Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
23 mars 2007
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Les effets pervers du système déchange
des crédits de carbone ("offset credit system")
Celui
qui ne se plonge pas dans l'énorme littérature et
dans les débats entourant l'application du Protocole de Kyoto
et autres mesures de réduction de la production des gaz à
effet de serre (GES) ne soupçonne pas les considérables
conflits d'intérêt déjà engagés.
Malheureusement, ces conflits cachent des entreprises qui, se disant
vertueuses, c'est-à-dire offrant des solutions pour faire
réaliser des économies d'énergie et créer
des "puits de carbone", ne sont pas loin de l'escroquerie
pure et simple.
ALe
système d'échange des crédits de carbone ("offset
credit system") permet en effet, potentiellement, tous les
abus. Prenons un exemple. Vous venez de faire un peu de tourisme
à Tahiti, ce qui a produit un certain nombre de kilos ou
tonnes de CO2. Votre conscience vous impose alors de
verser une certaine somme à une entreprise qui vous garantira
la plantation de forêts quelque part dans le monde afin de
récupérer le carbone produit. En fait, vous avez toutes
les chances, soit d'enrichir un escroc, soit d'engager une opération
sans suite sinon plus dangereuse à terme que la production
de CO2 dont vous avez été responsable.
Ou bien en effet la dite entreprise ne plantera rien du tout, et
vous n'irez pas vérifier ce qu'elle fait. Ou bien elle vous
fera payer très cher une opération de façade
sans avenir. Ou bien elle ira déposséder d'honnêtes
cultivateurs du tiers-monde pour mettre à la place de leurs
cultures des productions d'oléagineux industriels... qui
eux-mêmes péricliteront faute d'eau et de soins. Si
on vous propose d'autres méthodes mirifiques faisant appel
à la séquestration du CO2, à d'hypothétiques
énergies renouvelables ou à toutes autres solutions
à la mode, vous risquez là encore de vous faire durement
exploiter, en achetant... du vent..
Ceci
d'ailleurs quel que soit votre poids économique, que vous
soyez un citoyen lambda, une association ou même une grande
entreprise. Il n'existera pas avant longtemps une évaluation
indépendante et fiable de ceux que l'on appelle les "offsetters",
de leurs méthodes, de leurs tarifs et de leur pérennité.
Les "offsetters" pourront être particulièrement
malfaisants s'ils s'arrangent avec les entreprises productrices
de carbone pour leur procurer de faux certificats de création
de puits ou de sources d'énergie renouvelable. Comme tout
ceci se négocie au niveau international, hors de tout contrôle
des Etats et de l'ONU, les pires trafics peuvent se développer.
Beaucoup de soi-disant associations écologistes qui se créeront
pour "contrôler les abus" seront elles-mêmes
des nids d'escrocs.
Des
permis à polluer trop libéraux ?
Cette situation conduit aujourd'hui beaucoup d'experts à
penser que le système des échanges de crédits
de carbone, dit aussi système des permis à polluer,
représente une concession dangereuse aux secteurs économiques
polluants. Ceci peut en effet signifier "dump, burn and offset",
c'est-à-dire "créer des décharges d'ordures,
brûlez des combustibles fossiles et obtenez des bons d'échange
de carbone". Le mieux serait de ne pas produire de rejet ou
tout au moins d'imposer des taux d'amendes si élevés
à ceux qui persisteraient à les produire qu'ils changeraient
de comportement rapidement. On en est évidemment pas là.
Faut-il admettre en ce cas que le mieux serait l'ennemi du bien
?
Des
permis à polluer trop libéraux ?
Selon une étude britannique (NewScientist, 19 mars 2997,
p. 41), l'empreinte écologique individuelle (écological
footprint) du citoyen du Royaume Uni, estimée en production
annuelle de tonnes de CO2, est de 11,1 tonnes. Elle se décompose
en :
- biens et services concernant la consommation courante, hors
nourriture et énergie: 4,68 t.
- nourriture (production et transport) 3,25 t.
- habitat: 0,48 t.
- consommation électrique 0,42 t.
- gaz naturel 0,79 t.
- déplacements automobiles 1,03 t.
- déplacements par avion 0, 36 t.
On sera peut-être
étonné de savoir que pour compenser cette dépense,
il suffirait d'installer environ 85 m2de panneaux solaires,
1m2 de panneau pouvant économiser grâce à
l'électricité produite environ 130 kg de CO2 par
an. 85 m22, c'est beaucoup, mais ce n'est pas inabordable.
Si le
protocole de Kyoto et les systèmes laborieusement élaborés
pour le rendre applicable étaient rejetés, on en arriverait
évidemment à ce que persistent à demander les
gouvernements américain et australien, c'est-à-dire
ne rien faire du tout.
Tout le monde d'ailleurs n'est pas forcément corrompu et
l'on trouvera sans doute des offsetters honnêtes. Il n'y a
pas encore beaucoup de conseils à ce sujet de la part d'organismes
français, mais on pourra prendre modèle sur une organisation
du New Hampshire, Clean Air-Cool Planet.
Cela ne suffira pas. Il faudra d'urgence mettre en place des réglementations
protectrices et des services chargés de les faire appliquer,
comme vient de le demander le ministre britannique de l'environnement
David Miliband. Voici une raison de plus pour penser que la lutte
contre la grande crise climatique est définitivement incompatible
avec le libéralisme.