Spécialiste
dans la lutte anti-virus, l'entreprise russe Kaspersky
Lab a provoqué un réveil des inquiétudes
concernant l'ampleur des cyber-guerres auxquelles
se livreraient les puissances. Elle a affirmé
avoir identifié un nouveau virus extrêmement
puissant (baptisé "Flame") utilisé
contre des pays tels que l'Iran, probablement au profit
de l'Occident et d'Israël.
Le
logiciel "Flame" a été décrit
comme la troisième arme informatique la plus
sophistiquée après "Stuxnet",
un virus ayant attaqué les installations nucléaires
iraniennes en 2010, et son homologue "Duqu"
spécialisé dans le vol de données.
Les recherches du Kapersky Lab montrent que le plus
grand nombre d'ordinateurs infectés se situe
en Iran, puis dans la région israélo-palestinienne,
le Soudan et la Syrie. On notera que l'Iran n'a pas
tardé à prétendre qu'elle avait
identifié le virus et l'avait en partie désamorcé.
Les
chercheurs de la société, basée
à Moscou et dirigée par Eugene Kapersky,
expert russe en "malware", ont déclaré
"ne commencer qu'à peine à comprendre
le fonctionnement de "Flame", du fait de
sa complexité". Ils ignoreraient tout
de son objectif. "Le programme contiendrait vingt
fois plus de lignes de code que Stuxnet, responsable
de la panne de centrifugeuses nucléaires iraniennes,
et cent fois plus que n'importe quel logiciel pirate
classique conçu pour subtiliser des données
financières", ont expliqué ces
chercheurs.
Flame
serait capable de collecter des données, d'intervenir
à distance sur les réglages d'un ordinateur,
d'activer le micro d'un PC et d'enregistrer une conversation,
de produire des captures d'écran et de se connecter
à des messageries instantanées. Comme
Stuxnet, Flame semble exploiter les mêmes failles
du système d'exploitation Windows de Microsoft.
Selon les experts, plusieurs indices laissent à
penser qu'il émane des mêmes autorités
que les commanditaires de Stuxnet et Duqu. Les Israéliens
ne démentent pas, affirmant que si cela était
le cas, il s'agirait de légitime défense.
Kapersky
Lab estime que l'attaque informatique était
extrêmement ciblée, visant essentiellement
des entreprises et des structures académiques.
Pas plus de 5.000 ordinateurs auraient été
infectés à travers le monde, dont une
poignée en Amérique du Nord. Boldizsar
Bencsath, qui dirige en Hongrie le Laboratoire de
cryptographie et de systèmes de sécurité
informatique, à l'origine de la découverte
du virus Duqu, a déclaré que les données,
selon lui, montraient que "Flame" pourrait
avoir commencé à circuler il y a peut-être
huit ans voire plus.
On
peut sans peine imaginer le chiffre d'affaires que
représentent les dépenses faites pour
réaliser de tels logiciels, comme pour mettre
au pont les contre-mesures. L'essentiel des budgets
relèvent des crédits de défense
des Etats. Mais nombre d'entreprises privées
ou prétendues telles émargent à
ce secteur et l'aident à se développer,
tant dans l'offensive que dans la défensive.
Elles ont évidemment intérêt à
dramatiser les situations pour faire monter les enchères.
Nous avons là un bon exemple des "systèmes
co-activés" spontanément proliférants,
dont le chercheur Alain
Cardon recommande l'étude.