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Les futures guerres pour les ressources naturelles.
Gaïa
Dans
un discours devant le prestigieux Royal Institute of International
Affairs (Club politique britannique dit dorénavant Chatham
House, http://www.chathamhouse.org.uk/),
le secrétaire à la défense John Reid a prédit
la venue prochaine de violents conflits pour l’accès
aux ressources naturelles : terre arable, eau et énergie
à usage domestique. Pour lui, la crise humanitaire au Darfour
est le signe avant coureur de tels conflits, qui devraient se généraliser
dans les prochaines années.
Les pays sous-développés en seront les premières
victimes, mais les pays riches n’y échapperont pas.
Avec la montée du niveau des eaux, la disparition des sources
d’eau potable, la ruine des agricultures traditionnelles devant
la désertification et la pollution, les pays riches situés
dans les zones tempérées ne pourront plus préserver
leurs privilèges. Les guerres pour les ressources vitales
vont devenir un phénomène mondial.
Cet avertissement est significatif d’une nouvelle inquiétude
se répandant chez les prévisionnistes occidentaux.
Au lieu d’imputer les futurs conflits à de prétendues
guerres de civilisations à base religieuse, les experts les
voient éclater au sein de populations désespérées,
qui n’auront plus rien à perdre et qui se transformeront
en combattants autrement irréductibles et nombreux que les
éventuels combattants de la foi. Les pays riches seront confrontés
à des marées humaines impossibles à contenir,
plus ou moins pacifiques au départ puis de plus en plus violentes.
On en a de petits exemples aux frontières méridionales
de l’Europe, en provenance notamment de l’Afrique sub-saharienne.
Les Etats-Unis enregistrent la même chose, sur une échelle
sans doute moindre, le long de la frontière avec le Mexique.
Les tensions actuelles ne sont rien par rapport à celles
qu’exerceront des centaines de millions de personnes chassées
de leurs territoires traditionnels par les futurs désastres
résultant des changements climatiques.
Le même diagnostic avait été présenté
dans un rapport préparé par le ministère de
la Défense américain en 2003, intitulé "An
Abrupt Climate Change Scenario and Its Implications for United States
National Security". Ce rapport prévoyait, contrairement
à une opinion répandue, que les changements climatiques
ne seront pas lents et gradués, laissant le temps aux adaptations.
Ils seront au contraire brutaux et cataclysmiques : remontées
brutales des eaux, cyclones de grande amplitude, sécheresses
et désertification (dust bowl). Les survivants se
battront d’abord entre eux avant de s’en prendre à
des voisins plus lointains mais plus favorisés. Pour les
auteurs du rapport, la confrontation militaire sera inévitable.
Mais que signifiera-t-elle exactement ? Verra-t-on s’affronter
des foules peu armées et les troupes surarmées et
suréquipées des pays riches ? Ne verra-t-on pas plutôt
des minorités terroristes issues des pays démunis
et utilisant les armes de destruction massive circulant déjà
largement dans le tiers monde porter la guerre au sein même
des sociétés considérées comme favorisées
? De toutes façons, bâtir des fortifications et développer
des armes de plus en plus sophistiquées ne servira à
rien aux pays riches. On le voit déjà en Irak où
la plus puissante armée du monde est désormais incapable
de l’emporter sur des combattants tribaux.
C’est que l’humanité ne sera pas seulement confrontée,
comme on le dit souvent, à des problèmes de type environnementaux.
Elle verra se désintégrer des sociétés
entières. Les sociétés pauvres s’effondreront
les premières, sous l’effet de la famine et des migrations
de masse. Les sociétés riches les rejoindront dans
la destruction générale de leurs modes de vie et de
leurs valeurs prétendues humanitaires, ceci au prétexte
de se protéger contre l’assaut des pauvres. On risque
de voir se généraliser les situations provoquées
par les persécutions nazies en Europe de l’Est et en
Russie, où des foules déplacées et paniquées
étaient soumises à la loi du plus fort.
Les Etats développés auront sans doute leurs opinions
publiques pour eux s’ils recourent à la force pour
se défendre. Mais ce sera oublier que c’est l’égoïsme
de ces mêmes Etats qui aura été, pendant les
premières décennies du 21e siècle, le déclencheur
des catastrophes. Les Etats-Unis, premiers pollueurs de la planète,
continuent à refuser toute mesure efficace de limitation
de la production des gaz à effet de serre. Ils seront bientôt
rejoints par les Européens, jusque là en pointe dans
ce combat.
Ceci est si vrai que le chancelier de l’échiquier Britannique
Gordon Brown, candidat à la succession de Tony Blair, s’inquiète
lui-même, à la suite d’un autre rapport qui vient
de lui être remis et qui sera rendu public cet automne (Voir
The Independant http://news.independent.co.uk/environment/article353476.ece)
de voir que le Premier ministre, après s’être
fait le champion de la lutte contre les changements climatiques,
serait sur le point d’entériner le non respect par
la Grande Bretagne des objectifs de réduction annoncés
précédemment. L’Union Européenne dans
son ensemble devrait suivre le même exemple. Les objectifs
annoncés seront abaissés d’au moins 20%. La
raison de ce recul sera la volonté de ne pas défavoriser
les industries nationales en leur imposant des critères de
protection du climat qui ne pèseraient pas sur leurs concurrentes
américaines et asiatiques. Gordon Brown, au contraire, manifeste
l’intention de tenir bon sur les objectifs de réduction
annoncés par la Grande Bretagne. C’est tout à
son honneur. Mais se fera-t-il entendre, et persévérera-t-il
?
De toutes façons, les objectifs de Kyoto sont insuffisants
pour prévenir les changements climatiques, comme le répète
désormais l’International Panel on Climate Change (IPCC).
Il faudrait adopter des mesures radicalement différentes
de celles envisagées, notamment pour abandonner définitivement
et rapidement tout recours aux énergies fossiles.
Ceci
n’aurait qu’une signification claire : investir massivement
dans le nucléaire. Des environnementalistes convaincus et
peu suspects de démagogie à l’égard de
l’industrie nucléaire le disent dorénavant plus
ou moins haut. C’est le cas de James Lovelock, auteur de la
célèbre hypothèse dite Gaïa, selon laquelle
la Terre se comporterait comme un organisme vivant capable dans
certaines limites de réparer les atteintes à son homéostasie.
Aujourd’hui, pour Lovelock, les capacités d’adaptation
de Gaïa sont saturées. Il recommande, dans son livre
« The Revenge of Gaïa » (Allen Lane, 2006)
la généralisation de l’énergie atomique,
de fission d’abord, de fusion ensuite. La moindre des choses,
avant de le lui en faire reproche, serait de lire son ouvrage.