Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Les nanotechnologies : quels enjeux industriels,
militaires et géostratégiques ?
Alain
de Neve est Chercheur à l’Institut royal supérieur
de défense (Bruxelles), analyste de défense pour le
Réseau multidisciplinaire d’études stratégiques
(http://www.rmes.be),
Associate Editor de la revue EuroFuture. Cet article a été
rédigé dans le cadre de la conférence du 8
juin 2006 portant sur le thème «Nanomonde : quels choix
technologiques pour quelle société ?», extrait
d’un cycle de débats sur les nanotechnologies à
la Cité internationale universitaire de Paris organisé
par l’association Vivagora.
Pour plus de détails et d’informations sur les activités
de cette assiocation, visitez le site http://www.vivantinfo.com.
Pour le compte-rendu des débats du 8 juin (sujet : «
Nanoperspectives : les enjeux géopolitiques, militaires et
démocratiques »), cf. http://www.vivagora.org/IMG/pdf/CR80606.pdf
Alain
de Neve est le coauteur d'un ouvrage dont nous avons précédemment
rendu compte: Alain de Neve et Raphaël Mathieu. Les armées
d'Europe face aux défis capacitaires et technologiques http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/71/deneve.htm
Introduction
Généralement
abordées à l’aune des perspectives économiques
et de marché qu’elles laissent entrevoir dans le moyen
terme – on évoque le chiffre abyssal de mille milliards
d’euros d’ici à 2015 –, les nanotechnologies
représentent aussi le symbole d’une révolution
militaire fondamentale dont les questions éthiques qu’elles
recouvrent, les transformations industrielles qu’elles induiront
et les répercussions sur les équilibres géopolitiques
qu’elles créeront demeurent insuffisamment envisagées
par les analystes et prospecteurs stratégiques, principalement
en Europe.
Les
effets d’une telle révolution se traduiront assurément,
par des bouleversements majeurs dans la répartition des centres
de pouvoir dans le monde mais aussi par des risques considérables
sur l’environnement, les bassins d’emploi et l’intégrité
physique de chaque citoyen. L’une des particularités
des nanotechnologies – et qui explique tout à la fois
l’âpreté et la nécessité d’un
débat à leur endroit – réside dans la
pluridisciplinarité des
rapports qu’elles supposent avec d’autres domaines,
dont la génétique, les biotechnologies, les technologies
de l’information et les sciences cognitives.
Comme
le souligne fort justement Dorothée Benoit Browaeys («
Pour une géopolitique des nanosciences », cf. http://www.vivantinfo.com.
) « les nanosciences brouillent les frontières
entre les disciplines formelle de la biologie, de la chimie ou de
la physique. » Leurs effets sont, dès lors, plus
vastes et gagnent donc en complexité. Tout effort prospectif
en la matière implique donc une grande prudence méthodologique
de même qu’une ouverture inédite des champs d’investigation.
Les nanotechnologies bouleverseront, assurément, les schémas
prédictifs qui sont actuellement élaborés.
Elles imposent une reconsidération de l’horizon des
projections intellectuelles portant sur l’identification des
risques et des technologies supposées appuyer le politique
dans son action.
Ce
constat avait déjà été évoqué,
voici plus de dix ans, par l’Amiral David E. Jeremiah, ancien
adjoint du Chef d’état-major interarmes américain.
Dans une célèbre allocution qui fut présentée
au Foresight Institute en date du 9 novembre 1995, celui-ci évoquait
précisément l’accroissement du degré
d’incertitude des prévisions que pouvaient susciter
les nanotechnologies : « les politiques ne peuvent se
préparer correctement au futur qu’à la condition
qu’ils acceptent que leurs planifications puissent éventuellement
ne recevoir qu’un crédit tout relatif dès lors
que des événements totalement imprévus les
prennent par surprise. »
Les nanotechnologies font partie des ces technologies qui, au travers
de leurs traductions concrètes – faisant elles-mêmes
l’objet de prédictions aléatoires -, ont le
potentiel de modifier brusquement la structure envisagée
des rapports de forces dans le futur. Cette prudence méthodologique
se révèle d’autant plus essentielle que nos
sociétés – à tous le moins celles qui
appartiennent, pour la plupart, à notre hémisphère
– accèdent seulement à l’apogée
de la révolution informationnelle et des réseaux,
les Etats-Unis disposant, cependant, d’une avance de plusieurs
générations dans la maturation des concepts associés
aux dimensions informationnelles de la guerre (Network-Centric Warfare).