes cadres de l'Union
européenne ou dans des projets conjoints entre plusieurs
pays, avec des méthodes d'évaluation et de diffusion
des résultats communes. Pour cela s'affirme constamment le
besoin d'engager un grand travail de sensibilisation(3).
Concernant
les anyons et l'ordinateur topologique, il existe de nombreux articles
sur le web. Voir par exemple Topological quantum Computation, article
de Quantum Physics, 2001 http://arxiv.org/abs/quant-ph/0101025