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Anisotropie supposée
de l'univers et statistiques
bayésiennes
L'excellent
précis en ligne canadien consacré à une présentation
de l'univers, dont nous ne pouvons que conseiller la lecture (http://universe-review.ca/index.htm),
écrit ceci à propos des anomalies observées
dans le rayonnement fossile micro-ondes ou CMB (cosmic microwave
background radiation) par le satellite américain Wilkinson
:
1.
It has been deduced from the absence of radio sources that there
is a big hole in the sky devoid of both normal and dark matter in
the direction of the constellation Eridanus. Its size is nearly
a billion light years across at a distance 6 - 10 billion light
years away (40 times larger in volume than the previous record holder).
The void coincides with an extra large cold spot in the WMAP map
covering a few degrees of the sky (many times more than the full
moon). The temperature of the void is between
20 and 45 % lower than the average. It is suggested that the discovery
of the void ties in neatly with the WMAP cold spot and the existence
of dark energy as the photons would lose energy passing through
an empty space.
2.WMAP's
temperature variations can be decomposed into set of patterns called
multipoles. The lowest multipoles are the largest-area, continent-
and ocean-size undulations on the temperature map. Higher multipoles
are like successively smaller-area plateaus, mountains and hills
(and trenches and valleys) inserted on top of the larger features.
As shown in Figure 02-09b both the quadrupole and the octupole are
aligned along an "axis" which standard cosmology cannot
explain. This could happen by chance only about 0.1% of the time
(NDLR:
en fait 0,05%).
Critics have considered a variety of possibilities. One explanation
involves some kind of imperfection in WMAP's detector that introduces
the patterns, but there is no evidence for this.
Ce
texte fait allusion à deux anomalies qui ont provoqué
une avalanche de commentaires, d'une part un vide local de radiosources
faisant penser à une absence de matière, matière
ordinaire ou matière noire, et d'autre part une répartition
anormale de masses, contraire à l'isotropie supposée
de l'univers dans le modèle cosmologique standard (est isotrope
ce qui a les mêmes propriétés dans toutes les
directions). Cette répartition s'organise selon un certain
axe baptisé de façon spectaculaire par João
Magueiro l'Axe du Mal. Si les anomalies en question avaient été
dues au hasard, il n'y aurait eu, a-t-il été calculé
que 0,05% chances de les observer. De là à suspecter
l'influence de forces encore inconnues, sinon du Diable lui-même,
il n'y avait qu'un pas.
Deux
chercheurs britanniques, Andrew Pontzen et Hiranys Peiris viennent
de rappeler (NewScientist 7 août 2010 p.23) ce dont
apparemment personne ne s'était avisé jusqu'ici. Si
je jette une pièce en l'air et obtient 5 faces de suite (ou
5 piles), vais-je immédiatement supposer que cette pièce,
pourtant prise parmi d'autres dans mon porte-monnaie, est truquée?
Non. J'attribuerai cet événement au simple hasard.
Instinctivement, j'utiliserai pour cela la connaissance commune
que j'ai du monde, un monde où les pièces non truquées
sont infiniment plus nombreuses que les pièces truquées.
De
même, si je constate l'existence d'un axe privilégié
de répartition des images telles que recueillies par le WMAP,
sachant par ailleurs que toutes les observations faites à
ce jour de l'univers visible, à quelques échelles
que ce soit, montre qu'il est isotrope, avant de crier au miracle,
je ferai l'hypothèse que l'axe constaté est le produit
du hasard.
Mais
s'agit-il d'un hasard qui n'aurait eu que 0,05% chance de se produire
? On comprend qu'avec une probabilité aussi faible, l'on
éprouve quelques doutes. C'est là que doit intervenir,
comme le rappellent nos deux chercheurs, le théorème
de Bayes. Quand l'on s'interroge sur la probabilité de voir
ce que l'on voit, on se réfère, disent-ils, à
l'approche fréquentiste. Celle-ci peut conduire à
des erreurs considérables. Si, disent-ils, un extraterrestre
s'empare d'un pilote de ligne en débarquant sur Terre, sachant
qu'il n'y a qu'un pilote sur 2000 humains, il en déduira
que ce spécimen à toutes les chances de ne pas être
un humain.
A l'opposé, les statistiques bayésiennes prennent
au contraire en compte d'une part l'information fournie par l'expérience
mais aussi toutes les informations dont elles disposent intéressant
le monde relatif à l'observation. Dans le cas cité,
l'extraterrestre informé de l'approche bayésienne
conclurait que le pilote dont il s'est emparé est un humain
car il n'existe pas d'autres créatures terrestres capables
de piloter des avions.
Dans
un article publié récemment (http://prd.aps.org/abstract/PRD/v81/i10/e103008)
Andrew Pontzen et Hiranys Peiris expliquent que remettre en cause
le modèle cosmologique standard, qui postule l'isotropie
de l'univers, au prétexte d'une observation qui selon l'approche
fréquentiste n'aurait que 0,05% de se produire, ne serait
pas le bon choix. Face à une apparente anomalie, obligeant
à remettre en cause un modèle standard reposant sur
un nombre énorme d'observations contraires, il faut être
extrêmement prudent et s'en tenir à l'approche bayésienne.
Celle-ci,
soulignent les deux auteurs, sera encore plus utile dans les sciences
autres que la cosmologie, sciences où les erreurs statistiques
sont de bien plus lourdes conséquences. Faudra-t-il pour
autant rejeter toutes les observations sortant de la normale et
privilégier dans tous les cas la conservation des modèles
en vigueur? Le dilemme ne sera pas facile à trancher.