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13 mars 2011
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Gaz et huile de schiste,
catastrophe environnementale
annoncée ?
USA
: quand l'eau du robinet prend feu
(dû à des fuites de gaz vers les nappes phréatiques)
Cette
image est tirée du documentaire américain "Gasland",
écrit et réalisé par Josh Fox (2010).
Le film montre les conséquences des forages de gaz
de schiste pour les habitants vivant à proximité...Un désastre écologique.
(film découvert grâce à une correspondante
suisse que nous remercions).
Selon
le terme de Stéphane Hessel, nous nous "indignons"
des projets qui avaient été annoncés de concessions
de permis d'exploration en matière de gaz de schiste en France
et utilisant notamment la procédure extrêmement destructrice
de l'hydrofracturation.
Si, face à la grogne des écologistes et des élus
locaux, le gouvernement a pour l'instant suspendu les travaux de
prospection de gaz de schiste jusqu'à l'été
au moins et demandé une étude d'impact, il semble
que la
marge de manoeuvre paraisse plus limitée face aux forages
d'huile de schiste (forme
de pétrole piégé dans la roche et dont l'extraction
demande des techniques similaires à celles utilisées
pour le gaz de schiste) qui
étaient prévues dans le Bassin parisien.
En effet, dans ce cas, et selon la presse, les autorisations de
travaux avaient déjà été données
à la
compagnie pétrolière américaine Hess, alliée
à la société indépendante Toreador,
qui prévoyait un premier forage en mars près de Château-Thierry
(Aisne). Une
dépêche AFP du vendredi 11 mars signale
cependant que François Fillon a demandé ce jour à
son gouvernement de veiller à ce qu'il ne soit procédé
à aucune opération de forage de gaz et huiles de schiste
à l'aide de méthodes non conventionnelles d'ici la
remise de rapports début juin sur leur impact environnemental.
A
suivre de près donc.
Gaz
de schiste
Signalons
que le terme "gaz de schiste" provient finalement
d'une traduction approximative de l'anglais "shale gas".
Il faut en effet savoir que "shale" est un mot anglais
sans traduction française simple.
Selon les dictionnaire de géologie(1), il désigne
"toute roche sédimentaire litée à
grain très fin, en général argileuse
ou marneuse".
Et à la définition du mot "schiste",
on trouve :
1) "toutes roches susceptibles de se débiter
en feuillet".
Cette définition peut donc désigner aussi bien
un schiste métamorphique (angl. schist), qu'une roche
présentant un clivage ardoisier (angl. slate) ou bien
une pélite (argile) feuilletée (angl. Shale)
;
(2) : "roche ayant acquis une schistosité sous
l'influence de contraintes tectoniques".
Ainsi,
dans l'expression "gaz de schiste", le terme "schiste"
est donc par définition un terme qu'il est souvent
conseillé d'éviter. Ce gaz n'est pas contenu
dans des schistes au sens tectono-métamorphique mais
dans des argiles et marnes litées, sédimentaires.
On devrait donc plutôt parler de "gaz de marnes"
ou de "gaz de pélites".
Mais c'est l'expression «gaz de schiste» qui est
cependant entrée dans l'usage.
Le
"gaz de schiste" est du gaz méthane encore
contenu dans sa roche mère, parce que celle-ci n'est
pas - ou très peu - perméable. Ce méthane
y est souvent contenu dans des micropores ne communiquant
pas entre eux, ou éventuellement adsorbé sur
des particules argileuses, doù limperméabilité
de la roche. Non perméabilité qui a empêché
le méthane de migrer : la roche mère est donc
restée riche en gaz.
Cette
imperméabilité empêche l'extraction du
gaz par des moyens classiques comme les simples forages ?...
qu'à cela ne tienne : pour les ingénieurs, il
n'y a qu'à rendre la roche mère perméable.
Et c'est ici qu'intervient la fracturation hydraulique - parfois
associée à des explosifs -, couplée à
des forages horizontaux. Forages horizontaux parce q'une fracturation
hydraulique en terminaison de puits vertical ne fracturerait
la roche qu'au voisinage du forage, ce qui ne permettrait
de récupérer qu'une très faible quantité
de gaz. Avec un forage horizontal dans la couche de schistes,
il est possible d'en fracturer une plus importante quantité,
donc de récupérer beaucoup plus de gaz. Et si,
à partir d'une même tête de forage, sont
effectués des forages horizontaux dans plusieurs directions
(forages en étoile par exemple), alors la récupération
sera maximale. A noter cependant que la technique des puits
verticaux suivis de forages horizontaux ne permet d'exploiter
le gaz de schiste que sur quelques km2 autour de
chaque puits. Ainsi, pour exploiter complètement une
couche horizontale, il est nécessaire de disposer d'un
puits tout les 1 à 4 km.
(1)
En l'occurrence ici, celui de
de Foucault et Raoult.
Pour
en savoir plus :
Nous renvoyons à un article de Greenpeace France (voir ci-dessous),
qui présente la question bien mieux que nous ne saurions
le faire. Nous
encourageons par ailleurs nos lecteurs de continuer à signer
la pétition de la Coordination des collectifs pour un moratoire
sur la prospection du gaz de schiste : http://www.petitions24.net/gaz_de_schiste__non_merci
Voir
aussi l'Article du New York Times
"Pressure Limits Efforts to Police Drilling for Gas" :
http://nyti.ms/fRfwdG
"Gaz,
pétrole de schiste le danger des hydrocarbures non
conventionnel sétend
Les
projets se multiplient : dans le bassin parisien, il sagit
de pétrole de schiste (shale oil). Dans le Sud de la France,
il sagit de gaz de schiste (shale gaz).
Dans
les deux cas pétrole ou gaz, la méthode dextraction,
extrêmement dommageable pour lenvironnement, est la
même : forage très profond et fracturation de la roche
via injection deau sous haute pression et de produits chimiques.
Le
New York Times a publié cette semaine 30.000 pages de rapports
secrets de lagence de protection de lenvironnement (EPA)
américaine, de lindustrie gazière et des régulateurs.
Une volumineuse collection de documents inédits que le site
du journal met à la disposition des internautes.
Ces documents démontrent les ravages de lhydrofracturation
(ou fracturation hydraulique) : cette technique consiste à
injecter de leau dans la roche prospectée. Sous la
très forte pression, les fissures préexistantes souvrent
davantage, facilitant le drainage des poches dhydrocarbures.
Ces gisements étant généralement de très
petites tailles, cela oblige les compagnies exploitantes à
forer un grand nombre de puits pour produire des volumes conséquents
dhydrocarbures.
A
force de creuser, les foreurs traversent parfois des terrains comprenant
des minerais radioactifs (uranium, radium). Une radioactivité
qui finit par remonter. Aux États-Unis, de 10% à 40%
de leau et des déchets de forage (boues, sables) sont
ramenés en surface pour, officiellement, y être traités.
Ce qui explique, en partie, la noria de camions qui sagite
autour de chaque forage. Lire
ici larticle de Planete89.
Exploration, exploitation Où
en sont les permis en France ?
La
phase dexploration donne lieu à un permis exclusif
de recherches (accordé pour une durée de 5 ans, renouvelable
2 fois) : des permis de ce type ont été accordés
au pétrole ET gaz de schiste en France
Après
les phases dexploration, la phase dexploitation donne
lieu à une mise en concession (accordée pour une durée
de 50 ans maximum, qui fait lobjet dune enquête
publique) : pour le moment, aucun permis dexploitation na
été accordé au pétrole et gaz de schiste
en France
La
phase de travaux donne lieu à un permis de travaux (obligatoire
pour à la fois le permis de recherche et la concession) :
des permis ont été accordés uniquement au pétrole
de schiste en France.
Le
flou gouvernemental et les premiers forages dès le 15 avril
dans le bassin parisien
Le
gouvernement a suspendu momentanément les autorisations de
travaux sur les 3 permis de gaz de schiste dans le sud de la France
: suspension des opérations de forage et de fracturation
hydraulique jusquau 31 mai, date de sortie de létude
dimpact environnementale.
Concernant
le pétrole de schiste dans le Nord de la France (bassin parisien
- Seine et Marne - Picardie), le gouvernement a suspendu les opérations
de forage jusquau 15 avril, date de remise de la pré-étude
dimpact, et les opérations de fracturation hydraulique
jusquau 31 mai.
Le
traitement accordé au pétrole et au gaz de schiste
est donc différent. Le gouvernement entretient-il volontairement
la confusion ? Et pourquoi ? Rappelons encore une fois que lexploitation
des hydrocarbures de schistes est dangereuse, extrêmement
dommageable pour la santé et lenvironnement et quil
nexiste pas de techniques «propres» en la matière.
Rappelons enfin que si on veut éviter les pires conséquences
du dérèglement climatique nous ne pouvons tout simplement
pas exploiter ce pétrole non conventionnel !"