Blogueurs
: un vrai service à rendre, la contre-expertise
Pour
échapper au discours général opposant la
liberté entachée d'irresponsabilité des blogueurs
et le sérieux des journalistes professionnels, il semble
nécessaire de rappeler que certains de ceux que l'on nomment
blogueurs peuvent être extrêmement sérieux,
responsables et professionnellement compétents. S'ils choisissent
la voie chaotique du blog, c'est parce que celle des grands médias
"mainstream" leur est fermée.
On
doit en priorité évoquer ici certains économistes
qui proposent (comme nous l'avons fait nous-même ici) d'échapper
à la crise imposée par la domination des marchés
financiers en modifiant radicalement le statut de la banque centrale
européenne, en créant un secteur public européen
des banques de dépôts, en mettant en place un fonds
stratégique d'investissements financé par l'impôt
ou par des participation des petits épargnants européens
garanties par les Etats.
Vous
vous imaginez bien que ces réformes en profondeur seront
à juste titre jugées si révolutionnaires
par les pouvoirs en place qu'elles n'auront aucune chance d'être
présentées sur les chaînes ou dans la presse.
Il existe une alliance objective, comme l'on disait dans le temps,
entre ces grands médias, les intérêts financiers
et les gouvernements visant à imposer le silence sur de
tels sujets. Comme il s'agit de sujets difficiles, très
techniques, ne pas en parler abouti à les enfouir sous
une chape de plomb. Circulez, il n'y a rien à voir.
Or
précisément les manifestants qui dans une partie
de l'Europe commencent à se dresser contre le "Système
global" auraient besoin de connaître et discuter
de telles propositions, ou d'autres analogues. Elles sont concrètes,
raisonnables et permettraient, si elles étaient mises en
oeuvre, d'éviter de rejeter les jeunes dans des solutions
de désespoir. Les experts qui les formulent estiment donc
devoir les faire connaître par la voie des divers blogs
et sites qu'ils animent à leurs frais pour pouvoir s'exprimer.
Certes,
par cette voie, la diffusion de ces idées sera incertaine,
elle ne touchera sans doute pas les manifestants qui auraient
le plus intérêt à en être informés.
Mieux vaudrait certes les présenter sur France 2. Néanmoins,
par les chemins mystérieux de la contamination virale,
il en restera nécessairement quelque chose, dont on pourra,
après coup, mesurer l'effet.
Pourquoi
parler à ce propos de contre-expertise ? Parce que les
experts officiels, économistes et politologues accueillis
sur les grands médias, si nul ne les contredit, ne sortiront
jamais de leur discours imposé. Il faut donc que d'autres
experts, non-officiels mais tout aussi compétents, proposent
leur contre-expertise par la voie de leurs sites et de leurs blogs.
Les rares journaux qui, accueillent de tels blogs, rendent donc
au public en général un service très précieux.
Par la même occasion, ils sauvent l'honneur de la presse.
Inutile
de dire que le domaine potentiel des contre-expertises est très
vaste. Il ne se limite pas à l'économie ou à
l'organisation politique. Il sera donc essentiel que des contre-expertises
concernant tous les aspects de la société se généralisent
sur le web. Certes, il sera difficile de distinguer entre les
jugements sérieux, argumentés, et les innombrables
polémiques qui fleurissent à tout propos. Tous ceux
qui se diront contre-experts ne seront pas nécessairement
crédibles. Mais dans ce domaine comme dans le domaine scientifique,
la confrontation et la libre discussion des opinions fera émerger
des "vérités relatives"qui seront au moins
aussi crédibles que les "vérités officielles"
martelées par les Relations Publiques des gouvernements
et des banques.