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17 octobre 2009
par Jean-Paul Baquiast
[Science et Politique]
Un rapport sur les relations délétères
entre les grandes entreprises et les universités
"Les
intérêts des grandes entreprises compromettent les
retombées sociales et environnementales de la science",
tel est l'objet d'un rapport que vient d'émettre l'association
britannique de chercheurs Scientists for Global Responsibility
(SGR), association rassemblant quelque 1.000 membres, professionnels
des sciences et des technologies se disant soucieux des questions
éthiques impliquées par leurs travaux.
Paru
sous le titre "Science and the corporate agenda: the detrimental
effects of commercial influence on science and technology"(1),
ce rapport de 80 pages a été rédigé
par le Dr Chris Langle et le Dr Stuart Parkinson, vice président
de SGR. Il
montre que les recherches, même celles prises en charge sur
des fonds publics, sont principalement conduites sous l'influence
des grandes entreprises commerciales participant au financement
des recherches, dans le sens des intérêts à
court terme de ces dernières, au détriment de l'intérêt
général de la science et de la société.
Pour
en rendre compte, les exemples sont puisés dans 5 secteurs
: l'industrie pharmaceutique, les industries pétrolières
et gazières, les industries de défense, les biotechnologie
et le tabac.
Selon les auteurs, les entreprises de ces secteurs ont pénétré
le coeur des universités, en réduisant leur indépendance
et leur ouverture. L'indépendance des recherches individuelles,
des programmes de recherche/développemment et finalement
des organes de publication scientifique en est directement affectée.
Toujours
selon les auteurs, ceci se manifeste notamment par:
-
Une distorsion des objectifs et résultats de recherche. Seuls
sont poursuivis et publiés ceux favorables aux entreprises
finançant la recherche.
- Une distorsion des plannings de recherche. Les résultats
économiques à court terme sont privilégiés
par rapport à des objectifs plus universitaires visant la
recherche fondamentale à long terme.
- Le financement occulte de groupes d'experts ou de citoyens visant
à défendre les points de vue des entreprises, notamment
dans le domaine médical ou celui de l'environnement.
- La compromission des universités dans des opérations
commerciales qui échappent à la tutelle des corps
de contrôle.
- Un embargo systématique sur la publication des résultats
de recherche et la libre expression des chercheurs.
Pour
lutter contre ces dérives, le rapport fait plusieurs propositions:
-
Publier les liens entre chercheurs, les entreprises et les groupes
de pression.
- Protéger le financement de programmes de recherche fondamentale
non orientés (blue-skies research), ayant notamment des implications
sociales et environnementales.
- Revoir en ce sens le statut, le rôle et les crédits
des universités.
Le
rapport en appelle à une action urgente des pouvoirs publics
en ce sens (incluant l'Union européenne). Sans cela, les
conséquences du changement climatique, de l'accroissement
de l'insécurité et de celles des inégalités
face à la santé seront de moins en moins étudiées.
* Contact SGR: Dr Stuart Parkinson 07941 953640; stuartp at sgr.org.uk