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21 juillet 2008
par Jean-Paul Baquiast

Nouvelles de la décroissance

Addictions

Nous publierons dorénavant sur ce site des « Nouvelles de la décroissance ». Nous y évoquerons des thèmes ou donnerons la parole à des militants qui illustrent la pertinence de ce concept, souvent encore trop mal compris et donc ridiculisé. Nous essaierons de nous placer, évidemment, dans une approche aussi scientifique que possible de la question, dans la suite de nos actuels centres d'intérêt. A.I.

Couverture du livre "La Teuf"Le livre de Monique Dannaud « La Teuf, Essai sur le désordre des générations, Seuil, 01/2008, vient éclairer une actualité significative : la Commission européenne, au prétexte de la liberté de circulation des biens et services, a refusé au gouvernement français, qui s’est incliné, toutes restrictions à la vente d’un produit dit récréatif autrichien, qui est en fait un produit dopant, dangereux quand associé à l’alcool, le Red Bull. Les jeunes ciblés par la publicité pour ce produit lui assurent un grand succès commercial
Il nous paraît intéressant de replacer ces deux débats, celui sur la « fête » et celui sur les boissons excitantes, dans une recherche plus générale, que nous résumerions ainsi :

- Les excitants divers, alcool, tabac, drogues, produisent des « effets de récompense » dans l’organisme, bien connus car très documentés, notamment chez le rat. A terme, en abuser entraîne des dépendances et des destructions. Il s’agit sans doute de processus dont les racines sont à la fois génétiques et culturelles (épigénétiques). Il existe pourtant chez l’homme – comme chez les animaux - des mécanismes antagonistes d’auto-limitation sélectionnés par l’évolution parce qu’indispensables à la survie des espèces. Ces mécanismes, semble-t-il, fonctionnent bien chez les animaux mais mal chez l’homme. Pourquoi ?

- La question des abus de consommation de produits destructeurs s’insère directement dans une interrogation plus large qui doit devenir une priorité pour la survie même de l’humanité : est-il possible de limiter les comportements qui, sous prétexte de croissance ou de progrès, mènent l’humanité à épuiser rapidement les ressources mondiales et finalement à se détruire elle-même? Autrement dit, est-il possible d’envisager des politiques dites de « décroissance », si les motivations génétiques d’une part, l’organisation sociale favorisant l’hyper-compétition et les intérêts commerciaux d’autre part, se conjuguent pour rendre impossibles les restrictions de consommation qui paraissent nécessaires ?

La teuf

Revenons sur la Teuf et les excitants « festifs » en général. Qu’en dit Monique Dannaud, dans la prière d’insérer de son ouvrage: « Traditionnellement, la fête était un temps de compensation et de respiration dans une vie de travail et d'activités diverses. Pour une partie croissante de la jeunesse actuelle, elle désigne tout autre chose : un état durable, un mode de vie où se joue moins une compensation qu'un oubli du monde. Les noms qui lui sont associés - la " déjante ", la " défonce " - traduisent par ailleurs une recherche d'expériences extrêmes et de mise en danger de soi. Des conduites à risques qui peuvent avoir des issues dramatiques. Fondé sur une vaste enquête de terrain, ce texte décrit et interprète un phénomène émergeant où résident quelques-uns des symptômes les plus préoccupants du désordre des générations ».

Sur France Inter, le 21 juillet 2008, l’auteur s’est faite plus précise. Elle a incriminé le système éducatif français. Elle le considère comme excessivement sélectif, si bien qu’il rejette une grande partie de ceux qui sont passés par lui. Les rejetés se considèrent comme dépourvus d’avenir professionnel ou social valorisant et se livrent donc à des activités compensatoires. D’où le succès des fêtes de déjante, façon facile d’oublier les problèmes de la vie quotidienne et de se projeter dans un imaginaire plus ou moins halluciné.

En faveur de la Teuf, on peut faire également valoir qu'elle décomplexe des individus encore corsetés par les interdits religieux, sexuels, ethniques imposés par les sociétés traditionnelles, dont ils sont loin d'être libérés. Mais ne pourrait-on imaginer des pratiques décomplexantes qui n'imposeraient pas le recours à des stimulants technologico-chimiques ni à l'obligation de pratiquer des rites sociaux de convivialité encore réservés aux favorisés?

Une école trop sélective

Le reproche fait au système éducatif français, le même étant fait au système japonais dont l’hyper-sélectivité aboutit aux mêmes dégâts, relève pensons nous d’une nécessaire critique de la « croissance », considérée comme une course sans issue à des objectifs fondamentalement destructeurs. Dans une société de la décroissance matérielle, l’école ne se bornerait pas à sélectionner des individus hautement rentables pour les entreprises commerciales. Elle viserait plus généralement à produire des individus capables d’exploiter leurs qualités dans des activités socialement utiles mais ne visant pas nécessairement à générer des chiffres d’affaires commerciaux.

Une société trop marchande

Mais ce que ne dit peut-être pas suffisamment Monique Dannaud, c’est que l’école et plus généralement la société dont elle émane s’est faite hyper-sélective sous la pression des intérêts économiques qui veulent pouvoir recruter des « battants » ou des « gagneurs » afin de l’emporter sur leurs concurrents dans la compétition libérale mondialisée. Or c’est cette compétition qui menace la civilisation en encourageant l’exploitation sans limites des ressources terrestres. Nous ne prétendons pas que l’école ne doive pas encourager l’effort ni l’acquisition de compétences. Mais elle devrait pouvoir le faire en considérant que chacun, quelles que soient les spécificités de son profil, pourrait jouer un rôle utile dans le nécessaire équilibre entre les sociétés humaines et le milieu. On ne fera croire à personne que les « teufeurs », convenablement encouragés, ne pourraient pas faire montre de qualités de créativité dont la société aurait besoin mais que, sous la pression des intérêts commerciaux, ils ne seront pas encourager à développer.

Concrètement, quels sont les intérêts commerciaux qui encouragent, derrière la Teuf et autres pratiques dites récréatives, le gaspillage sinon la destruction des qualités humaines des individus. Quels sont les intérêts qui font du profit en encourageant les déterminismes génétiques et culturels auto-destructeurs de cette nature, comme tous ceux dont on a montré depuis longtemps le caractère suicidaire ? Dans le cas de la Teuf, comme dans le cas du cyclisme et des Jeux Olympiques générateurs de dopage et de surexploitation des corps, ce sont des industriels du spectacle et de la publicité, travaillant eux-mêmes pour des industriels de la croissance destructrice, tels Mac Donald ou Coca Cola.

La complicité des pouvoirs publics

Mais la chaîne des engrenages pervertisseurs se boucle quand ce sont les pouvoirs publics eux-mêmes qui encouragent au nom du libéralisme les abus de ces industriels, ceci alors même que les produits vendus se révèlent dangereux. L’exemple de Red Bull est tristement exemplaire. Un produit dénoncé par tous les médecins et sociologues comme nuisible est autorisé à la vente sans restrictions par l’Union Européenne. Ceci parce que le fonctionnement de l’Union a été placé dès le début sous la dépendance du principe aujourd’hui de plus en plus insupportable de la liberté du commerce et de l’industrie. Ce principe, qui dans beaucoup de cas se traduit par la liberté de tuer, ne peut donc plus être contré, ni par les institutions européennes elles-mêmes, ni par les gouvernements nationaux qui comme le ministère de la Santé français actuel, aurait (trop timidement) voulu établir des limites.

Si les institutions se conjuguent avec les intérêts commerciaux pour promouvoir, de l’alcool au Red Bull, sous prétexte de libéralisme économique, des produits et des comportements consommateurs destructeurs, quelles solutions trouveront ceux qui voudraient échapper à ces déterminismes forts ? L’ascèse personnelle ? Je ne consommerai pas d’alcool ni de Red Bull ? Bien sûr, de telles résolutions doivent être encouragées. Mais on sait depuis longtemps qu’elles manquent encore de portée collective, n’encourageant donc pas la mise en action de motivations plus « altruistes ».

Nous pensons qu’aujourd’hui, c’est l’idéologie désintéressée et valorisante de la décroissance qui parait la plus apte à encourager l’insertion de comportements d’auto-limitation dans des politiques éco-stratégiques plus générales. Il appartiendrait alors aux pouvoirs publics du monde de traduire ces politiques en régulations incitatives puis contraignantes. Mais il faudrait pour cela que nos sociétés se montrent capables pour survivre de s’imposer des contraintes directement en contradiction avec les pulsions primaires de la plupart des individus.

Prochaines Nouvelles:
- Présentation de la revue Entropia
- Interview de Jean-Claude Besson-Girard


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