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11 novembre 2005
par Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
"Crise" des banlieues : Pour un projet
national de développement et d'intégration (PNID)
Nous
ne pouvions pas ne pas intervenir (et surtout dans cette rubrique
"Echanges" dans le débat national intéressant
ce que l'on appelle parfois "la crise des banlieues".
Mais nous avons essayé de le faire en nous inspirant de l'esprit
qui anime notre revue et, sans doute aussi, ses lecteurs.
Ce
texte n'est qu'une première rédaction, qui méritera
d'être précisée. Automates-Intelligents.
Soyons
vraiment visionnaires et irréalistes. Imaginons un nouveau
modèle français de développement et d'intégration.
Nos
amis étrangers peuvent rire de la faillite du modèle
français d'intégration, nous ne devons pas nous laisser
intimider et renoncer à cet idéal, malgré des
difficultés ressenties d'ailleurs depuis longtemps.
Mais ce n'est pas le modèle libéral anglo-saxon qui
va venir à notre secours. C'est à nous de faire le
très grand effort d'abandonner les vieilles idées
et de nous placer dans les perspectives technologiques et politiques
qui seront celles du XXIe siècle afin de donner à
ce modèle français une nouvelle jeunesse. Cette note
constitue un premier projet en ce sens.
Le
développement des zones défavorisées et l'intégration
des exclus de l'actuel système à la française
supposent plusieurs approches différentes mais convergentes
qui pourraient être rassemblées dans un projet national
de développement et d'intégration (PNDI), allant bien
au-delà des politiques actuelles de la ville ou de la cohésion
sociale. Quelles en seraient les bases ?
1.Faire appel systématiquement
aux nouvelles sciences et technologies à
la fois pour créer de nouvelles activités et pour
enseigner de nouvelles compétences et de nouveaux savoir-faire.
On pourra se placer dans la perspective des zones franches et des
pôles de compétitivité, mais pas exclusivement.
La France est en train de perdre la course aux innovations scientifiques
et technologiques. Il faut rattraper ce retard mais le faire de
façon immédiatement utile à l'objectif général
du PNID. Citons :
Les nouvelles
technologies de construction et d'aménagement de l'espace.
De nombreux matériaux et méthodes architecturales
à la fois économiques et «verts» permettent
de concevoir de nouveaux habitats échappant aux contraintes
de la construction traditionnelle.
Les nouvelles
technologies d'économie d'énergie et de production
d'énergies renouvelables de proximité. Celles-ci
sont les compléments des précédentes. On
y associera les technologies généralement spatiales
permettant de mieux gérer les ressources naturelles, lutter
contre l'effet de serre, etc.
Les nouvelles
technologies de transport sur de courtes distances, permettant
les désenclavages. Plus difficiles à mettre en oeuvre
car devant s'inscrire dans des zones déjà très
occupées, elles peuvent pourtant dans certains cas être
intéressantes.
Les nouvelles
méthodes de la formation et de l'éducation en réseau.
Tous les usages sociétaux de l'Internet et du multimédia
en découlent, y compris les loisirs et la création
artistique. Là comme dans les deux cas suivants, les ressources
potentielles sont immenses, mais leur déploiement est bloqué
par le conservatisme général.
Les nouvelles
méthodes de suivi sanitaire et médical en réseau.
Et finalement
tous les métiers de l'informatique et des télécommunications,
depuis la fourniture de services et contenus jusqu'à la
maintenance et l'aide à l'appropriation.
Tout ceci n'a rien d'original. C'est ainsi que l'Inde s'efforce
de faire, de façon un peu différente et avec des
difficultés bien supérieures aux nôtres, dans
le cadre de son projet global dit de «Ressources de
village».
2.
Sur la base de ce qui précède, requalifier
les acteurs existant et créer systématiquement de
nouveaux acteurs. Il existe actuellement des administrations,
des entreprises, des associations et des bénévoles
ayant une expérience dans ces domaines, mais rien ne les
incite à embaucher et former les dizaines voire centaines
de milliers de jeunes (ou retraités expérimentés)
susceptibles d'assurer les ressources humaines nécessaires
au PNID. Lorsque ces acteurs ont disparu ou n'existent pas il faut
en créer de nouveaux. On partira de l'idée que sur
tout le territoire existent des germes ou des pilotes pour la création
de nouvelles activités. On fera appel à eux pour créer
des pôles locaux de développement et d'embauche, dans
le cadre de programmes couvrant autant que possible l'ensemble des
besoins ressentis.
Comment procéder en pratique ? Une solution consisterait
à ouvrir de très nombreux "chantiers" sur
tout le territoire, visant des objectifs concrets: construire ou
reconstruire des logements ou un quartier, monter des ateliers de
production d'énergie, installer des centres de formation
aux nouvelles technologies ou par les nouvelles technologies, etc.
Ces initiatives devraient être financées "à
perte" pendant plusieurs années, comme indiqué
ci-dessous. Elles pourraient donc recruter de nouveaux stagiaires
et salariés, à partir de l'apport d'entreprises ou
d'administrations existantes. Celles-ci seraient également
subventionnées pour participer et élargir leurs activités.
Les collectivités locales, essentiellement les maires, joueraient
un rôle important dans la mise en place et le suivi du dispositif.
3.
Résoudre
la question des crédits et des modèles économiques,
en refusant délibérément les contraintes actuelles.
Si on considère que toute nouvelle activité doit être
financée dans la perspective d'un retour sur investissement
quasi immédiat, on ne peut rien faire - ceci qu'il s'agisse
des budgets publics ou privés. Pour échapper à
ce blocage, il faut partir du principe que, sans des solutions budgétaires
et comptables révolutionnaires (quoique jadis déjà
expérimentées en temps de guerre dans les pays capitalistes
eux-mêmes), la collectivité nationale périclitera
dans une suite successive de crises de plus en plus graves.
Autrement
dit, il faudrait en revenir aux solutions d'interventionnisme de
type keynésien.
Rappelons que pour Keynes, afin de sortir de la crise de 1929, il
fallait que l'Etat fasse sans souci immédiat de bénéfice,
les dépenses de relance nécessaires, notamment en
grands travaux. Adapté à notre époque, le keynésianisme
signifie qu'il faut accepter des déficits publics de plusieurs
dizaines de milliards d'euros supplémentaires pour financer
- momentanément à perte - les investissements indispensables.
Les bénéfices ne se feront sentir qu'à long
terme mais alors ils pourraient dépasser largement les mises
initiales.
Ces
investissements seraient-ils générateurs d'inflation
? En fait, pratiquement pas et ceci pour deux raisons. D'une part
parce que les ressources nécessaires aux investissements
ou résultant de l'augmentation des salaires distribués
seraient très largement prélevées sur des réserves
aujourd'hui disponibles et très largement sous-employées
(pas besoin d'importer). D'autre part parce que les dépenses
engagées se traduiraient à échéance
de quelques années par de nouveaux produits ou usages susceptibles
d'être commercialisés, y compris à l'exportation.
Ajoutons que le fait d'avoir formé et fait travailler dans
des créneaux porteurs des centaines de milliers de jeunes
serait à lui seul à la fois un investissement humain
essentiel et une façon d'éviter les pertes résultant
des désordres qui nécessairement se produiraient autrement.
Le
seul problème à résoudre - si on accepte ce
point de vue - est de mettre au point un dispositif permettant des
prêts à terme de 10 à 20 ans, et les procédures
de gestion destinées à éviter les gaspillages
et abus de toutes sortes - qui ne manqueront pas de se produire
(comme dans les économies de guerre d'ailleurs). Ceci n'a
rien de particulièrement difficile. Ce l'est moins en tous
cas que tenter de moraliser les comportements de la finance internationale.
4.
Faire
admettre un tel PNDI aux autres pays européens.
Comme ceux-ci sont, de façon différente, menacés
par des ruptures violentes du type de celles ayant commencé
à se manifester en France, il serait sans doute facile à
notre diplomatie de négocier des statuts dérogatoires
des règles de la zone euro, de l'union européenne
et de l'OMC dont pourraient se prévaloir tous nos voisins.
Ajoutons
que ce programme permettrait aux Européens de lancer de nombreuses
actions de co-développement avec les pays d'Afrique, afin
d'y créer sur place une activité indispensable.
Note:
un exemple à citer parmi de nombreux autres possibles: http://fab.cba.mit.edu/.
Mais cela se passe aux Etats-Unis. Il s'agit du fameux Massachusetts
Institute of Technology (MIT).