Il faut noter que ces diverses hypothèses
récentes, contrairement à celles décrivant
la naissance et le développement de ce qu’il faut bien
désormais nommer notre univers, bousculent les conceptions
de l’espace et du temps qui, même avec Einstein, nous
étaient devenues familières. Certes, l’espace-temps
de la relativité générale n’est plus
celui de Newton, c’est-à-dire celui susceptible d’appréhension
immédiate dans le monde macroscopique. Le temps, comme l’espace,
peuvent se dilater ou se rétrécir en fonction de la
répartition des masses et de l’énergie. Mais,
le Big Bang une fois enclenché, la flèche du temps
devient irréversible, ceci même si au Big Bang (selon
une hypothèse qui n’a plus court) succédait
un Big Crunch. De même, l’espace peut s’organiser
selon des topologies différentes (rappelons par exemple l’hypothèse
de l’univers feuilleté présentés
par Jean-Pierre Luminet) mais il ne s’évanouit pas
complètement. Ce n’est évidemment plus le cas
dans les hypothèses relatives au vide quantique ou aux multivers.
On sort de la cosmologie pour retrouver la physique quantique, où
le temps et l’espace ne peuvent être traitées
que comme des probabilités, enchevêtrées avec
l’observateur et ses instruments. Au plan cosmologique, l’espace
et la temps perdraient alors toutes les consistances que nous continuons
à leur attribuer, y compris dans la physique relativiste.
Il faudrait sans doute les considérer comme des particules
quantifiables, susceptibles, comme les particules d’énergie
et de matière, d’arrangements différents selon
les niveaux d’organisation auxquels on se place.
Comment intégrer ces spéculations
dans la vision que nous nous faisons de l’univers en général
? Le premier réflexe, courant chez ceux qui s’intéressent
aux sciences, sera de se dire que ces nouvelles hypothèses
se rapprochent de plus en plus de ce qu’est l’univers
en soi, même si elles restent du domaine de la modélisation
mathématique et ne paraissent pas proches de vérification
expérimentale. Le second réflexe, répandu chez
des milliards d’hommes, consistera à ignorer ou rejeter
ces spéculations, au prétexte que ce n’est pas
ainsi que les religions décrivent le monde. Enfin, les sceptiques
de toutes origines se borneront à noter la succession des
hypothèses, attendant tranquillement la prochaine à
venir avant de s’émouvoir. De toutes façons,
diront ces sceptiques, aucune conséquence pratique ne peut
en être espérée à horizon visible. Chacun
d’entre nous peut rêver à des mondes sans espace
et sans temps, construire des univers imaginaires à partir
de cela, en faire des articles de foi religieuse, mais il ne peut
prétendre donner à ces hypothèses la moindre
justification de type scientifique.
D'hypothétiques
aptitudes du cerveau humain à percevoir l’univers au-delà
de l’espace et du temps
Or certains ont toujours considéré, à travers
les âges, que les hommes pouvaient percevoir des réalités
situées au-delà des connaissances rationelles. Le
terrain est archi-glissant. Nous ne sommes pas loin de Mme Soleil.
Mais il n'y a pas que les astrologues. Il faut quand même
rappeler à la philosophie occidentale que les différentes
versions du bouddhisme (il n'y a pas un mais plusieurs bouddhismes)
séparent en général la connaissance rationelle,
qu'il faut "déconstruire" et la connaissance par
le biais de la conscience, elle-même à aborder au terme
de techniques complexes d'ouverture à un réel extérieur
inconnaissable autrement. (Sur ce sujet, on pourra lire Natalie
Depraz, Maître de conférences à la Sorbonne,
"Gnose, problème philosophique", Cerf, 2000
et "Ecrire en phénoménologue", Encre
marine, 1999). On sait que dans les années 1970 les physiciens
New Age avaient fait un large usage de ces références
en les rapprochant des concepts de la mécanique quantique.
Il n'en est plus resté grand chose d'ailleurs
C’est là qu’intervient
Metod Saniga. Celui-ci n’est pas un mystique ni un astrologue.
C'est un astrophysicien de l’académie des sciences
de Bratislava. Pour lui, contrairement à ce que nous venons
de dire, le cerveau humain le plus ordinaire, sans instruments et
sans formules mathématiques particulières, peut prendre
connaissance de formes d’univers où les entités
bien définies se fondent, où le temps s’arrête,
où finalement se concrétisent les hypothèses
les plus exotiques proposées par la physique théorique
à laquelle nous venons de faire allusion.
L’objection habituelle est
qu'il s'agit d'illusions produites par des troubles de la perception
ou des états de conscience altérée résultant
d’accidents cérébraux ou de la consommation
de drogues. Mais pour Metod Saniga, l’explication n’est
pas suffisante, même si dans la plupart des cas ces causes
peuvent aussi produire des anomalies de représentation comparables.
En effet, la plupart d’entre nous, qui ne relevons pas en
général de troubles neurologiques et qui ne sommes
pas sous l’effet d’hallucinogènes, nous pouvons
éprouver l’intime conviction que la conscience de veille
peut voyager à travers des univers et des temps qui n’ont
rien à voir avec ceux de l’expérience courante.
De même, chacun se persuade volontiers que l’amour et
la beauté (le sentiment d’esthétique) correspondent
à des aspects du monde qui ne sont pas intégrables
dans les modèles cosmologiques actuels mais qui n'en existent
pas moisn, durs comme fer, selon l'exptression courante. Et de ceci
les hommes ont été persuadés depuis les origines
des cultures humaines.
L’exercice proposé
par Metod Saniga pour justifier son affirmation est difficile puisque,
nous l'avons dit, il côtoie en permanence les convictions
(ou illusions) mystiques qui animent sans doute encore 99% des humains,
lesquels croient à l’existence de réalités
divines au-delà ou en deçà des réalités
sensibles. Mais pour lui le fait que de telles croyances s’expriment
essentiellement sous des formes mystiques (dont le bouddhisme offre
les meilleurs exemples) ne retire rien au fait qu’elles pourraient
traduire aussi la perception par notre cerveau de phénomènes
et formes émanant de types d’univers plus fondamentaux
que ceux dont la science contemporaine cherche à donner la
description. En d’autres termes, notre cerveau serait un instrument
de connaissance scientifique aussi performant, sinon davantage,
que ceux de la physique contemporaine, tels le WMAP précité.
Il pourrait s’accorder (entrer en résonance) avec des
phénomènes ayant jusqu’ici échappé
à la science. Finalement, il pourrait travailler dans des
registres infiniment plus divers et complexes que ceux explorés
jusqu’ici par les hommes, suite à des millions d’années
d’évolution, pour quantifier et rationaliser notre
expérience courante.
Mais ne s’agit-il pas là
d’une supposition gratuite, familière aux défenseurs
des sciences dites non officielles ? Il ne suffit pas d’affirmer
que le cerveau pourrait prendre conscience de phénomènes
loin de l’expérience quotidienne. Il faut montrer comment
ceci pourrait se faire, compte tenu de ce que l’on sait de
l’organisation neuronale et synaptique du cerveau , des organes
de perception et d’expression sensorielles permettant au cerveau
de s’interconnecter, via le corps, avec le reste du monde
et enfin des formes émergentes de connaissance pouvant naître
de l’interaction des individus au sein des groupes sociaux.
Il faut bien reconnaître que
les travaux menés par Saniga ne l’ont pas encore conduit
à embrasser ce vaste programme de recherche. Il ne montre
en rien comment, par exemple, notre cerveau pourrait communiquer
avec des états du monde ne se manifestant pas à travers
les messages sensoriels. En cela il ne se distingue pas des magiciens
ou plutôt des charlatans de toutes sortes qui abusent de la
crédulité du public en affirmant disposer de pouvoirs
para-normaux. Mais il serait peu scrupuleux et peu scientifique
de ne pas chercher à entrer dans son système, même
si celui-ci nous paraît encore bien sommaire et intuitif.
C’est que, dans une certaine mesure, il ne cherche pas seulement
à s’articuler avec les perceptions sensorielles ou
extra-sensorielles du cerveau. Il vise à proposer de nouveaux
modèles d’univers.
Metod Saniga considère que
la science contemporaine pourrait désormais, en utilisant
sa connaissance générique des modèles mathématiques
(qui peuvent décrire une grande variété d’univers
théoriques), essayer de formaliser les intuitions de la conscience
spontanée relatives à l’existence d’univers
très différents de celui de notre monde quotidien.
Ces intuitions ou croyances, nous l’avons dit, sont actuellement
considérées par les scientifiques comme relevant de
la mystique ou de troubles du fonctionnement cérébral.
Les neurosciences font d’ailleurs actuellement de gros efforts
d’investigation, notamment en utilisant l’imagerie fonctionnelle,
pour identifier les sources ou les mécanismes de la foi,
de l’extase ou des distorsions de perception et de représentation,
pathologiques ou banales. Mais cette approche de type neuro-physiologique,
bien que nécessaire, ne nous éloigne-t-elle pas cependant
de ce qui pourrait être une découverte révolutionnaire
: celle que l’univers dans lequel nous nous trouvons présente
de nombreuses autres dimensions d’espace-temps différentes
de celles de l’espace-temps einsteinien, et que dans certaines
conditions, nous pouvons en avoir l’intuition, par l’intermédiaire
des relations que notre cerveau et notre corps entretiennent avec
le monde. Un premier pas permettant d’expliciter cette idée
et peut-être d’envisager des preuves expérimentales
consistera à proposer des modèles théoriques
d’univers répondant à ces définitions.
L’appel aux mathématiques
Pour cela, Metod Saniga pense avoir
trouvé dans le monde très divers des mathématiques
théoriques de quoi commencer à illustrer, sinon représenter
de façon opératoire ce que depuis des millénaires
les humains considèrent, sans pouvoir le prouver, comme des
réalités ultimes sous-tendant les apparences de la
vie quotidienne.
Cet appel aux mathématiques, quasi-obligé
de la part d’un astrophysicien tel que Metod Saniga, ne veut
pas dire que pour lui les mathématiques fassent partie des
fondamentaux de la nature. Comme la plupart des scientifiques, il
y voit seulement un outil commode, produit de l’organisation
de notre cerveau, permettant à celui-ci de se représenter
de façon simple des phénomènes naturels trop
complexes ou mal connus pour être modélisés
sur le mode analogique. Mais allait-il trouver parmi la grande diversité
des outils mathématiques aujourd’hui disponibles, celui
qui répondrait le mieux à ses exigences de modélisation
? Ce n’était pas évident car contrairement à
ce que l’on pense, les mathématiques peinent à
suivre le développement exponentiel des besoins de modélisation
- par exemple en ce qui concerne le développement de la vie
artificielle, sans parler de la vie en général, de
la conscience et a fortiori les processus physiques exotiques. Cependant,
sur l’étagère du mathématicien, Saniga
pense avoir trouvé ce dont il avait besoin, ce qui lui évite
d’attendre d’hypothétiques avancées de
la part des mathématiciens théoriciens, souvent peu
préoccupés de recherches scientifiques.
Comment concrètement notre
chercheur s’y prend-il pour tenter de donner une modélisation
mathématique à des sensations ou perceptions qui relèvent
de ce que l’on appellerait en philosophie l’ineffable,
c’est-à-dire ce qui est indicible par le langage courant
? Nous avons vu que le premier pas de sa démarche consiste
à interroger les gens qui, pour les raisons diverses que
nous avons évoquées, connaissent des perceptions et
des états de conscience décalée. A partir de
là, il établit une typologie correspondant à
ce que l’on pourrait appeler un modèle standard de
grand espace-temps unifié (modifié ou augmenté).
Ceci nous permet une première constatation. Il n’y
a pas une infinité d’états à prendre
en compte, lorsque l’on fait l’inventaire des relations
faites par les gens ayant bénéficié d’états
de conscience altérée. Au contraire. Quelques situations
de base se retrouvent sous des formes diverses dans toutes les descriptions,
par exemple la sensation que le sujet peut appréhender simultanément
le passé, le présent et le futur - ou celle que la
conscience de soi se dissout plus ou moins. Les neuro-physiologistes
expliqueront cela en disant que le cerveau n’a pas la possibilité
d’inventer (ou de percevoir) n’importe quoi, compte
tenu des contraintes de son organisation neuronale. Mais à
l’inverse ceci ne signifie-t-il pas que l’univers supposé,
sous-jacent à celui de notre perception courante, obéit
lui-même à des logiques ou lois en relativement petit
nombre, qui lui imposent des régularités susceptibles
d’une approche scientifique classique ?
Pour aller plus loin, Metod Saniga
devait, nous l’avons dit, identifier dans le monde mathématique
des géométrie susceptibles de traduire au mieux les
spécificités de son modèle standard de grand
espace-temps unifié. Par chance il a rencontré, raconte-t-il,
un peu par hasard, l’outil dont il avait besoin, au moins
au titre d’une première modélisation modélisation
(voir les publications de l'auteur ou l'article, cité, du
NewScientist). La place manque ici pour décrire cet outil
en détail : disons simplement qu’il fait appel aux
sections coniques, qui concernent l’infinie variété
des cercles, ellipses, paraboles et hyperboles produites par l’intersection
d’un cône circulaire avec un plan. Dans le cas le plus
simple, on peut représenter géométriquement
l’observateur comme un point sur l’une de ces courbes.
Dans ce cas il n’a pas accès au nombre infini des coniques
qui sont situées à l’extérieur du point.
En terme de perception du temps, on dira que l’observateur
n’a pas accès aux instants du passé ou à
ceux du futur correspondant à ce qu’il percevrait s’il
était sur telle ou telle de ces autres courbes extérieures.
Si cependant le point matérialisant l’observateur se
déplace sur sa courbe, il finit par arriver, compte tenu
de la typologie propre à la représentation graphique
des sections coniques (pencils), à des points où il
rencontre un nombre plus ou moins grand de ces courbes. On pourra
dire alors qu’il accède à une perception simultanée
du présent, du passé et du futur, voir à celle
de l’éternité.
Ce qui est intéressant dans
cette présentation est que le sujet -observateur du monde
- n’a plus le statut privilégié qui est le sien
dans la science réaliste macroscopique contemporaine, statut
lui permettant de décrire le réel de façon
objective, sans s’impliquer ni s’inclure dans cette
description. Ce que le sujet décrit est fonction de sa position
dans les coniques du modèle, c’est-à-dire finalement
de ce qu’il est et de là où il se trouve au
moment où il s’exprime. Il n’y a plus un réel
et un observateur indépendant de celui-ci, mais deux entités
qui se décrivent (ou se construisent) de façon corrélée.
On retrouve cette conception dans toutes les sciences modernes,
y compris macroscopiques, refusant le réalisme des essences
(voir
notre article précité).
Metod Saniga ne s'arrête pas
là dans la simulation des états que pourrait prendre
son modèle standard. Il le soumet à ce que l’on
dénomme en mathématiques les transformations de Crémone,
qui permettent à partir d’un espace-temps donné
d’en obtenir de grandes variétés différentes,
dotées de dimensions d’espace et de temps aussi exotiques
que l’on voudra. On retrouve là les hypothèses
de la cosmologie quantique, notamment celles de la théorie
des cordes, qui offrent une infinité de solutions possibles
à l’organisation de l’univers aux échelles
de Plank.
Comment valider ces hypothèses
?
Tout ceci, Metod Saniga en convient,
relève encore de la spéculation théorique et
ne paraît pas près de pouvoir faire l’objet d’expérimentations
instrumentales susceptibles de valider les hypothèses. De
plus, ce n’est pas parce que l’on dispose d’un
modèle mathématique permettant de représenter
une croyance donnée que celle-ci devient vraie : si je m’imagine
que la Terre est plate et si je la décris dans un plan à
deux dimensions, je n’ai pas pour autant apporté la
preuve de sa platitude. Cependant, dès que l’on utilise
les modèles mathématiques pour représenter
les mystères du monde physique, on se retrouve en terrain
connu, où s’affrontent les hypothèses à
la recherche de preuves expérimentales. C’est par exemple
le terrain de la physique fondamentale, notamment de la théorie
des cordes ou de la gravitation quantique en lacet (voir
notre article consacré à Lee Smolin). On
y parle des trous noir ou de l’avant-Big Bang comme d’univers
où le temps et l’espace que nous connaissons se dissolvent.
En termes de rationalité quotidienne, cela n’a aucun
sens ni aucun intérêt pratique. Cela n’empêche
pas les physiciens de poursuivre la recherche d’expériences
permettant de mieux comprendre ce qui correspondrait à de
tels concepts. Pourquoi ne pas faire de même concernant le
modèle de grand espace-temps unifié proposé
par Saniga ?
Mais en fait ce chercheur paraît
se situer sur un tout autre plan que les physiciens théoriciens,
même s'il emploie les mêmes vocabulaires, ce qui selon
ceux qui ont étudié ses travaux leur retire un caractère
vraiment scientifique. Son modèle ne se prouvera pas en étudiant
des faits physiques - comme, dans le cas des trous noirs, l’éventuelle
déformation de l’espace-temps à l’horizon
de ceux-ci. Il lui faudra montrer la relation entre des faits de
conscience subjective et des faits physiques. Or le phénomène
de la conscience subjective n’est en rien élucidé
par la science. Certains pensent même qu’il s’agit
d’une illusion. Comment s’appuyer sur ce que suggère
la conscience pour rechercher dans le monde physique les preuves
de ces suggestions.
On peut penser cependant, à
l’appui de la démarche de sa démarche, que nous
ne connaissons encore rien de fondamental relativement à
l’organisation du monde. Si on pose en postulat que la science
progresse non en suivant des filières linéaires rationnelles
mais par illuminations brusques et imprévisibles, dont la
plupart tournent court mais dont certaines pour des raisons d’ailleurs
difficiles à comprendre réussissent à s’implanter
(ce que Feyerabend appelait l’anarchisme méthodologique)
il n’y a pas de raison a priori de rejeter l’approche
de Metod Saniga. D’autant plus, diront les anthropologues,
qu’elle est inhérente à l’histoire des
civilisations humaines, au moins depuis que l’humanité
a commencé à faire de la métaphysique. Les
spiritualistes voient là la preuve qu’il existe une
divinité irréductible au monde matériel et
l’ayant créé. Mais les physiciens matérialistes,
comme semble l’être Metod Saniga, affirment avec Laplace
n’avoir pas besoin dans leur modèle de l’hypothèse
de Dieu. Si chacun perçoit même vaguement l’irréductibilité
de la conscience au regard des lois actuelles de la physique et
de la biologie, c’est peut-être parce que la conscience
renvoie à des variétés d’espaces-temps
que la physique actuelle ne sait pas encore modéliser. On
ne risque pas grand chose en faisant de telles suppositions et en
essayant d’en apporter la preuve. Tandis que si l’on
affirme “ circulez, il n’y a rien à voir ”,
on ne verra effectivement rien.
Les représentations
non-humaines de l’espace-temps
Voilà donc une bonne nouvelle.
Nous aimerions en ajouter une autre, qui s’inscrit dans le
paradigme de la machine pensante inspirant notre revue. Les roboticiens
évolutionnaires cherchent en général à
permettre aux robots parlant et pensant de développer par
émergence de nouvelles formes de représentation pouvant
être différentes des nôtres (voir la thèse
de P.Y.Oudeyer,
l’auto-organisation de la parole et le livre de
Frédéric Kaplan "Naissance d'une langue chez
les robots", Editions Hermès). Ces nouvelles formes
de représentation peuvent n’avoir pour nous aucun intérêt
pratique. Mais elles peuvent au contraire nous pousser à
sortir des représentations traditionnelles du monde, héritées
d’une histoire évolutive fortement contrainte par divers
accidents et limites. Elles peuvent nous conduire à adopter
de nouvelles visions de ce monde, à partir de la construction
computationelle d’espace-temps, de vies et de consciences
artificiels. Ces visions serviront à élaborer des
hypothèses lesquelles pourront à leur tour être
testées par l’instrumentation scientifique d’aujourd’hui
ou de demain.
On pourra à cette réflexion
en ajouter immédiatement une autre. Les animaux, ceux au
moins qui sont dotés d’un minimum d’encéphale
centralisant les représentations, peuvent disposer eux aussi
de connaissances sur des mondes (ou espaces-temps) que nous avons
appris à ignorer, ou avons été obligés
d’ignorer dans le cours de l’hominisation. Ainsi s’expliquerait
à la fois l’espèce d’empathie qui nous
permet parfois de communiques intuitivement avec le monde vivant,
et la radicale incompréhension du contenu des consciences
animales (What is it to be a bat ? Que signifie être une chauve-souris
?).
Dans ces deux cas, les modèles
d’univers proposés par Metod Saniga ne pourraient-ils
pas être appliqués à la représentation
des formes d’espace-temps qu’inventeraient des robots
évolutionnaires laissés à eux-mêmes,
ainsi qu’à celles, d’ailleurs sans doute très
différentes selon les espèces et leurs histoires irréversibles,
depuis longtemps découvertes ou construites par les animaux.
Pour terminer, on doit s’interroger
sur le pourquoi du fait qu’à intervalles réguliers
dans les sciences surviennent des théoriciens en rupture
avec les anciens paradigmes, proposant des visions de l’univers
radicalement nouvelles. Ce fut le cas de Newton et d'Einstein, suspectés
aujourd’hui de forme d’autisme créateur sans
lequel il n’y a pas de grands inventeurs. Mais cela pourrait
être aussi le cas de Metod Saniga ou des physiciens et astrophysiciens
qui comme lui travaillent à renouveler complètement
nos conceptions de l’univers. Hola ! dira le lecteur, vous
faites beaucoup d'honneur à votre ami Metod en le comparant
à ces illustres prédécesseurs. Mais cependant...
Les individus comme lui sont-ils les résultats quasi-obligés
d’une marche des connaissances et de l’instrumentation
vers la complexité? Ne sont-ils pas au contraire des “
aliens ” venus d’on ne sait où, qui n’étaient
ni prévisibles ni obligés !
Alors on ne pourra pas éviter
de poser à leur sujet la grande question qui inspire les
différents articles publiés sur ces sujets par notre
revue : qui ou quoi s’exprime à travers de tels discours
émergents? S’agit-il d’univers qui nous préexistent,
dotés d’une réalité intrinsèque,
à la connaissance de laquelle nous arrivons progressivement
? Ne s’agirait-il pas au contraire d’univers qui n’existaient
pas encore et qui sont en train de se construire, notamment par
l’interaction entre nos organisations biologiques, nos langages,
nos instruments technologiques et finalement nos futurs robots autonomes
? Dans ce cas, Metod Saniga et ses semblables émergeraient
de l’interaction entre éléments simples, au
niveau des sociétés scientifiques, selon les mêmes
processus qui permettent au langage d’émerger chez
les robots. Les uns et les autres construiraient de nouveaux univers,
ou éléments d’univers, jamais apparus jusqu’alors.
Pour en savoir plus
M.Saniga,
home page : http://www.astro.sk/~msaniga/
Wilkinson Microwave Anisotropy
Probe : http://map.gsfc.nasa.gov/
Les sections coniques selon
l'Encyclopédie de d'Alembert et Diderot http://www.sciences-en-ligne.com/momo/chronomath/anx3/coniques_dd.html
Transformations de Crémone
: http://mathworld.wolfram.com/CremonaTransformation.html
Voir aussi sur ce sujet un article de M. Saniga http://arxiv.org/abs/physics/0105049
Sur d'autres conceptions
exotiques de l'espace-temps, voir
notre article consacré à Peter Lynds
Post-script : Message de
Metod Saniga reçu le 16/01/04 à la suite de l'écriture
de cet article
< Dear
Dr. Baquiast:
Thank you for your message. I already read your paper some days
ago and found it
a very original view of my theory. I have only a couple of comments.
The
first is conceptual. I believe that it is rather human consciousness/mind
than
our brain which can access all those different realities/states.
The second is technical.
I think you could give more references to my work pertinent to the
topic discussed in the New Scientist article, namely:
Saniga, M.: 2001, Cremona Transformations
and the Conundrum of Dimensionality
and Signature of Macro-Spacetime, Chaos, Solitons & Fractals,
Vol. 12, No. 12, pp. 2127-2142.
Saniga, M.: 2002, On `Spatially Anisotropic'
Pencil-Space-Times Associated with a
Quadro-Cubic Cremona Transformation, Chaos, Solitons & Fractals,
Vol. 13, No. 4, pp. 807-814.
Saniga, M.: 2003, Geometry of Time and Dimensionality
of Space, in R. Buccheri, M. Saniga and
W. M. Stuckey (eds.), The Nature of Time: Geometry, Physics &
Perception (NATO Science Series II),
Kluwer Academic Publishers, Dordrecht, pp. 131-143. [Also http://arXiv.org/abs/physics/0301003
]
Saniga, M., and Buccheri, R.: 2003, The Psychopathological
Fabric of Time (and Space) and
Its Underpinning Pencil-Borne Geometries, The Journal of Mind and
Behavior, accepted.
[Also http://arXiv.org/abs/physics/0310165]
Sincerely, Metod Saniga
>