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25 janvier 2005
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemint
Pourquoi n'existe-t-il pas davantage de web-radios
dans le domaine de la communication scientifique ?
Il
est classique de regretter que les chaînes de la télévision
publique françaises ne fassent aucun effort pour produire
des séries documentaires et éducatives – ce
dont de leur côté ne se soucient pas les chaînes
privées. Le coût de réalisation d’un documentaire
d'une durée d'une heure serait, selon les sujets, de 100.000
à 1 million d’euros. Le budget des chaînes publiques
permettrait donc d’en proposer un certain nombre(1),
s’il n’était pas gaspillé en actions sans
portée réellement éducative. Il en résulte
que l’essentiel des heures d’écoute est consacré
aux émissions en flux produites par les sociétés
détenues par les «animateurs» qui ont en quelques
années réussi à monopoliser le secteur public.
Ce n’est pas à ceux-ci qu’il faut demander de
se soucier d’élever le niveau de connaissance scientifique
et culturelle du public L’histoire s’interrogera sur
cet étonnant phénomène d’accaparement
par des aventuriers sans scrupules. La responsabilité principale
en incombe aux gouvernements de gauche et de droite qui ne se sont
jamais soucié du rôle éducatif de la télévision.
On dira qu’ARTE sauve l’honneur de la télévision,
mais ARTE ne fait pas partie du secteur public audiovisuel.
Assez curieusement, on ne constate pas sur les radios ce même
mépris pour l’information documentaire et éducative.
C’est France Culture, évidemment, qui est à
citer en tête du tableau d’honneur. Tout n’y est
pas présenté de la façon la plus susceptible
d’attirer une large audience (pour dire cela gentiment) mais,
d’une façon générale, il ne se passe
pas de jours sans qu’un thème de grande portée
culturelle ou politique n'y soit présenté et discuté.
De plus, France-Culture a joué la carte du web dès
que l’Internet est vraiment entré dans les moeurs,
en complétant ses émissions radio par des références
en ligne et en permettant la réécoute de certaines
d’entre elles en web-radio.
Aujourd’hui,
France Culture annonce un nouveau pas en ce sens. Elle offre depuis
le 20 décembre, à partir de son site, l’accès
à deux web-radios, l’un, Les Chemins de la Connaissance
dédié à la connaissance en général
et l’autre, Les Sentiers de la Création, consacré
à la création artistique contemporaine, L’auditeur
accèdera à un certain nombre d’heures de programme,
enregistrées mais jusque là inaccessibles. Il pourra
aussi écouter des émissions en rediffusion(2).
Tout ceci est encore bien timide : peu de contenus, des horaires
trop restreints, pas de véritable promotion. France-Culture
craint-elle de se faire elle-même concurrence face à
ses émissions en temps réel ? Se heurte-t-elle à
des problèmes de droits d’auteur ? On imagine pourtant
ce qui pourrait être fait si la radio développait vraiment
le concept d’une banque d’émissions aux thèmes
très diversifiés et accessibles sans limitation de
temps (au moins aussi longtemps qu’il existerait une demande
provenant des auditeurs). Le coût de la conservation des enregistrements
va devenir de plus en plus faible. Il serait certainement très
stimulant pour les auteurs de demeurer en ligne sine die (avec un
bon moteur de recherche pour les retrouver).
Evidemment, une telle politique serait à coupler avec celle
de grands organismes dédiés à la connaissance,
comme le Collège de France, la Bibliothèque nationale
de France, l’Institut national de l'audiovisuel, certaines
universités ou sociétés dites savantes. Quand
on considère tout ce qui se dit et s’écrit dans
ces lieux, dont il ne reste rien, tout au moins pour le grand public
et les enfants des écoles, on mesure l’ampleur du gaspillage
et le peu d’intérêt manifestées par nos
élites intellectuelles dans cette quête(3).
Mais après tout, les organismes qui, comme nous, prétendent
publier des contenus «intellectuels» en Open Source
sur le web, pourraient aussi commencer à mettre en ligne
des articles en présentation orale, voire de véritables
cours (pour les courageux). C’est ce que fait l’INRIA,
comme nous l’avions signalé il y a quelques semaines.
Qu’attendons-nous, les uns et les autres, pour généraliser
cette démarche ?
(1)
Et lorsqu'elles en produisent, elle sont les premières
à les déprogrammer si besoin où à les
diffuser à des heures impossibles. Citons par exemple l'excellent
documentaire "Intelligence superficielle" écrit
et réalisé par Vincent Maillard (produit par Stations
services) déprogrammé deux fois, sauvé du passage
à la trappe grâce aux réclamations de téléspectateurs
indignés, mais diffusée alors à des heures
tardives (23h50 le 5/11/04 et 4h00 du matin le 12/11/04). Un document
intelligent à l'écriture originale, dans lequel sont
traités la suprématie de l'économie, les brevets
de logiciels, la recherche robotique et les mutations des machines,
Internet, la naissance de la conscience au sein de la matière,
la génétique et le problème du clonage, les
nanotechnologies... Voir http://contrecourant.france2.fr/article.php3?id_article=213
(2) Voir http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/...
(3) A titre d’exemple, beaucoup
de gens se plaignent de ne plus pouvoir obtenir sur le web la rediffusion
du Colloque du Collège de France consacré au thème
de la Science européenne. Reste le résumé
que nous en avons fait sur ce site, mais cela ne suffit
pas.