L'accident
majeur qui vient de se produire à Fukushima Dai-Ichi,
dont l'issue semble encore indéterminée, est considéré
par nombre d'observateurs [dont nous sommes] comme devant obliger
l'ensemble des pays du monde à s'interroger sur le recours
à l'énergie nucléaire.
Mais nous pensons qu'il faut aller au-delà. C'est sur
la nature-même de l'évolution des sociétés
humaines que cet événement pose des questions,
ainsi que sur les directions que paraît prendre cette
évolution.
Les guerres mondiales, ou l'explosion de Tchernobyl avaient
pu, malgré leur ampleur, passer pour des événements
non symptomatiques. Aujourd'hui, Fukushima s'ajoute à
un long enchaînement de crises qui semblent au contraire
systémiques, c'est-à-dire remettant en cause l'avenir
du Système global dont nous sommes tous des composants.
Les Européens sont tout aussi concernés que les
Japonais. Nous voudrions dans cette première note commencer
à aborder ces perspectives. Les sciences, les technologies,
mais tout autant les systèmes politiques et économiques,
sont mis en cause. Il faut en discuter, tout en évitant
les jugements précipités ou dogmatiques.
Dans la
terminologie pratiquée sur ce site, nous dirons que Fukushima
pose la question de l'avenir des sociétés anthropotechniques.
On peut évidemment traiter de l'avenir des sociétés
humaines modernes sans faire appel à cette dernière
terminologie ni aux hypothèses méthodologique
qu'elle sous-tend. Il nous paraît cependant intéressant
de s'y référer, compte tenu de son caractère
selon nous éclairant(1). Rappelons
que nous appelons anthropotechniques les sociétés
de primates apparues il y a quelques millions d'années
et ayant appris à utiliser en symbiose avec leurs composants
biologiques des outils technologiques ayant leurs logiques évolutives
propres. Ceux-ci sont susceptibles de modifier les processus
évolutifs naturels de façon plus ou moins brutale
et rapide. Ce fut le cas des outils de pierre, puis du feu.
C'est aujourd'hui celui des technologies industrielles, biologiques,
informationnelles, observationnelles (utilisées par les
sciences). Parmi elles se trouvent les technologies nucléaires.
Celles-ci
permettent aux anthropos d'intervenir aux franges, sinon au
coeur du processus mis en oeuvre dans la formation et l'évolution
des étoiles : production d'atomes lourds par fusion d'éléments
légers (hydrogène, hélium) et dans certaines
conditions restitution d'énergie par fission de ces mêmes
atomes lourds(2). Dans notre approche,
les systèmes ou sociétés anthropotechniques
sont des superorganismes en compétition darwinienne pour
l'accès aux ressources. Elles ne sont que marginalement
capables de se représenter l'avenir du monde et d'enclencher
des comportements moteurs susceptibles de préserver les
équilibres collectifs de la planète.
On peut admirer que des primates hominidés - qui ne sont
pas agencés différemment au plan biologique de
tous les autres organismes un peu complexes - aient réussi
à pénétrer certaines des lois semblant
régir l'évolution du cosmos. Les biologistes et
anthropologues discutent des facteurs évolutifs qui leur
ont permis de le faire, acquisition d'un cerveau surdimensionné,
construction de vastes sociétés communicantes,
mémorisation et mutualisation des acquis de connaissances
et des résultats d'expérience. Mais on ne doit
pas oublier que la physique atomique ne constitue que l'une
des nombreuses autres interventions dans les processus naturels
auxquelles procèdent les systèmes anthropotechniques
: processus biologiques, reproductifs, cognitifs... Les sciences
et techniques en résultant sont utilisées aussi
bien pour l'amélioration des conditions de vie des sociétés
s'efforçant de les maîtriser que pour la destruction
des sociétés rivales. Il ne servirait donc pas
à grand chose de discuter de l'avenir du nucléaire
sans replacer celui-ci dans l'évolution des sociétés
anthropotechniques que nous venons de résumer.

Pour la
clarté de l'exposé, nous le présentons
en trois parties, qui sont elles-mêmes des résumés
trop sommaires de la richesse des questions sous-jacentes.
1.
Les contraintes majeures auxquelles l'humanité sera confrontée
dans le présent siècle
2. Privilégier une vision pessimiste-réaliste
de l'avenir
3. Regard sur les différentes formes d'énergie
Conclusions concernant la France et l'Europe
1.
Les contraintes majeures auxquelles l'humanité sera confrontée
dans le présent siècle
Il faut
examiner l'avenir du nucléaire et plus généralement
de toutes les technologies aujourd'hui émergentes en
tenant compte des contraintes majeures auxquelles, du fait de
leur propre évolution, les sociétés anthropotechniques
(ou si l'on préfère parler plus simplement, l'humanité
mondiale) seront confrontées dans les 50 à 100
prochaines années.
Il s'agit là de thèmes de prospective et de débats
qui font par ailleurs l'objet de nombreuses discussions entre
experts et scientifiques. Malgré de fréquentes
divergences d'approches, de grandes lignes paraissent pouvoir
en être dégagées. On doit impérativement
en tenir compte dans la réflexion engagée ici.
Peut-on les résumer en quelques mots ?
Le pronostic que vient de
proposer
le géographe et spécialiste en sciences de la
Terre Laurence Smith dans un livre récent «The
World in 2050»(3), nous
paraît recevable. Certains diront même qu'il est
banal, le constat ayant déjà été
fait par de nombreux prospectivistes(4).
Encore faut-il méditer ce qu'il implique.
Selon cet
auteur, d'ici 2050, horizon auquel il limite sa prospection,
l'humanité comme avec elle le monde biologique terrestre
et maritime affronteront quatre grands phénomènes
irrévocables dont chacun mériterait à lui
seul de longs développements :
La croissance démographique
Contrairement à ce qu'en disent les théoriciens
de la «transition démographique» le développement
démographique humain paraît loin d'être maîtrisé
sur la période. Selon les pays, il se traduira par des
natalités excessives mais aussi par des vieillissements
inquiétants. L'augmentation de la population contribue
en premier lieu à la raréfaction des ressources
naturelles (voir ci-dessous). On explique qu'en mutualisant
les ressources, notamment alimentaires, l'humanité pourrait
faire face à cet accroissement. Mais cette mutualisation
ne sera pas facilement acceptée par les bénéficiaires
actuels des surplus.
Une raréfaction croissante des ressources naturelles
Cette raréfaction ira jusqu'à la disparition de
nombre de ressources naturelles, notamment dans le domaine biologique.
La mise au point de nouveaux procédés (y compris
la récupération) et de nouveaux produits ne pourra
pas pallier les manques, du fait des coûts et délais
impliqués, mais aussi parce que les nouveaux produits
sont eux-mêmes consommateurs de ressources en voie de
raréfaction.
Les
conséquences généralement perturbatrices
du réchauffement climatique,
quelles qu'en soient les causes
Ce point n'est plus discuté par les scientifiques sérieux.
Il entraînera une remontée vers les pôles
des températures moyennes et de nombreux phénomènes
catastrophiques météorologiques et climatologiques.
Plus vite peut-être qu'actuellement envisagée se
manifestera aussi la montée du niveau des eaux maritimes
imposant l'exode d'activités urbaines et industrielles
parmi les plus productives du monde.
Le
phénomène général de la mondialisation
Ce terme recouvre quantités de phénomènes
dont certains peuvent être considérés comme
positifs mais d'autres dangereux. On met à l'actif de
la mondialisation la diminution du coût de certains biens
de consommation due à la concurrence entre producteurs.
Les niveaux de vie de nombreuses populations pauvres en ont
bénéficié. Mais le processus a son aspect
négatif. La diffusion des modèles de consommation
propres aux classes riches des pays riches à travers
la publicité commerciale sur les réseaux numériques
conduit à une explosion globale des besoins exprimés,
que les ressources mondiales actuellement disponibles ne permettront
pas de satisfaire. Nul ne peut envisager sérieusement
que chaque habitant de l'Asie ou de l'Afrique puisse disposer
par exemple d'une automobile, comme la majorité en Europe
ou en
Amérique.
La mondialisation telle qu'elle s'organise dans le cadre du
capitalisme et du libéralisme économique conduit
plus généralement à la domination de modèles
de consommation et de modèles de société
qui sont à l'opposé des modes de vie plus associatifs,
plus mutualistes et orientés vers de nouvelles valeurs
encore à inventer.
Sous la
pression des producteurs et des distributeurs dominants, la
diffusion de ces modèles de consommation conduit par
ailleurs à la destruction des sociétés
traditionnelles, sans leur proposer de modèles de remplacement.
Ces sociétés traditionnelles étaient essentiellement
rurales. Au lieu de chercher à les faire évoluer
et se moderniser sur place, les gouvernements encouragent ou
tolèrent les migrations des populations rurales vers
des mégalopoles urbaines dont certaines seront relativement
riches mais d'autres misérables et instables. Il faut
insister sur ce phénomène spectaculaire de l'urbanisation,
se traduisant par le fait que la plus grande partie de l'hum
anité
vivra prochainement dans des villes incapables de subsister
seules. Du fait de l'appel généralisé à
différentes technologies relevant de l'artificiel, il
en résulte déjà une fragilité extrême.
Le fait que ces villes pourraient par ailleurs s'effondrer très
rapidement si elles étaient privées d'énergie,
sous sa forme la plus souple qu'est l'électricité,
constitue un des aspects des questions posées par l'augmentation
généralisée de la demande en énergie.
A cette
prévision, nous pourrions pour notre part apporter un
complément de type politique. Les anthropos ou humains,
associés aux techniques, n'acquièrent pas nécessairement
les propriétés mentales leur permettant de se
représenter au-delà de leurs intérêts
propres ceux de l'humanité et de la planète au
sens large. Si certains le font, les prévisions et recommandations
qu'ils émettent demeurent impuissantes à modifier
les comportements collectifs de façon telle qu'elles
puissent inverser le cours de l'évolution. Malgré
la puissance de nos cerveaux, nous ne sommes pas en effet capables
d'influencer ce que l'on pourrait pour simplifier définir
comme les gènes guidant nos grands comportements collectifs,
gènes hérités d'un passé biologique
lointain et toujours actifs. Le généticien (chrétien)
Christian De Duve remarquait récemment(5)
que les humains ne sont pas génétiquement programmés
pour prévoir l'avenir au-delà de quelques jours
et surtout pour adopter concrètement des mesures de précautions
découlant de ces prévisions. Les discours les
plus moralisateurs et les mieux intentionnés n'en changeront
rien.
Ajoutons
par ailleurs que les compétitions entre humains, moins
que jamais en voie de s'apaiser, conduisent à l'émergence
de minorités oligarchiques associant pouvoirs économico-financiers,
pouvoirs politiques et pouvoirs médiatiques. Les uns
et les autres font tout pour que les autres citoyens soient
exclus de la décision. La démocratie participative
reste partout un voeu pieux(6). Ces
pouvoirs oligarchiques, dans leurs compétitions internes,
comme l'a bien souligné De Duve, sont incapables de prendre
en compte un intérêt général plus
global autrement que dans des discours démagogiques.
A par quelques cas marginaux, l'expérience montre que
les foules dominées ne peuvent espérer utiliser
les procédures dites démocratiques (là
où elles existent, ce qui n'est pas le cas partout) pour
remettre en cause les pouvoirs des oligarchies. Les autoritarismes
ne reculent que là où, poussées à
bout par les excès de pouvoir dont elles souffrent, certaines
populations
génèrent
spontanément en leur sein des révoltes plus ou
moins sauvages, dont il est impossible de prédire les
conséquences, qu'elles soient heureuses ou qu'elles aboutissent
à de nouvelles tyrannies. Nous avons évoqué
ce phénomène sur notre site, à propos des
révoltes dites du nouveau monde arabe(7),
ou de celles survenues au coeur du système capitaliste,
à Madison (USA)(8).
2. Privilégier une vision pessimiste-réaliste
de l'avenir du monde
Si nous
considérons comme globalement fiable l'évaluation
rappelée ci-dessus, nous ne pouvons qu'en retenir une
vision pessimiste de l'avenir probable. Nul ne sait évidemment
de quoi cet avenir sera fait. Mais la pire des erreurs de prévision
consisterait à s'imaginer que «tout s'arrangera»,
pour des raisons tenant plus d'une croyance quasi mystique au
progrès que d'un réalisme froid. Certes, le pessimisme
ne doit pas être utilisé comme argument pour expliquer
aux victimes des oligarchies qu'elles ne pourraient rien faire
pour améliorer leur sort, notamment par la lutte sociale.
Le pessimisme doit servir en priorité à mesurer
les obstacles et les risques pour se préparer, au moins
mentalement, à les affronter. Dans cette optique, plusieurs
tendances lourdes pourraient marquer les prochaines décennies.
Une croissance accélérée de la consommation
et donc
de la production des biens et services en général
Pour les raisons indiquées ci-dessus, croissance démographique,
mondialisation poussant à l'adoption de niveaux de vie
inspirés de ceux des pays développés, urbanisation
rapide, volonté de profit à court terme animant
les principaux acteurs économiques, il serait illusoire
d'espérer une stabilisation des consommations-productions
globales. Tout au plus pourrait-on espérer dans les pays
riches une stabilisation, voire une «décroissance»,
des formes de production-consommation les plus gourmandes en
ressources primaires. Mais, comme nous le verrons plus loin,
une telle stabilisation ou décroissance ne se produira
d'après nous que dans certains milieux «activistes»,
inspirés par une morale de la sobriété
et du partage proche d'une véritable religion. Les signes,
symboles ou «mèmes»
de cette nouvelle religion décroissantiste, il est vrai,
pourront profiter pour leur «contamination virale»
des supports offerts par les réseaux numériques.
Evidemment, on pourrait envisager une diminution globale massive
des consommations et des investissements correspondants. Mais
ceci ne se produirait qu'en cas de catastrophes mondiales dont
personne ne peut raisonnablement espérer la survenue.
Ces catastrophes pourraient provenir soit d'événements
de grande ampleur liés au réchauffement climatique,
soit d'un accident technologique majeur, notamment nucléaire,
empoisonnant une grande partie de la Terre (nous y reviendrons),
soit de conflits généralisés.
Une croissance corrélative des besoins et donc de la
consommation-production d'énergie
Si
la croissance des consommations se poursuivait, il serait illusoire
d'espérer une stabilisation, ni même une limitation
de la croissance du recours à l'énergie, quelles
qu'en soient les formes, sauf, à nouveau, la survenue
de catastrophes de grande ampleur affectant l'une ou l'autre
de ces énergies et rendant son utilisation radicalement
impossible. Rappelons que les économies d'énergie,
qui seront plus que jamais indispensables dans cette perspective,
supposent un haut niveau technologique général
qui ne les rend pas toujours accessibles aux pays pauvres. Ceci
veut dire que, dans le demi-siècle, aucune force au monde
ne semble pouvoir empêcher les pays en développement
le plus rapide (Chine, Inde, Indonésie) de faire appel
au charbon, au pétrole, au gaz mais aussi au nucléaire,
comme sources primaires. Les énergies renouvelables se
développeront aussi. Mais leurs contreparties, en termes
de coût, stockage, transport, empêcheront qu'elles
ne deviennent les seules sources utilisées. Par ailleurs,
l'électricité, malgré ses inconvénients
(coût des réseaux de transport et de distribution,
difficulté de stockage) sera de plus en plus employée,
sinon dans les transports automobiles, du moins dans l'industrie/services
et dans la vie domestique
La fragilisation accrue des systèmes
économiques et sociaux
Plusieurs facteurs expliquent cette fragilisation : l'accroissement
de la population et de la demande globale au regard des ressources
disponibles et des possibilités de réponse des
écosystèmes, l'artificialisation accrue des modes
de vie y compris dans les mégalopoles les plus pauvres,
faisant dépendre la survie de facteurs de moins en moins
susceptibles de solutions de secours en cas de crise (par exemple
le recours généralisé à l'électricité
pour assurer l'ensemble des activités sociétales),
la course au profit immédiat et à la dérégulation
qui dépossèdent [avec leur bénédiction
?] les autorités étatiques de leur rôle
traditionnellement protecteur et normatif, l'illusion que les
progrès technologiques futurs pourront pallier tous les
risques. Il faut envisager aussi les risques tenant à
des attentats soit d'origine politique, soit liés à
des pathologies mentales.
Même dans les pays développés, par volonté
d'économie et de profit, les sociétés urbaines
ont sacrifié la diversité et la dispersion des
sources et des réseaux. Une grève dans le secteur
pétrolier, des pannes ou attentats dans certains noeuds
de distribution ou de transports, une pandémie infectieuse
meurtrière et tout s'arrête, y compris les services
d'urgence et de police. Les régions soumises aux risques
naturels sont encore plus fragiles car elles ne sont pas encore
préventivement protégées.
La
bunkerisation sinon la militarisation de plus en plus systématique
des riches et des puissants
Qu'il
s'agisse des matières premières ou des territoires,
plus les difficultés d'accès aux ressources s'aggraveront,
plus les moins favorisées des détenteurs de ces
ressources feront pression pour y accéder. Les minorités
favorisées se surprotégeront en conséquence.
Cela se constate déjà au niveau des frontières
terrestres ou maritimes, mais aussi au sein des quartiers et
zones résidentielles dans les villes. Les protections
feront de plus en plus appel à des moyens de type militaire,
confiées soit à l'armée ou la police régulières,
soit à des compagnies privées. Le respect de la
vie humaine ne comptera plus guère au regard de la volonté
de rendre les frontières étanches. On le constate
déjà en Europe, à toute petite échelle,
devant l'indifférence sinon la satisfaction avec lesquelles
certains accueillent la nouvelle de naufrages affectant les
immigrants venus du Sud. La militarisation fera un appel croissant
aux systèmes robotisés de surveillance et de contrôle
qui n'ont pas d'états d'âme.
Le
recul, partout dans le monde, des anciennes traditions de service
public
et de régulation par des Etats protecteurs
Ce phénomène, que l'on pourrait qualifier de dramatique
au regard de la protection des populations contre les abus de
pouvoir des oligarchies, a commencé dès la fin
de la seconde guerre mondiale, sous la pression du capitalisme
américain et de l'idéologie libérale derrière
laquelle il s'abritait. Il a tiré parti, il est vrai,
des abus de pouvoirs perpétrés au nom du peuple
par les dictatures se réclamant du marxisme. Mais dans
la débâcle des Etats et des administrations publiques
qui en a résulté, les idéaux un moment
illustrés avec succès en France au nom du programme
du Conseil national de la résistance (Etat providence,
administrations intèg
res,
nationalisations des secteurs stratégiques y compris
dans la banque et l'assurance) ont été balayés.
Aujourd'hui, les fonctions publiques qui s'en inspiraient ne
survivent plus que dans le souvenir de leurs membres retraités.
Les actionnaires privés qui gouvernent maintenant les
grands services publics n'hésitent plus, pour raisons
de rentabilité, à confier les secteurs les plus
sensibles, y compris le nucléaire, à des sociétés
d'intérim elles-mêmes privées des moyens
essentiels de fonctionnement.
3.
Les différentes formes d'énergie composant le
mix énergétique
On appelle
mix énergétique la façon dont se répartissent,
soit au niveau mondial, soit pays par pays, l'appel aux différentes
sources d'énergie. Le mix peut être calculé
avec une relative précision quand il s'agit des productions/consommations
actuelles. Il faut aussi l'évaluer pour les années
et décennies à venir. La précision, dans
ce cas, diminue avec le délai et la nature des sources
prises en compte. Elle dépend des technologies d'extraction
et de production, des réserves prouvées ou estimées,
des capacités de transport et de stockage, mais aussi,
concernant les énergies renouvelables et les économies
d'énergies, de nombreuses variables industrielles et
commerciales qu'il n'est pas encore possible de déterminer.
Les estimations des productions et ressources mondiales d'énergie
sont difficiles à réaliser avec précision.
Néanmoins, dans le cadre de cet article, elles nous semblent
suffisantes. On pourra se référer à Wikipédia,
qui indique aussi les unités de mesures utilisées(9).
Le
mix énergétique fait aujourd'hui l'objet de nombreuses
estimations destinées à évaluer le rôle
du nucléaire, devenu sensible à la suite de l'accident
de Fukushima. Globalement, la part du nucléaire dans
le mix énergétique mondial paraît très
faible. Selon les chiffres que vient de publier l'Agence internationale
des énergies renouvelables(10),
elle est de 6%, contre 87% pour le trio , charbon, pétrole,
gaz, et 7% pour les renouvelables. Ces chiffres devraient, sauf
accident, passer respectivement en 2035 à 8%, 78% et
14%. Il est difficile de prévoir comment il évoluera
au-delà. Les combustibles fossiles auront peut-être
atteint un pic d'extraction vers 2050, mais le nucléaire,
faute de matière première et en attente problématique
de la fusion, plafonnera également. L'importance des
renouvelables dépendra beaucoup des financements et de
la recherche qui leur seront consacrés. Voyons cela par
grands domaines.
Les
énergies fossiles
Tout à déjà été dit concernant
ces énergies : charbon, pétrole, gaz. Rappelons
seulement ici quelques points concernant le propos de cet article.
Concernant les atouts dont ils bénéficient, aux
yeux des dirigeants mais aussi du public, disons que les réserves
prouvées restent importantes, notamment à l'échéance
du demi-siècle. Concernant les réserves probables,
il existe des perspectives d'extraction coûteuses et dangereuse
pour l'environnement mais que ne manqueront pas de recommander
les industriels (schistes bitumineux, forages profonds, appel
aux méthanes, etc.). Les réserves actuelles sont
inégalement réparties, mais dans l'ensemble ce
sont les pays "pauvres" ou émergents qui détiennent
les plus importantes d'entre elles. L'extraction des combustibles
fossiles est par ailleurs relativement facile et à la
portée des pays ne disposant pas de technologies très
avancées. Elle est dangereuse, notamment en ce qui concerne
le charbon. Mais la mort des mineurs n'émeut manifestement
personne. Un autre atout important est que l'utilisation des
combustibles fossiles n'exige pas de transformation des parcs
industriels ou, en ce qui concerne les transports, des moteurs.
Concernant le gaz, jugé globalement moins polluant et
moins producteur de CO2 que le pétrole, la
découverte récente de «gaz de schistes»
ou «shale gaz» très présent
dans de nombreux pays consommateurs est considérée
par les intérêts gaziers comme une aubaine inespérée.
Mais les méthodes de recherche et d'extraction, par hydro-fracturation,
soulèvent à juste titre de fortes oppositions
des personnes résidant près des puits(11).
Comme ceux-ci sont très dispersés, la résistance
s'étendra prochainement à de nombreux territoires.
Elle risque de devenir aussi forte que celle s'opposant au nucléaire.
Au
passif, les combustibles fossiles contribuent lourdement à
la production de gaz à effet de serre et de diverses
pollutions qui ont un effet sanitaire néfaste incontestable.
Ils sont donc vivement combattus par les scientifiques du climat
et les minorités politiques qui soutiennent leur combat.
Nous sommes de ceux-ci. Il nous paraît incontestable que
le réchauffement climatique entraînera de graves
conséquences sur les équilibres économiques
et sociétaux actuels. Les activités humaines n'en
sont sans doute pas les seules causes, mais tout ce qui contribuera
à en accentuer les effets serait à proscrire au
plus vite. Les solutions proposés par divers lobbies
industriels et scientifiques visant à séquestrer
le carbone ou protéger la Terre des rayons solaires risquent
d'être encore longtemps des utopies. Il faudrait donc
sortir rapidement, comme on le dit à propos du nucléaire,
de l'addiction au charbon et au pétrole.
Mais ceci ne se fera pas, notamment sous la pression des pays
émergents qui ont besoin de ces ressources pour atteindre
leur objectif actuel, approcher le niveau de vie des pays riches.
Il serait donc illusoire de penser que la part des combustibles
fossiles dans le mix énergétique mondiale diminuera
sensiblement dans les cinquante prochaines années. Comme
nous l'avons indiqué, elle restera aux alentours de 70%.
Ce sera indiscutablement très dangereux pour l'environnement.
Il sera trop tard pour s'en soucier lorsque sera atteint ce
que les climatologues nomment le «tipping point»,
avec emballement en chaîne des effets destructeurs. Mais
les risques n'étant pas immédiats, nul ne semble
se préoccuper et se préoccupera vraiment de ces
échéances dans les prochaines années.
Les énergies renouvelables et les
économies d'énergie
On
peut examiner dans la même rubrique ces deux formes d'action,
visant à diminuer l'appel tant aux combustibles fossiles
qu'au nucléaire. Elles présentent de nombreux
aspects positifs. C'est moins dans l'immédiat au regard
de leur effet en tant que producteurs primaires d'énergie
que sur la forme de société permettant d'y faire
appel que les énergies renouvelables paraissent intéressantes.
Disons pour résumer qu'elles conviennent particulièrement
à l'idéal d'une société où
se démocratiserait l'accès aux technologies et
aux sciences fondamentales. Dans le cadre de notre revue, nous
ne pouvons pour notre part que militer pour leur développement.
En principe, avec du temps, des moyens budgétaires importants,
beaucoup de ressources en matières premières dont
certaines rares, beaucoup d'énergie classique aussi aux
débuts, une volonté politique sans faille enfin,
la plupart des usages actuels de l'énergie traditionnelle,
y compris ceux intéressant les carburants liquides, pourraient
être satisfaits à partir du soleil, du vent, de
la géothermie, de la houle, de la transformation des
déchets, de la photosynthèse. Par ailleurs, à
l'échelle du siècle, différents projets
encore futuristes permettraient, par exemple avec des centrales
solaires orbitales, de s'affranchir des contraintes locales.
Parallèlement, avec là aussi les mêmes moyens
globalement importants, les économies d'énergie
pourront contribuer sensiblement à la diminution de la
facture énergétique globale. Il pourra d'abord
s'agir de modes de vie moins dispendieux, plus ascétiques,
(pouvant parfois il est vrai prendre la forme d'un certain «terrorisme
intellectuel»). Il pourra aussi s'agir de nouvelles solutions
industrielles visant à ce que l'on nomme l'efficacité
énergétique: remplacer les techniques et matériels
gros consommateurs, y compris en électricité,
par des solutions plus économes. Mais il pourra aussi
s'agir là, sous l'influence des lobbies industriels pratiquant
le "green-washing", d'une façon de relancer
de nouvelles formes de consommations non véritablement
nécessaires.
L'intérêt des énergies renouvelables, comme
des économies d'énergies, est tout autant politique
que strictement économique. Les recherches/développements
comme les investissements à y consacrer, bien qu'importants,
pourraient être distribués géographiquement
et socialement. Ils ne seraient donc pas exclusivement le monopole
des géants des secteurs énergétiques ou
des industries manufacturières. Les collectivités
locales, les «citoyens» pourraient s'impliquer directement,
soit dans la mise en oeuvre des nouvelles sources d'énergie,
soit tout autant et plus dans le domaine essentiel des économies
d'énergie. Des modes de vie qui paraissent essentiels
pour faire face aux crises futures pourraient en résulter:
inventivité permanente, refus des modèles de consommation-gaspillage,
volonté de partage social y compris au bénéfice
des pays pauvres. L'avenir enfin pourra faire apparaître,
car il s'agira de secteurs en inventivité permanente,
des solutions technologiques ou sociétales tout à
fait inattendues.
Tous ces avantages expliquent le fait que l'ensemble des Etats,
des plus développés aux plus pauvres, mettent
aujourd'hui les secteurs correspondants au premier plan de leurs
programmes économiques et politiques. Mais il ne faut
pas se faire d'illusions. Nous l'avons vu à propos des
combustibles fossiles, ces mêmes Etats continueront pour
l'essentiel à y faire appel. Nous allons voir ci-dessous
ce qu'il en est de l'énergie nucléaire. Si l'on
tient compte de différents facteurs de blocage que les
défenseurs des énergies renouvelables n'envisagent
pas volontiers, il paraît raisonnable de penser que dans
les trente prochaines années la part des renouvelables
ne dépassera pas 30% des besoins, estimation d'ailleurs
supérieure aux prévisions de l'Agence internationale
précitée en charge du secteur(12).
Le
nucléaire
Celui-ci pose des problèmes particuliers. A la suite
de l'accident de Fukushima, ils génèrent actuellement
de nombreuses discussions. Nous devons y consacrer ici quelques
développements spécifiques.
Pourquoi, dira-t-on, courir tous les risques sous-jacents au
nucléaire, et les faire courir au monde dans son ensemble
pour un si faible résultat global, soit quelques % du
panier énergétique global ?
Les réponses sont complexes car la maîtrise de
l'énergie nucléaire peut dans une certaine mesure
résumer toutes les ambitions et les contradictions de
l'aventure humaine, autrement dit les ambitions des sociétés
anthropotechniques qui se sont investies dans les filières
à très haute technicité. Bien que moins
risquée au plan global, l'exploration des planètes
proches par certaines nations relève dans une certain
mesure aussi de ce que certains qualifient d'aventure inutilement
coûteuse.
Le
nucléaire n'est pas une énergie comme les autres
Nous
avons vu que la compétition pouvant prendre la forme
de guerres ouvertes a toujours été et demeurera
sans doute longtemps un des moteurs de l'évolution des
sociétés anthropotechniques. Les protestations
pacifistes n'y changeront pas grand chose avant longtemps, à
moins de catastrophe globale qui modifierait en profondeur les
états d'esprits. Il ne faut pas oublier que ce fut la
réalisation d'armes atomiques qui a poussé chacun
à son tour les cinq grands du club nucléaire mondial
initial (USA, Russie, Grande Bretagne, France, Chine) à
se doter des moyens d'extraire de l'énergie à
partir de la fission de l'uranium puis de la fusion de l'hydrogène.
Les armées de ces pays considèrent encore par
ailleurs que la propulsion atomique appliquée à
certains de leurs navires demeure la seule solution permettant
d'assurer autonomie à long terme et discrétion.
Y compris dans les pays qui n'en sont pas dotés, l'arme
nucléaire enfin reste partout considérée
comme un moyen ultime mais incontournable de dissuasion. Le
nombre des Etats qui ont suivi ou veulent suivre cette voie
ne cesse de grandir, malgré les efforts des Cinq pour
empêcher la prolifération dans le cadre du Traité
du même nom. Israël, l'Inde, le Pakistan, sans doute
la Corée du Nord, sont dorénavant dotés
de la bombe. D'autres comme l'Iran, le Brésil, l'Afrique
du Sud s'y s'efforcent plus ou moins discrètement.
Tous les
programmes politiques affichant l'objectif de sortir du nucléaire
se heurteront longtemps à cette réalité.
Les industries et les laboratoires nucléaires travaillant
pour la défense ne seront jamais fermés, quels
que soient les risques pouvant en résulter. Les militaires
et les diplomates feront valoir, sans doute à juste titre,
qu'un pays comme la France renonçant à sa force
nucléaire stratégique pour faire preuve de bonne
volonté dans la compétition entre les nations
se mettrait ipso facto sous la dépendance de pays n'hésitant
pas à utiliser des armes dites conventionnelles tout
aussi destructrices. Ce point est régulièrement
discuté dans les cercles stratégiques européens.
On peut penser que des Etats comme l'Allemagne ou l'Italie qui
pour diverses raisons n'ont pas développé de «parapluie
nucléaire» seraient heureux de profiter, en cas
de menaces majeures, de la dissuasion offerte par la France
et la Grande Bretagne, à défaut de l'appui des
celle des Etats-Unis, sur lequel les Européens ne peuvent
désormais plus compter(13).
Un autre
atout considéré de l'énergie nucléaire,
qu'elle soit appliquée au militaire ou au civil, est
qu'il s'agit d'un «vecteur de puissance». Ce point
est généralement peu mis en évidence par
les Etats qui souhaitent y faire appel. On désigne par
ce terme les technologies dont le développement ou l'utilisation
obligent à recruter et former des équipes de haute
compétence, sous la responsabilité d'administrations
centralisées très proches des gouvernements. Elles
nécessitent aussi une forte protection poussant à
la mise en place de mesures policières de contrôle
inhérentes à une vision régalienne exacerbée
de la gestion publique. On peut dire la même chose des
technologies ou équipements militaires ou spatiaux, comme
de tous les grands réseaux centralisés et fragiles
sur lesquels reposent dorénavant les sociétés
civiles. Les défenseurs des autres formes d'énergie
vantent au contraire leur caractère modulable et décentralisable,
présenté comme plus démocratique.
Il est facile
de critiquer les technologies de puissance et les administrations
fortement organisées et sécurisées qui
devraient en principe être chargées de les mettre
en oeuvre. Mais le faire serait oublier que le siècle
actuel ne sera pas celui de la facilité et de l'improvisation.
Ce sera celui des crises. Ne survivront que les organisations
ayant un minimum de contrôle et de cohérence dans
leurs actions. L'expérience acquise dans la prévention,
voire dans la "réparation" des grandes crises
naturelles, technologiques, humaines, sera une des conditions
de la survie.
Il est donc
particulièrement paradoxal que sous l'influence du néolibéralisme
développé en Occident, voire dans des pays plus
autoritaires comme la Russie et la Chine, les oligarchies au
pouvoir veuillent sous-traiter les tâches nécessairement
régaliennes de conception et de contrôle des industries
et des activités nucléaires à des entreprises
privées ne visant que le profit à court terme
de leurs actionnaires. Cette même volonté de privatisation
est en train de détruire les traditions militaires et
aujourd'hui spatiales de pays comme les Etats-Unis ou la Russie.
Au mépris de l'intérêt général,
les compagnies privées y assurent dorénavant des
objectifs stratégiques de court terme. Avec la sécurité
des biens et des personnes, elles accaparent des responsabilités
jusqu'ici confiées à des administrations militaires
et civiles disposant de décennies de tradition du service
public.
Il est évident
que dans ces conditions, comme le montre l'exemple déplorable
du Japon, la gestion «privée» de l'énergie
nucléaire ne pouvait que révéler à
long terme des failles désastreuses. Certes, répétons-le,
le nucléaire est dangereux, mais en confier la responsabilité
à des sociétés capitalistes ne peut qu'augmenter
sa dangerosité. Une nationalisation s'imposerait, mais
le Japon, sous l'influence du gouvernement américain
champion du libéralisme l'ayant mis sous tutelle à
la fin de la Seconde guerre mondiale, a perdu toutes les références
en matière de gestion publique dont il disposait sous
l'ancien Empire du Soleil Levant dont les militaires
il est vrai firent un usage désastreux dans les années
1930-1945. En Europe, il y a tout lieu de craindre que la «libéralisation
rampante» du gaz, de l'électricité
et du nucléaire ne conduise aux mêmes catastrophes.
Avantages
et risques spécifiques au nucléaire
Au-delà des considérations de nature stratégiques,
qui peuvent pousser à conserver l'industrie nucléaire
comme un vecteur de puissance, d'autant plus formateur qu'il
est générateur de risques, que peut-on dire des
avantages et risques du nucléaire au regard des autres
formes d'énergie ?
Le sujet a été amplement débattu. Inutile
de s'y attarder ici. En ce qui concerne les avantages, d'une
façon générale, même s'il ne couvre
qu'une partie des besoins en énergie (essentiellement
en électricité), le nucléaire permet aux
pays utilisateurs de diversifier le panier énergétique,
de faire appel à des emplois locaux pour la maintenance
et de générer des revenus pouvant bénéficier
aux collectivités locales hébergeant les sites.
Pour les pays producteurs de centrales, à ces avantages
s'ajoutent les économies sur les redevances versées
aux pays pétroliers, l'acquisition d'une capacité
exportatrice et une certaine indépendance politique,
même s'ils ne disposent pas directement des gisements
d'uranium nécessaires.
Au regard,
jusqu'à ces dernières semaines, les risques apparaissaient
peu inquiétants pouvant au pire se limiter à des
accidents maîtrisables. Le principal reproche fait au
nucléaire était son coût qui, selon les
promoteurs des autres formes d'énergies, notamment les
renouvelables, empêchait de développer ces dernières
à l'échelle et à la vitesse dorénavant
nécessaire. L'argument ne tient pas dans les pays prudents
où, comme en Chine, l'appel au nucléaire reste
partiel et n'assèche pas les ressources d'investissement
consacrées à l'énergie en général.
Mais l'expérience du Japon conduira sans doute à
réévaluer les risques au regard des avantages.
La menace d'un accident majeur pouvant rayer des régions
entières de la carte, dans un pays ou pire encore dans
un ensemble de pays, ne serait évidemment pas acceptable,
ni par un gouvernement, ni par la communauté internationale.
Mais un tel accident pourrait-il se produire, si des précautions
et des sécurités particulièrement contraignantes
étaient mises en oeuvre ?(14)
Ce sont à ces questions que devront répondre les
pays décidés à fermer leurs centrales ou
à ne pas en acquérir, comme les pays décidés
à conserver leurs centrales ou à en construire
de nouvelles. Rappelons que la construction de dizaines de nouvelles
centrales était jusqu'à présent programmée
dans l'ensemble du monde.
Le choix d'abandonner le nucléaire
Le
nucléaire n'est pas une énergie comme les autres,
en ce sens qu'elle touche aux bases mêmes de l'organisation
de la matière-énergie. Elle est potentiellement
particulièrement dangereuse en termes de production de
catastrophes brutales et visibles, comme en ce qui concerne
la gestion du combustible et des déchets.
L'utilisation des énergies fossiles présente des
risques certains, notamment celui de contribuer à l'effet
de serre et donc aux catastrophes découlant du réchauffement
climatique. Mais ces risques sont plus diffus et bien plus lointains.
On conçoit donc que de plus en plus de personnes demandent
l'abandon de l'énergie nucléaire. Cela ne posera
pas de problèmes particuliers lorsqu'il s'agira, comme
ce sera le cas dans la majorité des pays, de renoncer
à construire des centrales. Il faudra seulement trouver
des sources d'énergies de substitution, en évitant
la facilité consistant à s'en tenir aux combustibles
fossiles. Bien plus difficile à faire sera le choix consistant
à fermer des centrales existantes. Celles-ci produisent
de l'électricité que l'on ne pourra pas obtenir
d'autres sources du jour au lendemain. Chacun convient, même
les anti-nucléaires les plus convaincus, que renoncer
aujourd'hui au nucléaire posera de nombreux problèmes
qui ne seront pas résolus avant plusieurs décennies.
Il
faudra d'abord arrêter et démanteler les centrales
les plus dangereuses : centrales vieillies mais encore en service
dans les pays développés
et dont on repousse sans arrêt l'arrêt, centrales
soit vieillies soit mal entretenues dans des pays plus pauvres.
Les pires de celles-ci sont les réacteurs de type Tchernobyl
encore en activités. Il faudra aussi sécuriser
les entrepôts de combustibles et les décharges
de déchets ou d'armes nucléaires tels que ceux
laissés à l'abandon en Russie. Tout ceci demandera
plusieurs années sinon plusieurs décennies, en
fonction des moyens affectés. Il faudra par ailleurs
que ces mesures s'appliquent à tous les pays potentiellement
menacés, sans exception. A quoi bon arrêter une
centrale dans un pays donné si une centrale bien plus
dangereuse potentiellement demeure en activité dans un
pays voisin ?
Il faudra ensuite entretenir les centrales dont l'arrêt
progressif aura été décidé, avant
que cet arrêt puisse effectivement être concrétisé
avant notamment que de nouvelles formes d'énergie
aient pu prendre le relais. Mais comment alors distinguer entre
entretenir une centrale en l'état et implémenter
progressivement des solutions qui la rendrait plus sûre
et donc plus acceptable?
Dans les deux cas, tous les crédits affectés à
ces opérations, dont le chiffrage est très difficile,
seront prélevés sur des dépenses que les
gouvernements ou les électorats jugeront prioritaires
y compris d'ailleurs sur les investissements destinés
aux énergies renouvelables. Dans ces conditions, on peut
craindre que les dépenses de sécurisation soient
limitées au maximum, ou étalées dans le
temps, quitte à espérer que les catastrophes possibles
ne se produiront pas...
.
Le choix de conserver le nucléaire
Un
tel choix est caricaturé par le terme de «tout
nucléaire». Le terme n'a pas lieu d'être.
Personne ne prétendra après Fukushima, qu'il faudra
ne conserver que le nucléaire comme source d'énergie.
Ceci même en France où le nucléaire couvre
environ 70% des besoins en électricité. Pour les
raisons de sécurité qui viennent d'être
évoquées, et quel qu'en soit le coût, il
est donc nécessaire de programmer l'arrêt et le
démantèlement des centrales les plus vieillies
ou situées sur des sites reconnus comme à risques
au regard de normes de sécurité renforcées.
Ceci aux conditions de délais et de sécurisation
que nous avons évoquées dans le paragraphe précédent.
Faudrait-il renoncer pour autant à construire de nouvelles
générations de centrales ? Les défenseurs
de l'énergie nucléaire feront valoir qu'une telle
décision représenterait un véritable crime
contre la science, privant les générations futures
de toutes compétences nucléaires, civiles ou militaires,
Une solution de compromis pourrait consister, non à remplacer
toutes les centrales anciennes par des centrales de nouvelle
génération, mais à mettre en place, pays
par pays ayant fait le choix de conserver une compétence
nucléaire, une ou deux centrales présentant le
maximum de solutions de sécurité. Est-ce le cas
de la solution EPR actuellement proposée par Aréva
? Serait-ce le cas des solutions dites de 4e ou de 5e génération
discutées dans les cercles techniques ? Ce n'est pas
le lieu d'en traiter ici. Mais il devrait certainement être
possible de s'accorder sur des solutions de ce type, à
condition qu'elles soient développées par des
opérateurs non-commerciaux (autrement dit des services
publics non astreints à rentabilité) et sous un
contrôle démocratique permanent. Ceci veut dire
aussi qu'il faudra parallèlement proscrire chez soi comme
chez les autres, par un accord international en ce sens, l'appel
à des solutions dites low-cost dans lesquelles certains
pays se sont déjà engagés.
Corrélativement,
les pays qui conserveront des centrales nucléaires devront
accélérer la mise au point des énergies
de fusion considérées aujourd'hui comme ne présentant
pas tous les risques de la fission, fut-elle de 4e ou 5e génération.
Le seul chantier en cours actuellement se trouve en France,
à Cadarache, sous le nom d'Iter(15).
Nous en avons souvent débattu sur ce site. C'est un honneur
pour l'Europe de l'héberger, mais le site géographique
lui-même est-il le mieux choisi ? On notera par ailleurs
qu'en mettant davantage de moyens dans la recherche consacrée
à la fusion nucléaire et à toutes les technologies
associées, notamment en ce qui concerne les enceintes
en métaux spéciaux destinés à confiner
les neutrons rapides qui seront produits, les délais
du demi-siècle annoncés pour le réacteur
de démonstration Iter pourraient certainement être
diminués.
Conclusion.
L'Europe doit mettre en place une Communauté
européenne de l'énergie
On considère
généralement que la construction de l'Europe ne
progresse jamais mieux que dans les crises. L'Union européenne,
dans son cadre juridique et politique actuel, semble avoir atteint
un palier difficile à dépasser. Nous pensons que
l'accident de Fukushima au Japon, affectant l'énergie
nucléaire et sa gestion dans le monde entier, ouvre ue
nouvelle période de crise dont le sujet dépasse
le seul nucléaire. Il s'agit de l'énergie en général
: quels sont les besoins en énergie ? Peut-on les réduire
? A quelles sources fera-t-on appel pour les satisfaire ? Faudra-t-il
laisser aux marchés ou confier aux Etats la responsabilité
des politiques industrielles et économiques mises en
oeuvre ?
Si ces questions
se posent sur l'ensemble de la planète (notamment au
Japon), elles intéressent aussi particulièrement
l'Europe, pauvre en réserves de combustibles fossiles
et dont la consommation énergétique par habitant,
sans atteindre celle des Etats-Unis, est élevée.
Si l'Europe veut diminuer sa dépendance au charbon et
au pétrole, si le recours à l'énergie nucléaire
n'est plus considéré comme une solution généralisable,
il lui faudra développer les énergies renouvelables
et les économies d'énergie. Mais ceci ne se fera
pas sans d'importants investissements et un véritable
changement de société, privilégiant la
mutualisation et les échanges.
Les défenseurs du souverainisme en tireront argument
pour affirmer que ce changement de société sera
plus difficile dans un cadre fédéral que dans
le cadre des cultures nationales. Les militants de la construction
européenne, dont nous sommes, démontreront au
contraire que face aux politiques énergétiques
de puissance appliquées par de grands Etats mondiaux,
la politique énergétique et plus généralement
la transformation de la société européenne
en résultant ne susciteront les efforts nécessaires
que par une mobilisation européenne d'ensemble, visant
une sorte de quasi état de guerre.
Cependant, si la définition et l'application de cette
mobilisation étaient confiées aux autorités
européennes actuelles, dont on constate tous les jours
les limites face aux égoïsmes nationaux et aux emprises
des intérêts économiques non-européens,
on pourrait craindre qu'il ne se passe rien. Certains ont proposé
de créer une Agence européenne de l'énergie,
qui disposerait par traité de fortes compétences
supranationales. Ce serait mieux que rien. Mais nous pensons
qu'il faudrait aller plus loin, en frappant un grand coup susceptible
de marquer les esprits de chacun.
C'est pourquoi nous proposons ici de reprendre une idée
qui n'avait pas reçu beaucoup d'échos mais qui
nous paraît censée : instituer une véritable
Communauté européenne
de l'énergie sur le modèle de l'ancienne
Communauté européenne du charbon et de l'acier(16)
grâce à laquelle la Communauté européenne
initiale avait pu expérimenter ses procédures
et sa démarche. Dans le champ de ses compétences,
cette Communauté européenne de l'énergie
serait dotée d'institutions volontairement parallèles
à celles de l'Union européenne, mais plus efficaces,
notamment en matière de représentativité,
de démocratie et de prise de décisions.
En
fait, il s'agirait, dans son domaine, de la création
d'une véritable Europe fédérale de l'énergie.
On aurait ainsi deux assemblées, l'une représentant
l'ensemble de la population, l'autre les Etats et régions,
élues au suffrage universel. Le corps électoral
élirait également un Président en charge
d'un exécutif responsable soit devant les assemblées,
soit devant le corps électoral, sur le mode du pouvoir
présidentiel à l'américaine. Les citoyens
électeurs, via notamment les partis politiques, seraient
responsables en dernier ressort des choix de société
impliqués.
Les pouvoirs de la Communauté seraient très étendus,
à la hauteur de l'ampleur des questions posées
aujourd'hui à l'Europe par la question de l'énergie
et de ses utilisations. Leurs
contenus et leur exercice seraient, dans les limites permises
par la nécessaire efficacité et continuité
des prises de décisions, soumises régulièrement,
comme nous venons de le voir, à l'approbation du corps
électoral. Les choix et leur mise en oeuvre effective
seraient également discutés en permanence dans
le cadre des réseaux sociaux et de l'Internet.
Les compétences
de la Communauté recouvriraient d'abord l'ensemble des
responsabilités de gestion des sources de production
et des réseaux de distribution actuellement assurées
par divers organismes publics ou privés au sein de l'Union
européenne, en premier lieu les opérateurs électriciens
et gaziers. Ceux-ci seraient re-nationalisés à
100% et par ailleurs soumis à des contrôles techniques
et de gestion indépendants tant des Etats que des intérêts
industriels impliqués. Ces contrôles seraient particulièrement
poussés en ce qui concerne les réacteurs nucléaires
gérés par ces organismes, ou les opérations
de démantèlement décidées.
Nous avons vu dans la présente note que les solutions
énergétiques d'avenir, entraînant de véritables
changements de société, y compris en terme de
centralisation des décisions, concerneront le développement
des énergies nouvelles et corrélativement, celui
des économies d'énergies. On pourrait penser qu'il
serait alors contradictoire d'en confier l'impulsion d'ensemble
à un organisme central, fut-il élu et fédéral.
Mais les politiques correspondantes exigeront la mobilisation
de beaucoup de crédits publics et d'épargnes privées
locales. Dans cet objectif, nous suggérerions de reprendre
et spécialiser le projet de fonds européen d'investissement
stratégique présenté dans nos contributions
précédentes. Ces politiques demanderont aussi
la mise en place de régulations d'ordre public en matières
de tarification, de fiscalité, de protection aux frontières,
de normes techniques... Tout ceci ne serait pas concevable en
dehors d'une autorité européenne unique, ayant
à la fois compétence technique, réglementaire
et diplomatique.
En ce qui
concernera l'avenir, un très important effort de recherche/développement
impliquant un grand nombre d'universités, d'organismes
publics (tel le CEA en France) et d'entreprises sera nécessaire.
Sa coordination devra être assurée au sein de programmes
européens spécifiques (beaucoup plus exigeants
que ceux relevant actuellement de la recherche européenne
financée par la Commission). Des budgets publics communs
considérables devront y être affectés. Ce
sera dans le cadre de ces actions que devront être financés
et décidés les travaux intéressant la fusion
et le cas échéant, les 4e et 5 générations
de centrales nucléaires civiles - sans exclure la recherche
sur des solutions jusqu'à présent délaissées,
celle par exemple des réacteurs à fluorure de
thorium liquide(17).
Les compétences fédérales de la future
Communauté européenne de l'énergie devraient
aussi être étendues aux domaines régaliens
de la sécurité, de la défense et de la
négociation diplomatique avec les puissances extra-européennes.
Si les organes de la future Communauté ne se substituaient
pas entièrement à ceux en charge de ces questions
dans les Etats-membres ou dans l'actuelle Union européenne,
ils devraient tout au moins être étroitement coordonnés
avec ces derniers.
On remarquera
que nous n'abordons pas ici la question clé de l'avenir
du nucléaire en Europe, particulièrement en France
qui en a fait la source essentielle de production de son énergie
électrique. Dans l'esprit de cette note, il s'agirait
en effet de questions à traiter dans la cadre des compétences
de la Communauté européenne de l'énergie
proposée. Notre avis personnel sur la question, en l'absence
d'une telle institution, n'aurait guère d'intérêt
ici.
***
Les propositions
ci-dessus seront certainement accueillies avec le plus grand
scepticisme. Comment, sur le plan de la pratique institutionnelle
et politique, la Communauté de l'énergie envisagée
ici, pourrait-elle coexister avec l'Union européenne
? Les zones de recouvrement de compétences, sinon de
conflits, seront en effet nombreuses. Pourra-t-on compter sur
le corps électoral pour les résoudre ?
Plus généralement,
comment le maquis inextricable des intérêts nationalistes,
corporatifs, technologiques, économiques et oligarchiques
caractérisant le domaine de l'énergie en Europe
pourrait-il tolérer une réforme constitutionnelle
ayant pour premier objectif de diminuer les pouvoirs en place
?
Observons seulement que si rien n'était fait, nous pourrions
dire adieu à l'avenir même des sociétés
européennes. On constatera à nouveau qu'en toutes
hypothèses, l'énergie la
plus sûre sera celle que l'on économisera.
Notes
(1) Référence. Jean-Paul
Baquiast. «Le
paradoxe du Sapiens», Editions JP. Bayo,l 2010
(2) Chronologiquement, c'est la fission des
atomes de métaux hyper lourds naturellement instables
tels que le radium et l'uranium qui a été maîtrisée
la première. La fusion demandant beaucoup plus d'énergie
extérieure a été entreprise ensuite. Elle
est loin d'être encore maîtrisée, sauf dans
les coeurs de bombes nucléaires ou en laboratoire dans
de très petits volumes assurant le confinement et la
pression nécessaire.
(3) Laurence C. Smith, «The World in
2050», Dutton 2010
(4) Dont Martin
Rees, James
Lovelock et Jacques
Blamont... dont nous avions présenté
les travaux.
(5) Interview de C. De Duve :
http://www.newscientist.com/article/mg20928015.400-biology-nobelist-natural-selection-will-destroy-us.html
(6)Voir le livre d'Hervé Kempf, «L'oligarchie
c'est fini» qui résume bien cette question
déterminante des oligarchies prenant en mains l'évolution
de l'ensemble de la planète.
(7)Voir nos articles : Un
nouveau monde arabe ? (25 février 2011) ;
Le
printemps des peuples. Les Européens vont-ils prendre
la suite ? (11 février 2011).
(8)Voir notre article : Et
si les Européens prenaient eux aussi la route de Madison
? (11 mars 2011).
(9)Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ressources_et_consommation_%C3%A9nerg%C3%
A9tiques_mondiales.
Voir aussi l'OCDE : http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/433/
_C9nergie_mondiale_.html
(10)
L'Agence internationale des énergies renouvelables (Irena,
http://www.irena.org/)
a été créée au sein de l'Onu en
janvier 2009, sur une initiative allemande. Elle compte quelque
75 membres. Elle vient de tenir sa première assemblée
générale les 4 et 5 avril à Abou Dhabi.
Lieu de nombreuses tensions, elle a été en effet
récupérée par l'émirat pétrolier,
avec l'appui des Etats-Unis et de la France, ce qui compromet
sa légitimité. L'Allemagne y reste présente,
par le Centre d'innovation et de technologie implanté
à Bonn.
(11) Voir notre article : Gaz
et huile de schiste, catastrophe environnementale annoncée
?
(12) On étudiera le scénario
présenté par l'association NegaWatt qui insiste
à juste titre non seulement sur l'appel aux énergies
renouvelables, mais aussi sur les économies d'énergie,
sous la double forme de la sobriété énergétique
et de l'efficacité énergétique. Mais telles
qu'exposées par cette association, ces différentes
solutions ne semblent accessibles dans l'immédiat qu'à
des pays ayant déjà une forte expérience
industrielle et citoyenne, au rang desquels en Europe l'Allemagne
et les pays scandinaves. NegaWatt http://www.negawatt.org/.
(13) Fait significatif, en avril 2011, la
Grande Bretagne vient de proposer à la France d'étudier
une mise en commun des forces nucléaires stratégiques
des deux pays. Cela est présenté sous l'angle
des économies d'échelle. Mais on notera qu'aucun
des deux pays n'envisagerait pour cette raison de renoncer à
sa force de frappe.
(14) Signalons à cet égard
le calcul de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/?p=22264)
:
"Jai proposé à
la discussion la question suivante; Quelle est la probabilité
durant une année quelconque quil y ait un accident
nucléaire majeur, connaissant la probabilité daccident
majeur par réacteur et le nombre de réacteurs
en service ?
Comme je nai plus fait de combinatoire depuis longtemps,
je demandais aux commentateurs de me corriger si nécessaire.
L'un d'eux massure que ma formule est correcte, je la
reproduis donc ici.
· R = risque daccident majeur durant une année
x
· p = probabilité daccident sur une année
pour un réacteur
· n = nombre de réacteurs
R(n) = 1 (1-p)^n
Disons que le risque pour un réacteur est dun accident
majeur tous les cinq mille ans. Sil ny a quun
réacteur au monde, le risque dun accident majeur
pour une année x est de 0,2 %o. Si jai 443 réacteurs
en service dans le monde ce qui est apparemment le cas
aujourdhui quel est le risque dun accident
majeur sur une année, et par exemple, sur lannée
en cours ?
R(443) = 1 (0,9998)^443 = 8,48 %
On voit donc que même avec une probabilité daccident
qui paraît extrêmement faible : un accident seulement
tous les 5 000 ans pour un réacteur, on débouche
pourtant sur une probabilité de 8,48 % daccidents
majeurs par an si lon a 443 réacteurs en service,
cest-à-dire un niveau très loin dêtre
négligeable."
(15) Iter : http://www.iter.org
(16) CECA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Communaut%C3%A9_europ%
C3%A9enne_du_charbon_et_de_l%27acier
(17)
sur les RFTL ou LFRT, voir notre article : Des
réacteurs nucléaires au thorium ?