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Nous
avons souligné dans l'article
précédent que c'est l'exploitation sans
limites des milieux naturels par les hommes qui provoque la Crise.
De plus, nous avons montré qu'au-delà d'une pression
démographique certes excessive - et qu'il faudra réduire,
la responsabilité de cette surexploitation de la nature tient
principalement à la liberté que s'accordent les intérêts
économiques et étatiques les plus puissants pour refuser,
au nom du libéralisme économique et de leur droit
à la souveraineté, tout contrôle extérieur
de leurs comportements, fussent-ils destructeurs.
Mais
nous devons aller plus loin que cette constatation. Nous devons
nous demander comment, compte tenu des caractéristiques et
effets de la crise, il sera possible de fédérer les
résistances de ceux qui refusent de laisser une petite minorité
de super-décideurs mettre en péril le monde tout entier.
Pour cela, il faut d'abord ici rappeler ce que l'avenir nous réserve
si rien n'est fait pour combattre les abus du libéralisme
et de l'impérialisme.
Les
scientifiques et nombre de groupes de réflexion géopolitiques
se sont mis aujourd'hui à peu près d'accord sur les
scénarios par lesquels se traduira, lors des vingt à
cinquante prochaines années, la grande Crise climatique et
environnementale qui s'esquisse actuellement. Ces scénarios
sont tous pessimistes, comme le montre le dernier rapport du Groupe
d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec)
présenté à Paris le 4 février 2007.
Encore ce rapport ne porte-t-il que sur le réchauffement
et ne traite pas de tous les autres aspects de la crise environnementale.
Par ailleurs, il n'évoque que superficiellement les conséquences
politiques à long terme de cette crise, notamment en termes
d'affrontements entre sociétés riches et pauvres.
Les
pires de ces conséquences pourraient sans doute être
évitées par des mesures politiques appropriées.
Mais la prudence consiste à se persuader, non seulement du
fait que la crise est engagée, mais que les scénarios
les plus noirs sont possibles. Toute prévision, pour être
utile, doit tenir compte du fait que des phénomènes
non prévus ou relativement peu probables peuvent survenir
– surtout si ceux-ci sont susceptibles de générer
des catastrophes. Ajoutons que les prévisions pessimistes,
même si elles ne se concrétisent pas aussi vite et
aussi dramatiquement que prévu, ont l'avantage d'alerter
les opinions publiques. Si on ne suscite pas la peur, aucune réaction
salvatrice ne sera possible, compte tenu des sacrifices qu'il faudra
consentir pour limiter les dégâts ou pour en partager
les impacts.
Les
manifestations de la Crise
Que
disent les experts concernant la crise climatique, telle qu'elle
peut être observée aujourd'hui et telle qu'elle pourrait
l'être dans les prochaines décennies ? Ceci fait l'objet
de nombreuses communications, mais il n'est pas inutile ici d'en
présenter un résumé. Insistons au préalable
sur le fait que cette crise n'est et ne sera pas seulement climatique,
mais aussi environnementale. Autrement dit, même si le climat
mondial ne changeait pas, les pressions actuellement exercées
sur les milieux naturels suffiraient, si elles se poursuivaient,
à détruire l'écosystème et sans doute
à compromettre la survie même de l'humanité
:
-
Le danger sur lequel on insiste aujourd'hui en priorité concerne
le réchauffement des températures moyennes. Celui-ci
est peut-être en partie naturel, correspondant à des
cycles séculaires, mais il a été considérablement
accéléré, en quelques années, par la
production des gaz à effet de serre (CO2 et méthane)
d'origine humaine. La rapidité du réchauffement empêche
la mise en place de processus d'adaptation se produisant sur des
cycles longs, notamment de la part des espèces vivantes.
(photo Nasa. En blanc l'actuel océan arctique
en été par rapport à ses limites, en jaune,
il y a quelques années).
Le
réchauffement entraînera une élévation
du niveau des mers et la destruction de zones littorales habités
ou fertiles, l'accroissement de la désertification et du
nombre des phénomènes atmosphériques violents.
De ce fait,
et aussi par suite des prélèvements excessifs et
des pollutions chimiques résultant des activités
humaines, des extinctions massives d'espèces vivantes,
qui sont en train de se produire, s'accéléreront
jusqu'à menacer 80% de leur nombre. La réduction
de la biodiversité se fera au détriment des espèces
complexes. Elle profitera sans doute aux formes de vie parasitaires,
microbiennes et virales pathogènes pour les espèces
complexes.
Ces différentes
transformations aggraveront les maux divers touchant déjà
les pays pauvres. Dans un premier temps, ce sont leurs populations
qui supporteront l'essentiel du poids de la crise. Quelle que
soit la force de leurs égoïsmes, les pays riches ne
pourront pas se désintéresser du sort des pauvres.
Les intérêts des humains sont trop imbriqués
pour que les malheurs des uns ne se répercutent pas sur
la prospérité des autres. Il faudrait donc dès
maintenant organiser à grande échelle des mécanismes
de transfert de ressources et de compétences du Nord vers
le Sud.
Si
rien n'est fait en ce sens, on verra se réaliser les scénarios
noirs évoqués ci-dessus. Répétons que
de tels scénarios devraient pouvoir être évités,
mais ne sont pas du tout improbables. Il faut au contraire les considérer
comme possibles et peut-être même imminents. Citons
:
Le développement
des conflits de moyenne à haute intensité pour l'accès
aux matières premières et aux ressources vitales.
Ces conflits pourront prendre la forme de ce que l'on nomme désormais
les guerres de 4e génération, dites aussi du faible
au fort.
La destruction
des sociétés traditionnelles, y compris des sociétés
démocratiques dans les pays riches, et leur remplacement
par des dictatures politiques, religieuses ou simplement criminelles.
La fuite
dans l'irrationnel et la folie de milliards d'humains. Ce serait
la fin du rationalisme scientifique sur lequel l'Occident comptait
depuis le siècle des Lumières pour guider l'humanité
vers des destinées meilleures.
Un
dernier point, essentiel, doit être ajouté aux prévisions.
Il s'agit de l'incapacité dans laquelle se trouvent les sciences
et les techniques (sauf révolution improbable) à développer
en temps et en quantité utiles les nouvelles ressources et
protections que pourtant en théorie elles pourraient fournir.
Il faut évidement favoriser la recherche de solutions véritablement
innovantes qui seront de toutes façons utiles, mais il ne
faut pas faire comme les Etats-Unis aujourd'hui, c'est-à-dire
prendre prétexte de futurs progrès techniques pour
refuser les contraintes qui s'imposent déjà.
Une
mobilisation internationale
On évoque dorénavant de nombreuses stratégies,
souvent très différentes, qui permettraient de lutter
contre la crise ou d'en diminuer les effets destructeurs. Les unes
relèvent quasiment de la morale individuelle (économiser
l'énergie domestique ou protéger les oiseaux...).
Les autres reposent sur des mesures gouvernementales que des Etats
plus sensibilisés que les autres devraient imposer à
leurs citoyens (par exemple une «taxe carbone»). Aucune
de ces stratégies n'est à rejeter. Mais, comme la
crise est globale, ce sera au plan international qu'il faudra s'efforcer
d'agir en priorité.
C'est
heureusement ce qui a commencé à se produire avec
le protocole dit de Kyoto visant à limiter la production
des gaz à effet de serre (GES)(1).Mais le protocole n'a pas été signé par
les Etats-Unis et d'autres Etats développés pourtant
gros producteurs de GES. Il n'est pas non plus signé par
des pays émergents tels la Chine et l'Inde dont les émissions
encore relativement faibles au regard de celles des pays développés,
vont croître très rapidement. Ces pays à juste
titre ne veulent pas s'engager alors que les Etats-Unis ne le font
pas. Ceci résulte directement de ce que nous avons montré
dans l'article précédent. La crise est provoquée
en grande partie par l'unilatéralisme d'un certain nombre
d'Etats qui ne veulent pas réduire leur croissance ou celle
des entreprises dépendant d'eux, quelles qu'en soient les
conséquences pour l'humanité dans son ensemble.
De toutes façons, d'ici à 2012, ces outils, s'ils
sont pleinement appliqués, ne permettront de réduire
que de façon très limitée les émissions
des pays développés et de légèrement
infléchir celle des pays en développement. Il va donc
falloir passer à une vitesse supérieure à partir
de 2013. On évoque aujourd'hui la nécessité
de réduire de 80% les émissions de GES. C'est tout
l'enjeu de la négociation actuelle sur le post-2012.
La première stratégie de lutte qui s'impose aujourd'hui
consiste donc à convaincre l'ensemble des Etats, des grandes
institutions et des grandes entreprises qu'ils doivent s'entendre
pour participer à une politique véritablement internationale
et fortement renforcée en ce sens. D'une part et dans un
premier temps, tous devront ratifier le protocole de Kyoto. D'autre
part, ils devront dès maintenant prévoir son prolongement
après 2012, tout en le rendant plus rigoureux.
Mais surtout, selon la même démarche diplomatique impliquant
l'ONU, de nouveaux trains de mesures beaucoup plus exigeantes visant
à limiter la production de GES et à protéger
les équilibres naturels devront être décidées
et mis en œuvre par tous. Définir ces mesures fera l'objet
de discussions infinies et de résistances des intérêts
qui pourraient en être affectés. Mais ce ne sera pas
une raison pour ne rien faire. Parmi ces mesures, on évoquera
la taxation à des taux élevés voire l'interdiction
de certaines activités et certains produits particulièrement
polluants. De telles prohibitions n'auraient évidemment d'effet
que si elles étaient étendues au plan mondial. A l'inverse,
des subventions aux activités et produits favorisant la conservation
des milieux et des ressources naturelles devront être organisées.
On devra aussi créer des réserves naturelles pour
protéger le biodiversité terrestre et maritime, ce
qui impliquera le dédommagement des populations directement
touchées.
Plus ambitieusement encore, certains experts pensent qu'il faudra
envisager, toujours au niveau de l'ONU :
L'encouragement
de comportements de décroissance radicale de la consommation
et donc de la production et du commerce de biens matériels,
surtout si ceux-ci sont inutilement coûteux et sophistiqués.
Ce sont évidemment les pays riches qui devront donner les
premiers l'exemple d'une telle austérité. On sait
qu'aujourd'hui ils font le contraire, tout en persuadant le monde
entier, par la production d'images publicitaires vantant la consommation/gaspillage,
qu'il s'agit de modèles à suivre pour accéder
au bonheur(2).
La mise en
place de processus d'épargne forcée redirigeant
les bénéfices et rémunérations dépassant
certains seuils vers des fonds permettant de financer les recherches/développements
nécessaires à la lutte contre la crise. Ce fut cette
pratique, généralisée pendant les deux guerres
mondiales, qui permit un financement durable de l'effort de guerre.
La généralisation
du transfert de ressources et de compétences des pays riches
vers les pays pauvres, permettant notamment à ces derniers
de faire face aux effets dévastateurs de la désertification,
de la pollution de l'air et de l'eau puis ultérieurement
à la montée des eaux océaniques. Il s'agira
soit de grands travaux de protection soit de la réinstallation
durable des populations victimes de la crise climatique. C'est
évidemment l'intérêt des pays riches de prévoir
de tels dispositifs puisque sans eux, des guerres pour le partage
des ressources vitales seront inévitables .
Des
politiques volontaristes de type réglementaire
Quelles seront les caractéristiques des diverses politiques
envisagées ci-dessus ? D'abord, elles n'auront d'effet que
si elles sont décidées par tous les acteurs étatiques
et économiques du monde global. Autrement dit, elles devront
instaurer une nouvelle règle mondiale. Un multilatéralisme
négocié au niveau des institutions internationales
remplacerait l'unilatéralisme et l'impérialisme des
actuelles superpuissances. Il s'en suit que la première de
celles-ci, l'Amérique, ne pourrait plus continuer à
fixer de facto en fonction de ses seuls intérêts ce
que doit être la règle international.
Nous avons indiqué précédemment que l'Europe
- qui a déjà donné l'exemple du multilatéralisme
avec le rôle qu'elle a joué pour la promotion du protocole
de Kyoto - devra poursuivre ses efforts diplomatiques pour convaincre
les grandes puissances émergentes de la suivre dans cette
voie. Mais l'Europe ne sera crédible qu'en prêchant
par l'exemple, en s'appliquant à elle-même les mesures
rigoureuses et les sacrifices qu'imposeront les diverses politiques
énumérées ci-dessus.
Par ailleurs, ces politiques ne pourront pas reposer sur la bonne
volonté de chacun et moins encore sur la perspective de bénéfices
à court terme. Ainsi, elles marqueront la répudiation,
dans de nombreux domaines, du libéralisme économique
aujourd'hui considéré comme devant s'imposer au monde
entier. Le nouvel ordre mondial reposera sur des règles communes
découlant d'accords internationaux obligatoires, conclus
au niveau de l'ONU puis ratifiés par des textes législatifs
et réglementaires émanant des Etats ou des fédérations
d'Etats telle l'Union européenne. La juxtaposition de ces
divers textes instaurera une véritable économie régulée
ou réglementée au niveau mondial, reprise et nuancée
par chaque Etat à son niveau. De véritables services
publics internationaux ou régionaux devront aussi être
organisés, par exemple pour la réalisation de grands
travaux, la protection de zones sensibles ou la formation des populations.
Pourra-t-on dans ces conditions maintenir l'objectif consistant
à généraliser le libre-échange, c'est-à-dire
l'ouverture complète des frontières aux capitaux,
aux marchandises et aux hommes ? Le libre-échange est présenté
par la doctrine libérale comme une valeur essentielle de
la mondialisation, permettant de répandre au profit de tous,
y compris des plus pauvres, les bienfaits de la croissance. C'est
sa généralisation progressive qui justifie l'existence
de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Si les ressources
étaient illimitées, on pourrait admettre qu'il en
soit ainsi. Mais dans le monde de demain où il faudra répartir
la rareté, les échanges ne pourront s'organiser que
sous la forme d'ouvertures négociées et contrôlées.
L'OMC aura encore un rôle à jouer, mais seulement pour
encadrer les "bilatéralismes" ou "polylatéralismes",
si l'on peut dire. Il ne serait pas acceptable en effet que les
pays se donnant le mal de minimiser l'impact écologique de
leurs activités, ce qui renchérira les prix de leurs
produits, se voient concurrencés par d'autres qui continueraient
à ne prendre aucune précaution. On se retrouverait
dans la situation si nuisible aujourd'hui à la construction
européenne, où le refus d'une harmonisation sociale
et fiscale européenne provoque une fuite des entreprises
et des contribuables vers les Etats-membres qui sacrifient leurs
services publics et par conséquent la compétitivité
globale de l'Union.
Ceci
retentira immédiatement sur le statut juridique de l'Union
européenne. La plupart des modèles décrivant
la future Union reposent sur l'hypothèse que celle-ci assurera
non seulement l'harmonisation de ses grandes réglementations
régaliennes mais une protection minimum à ses frontières
extérieures communes. Ce besoin sera encore plus grand quand
l'Europe se sera impliquée mieux qu'elle ne le fait actuellement
dans la lutte contre la crise climatique et environnementale, ce
qui la désavantagera au moins momentanément dans la
compétition avec d'autres parties du monde ayant refusé
de combattre efficacement la crise.
Des économies
mixtes
Nous
décrivons là une économie mondiale réglementée.
Mais le terme d'économie réglementée ne doit
pas faire peur. Il ne s'agira pas de généraliser un
type d'économie entièrement dirigée excluant
le profit, sur le modèle de l'actuelle société
nord-Coréenne. A l'intérieur des règlements
protecteurs, il sera toujours possible et même souhaitable
de maintenir des domaines d'initiatives privées rémunérées
sur le mode capitalistique. C'est précisément ce que
prévoit actuellement le protocole de Kyoto avec le système
des bourses d'échanges des droits d'émission. Les
appels à la réalisation de produits propres ou de
technologies énergétiques renouvelables feront également
l'objet d'une mise en concurrence entre acteurs publics et privés.
Par ailleurs, la plupart des Etats voudront conserver des sphères
d'initiatives privées et de profit capitaliste, notamment
là où elles seront neutres ou favorables au regard
de l'empreinte écologique. Cela serait souhaitable afin d'éviter
la généralisation de systèmes bureaucratiques
lourds. On verra donc cohabiter des secteurs réglementés
et des secteurs libres, ce qui concrétisera le concept d'économies
mixtes évoqué dans le titre de cet article.
La coexistence entre ces deux secteurs ne sera pas facile. Elle
générera de nombreuses tentations de fraude et nécessitera
en conséquence la mise en place de contrôles. Mais
il s'agira d'un moindre mal par rapport à ce que représenterait
le maintien généralisé du libéralisme,
qui signifierait le refus de faire face à la Crise.
On devine que, dans ce schéma général, la plus
grande difficultéi consistera à mettre d'accord les
principaux pays et les organisations et entreprises qui en dépendent,
concernant la part qu'ils devront prendre dans les inévitables
sacrifices que tous devront consentir. Il faudra notamment répartir
les sacrifices et les efforts proportionnellement aux ressources,
mettre en commun des budgets et des hommes, s'entendre sur des procédures
de gestion partagées. Mais on ne peut être que pessimistes
quand on constate aujourd'hui la quasi-impuissance où se
trouvent les organisations internationales pour mener des actions
communes, l'ONU en ce qui concerne le maintien de la paix, l'OMS
dans le domaine de la santé publique... et bien d'autres...
Mais ce serait oublier que la Grande Crise, si elle tient ses tristes
promesses, mettra en péril tout l'équilibre du monde.
Elle serait un peu comparable à l'arrivée d'un astéroïde
qui détruirait la moitié de la Terre. Dans ces conditions,
l'humanité n'aurait le choix qu'entre deux solutions : continuer
à se déchirer ou s'entendre pour survivre.
Rien ne garantit au demeurant qu'elle fera ce dernier choix. Sur
la planète, ce sera aux scientifiques d'essayer de convaincre
les opinions et à leur suite les décideurs que toute
autre attitude serait mortelle. Nous examinerons cette action souhaitable
des scientifiques dans le 3e article de cette série.
Notes (1) Les instruments de réduction
des émissions de gaz à effet de serre prévus
par le protocole de Kyoto sont entrés en vigueur en février
2005. Ils sont de trois types. Il y a d'abord un plafonnement des
émissions de C02 et des cinq autres gaz à
effet de serre des pays développés. L'engagement de
baisse est de 5 % sur la moyenne annuelle 2008-2010, relativement
à 1990. Ce plafonnement est assorti d'un système d'échange
entre pays qui permettra de privilégier les réductions
dans les pays où elles sont moins coûteuses. Ce système
d'échange sera, potentiellement à partir de 2008,
le plus grand marché du carbone au monde.
Deux mécanismes complémentaires, dont le plus important
est le "mécanisme pour un développement propre"
(MDP), ont également été introduits. Le MDP
permet à des projets "propres", réalisés
dans des pays en développement non soumis à des restrictions
d'émissions, d'obtenir des crédits correspondant aux
émissions évitées. Ces crédits sont
ensuite transférables aux pays développés,
qui peuvent les utiliser pour respecter leurs engagements. Les projets
de MDP ont démarré : 1 500 ont été soumis
au secrétariat de l'ONU qui gère le dispositif. Ils
devraient générer des réductions d'environ
un milliard et demi de tonnes d'équivalent CO2
jusqu'en 2012. C'est significatif, mais bien moindre que l'accroissement
prévu des émissions dans les grands pays émergents
du fait de la vigueur de leur croissance. Ces
dispositifs ont fait l'objet de nombreuses critiques, notamment
celles d'encourager, par la timidité des plafonds fixés
aux entreprises polluantes, la poursuite des pratiques actuelles.
Mais vu la difficulté de réaliser un accord face à
la conjonction des égoïsmes, il ne fallait pas trop
demander à un premier effort collectif de limitation. (2) Précisons s'il était
nécessaire que la décroissance n'affecterait que les
biens matériels, plus particulièrement ceux ayant
un impact sur les ressources mondiales. Il faudrait en contrepartie
encourager dans l'ensemble du monde la production et la consommation
des biens immatériels, axés sur la connaissance, l'art
et le ludique. Ceux-ci ne présentent qu'un faible impact
environnemental en contrepartie d'un apport considérable
de valeurs ajoutées intellectuelles et imaginaires.