
Elément
de monazite. La monazite, phosphate de thorium
et de terres rares, est le principal minerai de thorium
Les risques
liés à l'usage et à la dissémination
de l'uranium et du plutonium mettent à l'actualité
les possibilités d'un autre métal radioactif jusqu'ici
ignoré du grand public, le thorium. L'accident très
grave qui s'est produit récemment à la centrale
japonaise de Fukushima redonne de l'intérêt à
ce minerai. Selon les promoteurs de cette solution, il permettrait
de poursuivre la production d'électricité grâce
à des réacteurs ne présentant pas tous
les risques des générations actuelles. Il fait
déjà l'objet de nombreuses applications industrielles
mais son emploi en fission présente certaines difficultés
pratiques dont les défenseurs de l'uranium ont tiré
prétexte pour ne pas l'expérimenter.
Wikipedia, comme à son habitude, propose une fiche documentaire
décrivant le thorium sous ses divers aspects à
laquelle nous ne pouvons que renvoyer le lecteur (voir ci-dessous)
Qu'en dire
ici ? Le thorium est plus abondant et mieux réparti que
l'uranium. Aux rythmes les plus optimistes de développement
de l'énergie nucléaire, les réserves en
paraissent pratiquement inépuisables. Il s'agit d'un
atout géopolitique essentiel. La principale difficulté
à résoudre pour l'utiliser comme combustible dans
les centrales actuelles obligerait à reconvertir celles-ci
afin de modifier le coeur du réacteur.
La méthode
qui paraît aujourd'hui la plus pratique consiste à
mettre en oeuvre des réacteurs à sels fondus,
où ceux-ci jouent à la fois le rôle de combustible
et de fluide caloporteur. On utilise pour cela un sel de fluorure
de thorium (lithium fluoride) suffisamment chaud (700 K) pour
être liquide, ce qui élimine le besoin de fabriquer
des éléments combustibles solides.
Le thorium par lui-même est faiblement radioactif. Il
faut lui ajouter une petite quantité d'uranium 233 pour
faire démarrer les réactions nucléaires.
L'U-233 est radioactif et sa fission libère des neutrons
qui transforment les atomes de thorium en de nouveaux U-233
tout en produisant de la chaleur. Il s'agit d'un cycle continu.
On brûle de l'U-233 en consommant des atomes de thorium
qui produisent de nouveaux atomes d'U-233. Le combustible perd
la plus grande partie de sa chaleur en passant à travers
un échangeur contenant de plus grande quantités
de sels fondus. Ce sel peut alors être utilisé
pour faire tourner des turbines générant de l'électricité.
On n'utilise donc pas d'eau comme fluide réfrigérant.
On ne risque donc pas ainsi de produire de l'hydrogène
par décomposition de l'eau, ce qui élimine le
risque d'explosion dont on a vu les effets désastreux
à Fukushima. Le fluorure de thorium, par ailleurs, est
ininflammable. Ceci n'est pas le cas des barres de combustibles
solides, qui peuvent prendre feu en dégageant des fumées
fortement radioactives.
Enfin, le combustible liquide peut être utilisé
jusqu'à épuisement de tous ses éléments
radioactifs, ce qui élimine en grande partie la question
des déchets. Rappelons que ceux-ci proviennent pour l'essentiel,
dans les réacteurs classiques, des barres d'uranium devenues
pour diverses raisons non utilisables par vieillissement mais
qui conservent encore d'importantes quantités d'uranium
actif.
En contrepartie
de ces avantages, les sels de thorium sont hautement corrosifs,
ce qui oblige à les confiner dans des matériaux
spéciaux. Dans le cadre d'un démonstrateur ayant
fonctionné de 1965 à 1969 à Oak-Ridge,
un alliage de nickel-molybdène avait été
utilisé, mais il s'est dégradé à
son tour. De nouvelles recherches s'imposent, portant non seulement
sur cette question du confinement mais plus généralement
sur les différents processus du cycle, qui n'ont pas
été mis à l'épreuve récemment.
Jusqu'à
présent ces recherches n'intéressaient personnes,
notamment pas les industriels du nucléaire s'étant
investis dans les technologies utilisant l'uranium ou le plutonium,
qui ne souhaitaient pas susciter d'alternatives. Nous pensons
pour notre part qu'il serait indispensable désormais
d'expérimenter sérieusement et à grande
échelle les réacteurs à fluorure de thorium
liquide (LFRT ou Liquid Fluoride Thorium Reactor). Différents
projets se font jour, dans différents pays dont la Chine
et l'Inde, très motivées.
L'Europe,
par l'intermédiaire d'Euratom, a lancé une petite
étude d'1 million d'euros, avec la participation du Laboratoire
de Physique Subatomique et Cosmologie de Grenoble. Elle se poursuivra
jusqu'en 2013, avant de déboucher sur des recherches
de financement.
Nous pensons qu'il serait dorénavant utile d'accélérer
ces recherches et de créer un débat ouvert entre
spécialistes de la question.
Pour
en savoir plus
Thorium.
Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Thorium
Voir
aussi en français : http://fr.wikipedia.org/wiki/Thorium
Voir
aussi Le Journal du CNRS : http://www2.cnrs.fr/journal/736.htm
Elsa Merle
Lucotte du LPSC, chercheuse en électro-nucléaire
: http://merlee.home.cern.ch/merlee/pages/recherche.html
Sur
le thorium, on peut lire aussi cet article ainsi que les réactions
http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/energie-nucleaire-a-base-de-91442.