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2 Novembre 2006
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Le Web 2.0
Sous
ce nom à la mode, on regroupe désormais les nombreux
sites offrant des services de mise en relation entre internautes.
Le concept n'est pas nouveau. Ainsi les sites destinés aux
rencontres entre partenaires sexuels sont bien connus des esseulés
et semblent leur donner satisfaction. Le développement exponentiel
des blogs, donnant à chacun la possibilité de créér
son blog, avec textes, images et sons, a marqué un premier
changement de dimension. Potentiellement, tout le monde peut devenir
auteur et tout le monde peut intervenir et discuter sur les blogs
des autres. Il en résulte ce que, vu de l'extérieur,
on pourrait qualifier de véritable cacophonie, mais le jugement
serait injuste car tout ceux qui créent un blog et tous ceux
qui prennent la peine d'intervenir sur les blogs des autres ont
quelque chose à dire, même s'il ne s'agit pas de propos
de doctorants. Sinon, ils resteraient passivement devant leur poste
de TV. Or s'ils ont quelque chose à dire, il vaut mieux qu'ils
le disent. De la masse des paroles émises nait NECESSAIREMENT
une nouvelle opinion publique, qui se comporte comme un système
complexe auto-adaptatif. Les critiques que certains adressent à
tel ou tel aspect de cette opinion publique globale servent à
renforcer sa complexité et finalement, osons-le mot, son
intelligence systémique. Certains journaux coopératifs
dits citoyens se bâtissent dorénavant sur ce principe,
par exemple AgoraVox http://www.agoravox.fr/.
Les
sites personnels de type Blog disposent maintenant de nombreux outils
permettant à des non-spécialistes d'enrichir leurs
pages, notamment avec des vidéos. il s'agit de vidéos
créées par les auteurs des sites ou plus banalement,
empruntées à des bases de ressources en libre-accès.
Citons à titre d'exemple le site Dailymotion http://www.dailymotion.com/.
Il attire aujourd'hui plusieurs millions de visiteurs chaque mois.
Il permet de mettre en ligne des vidéos et de les partager
avec les autres internautes. Ceux-ci peuvent former des communautés
dont les membres partagent les mêmes centres d'intérêt
et peuvent se constituer des listes d'amis. .. Dailymotion est l'équivalent
français de l'américain Youtube (http://www.youtube.com).
D'autres sites proposent l'accès gratuit à des outils
et des contenus pour personnaliser les sites et éditer à
peu de frais des journaux. Ainsi Netvibes (www.netvibes.com),
Flickr (www.flickr.com
quel drôle
de nom !) ainsi que Live, le portail de la messagerie MSN de Microsoft,
qui cherche ainsi à fidéliser ses clients. Disons
pour faire bref que ces centres de ressources visent à fournir
des informations, des images ou des idées à ceux qui
n'en ont pas spontanément mais qui veulent s'exprimer quand
même, quitte à faire illusion.
Le
vrai changement de dimension apparait avec les sites qui demandent
aux abonnés de fournir le plus grand nombre possible d'informations
sur eux et sur leurs activités sociales ou intimes. L'objectif
est de recruter des correspondants, susceptibles de devenir des
relations dans la vraie vie, compte tenu de goûts partagés.
En fonction des affinités, se crééront de véritables
espaces sociaux où les participants partageront les mêmes
goûts: musique, jeux électroniques, sports (bien sûr
aussi jeux sexuels) mais aussi activités professionnelles.
Le plus important de ces réseaux sociaux est en France le
site Myspace http://www.myspace.com/,
qui se dit encore en phase Béta à la date de rédaction
de cet article. De tels sites paraîtront assez anodins, sauf
le risque de mauvaises rencontres si de très jeunes adolescents
y participent sans contrôle.
Mais
deux aspects méritent d'être soulignés. Le premier
est que, dans l'auto-description de soi à laquelle se livrent
les participants, rien n'interdit le recours au fantasme, pouvant
aller jusqu'à ce qu'en médecine on appelle la confabulation:
le sujet s'invente une personnalité et des histoires de la
réalité desquelles il finit par se convaincre lui-même.
Pourquoi pas, après tout? Disons que ces histoires peuvent
porter préjudice à des correspondants plus naïfs
qui risquent de les prendre au pied de la lettre. Par ailleurs,
elles projetteront l'auteur de la confabulation dans un univers
onirique qui ne lui facilitera pas l'insertion dans la vraie vie.
De tels sites sont d'ailleurs les compléments des sites de
jeux en ligne où les joueurs s'inventent des avatars dotés
de toutes les qualités qu'ils souhaiteraient posséder
en réalité. Avec ces personnalités inventées,
les jouers, souvent de vrais drogués,se lancent alors dans
des aventures virtuelles d'une violence extrème. De plus
en plus de jeux, dont nous ne donnerons pas les références
ici, encouragent en effet le sadisme et le sexisme le plus odieux.
On peut penser que tout ceci n'est pas sans effet destructurant
sur la personnalité des usagers.
Un
deuxième risque, que les participants à des sites
comme Myspace ne perçoivent pas toujours, est que les données
personnelles qu'ils mettent en ligne ne seront jamais "oubliées"
par le web global. A tout moment, maintenant ou plus tard, une personne
ou une entreprise malveillante pourra s'en servir contre eux. Cette
intercommunicabilité des données personnelles, tellement
combattues il y a 30 ans par la Commission Informatique et Libertés,
devient extrêmement facile avec les progrès du web
sémantique. Nous renvoyons sur ce point à l'article
que nous avons publié à ce sujet. Le web
sémantique, promesse ou menace ?
Quoi
qu'il en soit, le Web 2.0 constitue vraiment un secteur très
dynamique, pour le meilleur et pour le pire.
Selon le journal Le Monde du 11/10:
" Pour 1,65 milliard de dollars en actions, Google, le premier
moteur de recherche, va acquérir YouTube, le plus populaire
des sites d'échange de vidéos - dont la devise est
"Broadcast Yourself" ("Diffusez-vous vous-même").
Google, qui
vaut plus de 9 milliards de dollars en Bourse, premier moteur de
recherche sur la Toile, s'est imposé comme la plus grande
régie publicitaire de l'Internet, avec un chiffre d'affaires
de 6,14 milliards de dollars en 2005.
YouTube, pour sa part, a ouvert le Web aux images numériques
tournées par les vidéastes amateurs du monde entier,
armés de leurs caméras légères ou de
leurs téléphones portables avec fonction vidéo.
La jeune start-up n'a pas encore gagné un seul dollar, mais
représente un véritable phénomène d'audience,
avec jusqu'à 100 millions de vidéos visionnées
certains jours, un chiffre qui, à défaut de rentabilité,
a sûrement pesé dans la décision d'acquisition
de Google."