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1er février 2005
par par Pek van Andel m.v.van.andel@med.rug.nl
Texte traduit
et adapté du hollandais par Danièle Bourcier, directeur
de recherche au CNRS bourcier@msh-paris.fr
Sérendipité, ou de l'art de faire
des trouvailles
Ex
chercheur et expérimentateur à l'université
de Groningue, Pek van Andel possède la plus grande collection
mondiale de sérendipités et est considéré
aux Pays-Bas comme "sérendipitologue".
L'auteur a proposé aux journaux Le Monde et Le Figaro le
texte qui suit - texte d'une communication faite le 1er février
2005 à l'université de Cannes - qui en ont refusé
la publication (mais était-ce finalement le bon endroit où
le publier ?). Il a alors décidé de l'offrir ici gratuitement,
à condition que soient respectés le droit d'auteur
et celui de la traduction. Qu'il en soit remercié.
Pek van Andel a introduit le mot Sérendipité aux Pays-Bas
avec la transcription "serendipiteit". Le mot existe désormais
dans les dictionnaires hollandais.
Combien de temps faudra-t-il avant que le "sérendipité"
figure dans les dictionnaires français, le mot existant déjà
depuis plus d'un siècle dans les dictionnaires anglais ?
Automates
Intelligents
Le mot serendipity ('sérendipité' en transcription)
a été forgé il y a 251 ans. La sérendipité
est l'art de découvrir, inventer et créer ce à
quoi on ne s'attend pas. Les dictionnaires français n'ont
pas encore accepté ce terme. Voici l'histoire de ce mot étrange
pour l'art crucial de trouver le non-cherché, qui joue un
rôle important dans la science, la technique et l'art.
Introduction
Les trois fils du roi de Serendip (mot du perse ancien pour Sri-Lanka)
refusèrent après une solide éducation de succéder
à leur père. Le roi alors les expulsa.
Il partirent à pied pour voir des pays différents
et bien des choses merveilleuses dans le monde. Un jour, ils passèrent
sur les traces d'un chameau. L'aîné observa que l'herbe
à gauche de la trace était broutée mais que
l'herbe de l'autre côté ne l'était pas. Il en
conclut que le chameau ne voyait pas de l'oeil droit. Le cadet remarqua
sur le bord gauche du chemin des morceaux d'herbes mâchées
de la taille d'une dent de chameau. Il réalisa alors que
le chameau pouvait avoir perdu une dent. Du fait que les traces
d'un pied de chameau était moins marquée dans le sol,
le benjamin inféra que le chameau boitait.
Tout en marchant, un des frères observa des colonnes de fourmis
ramassant de la nourriture. De l'autre côté, un essaim
d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait autour d'une
substance transparente et collante. Il en déduisit que le
chameau était chargé d'un côté de beurre
et de l'autre de miel. Le deuxième frère découvrit
des signes de quelqu'un qui s'était accroupi. Il trouva aussi
l'empreinte d'un petit pied humain au près d'une flaque humide.
Il toucha cet endroit mouillé et il fut aussitôt envahi
par un certain désir. Il en conclut qu'il y avait une femme
sur le chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes
des mains, là où elle avait uriné. Il supposa
que la femme était enceinte car elle avait utilisé
ses mains pour se relever.
Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur
de chameau qui avait perdu son animal. Comme ils avaient déjà
relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme boutade
au chamelier qu'ils avaient vu son chameau et, pour crédibiliser
leur blague, ils énumérèrent les sept signes
qui caractérisaient le chameau. Les caractéristiques
s'avérèrent toutes justes.
Accusés de vol, les trois frères furent jetés
en prison. Ce ne fut qu'après que le chameau fut retrouvé
sain et sauf par un villageois, qu'ils furent libérés.
Après beaucoup d'autres voyages, il rentrèrent dans
leur pays pour succéder à leur père.
[Ce texte est un fragment résumé du conte Les pérégrinations
des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau, un grand poète
persan. C'est le premier conte de son recueil Hasht Bihist (Les
huit Paradis, 1302). ]
Voltaire
écrivait Zadig, ou la destinée, en 1748, inspiré
par une version française de l'adaptation italienne Perigrinnaggio
de Christophoro (Venice, 1557) du texte original. Mais le mot zadigité
n'existe pas en français.
L'histoire
Le mot sérendipity a été crée le 28
janvier 1754. Il est décrit par Horace Walpole comme définissant
le talent de ces trois Princes. Dans une lettre adressée
à Horace Mann, ambassadeur à Florence, il utilisa
pour la première fois ce mot et en donna l'étymologie
et la définition. Walpole avait rencontré Mann pendant
son 'grand tour' en Italie.
Voici son passage sur la sérendipité :
D'ailleurs
je dois te raconter une découverte pénible. [...]
Cette découverte est presque du type de ce que j'appelle
sérendipité, un mot qui dit beaucoup, que j'essaierai
de t'expliquer parce que je n'ai rien de mieux à te dire
; tu le comprendras mieux par l'étymologie que par la définition.
Une foi,s je lisais un conte stupide appelé "Les trois
Princes de Serendip". Quand les trois dignitaires voyageaient,
ils faisaient toujours des découvertes, par accidents et
sagacité, des choses qu'ils ne cherchaient pa s; par exemple
l'un d'entre eux découvrit qu'un âne borgne était
passé par la même route parce que l'herbe avait été
broutée seulement du côté gauche où l'herbe
était pourtant la moins bonne. Comprends-tu sérendipité
maintenant? [..] il faut bien noter qu'aucune découverte
d'une chose que tu cherches tombe sous cette description [..].
Ici
se termine le passage de la lettre. Walpole souligna l'importance
de la sérendipité dans une lettre qu'il a écrit
plus tard :
Ni
qu'il n'y a aucun danger à commencer un jeu nouveau pour
l'invention ; beaucoup de découvertes sont faites par des
gens qui étaient à la chasse de quelque chose de très
différent. Je ne suis pas totalement sûr si l'art à
faire de l'or ou la vie éternelle sont inventés -
mais combien de découvertes nobles ont été
déjà mises en lumière parce qu'on cherchait
ces moyens miraculeux ! Pauvre Chimie si elle n'avait pas eu de
motifs aussi glorieux devant les yeux!
Ce
n'est qu'en 1833 que le mot sérendipité fut imprimé
pour la première fois. C'est à ce moment que la lettre
cité ci-dessus fut éditée avec d'autres lettres
de Walpole.
Il fallu attendre 1875 pour que ce mot sérendipité
soit reprit par quelqu'un d'autre. Le bibliophile et chimiste Edward
Solly l'utilisa alors dans le magazine Notes and Queries
et le lança dans des cercles littéraires. Walter Cannon,
professeur de physiologie au Harvard Medical School, l'importa dans
les sciences exactes avec le chapitre Gains from Serendipity
de son livre The Way of an Investigator, 1945 [investigare
= chercher, chasser, suivre la trace = vestigium (d'un animal)].
L'observation que le hasard joue un rôle quand on fait des
découvertes et des inventions est naturellement plus vieux
que le mot serendipité. Le célèbre physicien
britannique Robert Hooke écrivait déjà en 1679
dans la préface de ses Lectiones Cutlerianae :
[...]
(La plus grande partie de l'invention est un peu un accident heureux
en dehors de notre pouvoir, et comme le vent, l'Esprit de l'Inventeur
souffle si et quand cela est pertinent et nous ne savons presque
pas d'où il vient et s'il est parti). À cause de cela,
il est préférable d'embrasser l'influence de la Prédestination
et d'être diligent pendant la recherche de tout ce que nous
rencontrons. Parce que nous réaliserons vite que le nombre
des observations importantes et Inventions collectées de
cette manière sera cent fois plus grand que ce qui a été
trouvé par n'importe quelle anticipation.
Presque
un siècle plus tard, en 1775, le pasteur et chercheur anglais
Joseph Priestley note dans l'introduction de ses Experiments
and observations on different kinds of air [gaz] :
Les
sujets de ce tome illustrent la vérité d'une remarque
que j'ai faite plus d'une fois dans mes textes philosophiques et
qui peut être difficile à répéter trop
de fois parce qu'elle encourage fortement des recherches philosophiques
: en effet nous devons plus à ce que nous appelons accident,
c'est à dire, philosophiquement parlant, à l'observation
des événements qui se présentent avec des causes
inconnues qu'à n'importe quel bon plan ou théorie
préconçue dans cette activité. Cela n'apparaît
pas dans les oeuvres de gens qui écrivent synthétiquement
sur ces thèmes mais on le voit très bien, je n'en
doute pas, chez ceux qui sont plus célèbres par leur
sagacité philosophique que s'ils écrivaient de façon
analytique et ingénieuse.'
Une
remarque - dont la citation a été souvent erronée
- sur le rôle du hasard a été faite par le chimiste
Louis Pasteur dans son discours d'introduction de doyen de la nouvelle
Faculté des Sciences à Lille en 1854 :
C'était
dans cette mémorable année 1822. Ørsted, physicien
Suédois [Danois], tenait en mains un fils de cuivre réuni
par ses extrémités aux deux pôles d'une pile
de Volta. Sur sa table se trouvait une aiguille aimantée
placée sur son pivot, et tout à coup il vit, (par
hasard diriez- vous peut-être, mais souvenez-vous que, dans
les sciences d'observation le hasard ne favorise que des esprits
préparés) il vit tout à coup l'aiguille se
mouvoir et prendre une position très différente de
celle que lui assigne le magnétisme terrestre. Un fil traversé
par un courant électrique fait dévier de sa position
une aiguille aimantée.
Voila, messieurs, la naissance du télégraphe actuel.
Dans
son manuscrit, Pasteur écrivit 'des esprits préparés'.
Au lieu de cela, fut mprimé 'les esprits préparés',
comme Mirko Grmek le remarqua par la suite. Au-dessus d'une porte
de la Harvard Medical School, on lit d'ailleurs la citation Chance
favors only the prepared mind (Le hasard ne favorise qu'un esprit
préparé).
Onze années plus tard, en 1865, Claude Bernard, qui fut dramaturge
mais plus connu comme père de la physiologie expérimentale
sur notre continent, écrivit à son tour :
J'ai
dit, en effet, qu'il ne faut jamais rien négliger dans l'observation
des faits, et je regarde comme une règle indispensable de
critique expérimentale de ne jamais admettre sans preuve
l'existence d'une cause d'erreur dans une expérience, et
de chercher toujours à se rendre raison de toutes les circonstances
anormales qu'on observe. Il n'y a rien d'accidentel, et ce qui pour
nous est accident n'est qu'un fait inconnu qui peut devenir, si
on l'explique, l'occasion d'une découverte plus ou moins
importante.
Le
sociologue des sciences américain Robert Merton souligna
en 1976 que les faits empiriques aident au commencement d'une théorie.
Il donna alors la définition la plus exacte de la sérendipité
:
Le
phénomène de sérendipité concerne l'expérience
assez générale de l'observation d'une donnée
non-anticipée, a-normale et stratégique qui devient
l'occasion du développement d'une nouvelle théorie,
ou l'extension d'une théorie existante. Chacun des éléments
de ce phénomène peut été décrit
facilement. D'abord la donnée est non-anticipée. La
recherche orientée vers le test d'une hypothèse fournit
un produit à côté par hasard, une observation
inattendue qui concerne des théories qui n'étaient
pas prises en compte au commencement de la recherche.
Deuxième point, l'observation est a-normale, surprenante
et incompatible avec les théories courantes, ou avec d'autres
faits constatés. Dans les deux cas, l'incompatibilité
prima facie éveille la curiosité ; cela incite l'investigateur
à rechercher la donnée pour le mettre dans un cadre
plus large de connaissance. [..]
Troisièmement, observant que le fait inattendu doit être
stratégique, c'est-à-dire qu'il doit permettre des
implications qui concernent une théorie généralisée
nous parlons naturellement plus de ce que l'observateur fait avec
la donnée que sur la donnée même. Parce que
cela demande clairement un observateur sensibilisé à
la théorie, pour lui
permettre le détecter le général dans le particulier.
Pour
Merton, 'sérendipité' est le terme juste pour l'observation
d'un fait surprenant qui est suivi par une abduction (explication)
correcte. Pour distinguer l'abduction de la déduction et
de l'induction, je cite le philosophe pragmatique américain
Charles Pierce qui redécouvrait en 1866 l'abduction, comme
le philosophe portuguais John Poinsot le fit en 1631 :
Il
y a dans la science trois façons de raisonner fondamentalement
différentes, la Déduction (appelée par Aristote
sunagwgh [ςυναγωγη] ou anagwgh
[αναγωγη]), l'Induction (pour
Aristote et Platon epagwgh [επαγωγη]),
et la Rétroduction (pour Aristote apagwgh [απαγωγη],
mais, par erreur souvent traduit par abduction). À côté
de ces trois raisonnements, l'Analogie (pour Aristote paradeigma
[παραδειγμα]) combine
les caractères de l'Induction et de la Rétroduction.
Pierce
regarde l'abduction (il utilisait comme synonymes la rétroduction,
l'hypothèse et la présomption) comme la seule forme
de raisonnement pour découvrir quelque chose de neuf:
[Induction]
ne peut jamais produire une idée, quel que soit son type.
Et la déduction non plus. Toutes les idées de la science
viennent par abduction. L'abduction consiste dans l'étude
des faits et dans la conception d'une théorie pour les expliquer.
L'abduction est le processus de l'imagination d'une hypothèse
explicative. C'est la seule opération logique qui introduit
un idée neuve quelconque; parce que l'induction détermine
une valeur, et la déduction dérive seulement les conséquences
inévitables d'un hypothèse pure. La déduction
prouve que quelque chose doit être. L'induction montre que
quelque chose marche de facto. L'abduction suggère seulement
que cela serait possible. Sa seule justification est que la déduction
peut dériver de sa suggestion un prédiction, qui peut
être testée par induction, et qui, si l'on veut apprendre
jamais quelque chose, ou expliquer de toute façon des phénomènes,
doit être fait via l'abduction.
Le premier phase d'une hypothèse et son développement,
comme question simple ou avec un certain mesure de confiance, est
une étape dérivée, que j'appelle, comme proposition,
l'abduction.
Ici
se terminent les citations de Peirce qui est spécialement
connu par son travail sur le pragmatisme comme méthode de
recherche. Pour cela il est appelé 'pragmaticiste'.
Epilogue
Quand je définis la sérendipité comme le don
de faire des trouvailles, c'est à dire de trouver ce que
l'on n'a pas cherché, qu'est-ce que j'entends par trouvailles?
Je parle de trouvailles si deux ou plusieurs éléments
connus sont combinés originalement aux yeux de l'investigateur,
en quelque chose de neuf et vrai (science), de neuf et utile (technique),
ou de neuf et fascinant (art). Cogito pour 'je pense' signifie littéralement
'je secoue', comme Jacques Hadamard le remarquait. Et une des traductions
possibles pour intelligo est 'je choisis'. Le non-cherché
est relié au chercheur qui l'a trouvé mais n'exclut
pas qu'il cherchait autre chose à ce moment ou avant (ce
qui est souvent le cas). Dans les sciences, on parle de découverte
de phénomènes qui existaient déjà, comme
les rayons X. Dans la technique, on parle d'invention (in-veno =
je viens sur [quelque chose]) de ce qui n'existait pas avant, comme
le 'daguerreotype'. Dans l'art, on parle de création liée
à l'artiste, et Pablo Picasso dit dans son Étude de
femme : 'Je ne cherche pas, je trouve'. Un exemple classique
de sérendipité dans l'art est une expérience
écrite par le peintre russe Vassily Kandinski qui observait
en 1910 quelque chose de miraculeux :
À
Münich, un regard inattendu dans mon atelier m'a rendu perplexe.
C'était à l'heure du crépuscule. Je rentrai
chez moi avec ma valise de peintre. Quand j'aperçus tout
d'un coup, une toile incroyablement belle avec une chaleur intense,
je m'arrêtais et m'approchais rapidement de ce tableau énigmatique
dans lequel je ne voyais rien d'autre que des formes et des couleurs
dont le contour restait incompréhensible. Je trouvais la
clé de l'énigme immédiatement : c'était
un tableau peint par moi qui était posé contre le
mur sur un de ses côtés. Le lendemain, j'essayais à
la lumière du jour de retrouver l'impression que j'avais
reçue du tableau la veille. Mais je n'y réussissais
qu'à moitié. De plus, dans ce tableau mis sur le côté,
je reconnaissais toujours les objets et l'azur délicat du
crépuscule avait disparu. À présent je savais
que 'l'objet' nuisait à mes tableaux.
Après
cette expérience, Kandinski commença à peindre
volontairement de façon complètement abstraite. On
peut considérer qu'il s'agit de la première initiative
de ce qu'on appelle l'art abstrait (abstraho = j'enlève [la
représentation de 'l'objet']).
Si on découvre quelque chose de neuf, il faut des années
pour savoir si c'est nouveau et vrai, utile ou fascinant. Rétrospectivement,
il existe toujours un risque à ce qu'une légende se
forme. La sérendipité d'une trouvaille peut être
facilement sous-estimée ou niée, ou surestimée
ou inventée. Dans la pratique, la sérendipité
joue un rôle de figurant, qui peut être essentiel. La
découverte de Christophe Colomb est éclairante à
cet égard : si le 'Nouveau Monde' n'avait pas existé,
Colomb serait resté inconnu.
L'évolution génétique illustre bien le rôle
de la sérendipité. Chaque mutation d'un gène
est un événement accidentel, non-cherché, sans
but et aveugle. Si la mutation est testée, c'est seulement
ensuite qu'on peut savoir à quel problème la réponse
a apporté une solution. Ensuite, le gène muté
doit encore montrer qu'il a plus de chance de survivre que le gène
non muté.
Dans la culture définie comme 'connaissance transférable',
l'évolution marche exactement dans l'autre direction : le
problème précède la réponse. Mais la
sérendipité joue aussi un rôle dans la culture.
Plusieurs études indiquent que les innovations sont pour
quatre-vingts pour cent des réponses à un problème
connu, comme la pilule contraceptive. Dans les vingt pour cent qui
restent, la découverte est faite avant que la demande soit
connue, par exemple les rayons X.
Mon
cabinet de sérendipités m'a appris les dix points
suivants :
1. La sérendipité
existe comme interprétation juste d'une observation surprenante.
C'est une trouvaille, quelque chose qui 'tombe' sur quelqu'un, sine
anticipatio mentis (sans anticipation de l'esprit), une expression
de Francis Bacon. 'Sans hypothèse a priori', je dirais. Une
vraie innovation est toujours 'sérendipiteuse' sinon elle
ne serait pas nouvelle. Ce qui est vraiment neuf ne peut être
dérivé de ce qui est connu. Si c'était possible,
le résultat ne serait pas vraiment neuf. Le totalement nouveau
peut être trouvé seulement par surprise et pour cela
un événement imprévisible est nécessaire,
comme une anomalie bizarre ('Ciel!') ou une illumination soudaine
('Eurêka!'). Ce qui ne surprend pas ne peut pas être
vraiment neuf. Par exemple, une invention n'est pas brevetable si
elle est évidente, elle doit avoir un élément
surprenant. Le droit anglais précise même que la sérendipité
d'une invention n'est pas une contre-indication pour un brevet.
La volonté d'un dieu, notre inconscient, un plan, une stratégie,
une idéologie, un programme de recherche ou d'ordinateur
ne peuvent jamais anticiper l'inconnu, l'impossible, le contre-intuitif,
l'arrivée des faits, des relations, des points de vue ou
des effets pervers, qui sont surprenants. De même, un système
expert ne peut pas non plus improviser ou être surpris, il
n'a pas de sens de l'humour, il ne peut pas été effrayé
et n'est pas capable de (re)connaître ce qui est vraiment
nouveau.
2. Dans les disciplines expérimentales,
comme la chimie, la physique, la géologie, la médecine,
l'astronomie, la technique et les arts, les exemples de sérendipité
sont fréquents. Dans ces domaines, il est plus facile de
voir et de tester si on a découvert, inventé ou créé
quelque chose de non-cherché : on peut expérimenter.
Dans les sciences humaines, l'expérimentation est rarement
possible parce qu'on ne peut pas isoler complètement la situation
dans laquelle le phénomène se manifeste. Personne
ne sait jamais a priori si une intervention voulue dans un contexte
social a des effets prévus ou non, ou des effets pervers
surprenants ou non. À Bruxelles par exemple, l'Office de
lutte anti-fraude est chargé de découvrir les effets
non-voulus d'un règlement communautaire.
3. La sérendipité
joue un rôle secondaire et essentiel, qui ne doit être
ni surestimé ni sous-estimé. L'astronome et historien
américain Martin Harwit a étudié 43 découvertes
de phénomènes cosmiques et remarqua qu'environ la
moitié de ces observations était sérendipiteuse.
Il commenta ainsi ce résultat : 'Cela jette un peu de doute
sur les critères normaux du 'peer review' parce que les critères
courants reposent sur une justification théorique du travail
que le chercheur veut faire : surtout si on demande du temps pour
[utiliser] un télescope ou pour toute autre chose.'
4. La recherche systématique
et finalisée et la sérendipité ne s'excluent
pas mais sont complémentaires et même se renforcent.
Dans la pratique, la sérendipité peut émerger
en exécutant un projet planifié : dans la trouvaille
de la vulcanisation, un cas de pseudo-sérendipité,
Charles Goodyear trouva ce qu'il cherchait mais sur une route imprévue.
5. En général,
le rôle de la sérendipité dans les sciences,
la technique et les arts est sous-estimé. En effet on rationalise
souvent a posteriori sur la recherche expérimentale et ses
résultats, quand on publie ses résultats. Les éléments
qui ne sont pas rationnels, chronologiques et recherchés,
comme les observations accidentelles ou fortuites, les surprises,
les erreurs, les choses dont on n'a jamais rêvé, les
inconnues qui ont donné des résultats restent alors
dans l'ombre ou sont même dissimulés dans les coulisses
ou derrière le décor. Ensuite la rationalité
pure devient la norme, non seulement quant aux résultats
mais aussi quant à la route qui conduisait à ces résultats.
Des chercheurs rapportent alors leur conclusions comme s'ils les
dérivaient de façon directe et logique de leur première
hypothèse, retirant les indices d'une sérendipité
éventuelle. Un article sur une expérience réussie
est écrit et publié de telle façon que cette
expérience soit reproductible. Ainsi un livre de recettes
de cuisine ne parle pas de la façon dont elles ont été
trouvées. L'inside story, l'histoire derrière la narration,
le 'comment se passait réellement la recherche' manquent.
Un article de ce type est désigné comme 'fraude',
'prophétie rétrospective' ou 'falsification rétrospective'.
Si l'article est lu comme le rapport d'une découverte, il
peut conditionner le lecteur dans sa propre recherche à négliger
les fleurs du bas-côté de la route qui formaient un
bouquet plus beau que les fleurs qu'il a cultivées lui-même
dans son parc. Cela peut donner une perte de sérendipité
: le plan et le but peuvent gâcher l'aventure et le voyage.
Un chercheur aguerri doit garder ses deux yeux ouverts : l'un pour
des observations cherchées et l'autre pour des observations
non-cherchées. Von Laue, le célèbre chimiste
allemand formulait cette idée avec empathie : 'On voit
souvent le mérite sans la chance mais jamais la chance sans
le mérite.'
Harry Beckers, qui fut la figure centrale de la recherche dans la
société Shell avait un oeil ouvert pour la sérendipité
et s'opposait à l'approche dite 'Harvard Business School',
qui présume que l'on peut planifier la recherche et le développement
et que ce secteur doit seulement résoudre des questions sans
'bavarder' à leur sujet :
En tant que
coordinateur de la recherche, on doit être le gardien d'un
système ouvert, à l'abri de la domination bureaucratique.
La planification de la recherche doit été faite
de façon simple. Il faut suivre le planning mais cela ne
doit pas devenir un but en tant que tel. Les vraies idées
à approfondir surviennent souvent sous la douche et les réelles
innovations, les soi-disant quantum jumps, émergent par accident
comme quelqu'un qui, lorsqu'il veut verser le liquide d'un gobelet,
s'aperçoit que ce liquide est devenu solide. Le bon chercheur
se demande alors ce qui se passe... La découverte du polyketon
'Carillon' de Shell est un bon exemple, mais c'est difficile de
l'expliquer à ses clients. Quand on souligne trop la planification,
trop de gens tournent autour du pot sans être dans le pot
lui-même. En
d'autres termes, le bureaucrate devient de plus en plus important
et la recherche réelle disparaît.
6.
Le
Grec Héraclite d'Ephèze (550-475 av. J.C.) aurait
écrit : 'Quand on n'attend pas l'inattendu, on ne le découvre
pas parce qu'on peut pas le trouver et qu'il reste inaccessible.'
Les anciens Grecs avaient même un dieu pour l'inconnu,
jusqu'à ce que, dit le Nouveau Testament, les Chrétiens
viennent, voient et disent que le dieu grec inconnu était
leur Dieu. À ce moment l'histoire prenait, je pense, une
fausse direction. C'est pourquoi je veux maintenant faire revivre
ce dieu ouvert à l'inconnu pour combattre la routine servile
du connu.
7. Les sérendipitistes
sont souvent vus dans la littérature comme des observateurs,
curieux, facilement distraits, intuitifs, judicieux, flexibles,
ayant le sens de l'humour mais étant difficilement gérables
car ils ont un esprit indépendant et un comportement imprévisible.
Ils ne peuvent pas être encadrés de façon autoritaire
car leur motivation est intrinsèque. Un maverick, un serendipity-prone,
un Einzelgänger, un 'oiseau libre' défend sa liberté
académique et la liberté de la recherche en général.
Le fameux physicien américain Irving Langmuir formula cette
exigence de cette manière :
Le
travail n'était pas planifié. Il pouvait être
'poussé' parce que nous étions curieux et passionnés.
On ne peut pas planifier de découvertes mais le travail qui
occasionnera les découvertes. On peut organiser un laboratoire
de façon à obtenir une plus grande probabilité
de résultats utiles. Tout en sauvegardant la flexibilité
et la liberté. Nous savons par exemple, qu'on peut faire
des choses qui ne peuvent pas arriver en les planifiant. La sérendipité
est l'art de profiter de l'inattendu. La liberté de l'opportunité,
telle que développée par la démocratie, est
la meilleure réaction humaine face à des phénomènes
divergents. On peut définir la sérendipité
comme l'occasion de profiter de l'inattendu.
Detlev
Bronk, ancien président de l'Académie des Sciences
aux États-Unis, conseillait : 'Fais tout pour attirer
les meilleurs mais ne te met pas sur leur chemin.' Les résultats
de la recherche fondamentale sont, on le sait, imprévisibles,
parce que la recherche fondamentale étudie aussi les trouvailles
qu'elle prend au sérieux. R. Pattle décrit ce phénomène
:
Certaines
écrivains parlent d'une découverte qui n'était
pas cherchée comme 'accidentelle' ou 'non voulue'. Ce qui
n'est jamais vrai. Les observations sont faites parce que l'observateur
a un oeil pour chaque aberration. La découverte des substances
qui abaissent la tension de la surface de l'intérieur du
poumon a été faite par un ensemble de circonstances
et n'est pas simplement un produit du hasard ou de la fortune.'
8.
Quand je définis l'intuition (in-tueri = regarder
vers) comme une anticipation que je ne peux pas expliquer ni avant
ni après, je suppose que la sérendipité commence
au-delà de l'intuition. Mais ce n'est pas aussi simple. Dans
la pratique, la sérendipité est une intuition en développement,
fondée sur une orientation, expérience ou problème,
qui est plus générale que ce qui est étudié
par le chercheur. Son esprit est préparé à
cela. Son anticipation schématique est fondée sur
une intuition orientée par un problème spécifique
et/ou fondée sur son expérience. Dès que le
chercheur fait une observation surprenante, il interrompt ou arrête,
son travail 'normal' pour un moment, en vue de l'exploiter et de
l'expliquer par son sens de la sérendipité, son intuition,
sa connaissance, sa logique et son expérience. Wilhelm Röntgen
est un bel exemple : en sept semaines, il explora et publia ce qu'il
appelait rayons X. 'X' est le symbole mathématique - d'origine
arabe - pour l'inconnu.
La sérendipité est l'art des oeillères démontables.
Aussi un sérendipitiste a besoin d'oeillères, quand
il recherche et étudie, mais il peut les enlever, et il le
fait aussi quand il observe un fait surprenant, qu'il veut interpréter
pour en donner une explication correcte, ou une stratégie
émergente. Mais dans ce cas, on a besoin d'espace et d'occasion
pour le 'bootlegging' (on escamote des produits, comme de l'alcool,
dans le haut de ses bottes), pour 'jouer dans le temps du chef',
et pour 'l'expérience du vendredi après-midi'. Dans
le laboratoire de recherche et développement de Shell, cette
recherche personnelle représente 10% du temps de travail,
chez DuPont 20% et à 3M 30%. Presque partout il existe une
recherche clandestine, ou 'de tiroir' (comme on l'appelle au Pays-Bas)
: on cherche ce qu'on veut, on met les résultats dans un
tiroir, on demande de l'argent pour chercher et trouver soi-disant
ces résultats et si l'argent est donné, on peut continuer
à faire ce qu'on veut. Les résultats 'rêvés'
de cette recherche payée sont extraits du tiroir quand le
financier les demande. Ainsi, dans la Russie communiste, les plans
quinquennaux étaient remplis avec des recherches précédemment
réussies, qui n'avaient pas encore été publiées.
Cette tradition de 'recherche de tiroir' existe dans toutes les
disciplines scientifiques et devient de plus en plus importante,
parce que c'est une ruse de chercheurs pour défendre la liberté
académique vis-à-vis des bureaucrates qui accordent
des crédits de recherche. Cette 'politique de tiroir' est
un forme de fraude structurelle, légère mais elle
augmente au fur et à mesure que la bureaucratie, qui paye
la recherche originale, domine. Elle est aussi une perte de temps
du côté des chercheurs et des distributeurs de subventions
et donne l'idée fausse que la recherche scientifique originale
pourrait être planifiée. Naturellement, dans l'investigation
scientifique il faut planifier, mais un plan n'est jamais sacré.
Pour souligner cela, la société hollandaise des chimistes
a déjà donné un premier prix de sérendipité,
en 2003.
9. Un expérimentateur
qui teste une hypothèse et observe une anomalie (une anormalité
qui ne correspond pas à ses idées, opinions, préjugés,
dogmes et connaissances) pense d'abord, naturellement, qu'il a fait
une erreur. Quand il a exclu cette possibilité, sa réaction
secondaire consiste à expliquer autrement le phénomène
aberrant pour comprendre quand même l'anomalie. Si cette explication
est suffisamment intéressante, élégante et
simple, il peut et veut en faire une nouvelle hypothèse de
travail, et la tester expérimentalement, indépendamment
de l'anomalie, pour éviter de 'penser en rond'. La recherche
scientifique boîte, marche, danse et saute alors sur deux
jambes : l'une pour tester une hypothèse et l'autre pour
expliquer une anomalie surprenante. Alors la méthode hypothético-déductive
et la méthode anomalie-abductive (= sérendipité)
ne s'excluent pas, mais alternent, se complètent et sont
même en synergie. Naturellement toutes les anomalies n'émergent
pas pendant le test des hypothèses, et les hypothèses
n'émergent pas toutes comme explications des anomalies. Néanmoins
le test d'une nouvelle hypothèse ne fournit pas toujours
une anomalie fraîche et une anomalie ne donne pas non plus
toujours une nouvelle hypothèse.
Le physicien américain Robert Curl est co-découvreur
de la 'bucky ball', une molécule de soixante atomes de carbone
qui a la forme du sommet des angles des sutures d'un ballon moderne
de football. La découverte de cette molécule est un
exemple classique d'une anomalie non-attendue, qui émerge
pendant une expérience scientifique et qui a été
observée et expliquée correctement par la suite. Après
avoir reçu un Prix Nobel (partagé) pour cette découverte,
Curl insista, dans son intervention, sur la place et le contexte
de l'anomalie comme phénomène :
Dans
la science, l'hypothèse conduit l'expérience et la
théorie, parce que c'est seulement par l'imagination des
hypothèses que nous pouvons diriger nos expériences
et théories. Ce n'est que si ceci et cela est vrai, que je
serai capable de faire cette expérience, de chercher ce résultat
spécial ou d'arriver à cette formulation théorique.
À l'inverse, l'expérience et la théorie conduisent
aussi l'hypothèse. Quelqu'un fait une observation sensationnelle
ou a une illumination soudaine et on commence à spéculer
sur ces implications et à imaginer des hypothèses
possibles. Mais toutes les hypothèses ne sont pas valables
ou utiles.
10.
Nous sommes trop éduqués avec l'idée que la
connaissance progresse d'une question à une réponse,
d'une hypothèse à une thèse. Aussi l'examen
des connaissance se fait par un questionnaire à 'choix multiples'
dans lequel les questions sont préformulées et suivies
de réponses préformulées dont on ne peut extraire
qu'une seule réponse juste (en fait c'est un choix singulier
et non 'multiple'). Cela peut donner sans le vouloir l'idée
que, dans le domaine de la recherche scientifique, la connaissance
croît d'une hypothèse juste à une réponse
juste. Mais dans la recherche, ni la question juste, ni la réponse
juste ne sont données avant. De même on ne sait ni
si elles existent, ni si on peut les trouver et comment. En outre,
à propos d'une observation sérendipiteuse, la pratique
scientifique nous apprend que la route entre la question et la réponse
est prise en sens contraire. Cela veut dire non de la question à
la réponse, mais d'un fait surprenant à un nouveau
problème (= hypothèse). Dans la tradition actuelle
de l'enseignement et de l'examen des connaissances, on n'apprend
presque pas à chercher, trouver et formuler des questions
justes et des réponses correctes. Très rarement, on
apprend à aller d'une observation surprenante à un
problème original. Par exemple, il n'y a pas de travaux pratiques
dans lesquels il émerge un phénomène inattendu
et non-annoncé, qui serait soumis à un étudiant
pour voir ce qu'il en ferait. Ce qu'on n'enseigne pas explicitement,
c'est de dériver des hypothèses fraîches à
partir d'un fait bizarre. C'est-à-dire de raisonner de ce
qu'on ignore, ne comprend pas, ou ne maîtrise pas, vers un
problème neuf, utile et vérifiable.
En 1901, le Français Louis Leprince-Ringuet distinguait clairement
le vrai chercheur de l'écolier :
Celui qui
trouve ce qu'il cherche fait en général un bon travail
d'écolier ; pensant à ce qu'il désire, il néglige
souvent les signes, parfois minimes, qui apportent autre chose que
l'objet de ses prévisions. Le vrai chercheur doit savoir
faire attention aux signes qui révéleront l'existence
d'un phénomène auquel il ne s'attend pas.
Conclusions
Des sérendipités, ou des illuminations, sont, comme
le psychologue cognitif allemand Otto Selz l'écrivait, le
résultat d'une anticipation schématique très
générale qui était présente dans l'esprit
de l'observateur et qui a été provoquée par
un événement externe. La fortune sérendipiteuse
peut émerger de façon inattendue mais elle ne survient
que dans un esprit préparé par un intérêt,
une pensée ou une expérience préexistante.
Mais après l'étude de centaines de cas de sérendipité,
ce point de vue apparaît néanmoins discutable. Comme
pour toutes les opérations intuitives, la sérendipité
pure ne peut pas être planifiée, programmée
ou générée par un ordinateur. Dès qu'on
peut la programmer, on ne peut pas la nommer sérendipité.
Ce que je peux seulement programmer c'est que, si quelque chose
d'imprévu se passe, l'utilisateur agira par lui-même
pour essayer de comprendre l'observation surprenante. Et je peux
éventuellement spécifier les conditions nécessaires
pour l'émergence de ce fait surprenant. Est-ce accidentel
ou structurel et quels sont les élément en jeu? 'Les
problèmes non-cherchés se manifestent quand on approfondit
l'étude,' écrivait Selz.
Aussi mes exemples de sérendipité pure semblent indiquer
que les systèmes experts peuvent assister les experts mais
non s'y substituer. La sérendipité est définie
comme le talent à faire des trouvailles. On ne peut pas la
planifier mais on peut la souhaiter pour le lecteur et moi-même,
au-delà de notre fantaisie et de nos paradigmes. Dans ce
cas, comme le disait Umberto Eco, il ne faut mépriser
aucune source.
'Être préparé, c'est tout,' comme le
disait Hamlet : 'Readiness is all.' L'orientaliste néerlandais
Snouck Hurgronje, qui avait le courage de visiter la ville interdite
de la Mecque avec un déguisement, disait en 1900 : 'Quand
je vois la femme Fortuna, je la prends et je la baise'. Ensuite
la sérendipité fut définie comme 'rechercher
une aiguille dans une botte de foin et en sortir avec la fille du
paysan'.
Pour
finir, le typescript The Travels and Adventures of Serendipity
de 1958, par Robert Merton & Elinor Barber, jamais
encore édité, est publié par les Princeton
University Press, en février 2004.
251 années après la naissance du mot serendipity,
c'est donc le moment idéal pour incorporer enfin les mots
sérendipité, sérendipiteux et sérendipitiste
dans les dictionnaires français.
Le mot 'trouvaille' est le plus proche, mais sa connotation est
légèrement péjorative. Est-ce un hasard ?
© Automates
Intelligents 2005
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