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Introduction: L'Europe est-elle condamnée au chômage
massif ?
Appelons
chômage massif un chômage qui dépasse
les 10 à 12% de la population définie comme
active par les statistiques du Bureau International du
Travail. En France le chômage se situerait à
la fin de 2010 aux alentours de 11%. Il toucherait plus
de 4,5 millions de personnes. Il est sensiblement plus
faible en Allemagne, du fait du maintien d'une activité
industrielle exportatrice. Il est voisin sinon supérieur
dans les autres pays européens.
Notons pour mémoire qu'il se situe autour de 10%
de la population active aux Etats-Unis, après de
longues années où il n'avait pas dépassé
les 4 à 5%. Ce chiffre est considérée
par les opposants à Barack Obama comme marquant
un échec personnel de sa politique de lutte contre
la crise.
Ces
évaluations concernent les économies dites
développées. Dans les pays émergents
tels que la Chine ou le Brésil , et a fortiori
dans les pays pauvres, il est difficile de distinguer
globalement l'emploi, le sous-emploi et le chômage,
compte tenu du manque d'outils précis de mesure.
On peut considérer cependant que ces pays recèlent
des dizaines voire des centaines de millions de travailleurs
non rémunérés ou rémunérés
aux alentour de 2$ par jour. La plupart seraient désireux
s'ils en avaient la possibilité de venir travailler
dans les pays riches. Il en résulterait du fait
de la concurrence entre forces de travail une augmentation
considérable du chômage frappant les travailleurs
des pays développés.
Pourquoi,
compte tenu de cette situation, les Européens devraient-ils
considérer qu'ils sont légitimes à
vouloir maintenir leur niveau d'emploi actuel et plus
généralement leur niveau de vie alors que
les 5/6 des pays du monde ne disposent encore que d'un
emploi et d'un niveau de vie très inférieurs?
Afin de partager ce qui leur reste de ressources avec
les autres peuples, les Européens ne devraient-ils
pas accepter d'ouvrir plus largement leurs frontières
et permettre ainsi l'entrée de travailleurs pauvres,
avec comme conséquence si les immigrants sont trop
nombreux de voir diminuer les rémunérations
salariales, croitre le chômage et le sous-emploi
?
Le
même argument est souvent opposé aux Américains
quand ils affirment vouloir défendre leur mode
de vie. De quel droit les Américains qui ont pendant
au moins un siècle consommé plus de la moitié
des ressources mondiales devraient-ils exiger que le reste
du monde leur reconnaisse encore ce droit? La réponse
à cette question est simple. Aucun peuple n'accepte,
à moins d'y être contraint par des circonstances
extérieures dramatiques, de voir ses conditions
d'existence se dégrader, fut-ce au profit d'autres
peuples présentés comme voisins et alliés.
Tous les peuples, même lorsqu'ils bénéficient
d'avantages comparés importants, recherchent les
solutions leur permettant d'échapper à une
baisse profonde de leur statut, fut-ce au risque de provoquer
des crises politiques violentes, internes ou internationales.
C'est
le cas en ce qui concerne l'emploi ou, plus précisément,
le chômage. On se demande souvent si les pays développés
pourraient supporter sans révoltes un chômage
massif, tel que défini ci-dessus. La réponse
généralement donnée est négative.
Il en découlerait, entre autres conséquences,
une telle aggravation de l'inégalité entre
les riches et les pauvres que, dans les sociétés
occidentales où règne une certaine transparence
de l'information, surviendrait une explosion du système
social tout entier. Les riches pourraient espérer
un moment, en usant de la force, maintenir leurs avantages
et leur pouvoir, mais tous les mécanismes de production,
de consommation et d'investissement finiraient à
la longue par se dégrader, ramenant les pays développés
au sous-développement.
Dans
ces conditions et pour éviter cela, gouvernements
et opinions publiques, dans ces pays développés,
s'accordent sur la nécessité d'abaisser
les taux de chômage à un niveau considéré
comme normal (chômage dit aussi d'ajustement, soit
aux alentour de 4% de la population active?) Comment faire?
Limitons-nous
dans cette note à traiter le cas européen,
bien que le problème à résoudre ne
soit pas très différent aux Etats-Unis.
Selon les représentants de la pensée économique
libérale, pour créer de l'emploi, il faut
investir et pour investir il faut des capitaux. Comme
les pays européens souffrent à la fois d'importants
déséquilibres de leur balance commerciale
- ils importent plus qu'ils n'exportent- et d'importants
déficits budgétaires les Etats dépensent
plus qu'ils ne gagnent de nouveaux investissements
ne pourraient provenir que d'un appel à des capitaux
extérieurs estimant intéressant pour eux
d'investir en Europe.
Mais
il faudrait en ce cas accepter de leur « vendre »
des pans entiers des économies européennes,
ce qui transformerait progressivement l'Europe en pays
colonisé. Ceci ne voudrait d'ailleurs pas dire
qu'ils créeraient des emplois non délocalisables.
Au contraire, vu les différentiel de rémunération
salariale existant entre l'Europe et les pays pauvres,
les investissements étrangers en Europe finiraient
tôt ou tard par être rapatriés dans
les pays d'origine des investisseurs.
Jusqu'à
nouvel ordre, aussi peu soucieux de nationalisme économique
que soient les pays européens, ils n'ont pas encore
accepté de se laisser entièrement coloniser
par l'extérieur. Quelles solutions leur reste-t-il
alors pour retrouver une activité et un niveau
d'emploi convenable? Pour répondre à ce
défi, il faut revenir aux bases de la réflexion
économique. Dans ce but, posons nous quelques questions.
1.
Peut-on créer de l'emploi en agissant pays par
pays ?
La
réponse est non. A moins de sortir de l'Union européenne,
aucun pays ne peut faire abstraction du fait qu'il n'existe
plus de frontières intérieures, et que tout
effort fait au niveau d'un seul pays se diluera dans l'espace
économique global. Par ailleurs, sortir de l'Union
ne permettrait pas de bénéficier de la force
représenté par l'ensemble des pays, notamment
de l'appui de la monnaie unique. Si l'Allemagne voulait
sortir de l'euro et de l'Union, elle découvrirait
vite que son activité industrielle en souffrirait.
Du fait du décrochage du nouveau mark par rapport
à l'euro, soit ses importations, soit ses exportations
en provenance ou en direction de la zone euro cesseraient
d'être compétitives.
2.
Peut-on créer de l'emploi sans investir ?
La
réponse est non. Rappelons que l'investissement
consiste à mettre en place un outil de production
qui ne permet pas de répondre à des demandes
de consommation immédiates mais qui est conçu
pour satisfaire de tels besoins à terme. Au moment
ou il commencera à produire des résultats,
c'est-à-dire à être rentable, le consommateur
pourra s'adresser à des biens et services produits
sur place, plutôt qu'à des biens importés.
L'investissement peut aussi entraîner des résultats
autres que la production de biens de consommation mais
essentiels à l'amélioration de la compétitivité
générale de la collectivité. C'est
typiquement le cas en ce qui concerne les investissements
dans les domaines de la formation ou de la recherche scientifique.
En
ce qui concerne l'effet immédiat des investissements
proprement dits sur l'emploi, les travaux et autres actions
engagées se traduisent nécessairement par
des appels de main-d'oeuvre. Il faut bien entendu mettre
en place parallèlement des politiques de reconversion
permettant aux forces de travail non utilisées
ou sous-utilisées de répondre aux nouveaux
offres d'emploi résultant de la politique d'investissement,
en évitant la solution de facilité consistant
à faire immédiatement appel à l'immigration.
En
quoi dans ces conditions une politique d'investissement
est-elle préférable, pour créer des
emplois, à des politiques plus indirectes. La solution
la plus souvent pratiquée, dite par abus de langage
keynésienne (Keynes n'avait pas limité à
cela les recommandations destinées à lutter
contre la récession qu'il avait formulées
dans les années 1940) consiste à provoquer
une relance de la consommation par la mise en circulation
de liquidités, provenant de la banque centrale
ou des banques (avec abaissement des taux du crédit
à la consommation). On en espère une relance
ultérieure des investissements, découlant
de la volonté de répondre aux nouveaux besoins
de consommation ainsi créés.
Mais
le calcul se révèle faux dans la plupart
des cas. La distribution de liquidités n'entraîne
pas nécessairement d'investissements ni par conséquent
d'emplois, sauf dans le domaine immobilier. Elle est généralement
inflationniste du fait qu'elle n'incite pas l'économie
à investir pour satisfaire la nouvelle demande
ainsi créée. Elle se traduit en général
par des achats de biens de consommation étrangers,
au détriment de l'équilibre de la balance
commerciale. Elle entraîne aussi souvent la formation
d'épargnes non investies que les banques dépositaires
utilisent en général à des activités
spéculatives. C'est ce facteur qui a expliqué
le peu d'effet sur la création d'emplois des deux
plans successifs de relance décidés par
l'administration Obama avec l'appui de la Réserve
Fédérale.
3.
Existe-t-il des domaines et champs d'activité correspondants
à des besoins sociétaux essentiels que les
pays européens ne peuvent pas satisfaire actuellement
faute d'investissements et parfois faute de main d'oeuvre
qualifiée ?
La
réponse est oui. Nous pourrions même répondre
par un OUI massif. La liste des demandes à satisfaire
pour répondre ne fut-ce qu'au maintien du niveau
de vie actuel des Européen, en l'adaptant à
l'évolution prévisible de la demande et
de l'offre mondiale, est considérable.
Même
en sachant d'une part que les ressources de la Terre sont
désormais limitées et que d'autre part la
protection des écosystèmes impose de nombreuses
restrictions de croissance, la fourchette du souhaitable
reste très ouverte. Nous nous placerons ici dans
une perspective de moyen-long terme de 5 à 10 ans
sinon 50 ans, qui s'impose quand il s'agit d'investissements
importants et durables. Mentionnons ici quelques exemples
parmi de nombreux autres :
-
la reconstruction des villes et notamment des banlieues
dites sensibles, en faisant notamment appel aux technologies
d'habitat dites zéro-énergie.
-
la construction de nouveaux campus universitaires, laboratoires
et établissements d'enseignements équipés
de moyens modernes pour accueillir les millions de nouveaux
étudiants et élèves qu'il sera par
ailleurs nécessaires de recruter, notamment dans
les disciplines scientifiques. Leur localisation devra
se faire en liaison avec le développement de nouvelles
filières industrielles au sein de pôles de
productivité existants ou à créer.
-
la construction de réseaux de télécommunication
à très large bande irriguant largement tous
les sites urbains, universitaires et industriels.
- la construction de voies de transports collectifs, pour
personnes ou frets, sur le mode ferroviaire ou maritime,
allant du plus proche (désenclavement des zones
urbaines) au plus lointain (grandes liaisons transcontinentales
terrestres se raccordant aux réseaux russes voire
chinois, ferroroutage maritime intra- et extra-européen...).
-
la mise en place d'équipements de toutes sortes
destinés à la production et à la
distribution intelligente (smart-grid) d'énergies
électriques provenant de sources ne faisant pas
appel aux combustibles fossiles.
-
le lancement de « filières »
industrielles débouchant sur des produits de consommation
ou d'équipement à forte valeur ajoutée
et économes en énergie et matières
premières (concernant par exemple les nano-objets,
la robotique, les véhicules électriques,
les industries culturelles et les loisirs numériques....
).
-
le lancement d'une politique spatiale se voulant équivalente
à celles des principales puissances spatiales d'aujourd'hui
et de demain. En dehors de ses applications directes,
notamment scientifiques, cette politique aurait de très
nombreuses retombées intéressant l'économie
et la société européenne.
-
la préparation de la protection des zones littorales
contre la remontée du niveau des mers (sans doute
1m dans le siècle, sinon plus). On dira que le
besoin n'est pas urgent. Il paraît cependant inévitable.
Vu l'ampleur des investissements à consentir, il
faudra s'y préparer longtemps à l'avance.
On
notera que pour la plupart ces investissements ne seraient
pas délocalisables. Il serait évidemment
absurde de créer des processus de production susceptibles
d'être vendus à des acheteurs étrangers
qui s'empresseraient de les délocaliser dans les
pays à bas coûts salariaux et sans règles
de protection environnementales.
Ces
investissements devraient faire appel à une large
gamme de qualifications professionnelles. Certaines des
personnes actuellement en chômage ne pourraient
sans doute pas y être affectées sans acquérir
de nouvelles compétences, mais avec les méthodes
de modernes de formation et téléformation,
elles pourraient devenir employables rapidement.
4. Existe-t-il des situations
de rareté concernant les matières premières
et autres ressources nécessaires aux investissements
envisagés ci-dessus ?
La
question doit être posée, afin d'éviter
les risques d'inflation par la demande (demandes supérieurs
aux offres) sur le mode aigu (hausse des prix supérieure
à plus de 5% par an). Les pays européens
ne voudraient pas revivre les grandes périodes
d'inflation galopante connues au siècle précédent
et refuseraient donc des dépenses d'équipement
et de réindustrialisation susceptibles de générer
de nouvelles fortes hausse de prix.
Or
la réponse à la question variera en fonction
des secteurs industriels concernés. D'une façon
générale, les Européens se heurteront
inévitablement à la politique d'accaparement
provenant de la Chine et d'autres pays émergents
qui essayent partout dans le monde de s'approprier les
sources de matières premières industrielles
stratégiques ou rares (terres rares nécessaires
à l'électronique, par exemple). Mais on
peut penser que l'Europe pourrait puiser sur des marchés
de matières premières dont la plupart restent
pour le moment loin d'être épuisés,
sauf spéculation, par la demande internationale.
Pallier aux manques par la mise au point de produits de
substitution constituera de toutes façons un stimulus
pour la recherche/développement.
5.
Que serait globalement le montant des crédits à
affecter annuellement aux investissements envisagés
au 3. ci-dessus ?
Si
les domaines sont bien choisis, on répondra qu'il
n'y aurait pas de limite supérieure à se
donner. Il conviendrait d'aller jusqu'aux limites des
disponibilités, non seulement en épargnes,
mais en ressources humaines et en matières premières.
Il ne faudrait pas cependant, comme rappelé plus
haut, dépasser le montant des ressources disponibles
au point de créer une inflation par la demande
dont les conséquences pourraient être dommageable
au maintien des grands équilibres économiques
européens.
En
ce qui concerne les limites inférieures, il conviendra
de ne pas descendre au dessous des seuils d'efficacité
en deçà desquels se manifestent des phénomènes
de dispersion et de gadgétisation. C'est pour cette
raison que le Grand (?) emprunt qui a été
récemment décidé en France a été
critiqué. En dehors de ses modalités elles-mêmes
critiquables, (nous y reviendrons) son montant limité
à quelques milliards ne permettra pas d'obtenir
d'effets quantitativement observables.
Nous
pourrions avancer ici que les investissements nécessaires
à l'ensemble des pays de l'Union européenne
tels que présentés ici pourraient être
évalués aux alentours de 400 milliards
par an. Ces dépenses devraient être renouvelées
pendant au moins 10 ans, durée minimum pour qu'elles
commencent à transformer radicalement le visage
et la compétitivité de l'Europe.
Le
chiffre paraîtra élevé, si on le compare
au budget de l'Union européenne qui ne dépasse
pas en 2010 125 milliards. Mais ce dernier, considéré
en général comme tout à fait insuffisant
pour permettre à l'Union européenne de s'affirmer
comme puissance, ne représente que 1% environ du
produit national brut de l'ensemble des Etats de l'Union,
lequel peut être estimé à 12.000 milliards.
Le budget d'un pays comme la France est d'environ 390
milliards. Dépenser 400 milliards par an à
27 pays pour rendre l'Europe capable d'affronter les défis
du XXIe siècle n'aurait donc rien d'excessif.
6.
Ferait-on appel à l'impôt ou à l'emprunt
pour obtenir les 400 milliards annuels nécessaires
aux nouveaux investissements européens proposés
ici ?
La
réponse sera négative. On écartera
d'emblée la solution consistant à créer
de nouveaux impôts, soit nationaux soit communautaires
s'ajoutant aux impôts existants. La pression fiscale
est suffisamment élevée que, même
à fin d'investissements productifs, il soit dangereux
de l'accroître.
On
écartera de même la solution consistant à
mettre en place des emprunts s'adressant soit à
des épargnants européens, soit à
des fonds d'investissements non européens. Ces
emprunts entraîneraient une hausse qui sera jugée
insupportable du montant des dettes publiques déjà
considérées comme excessives aujourd'hui.
Ces dettes s'élèvent à environ 50
à 70 % des PIB nationaux soit environ 9.000 milliards
au total. Augmenter ce total de 400 milliards pendant
10 ans soit 4.000 milliards ne serait pas responsable,
même si en fin de période les milliards investis
commençaient à produire des retours permettant
leur amortissement.
Un
autre inconvénient découlant de l'appel
à l'emprunt est qu'il met les investissements ainsi
financés à la merci des préteurs.
Ceux-ci, qu'ils soient européens ou, solution encore
plus dangereuse, non européens, pourraient exercer
sur les gouvernements des pressions destinées à
obtenir tel ou tel avantage ou décision que les
gouvernements ne voudraient pas concéder. De plus
et enfin, les emprunts doivent être remboursés,
ce qui peut poser des problèmes aux organismes
ayant bénéficié des prêts si
pour une raison ou une autre, ils ne peuvent le faire
aux échéances prévues.
7.
Comment dans ce cas obtenir les 400 milliards annuels
nécessaires aux nouveaux investissements européens
envisagés ici ?
Deux
sources concourantes seront retenues. La première
consistera à faire appel à l'épargne
des citoyens européens. On peut estimer que, dans
un pays tel que la France, l'épargne sous toutes
ses formes s'élève à environ 4.000
milliards sous forme mobilière ou immobilière.
Ces épargnes, dans l'ensemble ne sont que faiblement
investies au service du développement de l'économie
et de la progression des équipements productifs.
Elles sont soit immobilisées (immeubles divers)
soit placées à court terme dans des banques
ou caisses d'épargne ne cherchant pas à
les consacrer aux investissements productifs. Le dixième
pourrait ainsi être mobilisé volontairement
par leurs détenteurs, s'ils trouvaient dans des
participations à un organisme public européen
un rendement garanti supérieur à celui fourni
par les caisses d'épargne.
Etendu
à l'ensemble de l'Europe, le dispositif pourrait
collecter entre 1500 et 2000 milliards, débloqués
par tranches annuelles de 400 milliards.
Il
ne sera certes pas envisageable de proposer de l'épargne
forcée sous la forme des emprunts de guerre de
1914-18. Il faudra par contre faire appel à la
fois au patriotisme européen des petits et moyens
épargnants et des entreprises, mais aussi à
leur intérêt personnel. Pour cela, il sera
indispensable de les sécuriser, en mettant en place
au niveau le plus officiel des institutions européennes
un Fonds d'investissement stratégique
européen dédié à
la gestion de ces opérations. Ce Fonds deviendrait
ainsi, avec la Commission, le Parlement et la Banque centrale,
un organe majeur de l'Union européenne. Il devra
être convenablement transparent et contrôlé,
tant dans son fonctionnement global que dans le choix
des opérations qu'il financera. Nous y reviendrons
au 7 ci-dessous.
L'Union
européenne dispose à cet égard de
quelques précédents, notamment les financements
de la recherche/développement. Les procédures
n'en sont pas sans défauts, mais les Etats européens
sont suffisamment experts et intègres pour
assurer une sécurisation du système ici
proposé, malgré l'ampleur nouvelle de l'ambition.
Le Fonds garantira par exemple un rendement de 3.5% environ
aux investisseurs, pour des prêts à
durée illimitée , mais remboursables sous
certaine conditions (à l'exemple des TSDI ou titres
subordonnés à durée indéterminée
).
Le
financement sera réservé à l'économie
réelle, au profit de projets offrant le maximum
de valeur ajoutée intellectuelle ou technique.
En outre, les intérêts perçus pourront
être défiscalisés. On pourrait dire
d'une autre façon qu'il s'agirait de proposer une
rente perpétuelle contre des investissements dintérêt
national européens. La rente pourrait être
rémunérée à un taux correct,
par exemple 4 ou 5% annuels.
En
seconde source, on pourra faire appel à des avances
de la Banque centrale européenne consenties au
Fonds d'investissement stratégique afin de lui
permettre d'amorcer le système de prêts aux
entreprises acceptant d'investir dans les conditions fixées
par ce même Fonds. Il s'agirait en fait d'une création
de monnaie comparable à celle que vient de réaliser
la Banque fédérale américaine au
profit de l'économie pour un montant d'environ
600 milliards de dollars. Mais dans le cas américain,
cet argent a été distribué sans conditions
précises de réemploi, si bien que l'on peut
craindre qu'il ne serve pas à financer les investissements
créateurs d'emplois dont les Etats-Unis ont le
plus grand besoin. Il est très probable qu'il servira
surtout à alimenter la spéculation des banques
d'affaires américaines, sans aucun effet concernant
la création d'emplois industriels ou de recherche.
Dans
le cas du Fonds européen proposé ici, la
BCE fournirait au Fonds les avances nécessaires
à compléter l'apport des épargnes
des particuliers, à concurrence des 400 milliards
par an envisagés. Il n'en résulterait pas
d'effet inflationniste, hantise de l'Allemagne, dans la
mesure où comme indiqué ces sommes permettraient
d'une part de mobiliser les ressources non employées
des économies européennes et d'autre part,
de financer des investissements productifs de biens et
services.
8.
Un Fonds d'investissement stratégique européen
pourrait-il offrir des conditions de bonne gestion susceptibles
de lui assurer la confiance, aussi bien des gouvernements
que des épargnants à qui il proposerait
l'achat de parts de rente ?
La
question mérite d'être posée, car
dans l'état actuel du désordre caractérisant
la gestion des affaires européennes en général,
on pourrait craindre que les sommes recueillies par le
Fonds ne servent qu'à des opérations politiques
voire à entretenir divers détournements
et trafics. On évoquera l'exemple du Fonds Social
Européen destiné à financer des opérations
de développement ou de réinsertion dans
les Etats européen les moins favorisés.
Il semblerait qu'une certaine part de ses financements,
par exemple ceux destinés à la stabilisation
des populations Roms aient été détournés
par des intermédiaires douteux. Il ne faudrait
évidemment pas que de telles pratiques puissent
compromettre tout ou seulement partie des procédures
d'investissement proposées ici.
Nous
ne présentons pas ici de propositions concernant
le statut et le fonctionnement du Fonds stratégique
d'investissement envisagé. Disons qu'il fonctionnera
comme une pompe aspirante et foulante. Il collectera les
ressources provenant des particuliers et entreprises souhaitant
placer leurs épargnes. Il les redistribuera sous
forme de participations aux administrations, collectivités
publiques et entreprises ayant présenté
des projets d'investissements répondant aux critères
de sélection définis par le Fonds. Des contrats
précis fixeront les droits et obligations des différentes
parties intéressées. Les réseaux
de comptables publics ou dans certains cas d'organismes
financiers accrédités pourront être
mobilisés pour la gestion de ces opérations.
Il conviendra évidemment d'attacher la plus grande
attention aux méthodes de fonctionnement qui seront
retenues.
Le
Fonds devra disposer d'une autonomie suffisante pour ne
pas se faire imposer de choix industriels et scientifiques
décidés unilatéralement par les seuls
Etats ou promus par les inévitables lobbies cherchant
à s'attirer des ides.
A
l'inverse, le Fonds devra rester soumis aux divers contrôles
provenant d'une part des institutions européennes,
d'autre part des Etats-membres et permettant de le rendre
crédible au regard des gouvernements et des épargnants
de chacun des Etats. Il conviendrait que de façon
régulière, le Conseil européen et
le Parlement dressent le bilan des opérations déjà
engagées et proposent les programmes destinées
à leur assurer une suite. Des Conseils indépendants
chargés d'évaluer a priori et a posteriori
les grandes orientations industrielles et scientifiques
seront mis en place et organiseront domaines par domaines
les débats nécessaires avec l'opinion publique
assureront la plus grande publicité.
A
suivre dans un prochain article: discussion.
Le lecteur estimera sans doute que le projet ci-dessus
serait, sous un aspect relativement anodin, tellement
ambitieux et nouveau qu'il induirait une véritable
révolution dans les droits et les pratiques de
l'Union européenne. Sans aborder ici la question,
disons que ce serait peut-être là son principal
intérêt.
PS. Le mur de
l'Atlantique (voir le livre de Jérôme Prieur sous ce
titre et aussi Médiapart http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/181110/ce-que-...)
montre bien comment une politique de grands travaux (alors il est
vrai à objectifs militaires) peut en quelques mois résorber
du chômage et produire des résultats ambitieux, à
une époque de restrictions généralisées
et sans cependant produire de l'inflation.
A
quand de mêmes politiques appliquées à
l'Europe toute entière, afin d'assurer sa défense
?