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Comment
se représenter le mécanisme épigénétique
permettant aux espèces de s'adapter rapidement
à des changements du milieu ?
Nous
pouvons peut-être essayer d'en proposer une image.
Prenons
l'exemple d'une vague durable de froid qui frappe un territoire.
Les animaux atteints par ce refroidissement disposent
de nombreux mécanismes physiologiques régulateurs
pour faire face à la perte de calories. Ces mécanismes
sont commandés par des gènes ou ensembles
de gènes transmis héréditairement.
En simplifiant, on peut dire qu'ils interviennent quasi
automatiquement en fonction des besoins en calories de
l'organisme. Ainsi de ceux qui commandent la capacité
de celui-ci à utiliser les graisses et les sucres,
ou à se protéger du froid par la couverture
pileuse. Plus le froid dure, plus l'organisme consomme
de graisse ou fait appel à sa fourrure pour se
protéger.
Mais ces mécanismes de régulation, dans
le modèle classique, sont liés aux individus.
Si le froid se prolonge, les individus ne transmettent
pas à leurs descendants l'expérience qu'ils
ont acquise au long de leur vie afin de résister
au froid. Chaque descendant doit réapprendre à
mobiliser ses ressources physiologiques sans bénéficier
des acquis de la génération précédente.
L'adaptation à un froid prolongé, frappant
plusieurs générations, demande alors beaucoup
de temps: celui nécessaire à l'apparition
d'une mutation génétique, avec apparition
et sélection d'un gène ou ensemble de gènes
commandant par exemple l'acquisition héréditaire
d'une épaisse fourrure laineuse. Seuls d'ailleurs
à ce moment les individus ayant bénéficié
de cette mutation peuvent en profiter pour survivre à
la vague de froid. Les autres disparaissent.
Dans
l'hypothèse évoquée par les travaux
précités sur le bison priscus, les
chercheurs pensent avoir mis en évidence un mécanisme
permettant à l'organisme d'identifier et de transmettre
aux descendants l'état de protection maximum offert
par l'expression d'un gène intervenant dans la
lutte contre le froid. D'une façon générale,
il est désormais admis que les gènes ne
s'expriment pas d'une façon déterministe,
mais de façon aléatoire. Ce sont les conditions
extérieures, liées à l'état
du milieu, qui sélectionnent les modes d'expression
les plus adaptés. Dans le cas évoqué
ici, le gène peut aléatoirement commander
la consommation de sucres dans l'organisme, indépendamment
de la température extérieure. L'organisme
a donc intérêt à marquer le niveau
de protection le plus élevé permis par l'expression
du gène, afin de le retrouver et en bénéficier
tout au long de son existence.
C'est
ce que permet le processus de la méthylation. Grâce
à celui-ci, l'organisme peut distinguer l'état
méthylé du gène, offrant la protection
la plus élevée, de l'état non méthylé.
L'expression du gène méthylé est
alors sélectionnée sous la pression de l'environnement
au détriment de l'expression du gène non
méthylé. Il s'agit dans les deux cas du
même gène mais dont les modes d'expression
sont différentes. L'organisme doit donc les distinguer,
afin de faire appel aux plus favorables.
Dans
le modèle classique de l'évolution, la capacité
de faire appel à un mode favorable de l'expression
du gène ne se transmet pas aux descendants. Tout
nouveau descendant doit donc réapprendre à
utiliser le "bon" mode d'expression de son gène.
Dans l'hypothèse proposée par Alan Cooper,
qui rejoint celle de l'ontophylogenèse, ce sont
les contraintes du milieu elles-mêmes qui sélectionnent
et permettent de transmettre les modes d'expression les
plus favorables. Un individu soumis à ces contraintes
(en l'espèce un froid rigoureux continu) transmet
à son descendant la capacité de recourir
à l'état d'expression du gène offrant
la protection la plus élevée, tel qu'identifié
par la méthylation.
C'est
ce que permet le processus de la méthylation, qui
peut se transmettre d'un individu à l'autre très
rapidement si les contraintes extérieures l'exigent.
Au bout d'un certain temps, l'espèce et au sein
de l'espèce le groupe peuvent ainsi se trouver
dotés des caractères les plus favorables
à la lutte contre le froid. En principe, si le
froid cessait, les gènes retrouveraient leur mode
d'expression moyenne antérieure.
On
voit que dans ces hypothèses, des phénomènes
encore mal compris, relatifs par exemple à l'adaptation
morphologique relativement rapide des homo sapiens à
des conditions climatiques différentes, du pôle
à l'équateur, pourraient trouver une explication.
Il en serait de même de toutes les modifications
adaptatives rapides intéressant les animaux supérieurs.
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