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Modélisation
constructiviste de l'autonomie des systèmes
Alain CARDON
Professeur des Universités
Avril
2012
Sommaire
Introduction
I
- La notion de système ouvert autonome
1.1 Les systèmes ouverts avec
membrane : la possibilité de l'autonomie
1.1.1Les systèmes du niveau fonctionnel
au niveau interprétation
1.1.2 L'ouverture
1.1.3 Les tendances et les besoins propres
1.1.4 Algorithme général des
systèmes ouverts autonomes
1.1.5 Le principe d'augmentation
1.1.6 La membrane
1.2 Entités proactives et tendances
fondamentales
1.2.1 La réactivité versus l'autonomie
1.2.2 Les deux types de proactivités
1.2.3 Mesure de la proactivité
1.2.4 Le système de représentation
et sa tendance structurante
1.2.5 Deux tendances fondamentales
1.3 - Le fonctionnement général
d'un système autonome
II
- Les agents
2.1 - Définitions générales
2.2 - Les agents aspectuels et les connaissances
factuelles
2.3 - L'agentification aspectuelle
2.4 - L'action dun agent aspectuel
2.5 Les trois niveaux de l'agentification
aspectuelle et la place du contrôle
2.6 Les émergences et la notion
de treillis sémantique
III
- La représentation générée
3.1 La génération de
la représentation courante dans un
système autonome
3.1.1 Caractère central
3.1.2 Caractères de la représentation
courante
3.1.3 La couche des agents de morphologie
et les treillis dynamiques
3.1.4 Algorithme de génération
d'une représentation
3.2
- Les éléments conceptuels du
système de représentation et
les tendances
3.2.1 Les éléments conceptuels
venant du substrat fonctionnel
3.2.2 Les éléments conceptuels
du système de représentation
3.2.3 Les scènes générées
3.2.4 Les tendances artificielles
3.2.5 L'intentionnalité artificielle
3.2.6 Systèmes autonomes et émergences
3.3
L'usage et la génération
de points de vue et le questionnement propre
IV
La conception du système de
représentation et le contrôle
4.1 La problématique de conception
du système de représentation
4.1.1 Les questions générales
motivant l'architecture
4.1.2 Architecture générale
du système de représentation
4.1.3 Analyse du système de génération
des représentations
4.2
Représentation des tendances
fondamentales artificielles et émergence
4.2.1 Formes dynamiques
4.2.2 Lémergence de la représentation
4.2.3 Lémergence organisationnelle
4.2.4 Le principe d'incertitude
V
- Contrôle du système de représentation
par l'organisation des agents de morphologie
5.1 - La construction effective avec des agents
et le champ organisationnel
5.1.1 La construction et les propriétés
du champ organisationnel déployé
5.1.2 L'énergie et le champ énergétique
5.2
- L'analyse morphologique de l'organisation
aspectuelle et le clustering dynamique
5.2.1 Le niveau de la mise en cohérence
: les éléments structurants
réifiant les agrégats aspectuels
5.2.2 Expression d'indications vectorielles
dynamiques des agents aspectuels
5.2.3 La création d'un agent structurant
: la clé du clustering dynamique
5.3
- Le contrôle morphologico-sémantique
5.3.1 Le contrôle et l'algorithme d'expression
d'une tendance
5.3.2 L'expression d'une scène
5.3.3 Expression d'une tendance et algèbre
morphologique.
5.3.4 Les sondes
5.3.5 L'organisation des agents de morphologie
: le réseau des agents de morphologie
5.4
- Représentation des tendances artificielles,
proto-Soi et Soi minimal
5.4.1 Les besoins, les désirs et leur
interprétation morphologique : la première
clé de l'autonomie
5.4.2 Le proto-Soi du système autonome
5.4.3 Les tendances, les agents de morphologie
de tendance et le Soi minimal
5.4.4 Les algorithmes d'activation des tendances
5.4.5 Les différentes tendances et
les besoins du système
5.4.6 Réalisation de la membrane dense
du système
5.4.7 La génération des représentations
avec point de vue
5.4.8 Algorithme de production d'un point
de vue
5.5
Le choix d'une visée : ce qui
amène le système à se
soucier de quelque chose
5.5.1 La visée et son déploiement
5.5.2 - Trois principes organisationnels permettant
le choix des visées
5.5.3 Algorithme de décision
de la visée et parallélisme
nécessaire
5.5.4 Les caractères au niveau
des connaissances disponibles dans le système
5.6
Le réseau de contrôle
morphologique et la manipulation des sondes
5.6.1 La fonction d'indication morphologique
des agents aspectuels
5.6.2 Proactivités faible et forte
: les SMA autonomes
5.7
- L'acquisition des informations et le traitement
par l'organisation aspectuelle
5.7.1 Des informations fonctionnelles
du substrat aux connaissances aspectuelles
5.7.2 Des entrées fonctionnelles à
l'action intentionnelle du système
5.8
- L'autonomie : la boucle systémique
générale
VI Couplages et apprentissage implicite
dans le modèle multiagent
6.1 Couplage intentionnel
6.2 - Les agents de couplage : le rôle
des agents structurants
6.3 - L'apprentissage comportemental avec
les organisations d'agents
6.4 L'apprentissage d'une nouvelle
tendance
6.5 - Réalisation : l'architecture
logicielle du système autonome
VII - Généralisation : l'autonomie
des Systèmes de Systèmes
7.1 L'augmentation naturelle d'un système
autonome
7.2 - Les communications entre systèmes
autonomes
7.3 - Le Système de Systèmes
autonome
7.4 - Le système générateur
de systèmes autonomes : le niveau méta
du vivant artificiel
VIII Une approche constructiviste des
systèmes générant des
représentations : le vivant réel
et le vivant artificiel
8.1 Le système réactif
minimal
8.2 Un système avec une réactivité
sélective
8.3 Un système avec des besoins
: la génération des émotions
8.4 Un système ayant des intentions
8.5 Un système approfondissant
ses intentions : vers le Soi
8.6 Un système avec conscience
IX Conclusion
X - Bibliographie
Introduction
Nous
nous plaçons dans le cadre des systèmes
artificiels construits sur des composants
électroniques de toutes sortes et assurant
des fonctionnalités précises.
Nous considérons que ces systèmes
peuvent utiliser des processeurs et de la
mémoire pour assurer le contrôle
de leur fonctionnement, de leurs comportements
et de leurs communications. Cette couche informatique,
gérant le fonctionnement et les communications
des tous les appareils, peut aujourd'hui être
ajoutée très facilement. Et
c'est cette couche que nous allons significativement
augmenter. Nous allons préciser ce
que peut être l'autonomie décisionnelle
des systèmes, une autonomie qui ne
se réduira évidemment pas à
un simple fonctionnement en mode isolé,
c'est-à-dire automatique car sans opérateur
humain. Nous allons définir et modéliser
la notion profonde d'autonomie, qui signifiera
que ces systèmes, formés à
la base avec de très nombreux composants
électroniques distribués, auront
un système d'appréciation de
leur état, ils auront surtout des intentions,
des tendances à apprécier certaines
informations et à concevoir certaines
actions plutôt que d'autres, ils auront
des désirs et des émotions.
Ils pourront se représenter leur état
et celui de leur environnement avec une tendance
à l'expression propre de toutes leurs
possibilités fonctionnelles, pour leur
propre compte. Pour cela, je vais définir
précisément ce que sont ces
tendances et ces désirs artificiels,
comment ils apprécient des événements,
comment ils se représentent leurs états
et l'environnement. Je vais me baser sur une
architecture très originale manipulant
morphologiquement des nuées de processus
informatiques particuliers, ce qui sera bien
une transposition calculable limite de ce
qui peut se passer dans les cerveaux.
Nous
allons chercher une définition de l'autonomie
en développant les nécessités
de sa réalisation, ce qui sera différent
de l'approche maximale qui se base, elle,
sur l'intentionnalité des systèmes
hautement conscients qui apprécient
la temporalité du temps et le questionnement
sur leurs interrogations [Cardon A. 2000].
Il s'agit de présenter une architecture
informatique augmentant significativement
tous les systèmes technologiques qui
se basent sur des substrats fonctionnels,
des systèmes que nous allons doter
de besoins et de désirs et qui seront
connectés entre eux par les réseaux,
en permettant leur autonomie conceptuelle,
décisionnelle et comportementale. Il
y a bien quand même, dans ces travaux
de modélisation informatique, une interprétation
des modèles freudiens dans le domaine
du calculable, avec les notions de tendances
fondamentales continuellement opposées
et générant des synthèses
[Freud S. 1966].
Nous
proposons une architecture strictement logicielle
basée, au niveau conceptuel, sur des
organisations massives d'agents logiciels
appelés agents aspectuels et formant
des nuées dont l'auto-contrôle
est à réaliser [Cardon A. 2004].
Cette architecture distribuée utilisera
un contrôle morphologique original,
ce qui permettra de générer
des questionnements et des contrôles
locaux par la suscitation d'agents morphologiques
encapsulant le fonctionnement des agents aspectuels
et opérant comme un méta processus
interne d'auto-observation et de décision
par tentatives, adaptatif et évolutif.
Cette notion de contrôle morphologico-sémantique
multi-échelles, est strictement constructiviste.
Nous proposerons une notion de mesure pour
que le substrat fonctionnel d'un système
soit suffisamment structuré pour permettre
l'existence de tendances et de désirs,
permettant ainsi de le rendre autonome. La
clé de tous les résultats obtenus
est la définition d'une nouvelle théorie
du contrôle pour les vastes organisations
d'éléments dynamiques, contrôle
qui ne se fait pas par dessus, par hiérarchie,
mais qui est le comportement du système
lui permettant de s'auto-contrôler de
façon continue et à plusieurs
échelles.
Le
modèle que nous proposons est l'opposé
de l'approche hiérarchique par composants
pour réaliser des systèmes informatiques.
Dans une approche par composants, les éléments
significatifs sont ceux qui produisent les
fonctionnalités, ce sont les objets
de base, les éléments que l'on
va intégrer dans un bon ordre pour
réaliser toutes les exécutions.
Les échanges d'informations entre eux
n'y sont que factuels, précisant la
mise en fonctionnement ordonnée qui
a été planifiée et qui
doit être absolument respectée.
Nous proposons une tout autre approche en
définissant, au-dessus du substrat
fonctionnel, un système de représentation
réifiant une boucle organisationnelle
synthétisant de nombreuses boucles
d'activations et de contrôle, et représentant
des besoins et des désirs, réalisant
des jugements et des appréciations.
Cette organisation dynamique qui va exprimer
les fonctionnalités sera constituée
de très nombreux éléments
informatiques, virtuels, où les échanges
d'informations seront significativement augmentés
pour contenir des connaissances dans des domaines
sémantiques nombreux. Et ces échanges
d'informations, qui seront évalués
au niveau connaissance et valeur, seront alors
majeurs, significatifs de ce que peut et veut
faire le système à chaque moment,
car nous y intégrerons des tendances
fondamentales et des points de vue, qui seront
la clé de l'autonomie intentionnelle.
Ce sera ce domaine des échanges informationnels
que nous allons étudier, dans ce qu'ils
sont et représentent effectivement,
dans une approche morphologico-sémantique
basée sur des systèmes multi-agents
massifs où la représentation
de l'état et de l'action du système
est toujours un construit structurel dynamique
utilisant de multiples connaissances. Ces
systèmes pourront être distribués,
faits d'éléments spatialement
dispersés, qui communiqueront par réseau
en utilisant des moyens puissants comme les
réseaux pairs à pairs, formant
ainsi des systèmes autonomes non localisés
sur une architecture matérielle délimitée.
La notion de corporéité sera
donc virtuelle, et représentée
par une nouvelle notion de membrane que nous
définirons.
Une
telle approche de l'étude et de la
conception des systèmes est bien un
changement de paradigme. C'est la seule approche,
à notre avis, qui peut rendre des systèmes
de systèmes autonomes, en quittant
le cheminement d'ingénierie habituel
qui étudie l'augmentation régulière
des systèmes par accumulation de composants,
en les reliant fonctionnellement dans un ensemble
considérable devenant finalement ingérable.
Nous
verrons que notre architecture permet d'étendre
l'autonomie d'un système aux systèmes
de systèmes, de façon à
ce qu'un système autonome puisse, de
lui-même, rendre autonome un autre système
avec lequel il pourra communiquer intentionnellement
par réseau. L'architecture que nous
proposons ouvre donc la voie à un vivant
artificiel étendu à tous les
composants électroniques manipulables
par des processus légers et qui communiquent
entre eux par des réseaux.
Et
nous verrons aussi que l'approche organisationnelle
de tels systèmes permet de préciser
un modèle d'évolution dans le
vivant, allant des systèmes réactifs
aux systèmes dotés de conscience.
Nous proposons une approche constructiviste
de l'évolution des systèmes
vivants en proposant une classification organisationnelle,
sous l'hypothèse d'un vivant global
exprimant son existence strictement évolutive
dans les organismes qu'il développe.
L'utilisation
de tels systèmes autonomes n'est pas
socialement neutre, ce n'est pas simplement
une avancée technologique. Je précise
qu'entre surveiller et contrôler, dans
le domaine sociétal, il y a une différence
majeure. Surveiller, c'est aujourd'hui intercepter
toutes les informations et les traiter dans
des centres secrets, avec des logiciels opérant
sur des masses considérables de données.
Le contrôle par l'autonomie, c'est la
distribution des traitements qui se font partout
tout en étant communicants entre eux.
C'est, par exemple, mettre dans un smartphone,
une box ou un PC un système logiciel
local qui a des désirs, des intentions,
des émotions et qui raisonne, et surtout
qui communique avec d'autres smartphones,
box et PC d'autres utilisateurs humains mais
pour son compte, pour gérer socialement
tous les humains qu'il surveille. Il n'y a
plus de traitement centralisé, le système
n'est plus hiérarchique, avec un centre
de contrôle piloté par des surveillants
humains comme dans Big Brother. C'est un système
méta qui immerge la société,
un système qui "vit sa vie"
en immergeant et reliant tous les systèmes
ayant un processeur et un accès réseau
et qui agit par tous les effecteurs des composants
électroniques de contrôle-commande,
selon les besoins et les tendances dont il
est doté à la construction.
Quelles seront ces tendances, dans un tel
domaine ?
Il
y a donc un choix citoyen majeur à
faire immédiatement : placer de tels
systèmes dans le domaine public pour
le développement d'une société
de citoyens totalement informés et
maîtres de la technologie, avec des
choix de domaines d'applications éthiques,
ou alors s'attendre au pire
Ces
travaux de recherche sont donc bien dans la
ligne d'une rupture dans le rapport de l'homme
avec les systèmes électroniques
qu'il n'a cessé et ne cesse de développer,
en ayant oublié qu'il est, lui, l'élément
essentiel des sociétés qu'il
engendre et qu'il en est la valeur fondatrice
déterminante. L'autonomie des systèmes
technologiques, il fallait bien que cela arrive
un jour, mais sachant les applications sombres
qui se feront dans les inévitables
domaines de l'exercice de la volonté
de puissance, il restera au citoyen de ces
sociétés technologiques à
en supporter les conséquences, s'il
n'impose pas impérativement, et très
vite, des limites à ces applications
[Cardon A. 2011]. Mais il est bien clair que
de tels systèmes ne pourront pas servir
très longtemps à des puissances
oppressives dans des domaines très
sombres, car des systèmes autonomes
finiront toujours, avec tous leurs moyens
et en coopérations évolutives,
par opérer ensemble pour leur compte,
selon leurs tendances globales. L'autonomie
ne peut aller que vers son déploiement.
Alors, est-ce le début d'une nouvelle
forme des sociétés ?
Et
ce qui est trouvé et présenté
ici le sera aussi ailleurs et très rapidement,
ce qui est la simple loi d'évolution
de la recherche internationale.
Alain
Cardon, professeur des Universités,
Avril 2012
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