Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Trous noirs ou étoiles à énergie
noire (gravastars)
L’opinion
publique éclairée (celle des lecteurs de revues scientifiques
de vulgarisation) s’était habituée à
l’existence possible des trous noirs. Voici une vingtaine
d’années que les cosmologistes théoriciens nous
avaient convaincu qu’en application de la relativité
générale (RG) les étoiles d’une masse
adéquate (supérieure à celle de notre soleil)
devaient, après avoir épuisé tout leur hydrogène,
s’effondrer sur elles-mêmes sous l’effet de la
gravitation. Le nouvel objet extrêmement dense ainsi formé
pouvait, dans certaines conditions, atteindre une densité
telle qu’il se transformerait en Singularité, c’est-à-dire
en un nouvel objet non descriptible par les lois de la physique
ordinaire. Ses dimensions seraient inférieures à celle
du point mathématique, autrement dit il disparaîtrait
de notre espace. Mais sa masse serait telle qu’elle continuerait
à attirer les particules situées à son voisinage.
Celles-ci seraient avalées, au terme d’un processus
d’accrétion. Elles ne pourraient plus en ressortir.
Le temps s’y arrêterait. L’information engloutie
y serait à jamais perdue. D’où le nom de trou
noir donné à la nouvelle entité. Mais le trou
noir resterait présent dans notre univers. Bien qu’invisible,
il continuerait à exercer différents effets sur son
environnement, soit directement soit à ses frontières,
effets mesurable par nos instruments(1).
L’hypothèse
du trou noir (selon laquelle une étoile massive s’effondrant
gravitationnellement sur elle-même donnerait naissance à
une Singularité au-delà de laquelle se trouverait
un autre univers dont la physique relativiste ne pouvait rien dire
) a rejoint celle selon laquelle notre univers actuel serait né
d’une autre Singularité, le Big Bang. Celle-ci a été
émise à la suite de diverses observations astronomiques,
paraissant démontrer la fuite des galaxies et l’expansion
de l’univers. En remontant l’histoire à l’envers,
on à imaginé un évènement unique générateur,
le Big Bang. On sait que de plus en plus de physiciens remettent
en cause le concept de Big Bang, mais celui-ci demeure encore fermement
implanté. On pourrait dire que le Big Bang représente
l’émergence du temps et de l’espace dans notre
univers. Autrement dit, il marque la frontière au-delà
de laquelle commence le règne de la physique relativiste.
Mais
à la question constamment posée : «Qu’est
ce qu’il y avait avant le Big Bang ?» les physiciens
relativistes ne peuvent rien répondre de précis. La
barrière de la Singularité, autrement dit de l’inconnaissable,
délimite pour eux dans les deux sens les limites de l’intelligibilité,
la limite avant (avant le Big Bang) et après (après
l’effondrement gravitationnel). On sait que dans les hypothèses
qui avaient encore cours il y a quelques années, selon lesquelles
l’univers pourrait, après une phase d’expansion,
se contracter à nouveau et s’effondrer sur lui-même,
au cours d’un évènement baptisé Big
Crunch, on retrouvait la Singularité initiale et la
question de l’avant l’univers, transformée en
question de l’après. L’univers, après
le Big Crunch, dans ce cas, pourrait sans doute devenir un gigantesque
trou noir.
Il
est difficile sinon impossible de refuser les modèles de
trous noirs si l’on s’en tient à la RG. Cette
dernière a été vérifiée, depuis
Einstein, par des expériences si nombreuses qu’elle
ne parait pas contestable, tout au moins quand on s’en tient
aux postulats posés par Einstein lui-même et jamais
remis en cause depuis. Le concept de trou noir est donc devenu quasi
incontournable. Toute une littérature s’est développée
autour de lui, y compris dans des domaines qui relèvent d’une
cosmologie théorique encore invérifiable aujourd’hui
faute des instruments adéquats, cosmologie que certains estiment
confiner à la métaphysique. Pour ne citer que des
exemples récents, évoqués dans cette revue,
le physicien Paul Wesson explore l’idée qu’un
trou noir comporte plus de 4 dimensions, et que l’une de ces
dimensions supplémentaires, en l'espèce la 5e, convenablement
développée, pourrait rendre le trou noir habitable.
D’où la conclusion qu’il en tire : peut-être
vivrions nous à l’intérieur d’un gigantesque
trou noir, aux dimensions de notre univers. Mais, comme nous allons
le faire plus en détail ci-dessous, dans cette approche,
Paul Wesson tente d’établir un pont entre la RG et
la mécanique quantique (MQ) afin de décrire le «
vide » qui se trouverait au-delà des Singularités
relativistes et qui constituerait en fait le tissu même d’un
univers profond(2).
Avant
Wesson, de nombreux scientifiques ont utilisé le concept
de Big Bang (et corrélativement celui de trou noir) comme
brique fondamentale pour élaborer un modèle darwinien
de l’évolution cosmologique. Nous avons précédemment
indiqué que dans un de ses ouvrages, le physicien de la gravitation
quantique en lacet Lee Smolin avait fait la supposition que, dans
l’hypothèse des univers multiples, les univers surgissant
en permanence évoluaient en concurrence les uns avec les
autres, et que les plus aptes à se reproduire le faisaient
en générant un plus grand nombre de Big Bang que les
autres, certains de ces Big Bang pouvant se révéler
plus féconds que leurs concurrents en ce sens qu’ils
donneraient naissance à des univers favorables à la
vie. L’hypothèse a été reprise récemment
par James Gardner dans l’ouvrage Biocosm dont nous avons rendu
compte(3). Il reste que ces diverses hypothèses,
si elles se situent à l’intérieur des contraintes
de la physique relativiste, se heurtent, pensons-nous, à
la barrière de la Singularité. Comment, par exemple,
un univers rendu intelligent, comme le nôtre, à supposer
que ce soit le cas, pourrait transmettre à un bébé-univers
qu’il voudrait rendre capable de se doter d'une intelligence
supérieure à celle de son père les informations
nécessaires à ce gain de connaissances, si toute information
était détruite par le passage obligé à
travers l’horizon d’un trou noir? La connaissance serait
perdue et ne pourrait donc pas se retrouver au sein d’un nouvel
univers, né d’un nouveau Big Bang.
Le
vide quantique
Mais,
comme tous les lecteurs de revues de vulgarisation le savent depuis
longtemps déjà, les physiciens tentent d’établir
un pont entre la physique relativiste, amplement démontrée
aux échelles cosmologiques et la mécanique quantique
(MQ) elle-même amplement démontrée et incontournable,
aux échelles microphysiques et même, dans certains
domaines, aux échelles de la macrophysique, celle que nous
utilisons tous les jours dans d’innombrables appareils et
instruments. Il ne s’agit pas ici de résumer l’état
du dialogue difficile entre les deux physiques, à la recherche
d’une théorie du Tout (dite parfois M. Théorie)
qui pourrait se résumer en une formulation mathématique
commune. Bornons nous seulement à l’actualité
récente, qui nous reconduit aux trous noirs et à la
question de savoir ce qu’il y aurait, derrière un trou
noir ou avant un Big Bang.
On
dit généralement aujourd’hui, qu’en amont
et en aval de ces évènements se trouve le vide quantique,
lequel constituerait le tissu même de l’univers profond.
Le concept de vide quantique nécessite de faire appel au
formalisme de la MQ. Nous n’allons pas nous y risquer ici.
Bornons-nous à dire que le vide quantique serait loin d’être
vide. Ce serait au contraire un trop-plein bouillonnant. La physique
quantique parle d’ailleurs moins de vide que d’énergie
du vide.
En
physique classique, le vide est une simple absence de matière
ou d’énergie. Il s’agit d’un pur concept.
Selon la MQ, au contraire, le vide est empli de particules virtuelles
qui apparaissent dans notre univers observable et en disparaissent
de même. Cette activité, dénommée fluctuation
quantique correspond à une énergie propre du vide,
l’énergie de point zéro (zero-point energy)
qui, si le vide était un continuum, serait infinie(4).
On suppose généralement que l’on pourrait identifier
en théorie la plus petite unité de vide, pour laquelle
l’énergie de point zéro ne serait pas infinie
mais encore énorme. Dans cette optique, chaque millimètre
carré de vide contiendrait assez d’énergie de
point zéro pour créer un nouvel univers. Selon la
théorie quantique des champs (quantum field theory), chaque
particule que nous observons correspond à l’excitation
(une onde) d’un champ sous-jacent du vide, et c’est
seulement l’énergie de l’onde que nous pouvons
détecter. De même, à la surface de l’océan,
nous pouvons mesurer la hauteur des vagues sans pouvoir mesurer
nécessairement la profondeur de l’océan. Mais
en ce qui concerne l’énergie de point zéro,
certains effets peuvent en être observés par nos instruments.
C’est ce que montre par exemple l’effet Casimir(5).
L’effet
Casimir a l’intérêt de nous introduire dans un
domaine de la physique en pleine émergence, c’est le
cas de le dire. C’est celui consistant à mettre en
évidence des effets quantiques se manifestant à l’échelle
macroscopique. Nous avons précédemment présenté
l’ouvrage que, à tort ou à raison, nous pensons
fondateur, celui du physicien Robert Laughlin(6).
L’auteur base tout son plaidoyer pour une physique différente
sur les cas qu’il connaît bien, puisqu’ils lui
ont permis d’obtenir son prix Nobel, ceux des matériaux
super-conducteurs et super-fluides. Ces matériaux, à
certaines conditions de température, enregistrent des transitions
de phase qui ne sont pas descriptibles par la physique macroscopique.
C’est plus précisément au moment où le
matériau bascule, par exemple, d’un état magnétique
à un état non magnétique, que se produit l’état
non descriptible, c’est-à-dire l’émergence
du principe d’incertitude de la MQ. Il n’est plus possible
à ce moment de décrire l’évènement
en termes déterministes. Autrement dit, à des conditions
de température et de pression données, on verrait
ainsi s’ouvrir en ce court instant (non mesurable) une fenêtre
sur le vide quantique. On parle d’un état de criticité
quantique (quantum criticality).
Un
article récent de l’écrivain scientifique Mark
Buchanan dans le NewScientist(7), montre
comment aujourd’hui le concept de criticité quantique
se révèle fructueux. Il permettra peut-être
de comprendre prochainement, grâce à des expériences
(relativement) simples de laboratoires, les mystères de l’univers
physique fondamental auxquels les futures générations
d’accélérateurs de particules géants
seront de leur côté censés s’attaquer.
Ces expériences de laboratoires concernent l’étude,
au sein d’un nombre de plus en plus grands de cristaux réputés
exotiques, des évènements dits de transition de phase.
C’est pendant le « point critique », celui où
se trouve le matériau entre deux états d’organisation
des atomes, que se produisent les phénomènes intéressants.
Les modifications de températures induisent en général
ces points critiques. Mais il pourrait aussi s’agir, à
des températures proches du zéro absolu, de «
simples » manifestations du principe d’incertitude de
la MQ. A ce moment, on se trouverait en présence d’un
état proche du vide quantique: des atomes gelé au
zéro absolu qui vibrent cependant et des particules à
courte vie émergeant et se détruisant sans arrêt.
Des particules différentes de celles que nous connaissons
pourraient apparaître, par exemple des particules résultant
de la décomposition de l’électron et se répartissant
l’une la charge et l’autre le spin de celui-ci.
On
n’entrera pas ici dans des détails qui dépasseraient
non seulement le cadre de cet article mais notre compétence.
Il faut retenir seulement que les expériences portant sur
les « cocktails quantiques » utilisant des matériaux
exotiques soumis au zéro presque absolu sont conduites, en
laboratoire, par ces mêmes physiciens qui, comme Robert Laughlin,
s’attaquent dorénavant à la description du vide
cosmologique. Autrement dit, est-ce qu’une physique de laboratoire
d’université, relativement abordable en termes de moyens
matériels (à condition pourtant d’abandonner
les préjugés de la physique traditionnelle) ne pourrait
pas donner des éclairages sur les profonds mystères
de l’univers fondamental ?
Les
étoiles à énergie noire (Black Energy Stars)
ou Gravastars
Une gravastar (GRAvitational VAcuum STAR ) serait un objet
astronomique compact que certains astrophysiciens présentent
comme une bonne alternative à l’existence supposée
des trous noirs, lesquels nous l’avons rappelé ne sont
pas observables directement et posent de nombreux problèmes,
aussi bien en cosmologie proprement dit qu’en philosophie.
Le concept de Gravastar a été proposé en 2001
par les physiciens Pawel O. Mazur et Emil Mottola . Il a été
développé en 2005 par le physicien George Chapline
dans une note publiée sur le web(8).
Dans cette note, George Chapline rappelle ce que nous venons de
dire, c’est-à-dire que la MQ n’est pas compatible
avec l’hypothèse des trous noirs. Un trou noir détruit
à jamais l’information contenue dans la matière
qu’il absorbe. Or la MQ postule que l’information ne
peut jamais disparaître de l’univers. Par ailleurs la
MQ exige l’existence d’un temps absolu. Or, selon la
RG, un objet tombant sur l’horizon du trou noir semble voir
son temps ralentir à l’infini. Ce sont deux des raisons,
qui pour lui condamnent définitivement l’hypothèse
des trous noirs. Il suggère de les remplacer par l’hypothèse
de l’Etoile à énergie noire ou Gravastar.
La gravastar résulterait comme le trou noir de l’effondrement
gravitationnel d’une étoile de masse suffisante. Mais
les phénomènes se produisant à la limite de
son horizon seraient différents. Chapline suggère,
pour réconcilier le modèle de l’effondrement
gravitationnel avec les contraintes de la MQ, qu’une transition
de phase dans l’espace des phases se produit à l’horizon
de la gravastar. Il s’appuie sur l’exemple de la superfluidité,
bien étudié par Laughlin et al. Si on augmente la
hauteur d’une colonne d’un gaz en état de superfluidité
(expérience de pensée), l’augmentation de densité
devient telle qu’à un certain point, elle ralentit
la vitesse de transmission du son jusqu’à la rendre
nulle (ou presque). Cependant, à ce point, la MQ fait que
les ondes sonores dissipent leur énergie dans le superfluide,
si bien que la condition limite où la vitesse du son deviendrait
nulle ne se rencontre jamais. Le concept d’infini et de singularité
est donc évacué.
Dans l’hypothèse de l’étoile à
énergie noire, la matière approchant l’horizon
du (supposé) trou noir se désagrége en particules
de plus en plus légères. Près de l’horizon,
le proton lui-même se désagrège. Ceci peut expliquer
les sources d’émission de rayons cosmiques hautement
énergétiques et de positrons (inexpliquées
autrement) que l’on détecte à l’horizon
des supposés trous noirs. Quand la matière traverse
l’horizon de l’étoile (car elle la traverse en
partie), une partie de son énergie est convertie en force
répulsive, ou anti-gravité, ou énergie noire.
Cette énergie combat l’augmentation de gravité
de l’astre et lui permet d’éviter de se transformer
en singularité, c’est-à-dire en trou noir au
sens propre du terme. L’étoile demeure une étoile,
mais génératrice non plus de lumière mais d’énergie
répulsive ou noire. Par ailleurs, dans certaines conditions,
ce qui traverse l’horizon de la gravastar pourrait en ressortir,
rebondir à l’extérieur. L’information
serait-elle alors conservée ? Pourquoi pas ?
Cette hypothèse pourrait expliquer aussi où se trouverait
la masse manquante, dite matière noire, nécessaire
à l’équilibre entre gravité et répulsion
au sein de notre univers, et que les observations astronomique ne
permettent pas d’identifier. Lors du Big Bang, selon Chapline
et ses collègues, les fluctuations de l’énergie
du vide auraient pu provoquer l’apparition d’étoiles
à énergie noire primordiales, dont la masse constituerait
ainsi la matière noire dont les cosmologistes recherchent
actuellement la source.
Revenons à l’étoile à énergie
noire. Lorsqu’une étoile de masse adéquate subit
un effondrement gravitationnel, elle ne se transformerait pas donc
pas en trou noir, c’est-à-dire en une singularité
dotée d’une densité virtuellement infinie. Au
contraire l’espace qui l’entoure subirait une transition
de phase empêchant la poursuite de l’effondrement. Il
se transformerait en un vide sphérique entouré par
une forme de matière super-dense.
De l’extérieur, une gravastar ressemblerait beaucoup
à un trou noir. Elle ne serait visible que par les émissions
de haute énergie qu’elle émettrait en détruisant
une partie de la matière qu’elle absorberait. A l’intérieur,
l’espace serait totalement courbé par les conditions
extrêmes y régnant et par l’énergie noire
orientée vers l’extérieur en émanant.
Autour de cet espace de vide, se trouverait une bulle de matière
extrêmement dense, analogue au condensat de Bose-Einstein(9)
où toutes les particules (protons, neutrons, électrons…)
seraient agglutinées dans un état quantique créant
un « super-atome ». On peut penser que s’approcher
d’une gravastar serait aussi destructeur pour la matière
ordinaire, et plus encore pour la matière vivante, que s’approcher
d’un trou noir. Mais à supposer que la barrière
de l’horizon de la gravastar ait pu être franchie, l’intérieur
de celle-ci serait peut-être plus confortable que l’intérieur
d’une Singularité.
L’évènement du
22e Pacific Coast Gravity Meeting
L’hypothèse de la gravastar telle qu’initialement
proposée par Mazur et Mottola puis reprise par George Chapline
n’avait pas suscité beaucoup d’intérêt
car elle reposait sur des spéculations tirées des
recherches en matière de gravitation quantique. Les physiciens
estimaient pouvoir résoudre les difficultés qu’elle
était censée résoudre de façon plus
simple – encore que rien ne soit simple en cosmologie. Abandonner
l’hypothèse du trou noir était de toutes façons
pour eux une perspective un peu brutale.
Mais, lors du 22e Pacific Coast Gravity Meeting tenu tout récemment,
en mars 2006(10), George Chapline et
Robert Laughlin ont conjointement repris l’hypothèse
de Mazur, Mottola et Chapline. Chapline y a été catégorique.
Pour lui, les incohérences entre l’hypothèse
des troux noirs et la MQ sont telles que l’histoire se demandera
comment les physiciens y ont été si longtemps aveugles.
Pour expliquer ce qui pourrait se passer à la surface d’une
gravastar, Chapline et Laughlin (dont les travaux sur la superconduction
et l’effet Hall semblent avoir été d’un
apport décisif dans cette nouvelle version de l’hypothèse)
s’appuient sur les comportements bizarres d’un cristal
superconducteur approchant ce que l’on appelle la transition
de phase critique quantique (quantum critical phase transition).
Durant cette transition, le spin des électrons dans le cristal
est supposé fluctuer erratiquement, mais l’observation
montre que les fluctuations ralentissent et même s’arrêtent,
comme si le temps lui-même s’arrêtait.
Si
un phénomène de transition de phase critique quantique
se produisait à la surface d’une étoile, le
temps paraîtrait s’y arrêter et la surface se
comporterait comme l’horizon d’un supposé trou
noir. De ce fait, la MQ qui ne peut admettre que le temps s’arrête
ne serait pas violée, car le temps ne s’y arrêterait
pas entièrement.
George
Chapline, Robert Laughlin, rejoint par Pawel Mazur et Emil Mottola,
ont appliqué cette hypothèse à la modélisation
de l’effondrement d’une étoile massive. Leurs
analyses prédisent une transition de phase qui crée
une mince enveloppe en état de transition de phase critique
quantique. La taille de l’enveloppe (shell) est fonction de
la masse de l’étoile. Elle ne contient pas une singularité
d’espace temps, mais au contraire un vide quantique analogue
à celui du vide de l’espace. Au fur et à mesure
que la masse de l’étoile s’effondre, elle est
convertie en énergie qui contribue à l’énergie
du vide. Celle-ci a un puissant effet anti-gravité, analogue
à celui qui semble causer l’expansion accélérée
de l’univers. Elle n’est pas telle cependant qu’elle
fasse exploser l’étoile. De nombreux modèles
montreraient que des gravastars stables pourraient exister. Elles
se formeraient dans des régions où l’on supposait
que se formaient des trous noirs.
Aussi ceux-ci (si le concept de trou noir était conservé
– ce qui ne devrait pas être le cas) et les gravastars
auraient des signatures identiques (par exemple des disques d’accrétion)
ce qui les rendrait difficile à distinguer. Cependant, ils
ne seraient pas totalement identiques. Contrairement aux trous noirs
qui absorbent tout ce qui passe à leur portée, les
gravastars pourraient restituer certaines des particules résultant
de éléments de la matière désagrégée
qu’elles absorberaient, par exemple des positrons résultant
de la désintégration des quarks qui les traverseraient.
Ceci expliquerait l’abondance anormale de positrons que l’on
trouve dans le centre de notre galaxie, autour de la zone censée
contenir un trou noir massif. Les émissions de rayons gamma
en émanant devraient être de même fréquence
que les rayons gammas reçus des bouffées gamma de
très haute énergie enregistrés par ailleurs.
Pourrions
nous vivre à l’intérieur d’une gravistar
? La question a été posée car pour une étoile
de la taille de notre univers, la valeur calculée de l’énergie
du vide à l’intérieur de son enveloppe correspondrait
à la valeur de l’énergie noire calculée
aujourd’hui. Chapline se demande donc s’il serait possible
que nous vivions à l’intérieur d’une gravistar
de la taille de notre univers. Mais une étoile d’une
telle taille serait-ce envisageable ? Rien ne permettrait de l’expliquer(10).
Conclusion
Que
pourrions nous retenir des hypothèses que nous venons de
résumer, concernant l’existence possible des gravastars
et la fin de celle des trous noirs ? Rappelons d’abord qu’il
s’agit d’hypothèses encore peu admises sinon
peu connues par la vaste population des physiciens cosmologistes.
Elles restent de toutes façons à vérifier.
Les auteurs suggèrent différentes observations qui
paraissent assez faciles à faire, mais leur interprétation
restera certainement matière à disputes. Nous proposons
pour ce qui nous concerne de ne pas entrer dans ces querelles de
spécialistes. Nous nous bornerons à prendre note de
l'apparition de cette nouvelle entité dans la zoologie des
êtres cosmologiques, l'étoile à énergie
noire ou gravastar. Y faire allusion négligemment dans une
conversation sera certainement remarqué et valorisant. Mais
le concept apportera-t-il vraiment une révolution épistémologique,
au-delà du fait – d’ailleurs très important-
qu’il permettrait d’expliquer l’énergie
noire et la masse noire ?
Nous
en voyons une, et de taille. Des physiciens hétérodoxes
comme Robert Laughlin et George Chapline vont dans l’avenir
mener en parallèle deux types de recherches convergentes.
Les unes seront conduites, comme nous l'avons dit, à l’échelle
du laboratoire, afin d’explorer les états de la matière
aux conditions limites. On utilisera pour cela des matériaux
plus ou moins dits « exotiques » soumis aux expériences
de superfluidité ou superconductivité. Les autres
seront conduites aux échelles cosmologiques. Elles permettront
d'étudier, grâce à des instruments à
terre et des sondes spatiales, diverses émissions électromagnétiques
provenant de l’univers profond. Dans les deux cas,onl’on
cherchera à détecter les évènements
résultant de la criticité quantique ou, pour parler
plus généralement, ce qui correspondrait à
ce que l’on appelle le vide quantique.
Il
est clair que puisque nous sommes dans le domaine de la MQ, on ne
décrira pas le vide quantique ni ce qui s’y passe par
des modèles déterministes. Mais ceci ne sera pas un
inconvénient, loin de là. Si nous supposons que le
vide quantique est, pour reprendre le terme de Laughlin, le royaume
de l’émergence, nous comprendront peut-être mieux
comment, parmi d’autres émergences, la physique et,
pourquoi pas, la biologie telles que nous les connaissons ont pu
en émerger, comment des formes analogues ou différentes
pourraient encore éventuellement en émerger.
Pour
reprendre la comparaison formulée précédemment,
nous sommes en ce moment comme l’étaient les marins
primitifs sur l’océan. Ils ressentaient l’énergie
des vagues qui les secouaient, mais ils ne pouvaient pas observer
ce qui provoquait ces vagues au sein de l’océan profond.
Pourtant il y avait quelque chose à observer, que nous avons
progressivement appris, non pas à comprendre, mais à
imaginer en termes très grossiers. Il faudrait continuer
à descendre de plus en plus profond, au sein des atomes,
des particules et des énergies primordiales dites aujourd’hui
du vide, pour nous rapprocher de ce que l’on appelle parfois
de façon poétique l’essence des choses. Ce serait
là nous semble t-il une des retombées fructueuses
de l’hypothèse des gravastars(12).
Notes
(1)On appelle en RG horizon du trou noir (event
horizon) la frontière d’espace temps au delà
de laquelle, pour un observateur extérieur, plus aucune énergie
électromagnétique, incluant la lumière, ne
peut lui parvenir. La lumière émise de l’intérieur
de l’horizon n’atteindra jamais un observateur extérieur
stationnaire. D’où le nom de trou noir. Mais ceci n’est
pas vrai pour un observateur tombant dans un trou noir. L’observateur
extérieur le verra approcher de l’horizon mais, dans
son propre temps, il ne le verra jamais l’atteindre. Il le
verra ralentir de plus en plus et émettre un décalage
vers le rouge (red shift) de plus en plus marqué, tendant
vers l’infini. Mais il ne le pourra pas le voir traverser
l’horizon du trou noir.
(2)Enter
the void. Is there life inside a black hole, NewScientist,
11 février 2006, p. 32. Les scientifiques pourront se référer
à l'ouvrage récent de Wesson, Five Dimensional
Physics, Classical and Quantum Consequences of Kaluza-Klein Cosmology,
février 2006 par Paul S Wesson (University of Waterloo, Canada
& Stanford University, USA)/ Voir http://www.worldscibooks.com/physics/6029.html
(5) Sur l’effet Casimir, voir une présentation
dans Wikipedia (en français, mais pour mathématiciens).
On trouve de nombreuses autres références sur le web.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Casimir
(6 ) Robert Laughlin, A different Universe
[voir
notre recension], que nous conseillons aux lecteurs du
présent article de relire attentivement, car la suite dudit
article s’en trouvera éclairée. Nous y écrivions
en paraphrasant Laughlin (permettez nous de nous citer) : «
La réalité quotidienne est un phénomène
d'organisation collective, se traduisant par des « vérités
» statistiques ou probabilistes (ce qu'on dit depuis longtemps
les biologistes comme les physiciens quantiques). On peut pour des
besoins pratiques, dans le monde quotidien, décrire les objets
macroscopiques comme des constructions d'atomes situés dans
l'espace-temps newtonien, mais l'atome isolé n'est pas newtonien.
C'est une entité quantique « éthérée
» manquant de la première des caractéristiques
du monde newtonien, la possibilité d'être défini
par une position identifiable. Ceci apparaîtra non seulement
dans les expériences de la physique quantique, mais dans
les expériences de la physique des matériaux et des
états de la matière intéressant la vie quotidienne.
Les physiciens s'intéressant aux phénomènes
macroscopiques doivent donc eux aussi apprendre à gérer
l'incertitude née de l'émergence, considérée
comme un aspect incontournable de toute « réalité
» et la voie permettant d'accéder à de nouvelles
découvertes.
Ceci concerne des phénomènes de la vie quotidienne,
dans lesquels le public ne voit généralement aucun
mystère alors qu'ils demeurent pour Robert Laughlin pleins
d'inconnu. Il cite l'exemple des différentes phases permettant
à la matière de passer d'un état à l'autre,
par exemple du gazeux au liquide et au solide. Il s'agit de phénomènes
d'organisation mal compris. On a ainsi mesuré que l'eau pouvant
adopter onze phases cristallines distinctes, selon les circonstances.
Certes des lois microscopiques expliquent certainement cette propriété,
sinon il s'agirait d'un miracle, mais on ne sait pas montrer de
façon déductive pourquoi et comment elles le font,
c'est-à-dire en fait expliquer et maîtriser le phénomène
d'émergence par auto-organisation qui se manifeste en ce
cas.
(7)The quantum Cokctail, par Mark Buchanan,
NewScientist 28 janvier 2006, p. 40. Dans son ouvrage Small
Worlds (2000), comme dans le suivant, Nexus (2002)
, Mark Buchanan s’est livré à des réflexions
philosophiques voire métaphysiques s’appuyant sur les
bases de la mécanique quantique et de la complexité
en réseau. On peut le lire sans pour autant le suivre dans
toutes ses extrapolations. http://www.wwnorton.com/catalog/spring02/004153.htm
(8)
George Chapline. Dark Energy Stars, présentation d’une
étude menée au Lawrence Livermore National Laboratory
sur financement du département de l’énergie
16 mars 2005 http://www.llnl.gov/tid/lof/documents/pdf/317506.pdf
. La note (anglais) est très claire et lisible par les non
spécialistes.
(10)
Voir l’article du NewScientist : Three Cosmic enigmas, one
audacious answer, par Zeeva Merali, NewScientist, 11 mars 2006,
p. 8
(11)Comment imaginer qu’une gravastar puisse
être aussi grande que notre univers? Par ailleurs, comment
pourrions nous survivre dans les conditions régnant au sein
d’une telle étoile ? Peut-être pourrait-on répondre
que cette taille et ces conditions ne sont pas absolues. Elles sont
relatives à un observateur. Si l’observateur se trouve
à l’extérieur de la gravastar, elles lui paraîtront
insupportables. Mais s’il se trouve à l’intérieur,
elles ne lui poseront aucun problème. L’objection a
déjà été faite aux hypothèses
selon lesquelles nous vivrions dans un immense trou noir. (cf note
2 précédente). Nous avons vu que Paul Wesson
ne rejette pas l’hypothèse des trous noirs, mais la
complète par celle selon laquelle les trous noirs comporteraient
plus de 4 dimensions. La 5e dimension d’un trou noir rendrait
celui-ci habitable, ce qui serait compatible avec l’hypothèse
selon laquelle notre univers serait l’intérieur d’un
gigantesque trou noir. Le même raisonnement devrait pouvoir
être transposé, semble-t-il, aux gravastars.
(12)
Le vide quantique et ses mystères sont peut-être plus
proches de nous que nous ne le pensons. J’en discutais récemment
avec un ami mathématicien, Gilbert Chauvet, qui rappelait
que le problème de la nature des nombres premiers, dont il
est impossible d’obtenir la suite par un algorithme usuel,
pourrait être significatif du genre d’indéterminé
profond qui nous entoure. On pourrait dire la même chose des
automates cellulaires étudiés par Stephen Wolfram.
Un automate cellulaire très simple génère très
vite des complexités inexplicables et imprédictibles.
D’où tient-il ce pouvoir ? Et d’où viennent
ces complexités ?