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12 mars 2011
par Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Darpa : savants fous ou simplement à l'avant-garde
du Système ?
Dans
sa rubrique "Danger Room", la revue américaine
Wired met en garde contre l'appel à propositions
lancé par la Darpa, l'Agence de recherche du Pentagone,
visant à la réalisation sur étagère
d'essaims de microrobots semi-autonomes capables d'auto-assemblage
pour la réalisation industrielle d'objets complexes éventuellement
eux-mêmes auto-reproductibles. Il s'agit de la rubrique
[N11A-T037 , TITLE: Desktop Manufacturing with Micro-robot
Swarm], qui fait elle-même partie d'un épais
document recensant une quarantaine de produits et systèmes
avancés dont l'US Navy aurait besoin pour continuer à
dominer les mers. Pour les spécialistes, la lecture complète
de ce document s'impose. Voir NAVY STTR 11. A PROPOSAL SUBMISSION http://www.dodsbir.net/solicitation/sttr11A/navy11A.htm.
Dans
la suite de l'article, Wired fournit une suite de liens
montrant qu'il ne s'agit pas d'une démarche isolée
en ce qui concerne les robots autonomes. Ce serait une forme
particulièrement menaçante de la robotique qui
se dessine ainsi. Il est certain que de tels objets, allant
de la «grey goo» à des ensembles plus
complexes, seraient dangereux en eux-mêmes, s'ils étaient
capables d'auto-reproduction sans contrôle. Mais ils le
seraient encore plus aux mains de militaires, eux-mêmes
non contrôlables.
Quant
aux autres appels à propositions, ils couvrent un champ
d'utilisations possibles qui donne un certain vertige. D'autant
plus que, comme le précise la Darpa, celles-ci pourraient
aussi intéresser d'autres utilisateurs que la seule US
Navy. Ceci ne peut que confirmer le diagnostic qui est le nôtre
depuis longtemps, l'avenir des sciences et des techniques dans
le monde sera défini par les militaires, et largement
en tête de ceux-ci par les militaires américains.
Tous les beaux discours sur le progrès scientifique n'y
changeront rien. Les chercheurs candidats pour participer au
développement de tels projets ne manqueront évidemment
pas (à supposer qu'ils passent avec succès les
contrôles antiterroristes).
Celà
dit, et sans remettre en cause ce jugement, il n'est pas interdit
de rester un peu sceptique devant de telles annonces. S'agit-il
pour le DoD d'impressionner la planète par cette preuve
de la puissance américaine ? S'agit-il de projets qui
ne déboucheront pas avant de longues années, pas
plus dangereux que bien d'autres ? Et par ailleurs, quelle est
l'authenticité du rôle de veilleur («whistle
blower») que se donne ainsi Wired ? La revue
est trop proche de l'establishment pour s'inscrire vraiment
parmi les citoyens activistes tendance "antiwar".