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Intelligents utilise le logiciel
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Dans le domaine de la sécurité informatique, un "exploit"
(wikipedia) est un élément de programme permettant
à un individu ou un logiciel malveillant d'exploiter une
faille de sécurité informatique dans un système
d'exploitation ou dans un logiciel, que ce soit à distance
(remote exploit) ou sur la machine sur laquelle cet exploit
est exécuté (local exploit), ceci, afin de
prendre le contrôle d'un ordinateur ou d'un réseau,
de permettre une augmentation de privilège d'un logiciel
ou d'un utilisateur, ou d'effectuer une attaque par déni
de service.
Un nombre croissant
d'exploits existe, ces derniers étant classés en fonction
de la catégorie de faille qu'ils «exploitent».
Nous n'en donnerons pas la liste ici. Une question plus intéressante
concerne les responsables de cette prolifération. S'agit-il
comme on le pense généralement de «hackers»,
jeunes gens férus de techniques qui investissent leur intelligence
au service de la façon de pénétrer les systèmes
les plus fermés, sans intentions politiques ou criminelles
bien arrêtés ? Ils trouvent leur satisfaction à
mettre en défaut, avec les seules ressources de leur cerveau,
les équipes informatiques les plus qualifiées, au
sein des grandes organisations très protégées.
Tout au plus acceptent-ils de se ranger dans la catégorie
des cyber-activistes, épris de liberté individuelle
et luttant contre les forteresses technologiques dans lesquelles
croient s'enfermer les riches et les puissants.
Les
gens des "services"
Une autre catégorie
de hackers est constituée des sujets brillants recrutés
par les services spécialisés des Etats petits et grands,
qui s'efforcent désormais de pénétrer aux fins
d'espionnage voire de brouillage les administrations et les entreprises
appartenant à d'autres Etats. Autant que l'on sache, il s'agit
de milliers voire de dizaines de milliers de personnes qui trouvent
là des emplois rémunérateurs et sans risques.
Tous les régimes autoritaires sont soupçonnés
de mener cette sorte de cyber-guerre.
Depuis plus
de trente ans, la grande démocratie qu'est censément
l'Amérique a spécialisé des techniciens dans
la pénétration des réseaux informatiques, tant
des «ennemis» que des amis. Barack Obama, nous l'avions
relaté à l'époque, a mis en place un service
chargé de la sécurité informatique passive
et active, dirigé par un «czar» lui faisant personnellement
rapport. Les emplois offerts ont attiré des milliers de jeunes
informaticiens qui, du fait de la crise, ne trouvaient pas de rémunérations
suffisantes dans le domaine civil. Les logiciels mis en place par
tous ces jeunes gens se retrouvent nécessairement aussi dans
le secteur privé.
Pour les Etats,
comme indiqué dans notre article référencé
ci-dessus, la méthode la plus commode pour analyser les échanges
et éliminer les propos jugés non conformes consiste
à filtrer les sous-réseaux IP (Internet Protocol)
acceptés par les routeurs dotés du BGP ou Border
Gateway Protocol de tous les fournisseurs d'accès du
pays. Rappelons que les millions de petits serveurs constituant
le réseau internet global, dits «systèmes autonomes»,
communiquent entre eux à travers des routeurs. Ceux-ci peuvent
tenir compte de la défaillance d'une voie particulière
en s'alertant les uns les autres à travers le protocole BGP.
Une voie de rechange est alors presque instantanément trouvée.
Mais depuis
quelques années, des méthodes d'attaque permettent
d'interférer avec le BGP pour empêcher deux routeurs
de signaler l'indisponibilité de la ligne qui les relie.
Des firewalls pourraient être utilisés pour aboutir
au même résultat, mais la complexité du filtrage
par firewall et le coût d'exploitation de l'infrastructure
en seraient largement augmentés.
Un autre point
très sensible est le protocole DNS (Domain Name System),
dont le rôle est d'assurer une "traduction" entre
noms et adresses IP. Ce protocole a été conçu
aux origines avec un faible souci de la sécurité.
Il comporte des failles que peuvent exploiter aussi bien les hackers
privés que les services d'espionnage au service des Etats
ou des grandes organisations. Il y a quelques années, les
spécialistes avaient par exemple étudié un
«exploit» qui portait sur le serveur DNS Bind (http://www.isc.org/software/bind).
Il s'agit du serveur DNS Open Source le plus utilisé à
l'époque de sa création par les serveurs DNS racines
sans lesquels il n'y aurait pas de résolution DNS des TLDs
ou Top Level Domains (tels que .com, .fr, etc.).
Une faille
identifiée par un petit «génie» de l'informatique
avait permis d'obtenir le compte Unix sous lequel tournait Bind.
Autrement dit, de prendre le contrôle du serveur. A partir
de là, il aurait été possible de prendre le
contrôle du compte "root" (administrateur).
Le terme root («racine») est, sur les systèmes
d'exploitation de type Unix, le nom conventionnel de l'utilisateur
qui possède toutes les permissions sur le système,
aussi bien en mode mono qu'en mode multi-utilisateur. L'utilisateur
root est également connu sous le nom de super-utilisateur.
Généralement, c'est le compte administrateur. L'utilisateur
root a la possibilité de faire tout ce qu'un utilisateur
normal ne pourrait pas faire, comme changer le propriétaire
de tous les fichiers. On devine que le découvreur de cette
faille aurait pu rapidement provoquer l'effondrement d'une bonne
partie de l'Internet.
Le
hacker devenu criminel
La troisième
catégorie de hackers, les plus menaçants pour la sécurité
des utilisateurs normaux de l'internet, qu'il s'agisse de particuliers,
d'administrations ou de services d'entreprises sont ceux mettant
leurs capacités au service d'activités délictueuses,
voire criminelles, exercées pour leur compte ou pour celui
de gangs déjà installés sur le marché
du cyber-crime. Généralement il s'agit d'individus
formés au sein des agences de renseignement des Etats, que
nous évoquions plus haut, et qui décident de se mettre
à leur compte. Il semble qu'ils soient très nombreux.
La plupart se limitent à de petites escroqueries qui ne lèsent
«que» quelques centaines d'utilisateurs naïfs ou
mal défendus. Mais certains se sont hissés au niveau
de la légende. C'est le cas d'un certain "Iceman"
dit aussi Max Butler dont les exploits sont relatés dans
un curieux ouvrage, très technique, intitulé Kingpin.
L'auteur Kevin Poulser est lui-même un ancien hacker devenu
éditorialiste à Wired.com.
L'originalité
d'Iceman était que son escroquerie s'était construite
à deux niveaux, dans le domaine très couru de la fraude
aux cartes de crédit pour laquelle de nombreuses recettes
sont proposés sur le web. Dans un premier temps, après
avoir été recruté par le FBI, il avait gagné
sa vie en faisant commerce de logiciels piratés, ce qui lui
avait valu quelques mois de prison. Mais à sa sortie, il
s'en est pris aux fraudeurs de cartes bancaires (dit carders
en anglais). Il avait trouvé le moyen de pirater les ordinateurs
d'un grand nombre d'entre eux (plus d'un millier de par le monde),
en annexant leurs sites et en créant à son profit
personnel un marché en ligne, dit «Carders market»
par lequel ces «carders» se trouvaient obligés
de passer pour négocier le produit de leurs fraudes. Dans
le même temps, il infiltrait les sites web des banques afin
de remonter à la source des comptes, ainsi que ceux des administrations
distribuant des passeports.
Tout ceci le
conduisit à sa chute en 2007, après qu'il eût
réalisé 86 millions de dollars de gains. Il fut probablement
dénoncé par un fraudeur dépité d'avoir
trouvé plus ingénieux que lui. Iceman purge actuellement
une peine de 13 ans de prison. Le livre propose un éclairage
intéressant concernant la psychologie de tels «inventeurs».
Il est également très riche en détail sur les
faiblesses de l'Internet et sur la possibilité d'en tirer
parti. Sans doute nourrira-t-il de nouvelles vocations, aussi bien
chez les hackers que chez les «black hats» ou
chercheurs en sécurité informatique dont les travaux
sont, comme il se doit, non publiés
***
Ajoutons que
l'explosion en cours du commerce en ligne portant sur des outils
simples d'analyse et de transformation des génomes (toutes
espèces réunies) est en train de transférer
à la biologie la richesse du monde des hackers informatiques
que nous venons d'évoquer. Il s'agira d'une accélération
des processus de mutation/sélection que Darwin n'avait pas
prévue. Le champ des "exploits" potentiels analysant
les failles de la nature va devenir sans limites.
.* Kingpin:
How One Hacker Took Over the Billion-Dollar Cybercrime Underground,
Crown, par Kevin Poulser