Nous
avons signalé dans nos colonnes, les bons services rendus
par l'ATV de l'Esa en tant que véhicule de liaison avec
la plateforme internationale. Le quatrième du nom est
en préparation et sera baptisé Albert Einstein.
Nous y regrettons aussi dans cet article le manque d'ambition
des Européens, qui pourraient faire de ce produit une
plateforme pour développer un véhicule plus pleinement
autonome, capable notamment de réentrée. Ainsi
non seulement serait-il récupérable mais pourrait-il
servir ultérieurement de capsule pour des équipages
humains, en vols suborbitaux ou interplanétaires.
Aujourd'hui, un début de réponse à ce besoin
pourrait être apporté par l'annonce faite au Salon
du Bourget le 22 juin 2011. L'Esa et Thales Alenia Space Italie
ont fait connaître leur accord pour commencer la construction
d'un véhicule spatial dit IXV Intermediate eXperimental
Vehicle qui pourrait réaliser une première
mission expérimentale en 2013.
L'idée n'est pas nouvelle. L' Intermediate eXperimental
Vehicle (IXV), anciennement dénommé Pre-X, est
un projet de véhicule spatial initialement développé
par le Centre national d'études spatiales (CNES). Le
projet est désormais rattaché au Future Launcher
Preparatory Program (FLPP) de l'Agence spatiale européenne,
destiné à préparer les nouvelles générations
de lanceurs et de véhicules européens à
l'horizon 2015-2020.
Le IXV aura
pour but de valider les technologies de rentrée atmosphérique
pour le futur lanceur européen réutilisable dans
le cadre du programme FLPP. Les études sont déjà
en cours de longue date puisque l'ESA bénéficie
de programmes communautaires antérieurs comme AREV (Atmospheric
Reentry Experimental Vehicle) ou de programmes nationaux comme
le Pre-X du CNES, initié dès 2005 par l'agence
spatiale française, à l'origine de l'actuelle
forme aérodynamique du IXV. Le 16 juin 2009 avait déjà
été signé l'accord entre l'Esa et Thales
Alenia Space pour le développement d'un démonstrateur
de rentrée atmosphérique IXV.1.
Le IXV sera
doté de meilleures capacités manuvrières
et d'emport que son prédécesseur. Son poids sera
de 2 tonnes. Il sera lancé par la nouvelle petite fusée
européenne Vega depuis le Centre spatial guyanais en
orbite basse, à l'altitude d'environ 450 km. Il procédera
à une réentrée analogue à celle
d'un retour de mission spatiale. Ainsi pourront être testés
les céramiques de protection thermique et l'ensemble
des équipements nécessaires à cette phase
critique d'un voyage dans l'espace, notamment les moteurs de
correction de trajectoire (thrusters) et les ailerons
(flaps) aérodynamiques
La rentrée
se fera par parachute dans l'océan Pacifique, où
il sera récupéré. Un centre de contrôle
à terre sera par ailleurs mis au point, comportant les
éléments nécessaires à la télémétrie,
la réception par antennes et le réseau global
de télécommunication.
L'approbation
officielle du contrat devrait être donnée très
prochainement par le Comité de politique industrielle
de l'Esa.
La
future Ariane et ses moteurs
D'autres
annonces intéressantes viennent d'être faites au
Salon du Bourget. Le 23 juin, l'Esa a rendu publique la signature
d'un contrat avec un consortium industriel européen visant
à développer de nouveaux propulseurs pour le lanceur
qui succédera à l'actuelle Ariane 5. Ce lanceur
actuellement nommé le NGL ou Next-Generation Launcher
est étudié sous l'égide du Future Launchers
Preparatory Programme (FLPP). Il devrait permettre à
l'Esa de répondre aux besoins institutionnels et commerciaux
de la prochaine décennie et au-delà.
Plusieurs
configurations sont à l'étude, comportant deux
ou trois étages. Il en est de même des moteurs,
combinant selon les cas des propulseurs solides et liquides,
ainsi que des solutions dites cryogéniques utilisant
de l'oxygène et de l'hydrogène liquéfiés.
Un des contrats
annoncés intéresse un consortium d'industriels
regroupés sous le concept de Joint Propulsion Team, Astrium
GmbH, Avio SpA et Snecma (Safran Group). Son montant est de
60 millions. Il prend la suite de contrats décidés
en 2007 pour un montant de 100 millions visant à intégrer
les compétences de 14 sociétés appartenant
à 9 pays.
L'un des
projets candidats, le démonstrateur d'un nouveau moteur
à carburant liquide dit High-Thrust Engine (HTE), devrait
pouvoir être testé à partir de 2012-2014,
en vue d'une mise en service à bord du lanceur de nouvelle
génération vers 2025 ou même avant.
Vu l'importance
du rôle des lanceurs dans tous les cycles des applications
spatiales, nous pouvons considérer cette annonce comme
une bonne nouvelle. Elle répond à un besoin souvent
exprimé, en face duquel le long silence de l'Esa et des
gouvernements impliqués pouvait paraître inquiétant.
Bien...
mais peut mieux faire
L'Esa et
les spécialistes européens de l'espace se félicitent
de ces contrats renforçant les capacités de l'Esa
et pouvant s'agréger ultérieurement à des
missions plus ambitieuses.
Bonne nouvelle donc. Nous en revenons cependant à nos
constatations chroniques. Par ces réalisations encore
modestes, l'Europe montre qu'elle pourrait avoir toutes les
capacités nécessaires à une ambitieuse
politique spatiale, la mettant à même de faire
jeu égal avec la Chine et ce qui restera des programmes
spatiaux américains. Il serait souhaitable par ailleurs
que la Russie y participe.
Or la volonté politique nécessaire manque encore
aux Etats européens. A une époque où l'on
recherche les occasions de créer des emplois qualifiés
en Europe, dans un domaine aux débouchés futurs
considérables, il est vraiment dommage que personne ne
s'en avise, tant dans les majorités au pouvoir que dans
les oppositions.
Si la Banque centrale européenne devait proposer, comme
il parait aujourd'hui indispensable de le faire, des outils
lui permettant de financer à long terme les investissements
stratégiques européens, que ne s'intéresse-t-elle
pas à l'Espace ? Même Monsieur Trichet pourrait
comprendre cela.