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A
voir absolument !
Inside Job est un film prodigieux sur la crise financière,
très différent dans sa facture, son écriture
et son propos des récentes productions hollywoodiennes traitant
du même sujet.
Réalisé par Charles Ferguson, le film met en scène
les acteurs réels de la crise des «subprimes»,
dirigeants de la Fed, des banques, hommes politiques, universitaires
ou tenancières de maisons closes etc. Les images sont superbes
par leur expressivité, la vigueur et la nervosité
du montage. La voix off de Matt Damon donne encore plus de profondeur
à ce superbe film.
Il
s'agit d'un documentaire réalisé à partir dinterviews
des principaux protagonistes de la crise. Certains de ceux-ci ont
refusé de se soumettre à lexercice, dautres
le font avec une candeur désarmante ou un cynisme à
peine supportable.
Le
film apporte souvent un éclairage nouveau sur certains événements
ou certaines décisions. Il ouvre de nombreuses pistes de
réflexion. La tonalité générale est
pessimiste, tout semble redevenu comme avant : la prochaine crise
se prépare, Wall Street a conservé le contrôle
et le système financier en a profité pour accroître
son pouvoir.
Barack
Obama à complètement échoué dans son
effort de régulation, à supposer quil ait jamais
voulu lentreprendre. Charles Ferguson met laccent sur
lambigüité du personnage et met en évidence
à quel point le président américain est solidement
«encadré» par une garde rapprochée issue
des milieux financiers les plus hostiles aux réformes et
à la mise en cause de leurs privilèges.
Dominique Strauss Kahn et Christine Lagarde qui sont présentés
dans laffiche du film comme faisant partie du « casting
» sen tirent plutôt bien. On notera la fraîcheur
de la réponse de notre ministre à la question posée
par Fergusson : "A lannonce de la chute de Lehman comment
avez vous réagi ?" "Jai dit Holy cow"
"Ah la vache" en français.
Lun
des éléments les plus intéressants du film
est la très sévère mise en cause des grandes
universités américaines, si prisées par nos
compatriotes. Elles sont à la source de lidéologie
de la dérégulation financière, laquelle est
pour une large part à lorigine de la crise. Mais cest
aussi lensemble du système académique américain
qui est montré du doigt. Le film met en évidence lampleur
et la nature particulièrement perverse des conflits dintérêt
qui traversent cet univers peuplé denseignants tous
très engagés dans le conseil et la participation aux
organismes dirigeants et de contrôle de la plupart des entreprises
financières. De ce point de vue, les réponses des
intéressés laissent sans voix, elles sont consternantes.
Les réponses des responsables des agences de notation sont
tout simplement effarantes. La vigueur des auditions des grandes
commissions denquêtes du Capitole est en revanche à
lhonneur de la démocratie américaine.
Dans
la grande tradition dramatique, Inside Job» mêle
à la fois le tragique à la comédie. Du début
à la fin, on est affligé par le spectacle mais on
rit très souvent. Jaune bien entendu.
Ce
qui donne du poids aux interviews de Charles Fergusson et qui la
rendu crédible auprès de ceux qui ont accepté
de répondre à ses questions (il faut reconnaître
à ceux-ci une certaine forme de franchise et de courage),
est qu'il est lui-même un «insider» puisquil
doit sa fortune à la bulle internet. Il connaît donc
parfaitement le milieu, les codes et les mentalités. Il sétait
distingué déjà en 2007 par un film sur lengagement
américain en Irak. Primé aux Oscars ce film na
jamais été distribué en France.
Inside
Job remplace à lui seul la plupart des articles et des
livres écrits sur le sujet ces derniers mois. Si lon
n'a pas encore compris ce qui sest passé et surtout
ce qui va se passer, cest loccasion de mettre de lordre
dans nos idées. On peut craindre cependant que, pour des
raisons faciles à imaginer, ce film ne rencontre pas dans
les médias tout l'écho qu'il mériterait, aussi
bien aux Etats-Unis qu'en Europe.