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Propositions pour le sommet Défense de décembre 2013
Vers une nouvelle science ?
L'Europe et la France dans le cyber-contrôle

22 avril 2012
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Un Big Brother mondial de 500 milliards de dollars

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National Security AgencyL'Agence américaine pour la Sécurité Nationale (N.S.A.) est le plus gros organisme au monde entièrement dédié à l'espionnage. L'Agence vise potentiellement tous les individus, toutes les organisations et tous les échanges existants. Initialement conçue pour cibler les seules menaces identifiées à la sécurité des Etats-Unis, sécurité intérieure et sécurité extérieure, mais devant l'impossibilité de distinguer menaces avérées et menaces possibles, la N.S.A. a pris la décision d'enregistrer tout ce qui est techniquement enregistrable. Elle pourra ainsi, affirme-t-elle, faire apparaître des menaces encore invisibles en étudiant sans restrictions l'ensemble des activités apparemment innocentes.

On devine qu'avec le développement exponentiel des outils informatique et de communication dans la société mondiale de l'information, la tâche consistant à tout enregistrer et tout analyser est d'ores et déjà immense. Elle ne cessera pas d'augmenter. Mais qu'importe, ont décidé les responsables de l'Agence. Les ressources de l'informatique et de l'intelligence artificielle peuvent faire face à l'explosion des trafics et transactions. Il suffit d'augmenter sans restrictions budgétaires ni humaines les moyens affectés à la mission de la N.S.A..

Ceci a été entrepris depuis déjà de longues années. Le cerveau central visible de cet édifice, un des sommets de l'iceberg, est en cours d'installation dans la ville de Bluffdale, dans l'Utah. Les ressources dont la N.S.A. disposera ainsi dépasseront en puissance, semble-t-il, tous les moyens analogues dont sont dotés tous les gouvernements et toutes les entreprises du monde.

Un projet révélé dans la revue Wired

James BanfordÉvidemment, il s'agit de projets soumis à un strict secret. Dans une entreprise aussi gigantesque, des fuites se produisent nécessairement. L'écrivain et enquêteur américain James Bamford en a donné une description dans un article en date du 15 mars 2012 de la revue libérale Wired, qui mériterait plus d'attention qu'il n'en a reçu en Europe [voir The NSA Is Building the Country’s Biggest Spy Center (Watch What You Say].

James Bamford est l'auteur d'un précédent ouvrage à succès décrivant la N.S.A. et son rôle dans le système des pouvoirs américains : "The Shadow Factory : The Ultra-Secret NSA from 9/11 to the Eavesdropping on America". Son travail, on le devine, ne lui a pas fait que des amis. Mais on trouve encore assez de contre-pouvoirs dans la démocratie américaine pour que tout ceci puisse sortir et être publié. Cette tolérance ne durera peut-être pas. D'où l'intérêt qui s'attache à l'étude de son article.

Il confirme ce que soupçonnaient déjà ceux qui étudient les moyens par lesquels le complexe militaro-industriel et politique américain a dominé le monde jusqu'à ces dernières années. Certains observateurs optimistes pensent que la puissance de ce complexe s'affaiblit aujourd'hui, du fait de l'émergence de systèmes de domination analogues dans d'autres parties du monde, notamment en Chine. C'est juger un peu vite. Sur le seul plan des ressources scientifiques et technologiques, la Chine et les autres puissances émergentes ne seront sans doute jamais capables d'aligner des forces analogues à celle de l'Amérique. Certes, la Chine pourra toujours espérer resserrer la surveillance policière qu'elle exerce sur ses propres citoyens. Mais elle ne pourra jamais, ne fut-ce que devant les résistances, imposer au monde entier la domination globale, politique et technique, dont s'est dotée l'Amérique.

Cette domination, au cours des années de guerre froide puis de la guerre sans fin contre la Terreur décrétés par George Bush et poursuivie aujourd'hui encore, l'Amérique l'a acquise, notamment, avec le consensus des Etats et des citoyens européens. Puisque nous ne conspirons pas contre l'Amérique, "peu nous importe que toutes nos activités, publiques et privées, soient espionnées", se sont dit et se disent encore les Européens. "C'est pour la bonne cause que les Américains font cela".

Il en résulte aujourd'hui que l'Europe se retrouve totalement sans défense devant le plus vaste système d'enregistrement et de contrôle (monitoring) des comportements et des idées que le monde ait jamais connu. Il faudrait être bien naïf pour s'imaginer qu'un tel système ne sera pas utilisé pour coloniser dans tous les sens du terme le reste du monde, la riche Europe la première.

James Bamford a bien montré comment la N.S.A. a construit son pouvoir en se superposant progressivement aux autres organismes chargés de l'espionnage (à l'extérieur) et du contre-espionnage (à l'intérieur) visant les activités supposées être anti-américaines. Elle l'a fait de son propre chef, en ne tenant aucun compte des prescriptions que pouvaient émettre les deux Chambres, le Président, les ministères et d'autres corps de contrôle. Aujourd'hui, alors que des restrictions budgétaires sévères menacent jusqu'au Pentagone, elle dispose toujours d'un "open bar" ou droit de tirage illimité sur les ressources financières.

Aucune des critiques que l'on peut émettre à son encontre ne trouve d'échos, ni auprès des institutions et partis politiques, ni dans les médias dominants. Un secret toujours aussi opaque continue à la protéger. Les quelques fuites qui se produisent cependant, comme celles rapportées par James Bamford et quelques rares journalistes d'investigation, lui rendent peut-être paradoxalement service. Elles ont l'effet inattendu de renforcer son emprise sur les esprits, en confortant la perception de la toute-puissance qui en émane. Devant une telle toute puissance, mieux vaut se faire petit.


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Nous laisserons aux lecteurs anglophones le soin de traduire les informations que fournit l'article de James Bamford. Celles-ci concernent le réseau d'organismes et de moyens qui permettent à la N.S.A. de capter tout ce qui l'intéresse dans le monde. Elles concernent aussi les outils informatiques d'une puissance inégalée à ce jour, permettant de mémoriser et analyser les milliards de milliards de bits ainsi enregistrés en temps réel. James Bamford insiste sur le fait que ces outils informatiques et d'intelligence artificielle permettent bien plus. Dorénavant ils pourront casser tous les encryptages dont les Etats, les banques et les grandes entreprises se servent pour protéger leurs échanges. Plus aucune mémoire, individuelle ou collective, pour le présent, le futur mais aussi le passé, ne sera protégée. Les responsables politiques comme les spécialistes du renseignement et de l'intelligence économique européens devront se pénétrer de ces réalités.

Un début d'analyse ?

Nous souhaiterions ici amorcer un début d'analyse.
De quoi la N.S.A. est-elle le nom ? Qui sont les hommes et les intérêts concrets qui l'animent et assurent son impunité ?

Notre début de réponse apparaîtra comme une dérobade, bien apte à décourager les amorce de résistance dont notamment les Européens, institutions et citoyens, pourraient se doter face à un tel phénomène. Nous pensons cependant que voir dans la N.S.A. la matérialisation parfaite de ce que nous avons nommé des systèmes anthropotechniques permettrait d'éviter toutes les illusions relatives à la possibilité politique ou juridiques de prévenir ou contenir l'émergence de tels monstres, sans développer des moyens d'analyse appropriés.

Rappelons que, pour nous, un système anthropotechnique associe de façon inextricable des technologies se développant sur le mode viral et des humains dont les organismes, les cerveaux et même l'expression du génome sinon le génome lui-même, se sont adaptés à la prolifération de ces technologies. Celles-ci, comme l'a bien montré Alain Cardon dans son dernier ouvrage "Vers un système de contrôle total", s'organisent en réseaux de processus coactivés qui s'autonomisent spontanément. Cependant, simultanément, les processus perceptifs, moteurs et cognitifs propres aux humains intriqués avec les technologies au sein des systèmes anthropotechniques, s'auto-activent et se co-activent simultanément, tant de leur propre mouvement qu'en relation avec l'activation des agents technologiques(1).

Il en résulte qu'apparaît ce que nous persistons à nommer un "monstre" au sens propre du terme, c'est-à-dire une entité jamais vue jusqu'alors et défiant tous les moyens de description habituels. Ce terme de monstre "monster" ou "munster", a déjà été utilisé pour qualifier le Pentagone ou ministère américain de la Défense. Il s'applique encore mieux à un organisme à la fois plus petit et plus virulent, tel que la N.S.A. Mais parler de monstre ne devrait pas conduire les citoyens, les scientifiques et les politiques à baisser les bras devant lui. Il faudrait seulement l'étudier avec plus de moyens, plus de pertinence et moins de naïveté.

C'est ce que font, nous semble-t-il, James Bamford et les médias tels que Wired qui relaient ses travaux. C'est ce que devront faire, qu'ils le veuillent ou non, les gouvernements européens – y compris le futur Président français. Nous craignons qu'il leur faille hélas beaucoup de temps pour commencer à comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Note
(1
) Ce concept de co-activation permet de répondre à une objection souvent faite: "pourquoi s'inquiéter si des organismes tels que la NSA accumulent sur le monde entier des informations pouvant donner lieu à des manipulations susceptibles de mettre en danger nos libertés ? Les hommes capables de tirer parti de ces informations ne seront jamais assez nombreux. Nous ne risquons rien".
Penser cela et se rassurer montre le peu de compréhension que l'on a de tels systèmes anthropotechniques. Les informations collectées par la N.S.A sont comparables à des êtres vivants en compétition darwinienne pour l'accès à des ressources. Ces ressources sont les espaces dans les mémoires électroniques ou dans les cerveaux humains, l'énergie collectée, l'attention suscitée. Les informations se co-activeront d'elles-mêmes pour produire les effets les plus rémunérateurs en termes de ressources. Peu importe que vous ne conspiriez pas contre l'Amérique. Un jour ou l'autre, les entités anthropotechniques que sont les informations collectées par le système finiront par induire chez celui-ci des comportements correspondants à ce qu'ils devraient être si vous étiez un ennemi de l'Amérique. Elles en tireront une considération accrue au sein du milieu global.


Références
NSA : http://www.nsa.gov/
Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/National_Security_Agency
James Bamford : http://en.wikipedia.org/wiki/James_Bamford

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